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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 14:13
Visite guidée, dimanche 2 avril : L’église Saint-Hermeland et la ferme de l’abbaye à Sottevast

 

Dans le cadre du cycle de visites des dimanches du patrimoine, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, le dimanche 2 avril prochain, une visite guidée consacrée à « L’église Saint-Hermeland et la ferme de l’abbaye à Sottevast ».

 

Bien que son existence soit déjà attestée au XIe siècle, l’église Saint-Hermeland de Sottevast ne conserve plus dans son architecture d’éléments antérieurs au XVIIe siècle. Tandis que la tour de clocher, située en façade, fut édifiée vers 1685, le chœur et la nef ont été profondément remaniés dans les années 1780, en même temps que l’on adjoignait une sacristie à l’édifice. Les chapelles du transept abritent de beaux retables en pierre Renaissance, et l’on remarque encore, dans le pavé du chœur, la tombe en marbre noir de Catherine Pothier, dame de Sottevast, décédée en 1579. Cette sépulture nous rappelle le lien étroit qui unissait les seigneurs du lieu à cette petite église, devenu une sorte de mausolée familial.

 

De même qu’ils avaient reçu cette église en donation, les moines de l’abbaye de Lessay possédaient à Sottevast un manoir conséquent, centre d’un domaine rural dont dépendaient jadis, en tant que tenanciers, de nombreux habitants de la paroisse. Réinvesti au XVe siècle par l’abbé Guillaume de Guéhébert, ce manoir fut alors entièrement rebâti avec un grand soin architectural. La chapelle Sainte-Suzaenne, toujours existante mais malheureusement inaccessible en raison de son instabilité, offre un remarquable exemple de petit sanctuaire privé de la fin du Moyen-âge

 

Cette visite guidée débutera à 15h00

Le rendez-vous est fixé devant l’église de Sottevast.

 

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les demandeurs d'emploi.

 

 

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (en semaine).

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 10:45

Le Homme à Picauville

Le douaire d’Adèle, constitué vers 1025-1026 lors du mariage de Richard III de Normandie, contient un état assez complet des possessions ducales situées à cette date à l’intérieur du diocèse de Coutances. On peut admettre que ce document offre lui-même un reflet partiel des concessions déjà attribuées en 867 par Charles le Chauve au profit de Salomon de Bretagne, lesquelles comprenaient, selon les Annales de Saint-Bertin, « le comté du Cotentin, avec ses fiscs, ses villae royales et ses abbayes, à l'exclusion de l'évêché ». A l’intérieur du Clos du Cotentin, les domaines compris dans ce douaire ne sont en tout cas, pour la plupart, pas de complets inconnus : qu’il s’agisse de l’abbatia de Portbail, des castella de Brix et de Cherbourg ou de la curtis de Valognes, tous sont des sites déjà mentionnés par des sources antérieures, remontant parfois jusqu’à l’antiquité romaine.

Dans le nord du comté, le seul nouveau-venu de la liste est le château du Homme, orthographié Hulmus, correspondant au site actuel de l’Ile-Marie, sur la commune de Picauville. Son appellation d’origine scandinave (de Holm/ l’île, que l’on retrouve notamment dans Stockholm) est indicatif sinon d’une création nouvelle, car postérieure aux incursions scandinaves, du moins d’une évolution toponymique relativement tardive. Il est à noter en tout cas qu’aucun des autres sites évoqués dans le douaire d’Adèle ne présente de racine linguistique similaire.

L'unique mention antérieure à 1025 dont on dispose au sujet du château du Homme est un acte du cartulaire de l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, datant lui-même des années 1135-1138 mais se rapportant à des concessions effectuées environ un siècle et demi plus tôt. Il y est fait mention du don de l'église Saint-Nicolas du Homme et du vicus nommé Gishaula, situé sur ce même domaine, concédé à la Cathédrale de Coutances par Roger le Vicomte, du temps du comte Richard le Vieux ("ecclesiam Sancti Nicholai de Hulmo et vicum qui vocatur Gishaula in eadem villa Sancte Marie Constanciensi concessit"). Proposant d’identifier ce comte Richard le Vieux au duc Richard 1er, Léopold Delisle datait en conséquence cet acte entre 942 et 996. En dépit des discussions qui ont depuis été ouvertes concernant l’authenticité de cette mention a posteriori, la donation du vicomte Roger est crédibilisée par plusieurs documents postérieurs et s’ancre dans un contexte historique cohérent. Une notice de 1075 jointe au cartulaire de l'Abbaye aux Dames de Caen, explique en particulier que ce château (castrum quod dicitur Hulme, in Constantino situm) fut vendu entre 1027 et 1035 par le duc Robert au profit de sa sœur Adèle de Bourgogne. Quelques années plus tard,Guy de Brionne, fils d'Adèle, entré en révolte contre Guillaume le Bâtard, se serait indûment approprié la forteresse de sa mère pour en faire don à son allié, Néel de Saint-Sauveur, vicomte de Cotentin. Souhaitant plus tard récupérer ce bien pour en faire don à l’abbaye de la Trinité de Caen, Adèle fait exposer dans ce document que Néel, qui avait affirmé posséder ce château en juste héritage, ne le tenait en fait qu'en tant qu'officier (minister) et non comme un bien propre. Visant donc à entériner une restitution forcée, ce texte (qui s’inscrit parmi les conséquences de la bataille du Val-ès-Dunes) confirme également la situation antérieure de mainmise des vicomtes sur ce château ducal.

Une autre indication permettant de démontrer la validité des concessions effectuées au Xe siècle au profit des évêques de Coutances par le vicomte Roger sur le château du Homme réside dans le fait que deux confirmations en furent données au XIe et XIIe siècles. La première fut effectuée entre 1056 et 1066 par Guillaume le Bâtard, attribuant à Geoffroy de Montbray l’église du Homme avec la dime du tonlieu dudit domaine et trois maisons (« ecclesia Holmi cum decima tholonei (sic) ejusdem villa et tribus mansionibus »). La seconde, postérieure d’un siècle (1146), fut accordée par le pape Eugène III au profit de l’évêque Algare. L'acte confirme désormais la propriété de « l’église Notre-Dame du Homme, la chapelle Saint-Nicolas et la terre dudit bourg où s’exerce la justice » (Ecclesiam s'c'tae Mariae de Hulom capellam S. Nicholai et terram in eodem burgo quae ad jus pertinet).

Il faut préciser que ce siège de justice se trouve lui-même attesté séparément dans un document daté par Lucien Musset entre 1066 et 1083, mentionnant l’existence au Homme d’une juridiction affectée aux jugements rendus par l’archidiacre du Cotentin. Conformément aux suggestions émises par Thomas Stapleton l’appellation du « vicus de Gishaulla », référencé dans la pancarte de l’abbaye de Saint-Sauveur, doit par ailleurs être corrigée pour une forme « jus haulla », littéralement « la Halle de justice », un équipement attesté par la suite dans tous les bourgs à marché du Cotentin. A cette notion archaïque de « vicus » fut d’ailleurs substitué assez tôt le terme de bourg, qui apparaît dès 1080 dans une pancarte de confirmation des biens de l’abbaye de la Trinité de Caen (burgum des Hulmo cum redditus suis). Toutes ces sources attestent donc le rôle important du château du Homme dès avant l'an mil, à la fois comme siège du pouvoir vicomtal, centre de justice épiscopale et comme relai – plus ou moins effectif – de l’autorité ducale. Ils dévoilent dans le même temps une structure complexe, associant à ce château un exemple précoce de bourg castral, un lieu de justice et une voirie stratégique soumise à tonlieu. Le château du Homme comptait deux édifices religieux car à l’église Saint-Nicolas, donnée à l’évêque avant 996 puis mentionnée comme chapelle en 1146, était associée une église paroissiale Notre-Dame, désaffectée mais toujours existante aujourd’hui.

Sans développer l’histoire très dense du domaine du Homme aux époques postérieures, précisons seulement que ce Hulmense castrum, fortifié par Etienne d’Aumale, fut impliqué en 1094 dans la guerre de succession entre les héritiers de Guillaume le Conquérant, puis en 1138 dans le conflit de la succession d'Henri BeauclercIl servit encore de refuge à des routiers durant la guerre de Cent ans mais il ne représentait plus à cette époque un véritable enjeu stratégique. Le bourg lui-même semble avoir survécu jusqu’à la fin du Moyen-âge. Le 27 août 1292, Robert Bertran, qui l’avait reçu en héritage par alliance familiale, échangea avec le chevalier Guillaume de Méautis « la vile deu Homme avec toutes ses droitures et ses appartenances à ladicte vile (...) exceptées la viconté, la haute justice et le ressort de li et de ses hommes », contre le manoir des Perques, voisin de son château de Bricquebec. Le titre de « ville » se retrouve en 1337 dans une enquête mené par les officiers royaux pour le rétablissement d’un marché hebdomadaire. En 1396 enfin, on apprend que le fief du Homme, tenu désormais par Jeanne d'Eully, veuve de Guillaume aux Epaules, disposait d’une foire à Chef-du-Pont, le jour saint Siméon et saint Jude, sur laquelle le baron de Bricquebec percevait une rente de 40 sols et exerçait sa juridiction.

Physiquement, et malgré d’importants remaniements apportés au site entre le XVIIe et le XIXe siècle, le Homme conserve un bel exemple d’enceinte circulaire, augmentée vers l’ouest d’une basse-cour elliptique encore bien visible en vue aérienne. Cette fortification d’environ 150 mètres de diamètre entourée d’un fossé n’a a ma connaissance été étudiée jusqu’à présent que par Florence Delacampagne, qui l’identifiait d’après le douaire d’Adèle au site d’une résidence ducale et l’attribuait au début du XIe siècle. Florence Delacampagne a signalé aussi une autre enceinte, toute proche, mais située de l’autre côté de la rivière d’Ouve, sur la commune de Beuzeville-la-Bastille. N’excédant pas trente cinq à quarante mètres de diamètre cette élévation est encore bien visible aujourd’hui. Selon l’analyse qu’en a proposé Guillaume Hulin, elle s’inscrivait elle-même dans une double enceinte mesurant approximativement 330 mètres par 260 pour la première et environ 260 par 140 mètres pour la seconde, qui est constituée d’un double fossé Le site figure au cadastre sous l’appellation « la motte du castel», mais il n’est identifié par aucune source écrite. Sa proximité avec l’enceinte du Homme incite à établir un lien fonctionnel étroit entre ces deux entités, soit de complémentarité, soit peut-être de rivalité.

Ce qui est plus surprenant toutefois est qu’il existe également, à une centaine de mètres seulement à l’est de la première enceinte annulaire, une deuxième enceinte du Homme, beaucoup plus vaste, dont aucun signalement n’a jusqu’à présent été donné. Celle-ci ne figure pas distinctement sur le cadastre mais apparait parfaitement elle aussi en vue aérienne (Ill. 1). Atteignant un diamètre d’environ 450 mètres, elle présente un tracé circulaire assez régulier qui ne s’aplanit vers l’est que par une sorte d’avancée rectangulaire. Cette partie de l’enceinte porte sur le cadastre l’appellation « les Arrivoirs », qui se réfère potentiellement à une ancienne structure portuaire. Les talus, bien que partiellement boisés ou arasés, peuvent encore atteindre par endroit 1m 50 de hauteur. Là ou ces délimitations ont fondu, le relief bombé formant le socle de l’îlot continue d’en dessiner nettement les contours circulaires. Cette enceinte fut figurée en vue cavalière, à la fin du XVIe siècle (1581), sur un plan terrier des marais de Picauville (Ill.2). On voit que le site, délimité par des talus boisés, était encore occupée par des habitats et que la route qui en souligne aujourd’hui la face nord passait alors au centre de l’enceinte, avant de déboucher sur la chaussée de Chef-du-Pont. L’église Notre-Dame, qui fut intégrée au XVIIe siècle dans des bâtiments hospitaliers construits par le maréchal de Bellefonds, y apparaît placée à l’écart des habitations, de l’autre côté de la voirie centrale. Ce document fait également apparaître la topographie hydraulique du site, placé à la jonction des rivières du Merderet et de l’Ouve qui, sur cette partie de leur cours, étaient encore au début du XXe siècle facilement navigables. Au contrôle d’une grande route est-ouest desservant le Chef-du-Pont et d’une seconde voie nord-sud, franchissant le marais par la chaussée de Beuzeville, s’ajoutait ainsi la maitrise des deux principaux axes de pénétration fluviale du Clos du Cotentin. Le château du Homme fonctionnait comme un verrou stratégique gardant l’un des principaux seuils de la presqu’île depuis le Bessin et la Normandie orientale.

 

 

[1] J’adresse mes vifs remerciements à M. Guillaume HULIN pour ses remarques et pour m’avoir associé il y a quelques années à ses prospections aériennes sur les marais du Cotentin. Les  notes de bas de page renvois aux sources et bibliographie ont dûes êtres supprimées pour cette édition en ligne, sorry.

Ill. 1

Ill. 1

Ill. 2

Ill. 2

Le Hommet au Hommet-d'Arthenay

Sur un plan morphologique, la grande enceinte circulaire du Homme peut potentiellement être rapprochée d’un assez grand nombre d’ouvrage fossoyés, connus dans l’ensemble de l’Europe occidentale et datant, pour les plus anciens, des temps préhistoriques. Certaines comparaisons privilégiées peuvent orienter en particulier vers des structures médiévales identifiées sur le territoire de l’actuelle Belgique ou, dans une moindre mesure, à l’intérieur du monde scandinave. Plutôt que de développer ces comparaisons, il convient surtout cependant de souligner la très grande similarité existant entre le Homme et le site beaucoup plus proche géographiquement de l’ancien château du Hommet, sur la commune du Hommet-d’Arthenay. La relation entre les deux sites apparaît d’emblée sur un plan phonétique puisque leur dénomination renvoie à une même racine scandinave désignant, nous l’avons évoqué, une île. De fait, la situation topographique du château du Homme et du château du Hommet est très comparable : tous deux sont des sites lacustres, logés en fond de vallées inondables, au cœur de vastes dépressions marécageuses (ill. 3 et 4). Soulignons que les douves du Hommet étaient alimentées par un petit affluent de la Taute nommé « le ruisseau du port », qui, comme son nom l’indique, fut probablement aménagé pour desservir un embarcadère. La comparaison intègre aussi le passage d’un axe de voirie franchissant l’enceinte du Hommet d’est en ouest et la divisant pratiquement en deux parties égales. Mais cette structure fossoyée montre surtout une partition similaire entre d’un côté (sud-est) une petite enceinte elliptique très arasée d’environ 150 par 190 mètres de diamètre et de l’autre (ouest) une enceinte associée, beaucoup plus considérable, d’environ 500 mètres de diamètre La comparaison s’étend jusqu’au détail de ce vaste ilot aménagé, globalement circulaire, mais doté du côté ouest de la même avancée rectangulaire que celle visible à l’est de la grande enceinte du Homme. Côté est, en direction d’Arthenay, la limite supérieure de l’ilot a été en partie gommée par le développement des habitats, mais les délimitations nord et sud sont encore bien marquées par des talus et des fossés en eau.

Quoi qu’indirectement, le domaine du Hommet figure à l’échelle du Cotentin, parmi les entités féodales les plus anciennement attestées. L'acte de fondation de la collégiale de Saint-Fromond, redécouvert et publié par Lucien Musset, fait en effet état des donations effectuées sur plusieurs domaines situés sur la rive occidentale de la basse vallée de la Vire par un personnage nommé Robert du Hommet, dont l’identité indique qu’il fut sinon le possesseur direct de ce domaine, du moins l’officier chargé d’en assurer la garde. Cette fondation effectuée avec l’assentiment de Richard, comte des normands, avec le soutien de l’évêque de Coutances Hugues Ier, se rapporte selon Lucien Musset au règne du duc Richard II, et prend donc place entre 996 et 1026.

 

Les sources postérieures font connaître l’importance de cet honneur, qui s’étendait au XIIIe siècle sur plus de vingt paroisses voisines. Ce territoire recouvrait ainsi tout ou partie du « pagus qui dicitur Egglandes », une entité territoriale citée vers 1025 dans le douaire d’Adèle et qui englobait nécessairement alors le Hommet et ses dépendances immédiates. En 1271, l’acte du partage de la baronnie entre les trois filles de Jourdain du Hommet contient des précisions sur l'organisation des bâtiments du chasteau ou manoir, qui comprenaient une haulte chambre sur cellier, une salle (aula), une chapelle, un ouvrage d’entrée constitué d’une tour porte nommé la bretesche, ainsi qu’une cuisine, le tout environné de fossés. Cet ensemble avait disparu déjà au début du XIXe siècle puisque Gerville en constatait la disparition dès 1819 et que les quelques structures fossoyées encore vaguement perceptibles en furent entièrement arasées en 1859 par M. de Kergolay. Parmi les constructions voisines de l’ancien château, dont certaines remontent au XVIe siècle, sont aujourd’hui visibles un modillon à masque anthropomorphe et un couple de petits chapiteaux romans à feuilles lisses en remploi. Ces éléments datables du second tiers du XIIe siècle proviennent probablement soit de l’ancienne église, soit de l’ancienne chapelle castrale. En remploi également parmi ces bâtiments, apparaissent plusieurs blocs de pierre de taille de calcaire du Bessin, ainsi qu’un petit relief en calcaire coquillier, orné d’une palmette assez frustre, dont le style archaïsant semble nous ramener aux environs de l’an mil (Ill.5).

 

Outre le château des seigneurs du Hommet, les sources écrites consultées nous renseignent depuis le XIe siècle sur l’existence d’un « municipium », bourg ou « ville », avec église paroissiale, siège de justice et four banal, où se tenaient au XIIIe siècle des marchés et des foires placées sous leur juridiction et donnant lieu à divers types de taxes (tonlieu, verdage, garbage, droit de pesage…). Mêmes si elles sont relativement tardives en ce qui concerne le Hommet, ces sources permettent à mon sens d’expliciter le mode de fonctionnement de cet établissement. A l’instar de celui du Homme, le château du Hommet ne se réduisait pas à un habitat noble, mais intégrait en sus une véritable agglomération satellite dotée d’une vocation juridique et commerciale. A l’enceinte castrale proprement dite s’adjoignait ainsi une seconde enceinte, beaucoup plus vaste, destinée à abriter non seulement une zone de peuplement avec ses infrastructures religieuses, judiciaires et commerciales, mais aussi une réserve « sèche » destinée aux jardins et labours ainsi qu’aux pâturages hivernaux. Il s’agit en définitive d’une forme traditionnelle de relation entre un château et un bourg castral, mais s’inscrivant ici dans une topographie originale.

 

 

ill. 3

ill. 3

ill. 4

ill. 4

ill. 5

ill. 5

Synthèse

 

Les contraintes géographiques liées à l’environnement marécageux ont naturellement déterminé le choix d’implantation et le mode d’organisation de ces espaces. Suffisent-elles cependant à expliquer la répétition de schémas aussi étroitement similaires ? La duplication sur deux points du même territoire de structures présentant presque exactement la même appellation, la même forme d’organisation bipolaire et de plan, les mêmes proportions et les mêmes types de clôtures fossoyées, conduit plutôt à y reconnaitre l’application d’un programme préconçu. A défaut de développer ici une recherche comparative plus détaillée et dans l’attente d’une véritable étude archéologique de terrain, la dénomination éminemment nordique du Homme et du Hommet incite spontanément à situer la genèse de ces établissements entre la fin du IXe siècle et les premières décennies du XIe siècle. L’hypothèse d’une substitution de ces dénominations scandinaves à des appellations antérieures ne saurait il est vrai être entièrement évacuée. Elle apparaît cependant peu probable car le caractère insulaire de ces deux sites est lui-même représentatif d’un mode d’occupation privilégié durant cette période par les nouveaux maitres du territoire. On peut en effet opposer nettement en Cotentin les sites de hauteurs occupés à l’époque carolingienne (tels que Brix, Montebourg ou le Mont-haguais de Quettehou), aux nouveaux lieux de pouvoir de l’époque ducale, qui sont le plus souvent situés dans de basses vallées humides, au contact de routes et de voies navigables (En premier lieu Néhou - Nigelli-hulmus/ L’île de Néel, mais aussi Saint-Sauveur-le-Vicomte, Olonde à Canville-la-Roque, Le Plessis-Lastelle…). La mention, incontestable, du château du Homme dans le douaire d’Adèle et l’attestation précoce de la seigneurie du Hommet aux environs de 1025 confortent sur ce point les autres éléments de l’enquête.

 

Si le cadre chronologique d’implantation de ces grandes entités insulaires peut donc se situer avec une certaine fiabilité au cours des 5 ou 6 décennies antérieures à l’an mil, reste à évaluer qui put, durant cette période, se trouver à l’initiative de telles fondations. Concernant le Homme de Picauville – tout en soulignant une situation de mainmise durable des vicomtes du Cotentin - les documents rassemblés se rapportent clairement à une propriété ducal. Concernant le second site étudié, les textes exhumés par Lucien Musset ne permettent pas malheureusement de déterminer avec certitude quel fut le statut des premiers du Hommet identifiés. Dans le contexte des environs de l’an mil, il est de toute façon probable que leur rôle restait défini dans le cadre d’une délégation des prérogatives ducales. Celui-ci s’exerçait manifestement sur un territoire fiscalisé, le pagus qui dicitur Egglandes, qui, nous l’avons vu, n’était pas encore dissocié à cette date du patrimoine de la famille ducale. Le fait que Robert du Hommet porte précisément, au début du XIe siècle, un anthroponyme forgé sur le nom de sa châtellenie milite plutôt en soi pour un statut d’officier. En Cotentin, ce phénomène est représenté postérieurement par les familles de Brix, de Valognes, de Bricquebec… qui étaient tous les gardiens héréditaires, et non les propriétaires, des châteaux ou domaines éponymes. Le constat d’une mainmise ducale sur ces établissements suffit-elle toutefois à une expliquer l'origine ?

 

Le problème pour retenir cette option (que nous avions nous même initialement défendue dans un article de la Revue de la Manche), est qu'à l'heure actuelle il n'existe parmi les autres sites normands aucun ensemble réellement comparable. Fécamp, le principal château ducal à enceinte fossoyée documenté et étudié pour la période du Xe siècle obéit par exemple à un schéma trés différent, ne serait-ce que sur un plan morphologique. La comparaison avec les fortifications scandinaves du type Trelleborg ouvre des perspectives parfois troublantes en terme de forme et d'implantation mais leur fonction apparaît dans ce cas bien distincte. La piste néerlandaise et flamande, qui comprend un corpus conséquent de grandes enceintes circulaires du Xe siècle avec habitat intégré, semble plus convaincante parce qu’elle intègre parfois à ce schéma une vocation comparable d’occupation marchande et collective. C'est toutefois en direction de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, qui connaissent actuellement un renouveau des études sur les sites vikings de type "longphort", qu'il conviendrait je pense de rechercer en priorité des références pertinentes.

 

Sur le plan des données historiques, rappelons brièvement que nous avons connaissance pour le Xe siècle de cet épisode sans doute essentiel que fut vers 935 (selon Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges) la concession du « comté de Coutances » au profit d'un chef viking nommé Harald accompagné de « soixante navires armés » pour qu’il en assure le gouvernement. Malgré son rôle déterminant au cours de deux décennies suivantes en tant qu'allié et soutien militaire du pouvoir ducal, Harald gardait ceci de gênant qu'il représentait non seulement un pouvoir fort, mais surtout un parti scandinave païen, potentiellement rival de celui des normands de la Seine. Autour de cette figure de roi des mers assez nébuleuse, les « hommes du Cotentin et du Bessin » sur lesquels il exerçait son commandement sont systématiquement distingués dans les chroniques des « Normands » proprement dits. Le témoignage des Annales Nivernenses relate à l'année 954  la campagne militaire menée dans le pagus du Cotentin par le duc des Francs Hugues le Grand contre ce même Harald, qui disparaît ensuite de tous les écrans.

 

En l'attente de recherches archéologiques et à défaut d'autres pistes plus évidentes, peut-être est-ce donc bel et bien à ce mystérieux "roi" Harald qu'il convient d'attribuer la création des vastes enceintes lacustres du Homme et du Hommet. Forteresses quasi-frontalières placées sur des seuils d’accès au Cotentin, ces grandes structures circulaires seraient donc non les témoins visibles de la progression du pouvoir ducal en direction des confins occidentaux de la Normandie, mais plutôt les indices d'une tentative d'implantation pérenne de groupes scandinaves organisés, initialement distincts des normands de la Seine. 

 

A vérifier...

 

Julien DESHAYES

Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

21, rue du Grand-moulin, 50700 Valognes

Tel. 02 33 95 01 26

Pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

 

 

ILLUSTRATIONS :

Ill. 1 Vue aérienne du site de l’île-Marie (source : IGN 1997).

Ill. 2 Plan terrier de la paroisse de Picauville levé en 1581 (Arch. nat. S. 969, 2)

Ill. 3 Le site du Hommet en vue aérienne zénithale (source : Google earth).

Ill. 4 Le site du Hommet sur le cadastre de 1829 (AD.50)

Ill. 5 Le Hommet, relief en calcaire coquillier à décor de palmette (Xe/XIe siècle)

visible en remploi dans une maison située dans l’ancien bourg médiéval (cl. J. Deshayes).

Ill. 6 Le Homme, autres vues aériennes.

ill. 6

ill. 6

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:10
Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

La figure de Jeanne de France, dame de Valognes dans la seconde moitié du XVe siècle, n’a laissé que peu de traces dans la mémoire locale. Bien qu’il fut souvent éclipsé par celui de son époux, son souvenir se matérialisait pourtant dans notre ville par des constructions significatives, telle la « tour Madame Jeanne », l’une des tours défensives du château médiéval démoli en 1688, et la chapelle et les bâtiments de l’hôtel-Dieu, réaffectés depuis en haras d’étalons puis transformés en centre culturel. La vie de « Madame l’Amirale » recouvre une période de reconstruction et de redressement économique qui, au lendemain de la guerre de Cent ans, a marqué l’histoire du royaume de France en général, celle de Valognes et du Cotentin en particulier.

Selon Brantôme, le roi Louis XI changeait de femme comme de bonnet de nuit. Thomas Bazin en donne un portrait de ripailleur, amateur de filles de joie aux noms évocateurs, telle la Jacqueline de Dijon, la Gigonne de Lyon ou la Catherine de Vaucelle. Mais ce roi qui fut si souvent calomnié par ses nombreux détracteurs, que l’on a même soupçonné d’avoir fait assassiner Agnès Sorel, la maîtresse de son père, ne prit jamais de favorite officielle. Après un premier mariage contracté en 1436 avec Marguerite d’Ecosse, qui meurt en 1445, Louis XI se remarie en 1451 avec Charlotte de Savoie, et l’on estime que, malgré la laideur proverbiale de cette dernière (selon Philippe de Commynes, « la reine n’était pas de celles où l’on devait prendre tant de plaisir, mais bonne dame »), le roi lui resta en fait exemplairement fidèle, n’ayant connu que quelques « amourettes » entre ses deux mariages.

Son premier amour de jeunesse fut Phélise Regnard (v.1424-1474), fille d'Aymar Reynard seigneur de Saint-Didier, veuve en 1452 d’un écuyer nommé Jean Pic. Phélise aurait donné à Louis au moins deux filles : Guyette, qui sera mariée à Charles de Baillans, secrétaire du roi, et Jeanne, la future Dame de Valognes, née en 1447.

Jeanne était donc nettement plus âgée que ses deux demi-sœurs, les filles légitimes du roi, Anne, née en 1461, et Jeanne (dite Jeanne de France, canonisée au XVIIIe siècle sous le nom de sainte Jeanne de Valois), son homonyme, née en 1464, qu’elle a toutefois étroitement côtoyées et, semble-t-il, beaucoup aimées. Malgré son statut de bâtarde qui la disqualifiait au regard de ses cadettes, son mariage représentait cependant pour le roi un enjeu important, relevant pleinement de la raison d’Etat. Au même titre que le mariage de sa sœur Anne avec Pierre de Beaujeu, héritier en 1488 du duché de Bourbon, l’union de Jeanne avec Louis, le bâtard de cette même maison de Bourbon, servait la politique d’unification nationale menée par le roi, qui voulait s’attacher à tout prix cette puissante lignée de grands féodaux.

Fils naturel du duc Charles de Bourbon, Louis était connu comme un excellent homme de guerre. Selon l’historien du XVIIe siècle Antoine Varillas, « II avait porté les armes dès l’âge de 13 ans. II avait servi d'abord en qualité de simple fantassin, et ensuite on l’avait fait archer d'un homme d'armes dans la compagnie de cent lances du duc de Bourbon. II avait passé de là par tous les degrés, jusqu'à commander durant la guerre du Bien Public toute la cavalerie des princes ligués, à la réserve de celles de Bourgogne et de Bretagne ». C’est précisément par ce que le roi Louis XI avait été impressionné par les qualités militaires de son adversaire lors de cette guerre civile dite du Bien-Public, qu’il choisit aussitôt de s’en faire un allié, en lui offrant pour cela sa fille Jeanne. Toujours selon Varillas, « Le Roy avait une fille naturelle tout à-fait bien faite, que plusieurs cadets de la maison royale avaient en vain recherchée. Il la maria avec le Bâtard de Bourbon et, parce que ce n'était point alors la coutume de donner beaucoup de dot à cette sorte de princesse, le roi y ajouta l’usufruit du Roussillon et de la Cerdagne, le gouvernement de ces deux provinces et la promesse du gouvernement de la première armée que sa majesté mettrait sur pied ».

Les fiançailles de Louis de Bourbon et Jeanne de France eurent lieu dans l'hôtel de ville de Paris, au début du mois de novembre de l’année 1465, donnant lieu selon un témoin à « plusieurs joyeusetés, danses et autres plaisances ». Le mariage fut célébré au mois de février suivant et Jeanne fut légitimée dans la foulée. Sa lettre de légitimation, est datée du 25 février 1466. Elle présente Jeanne à la fois comme « fille naturelle du seigneur Roi, née de lui et de Phelise Regnard, sa maîtresse alors veuve », et comme « épouse de Louis de Bourbon comte de Roussillon » (filia naturalis Domini Regis per eum et Phelisiam Regnard, domicellam, nunc viduam, genita, uxor Ludovici de Borbonio Comitis Rossilionis).

Notons que, si la dote constituée par le roi Louis XI au profit de sa fille Jeanne porte mention des châteaux, villes, châtellenies, terres et seigneuries de Usson en Auvergne, de Cremieu, Moras, Beaurepaire, Vesille et Cornillon au pays de Dauphiné, son trousseau n’intégrait initialement ni la ville de Valognes, ni aucun autre bien en Cotentin. D’après les sources que nous avons consultées, il faut attendre le mois de mars 1469 pour trouver mention du bâtard de Bourbon qualifié à la fois de « comte de Roussillon, amiral de France et seigneur dudit Valognes ».

Conformément aux usages du temps, une fois mariée, Jeanne disparaît pratiquement dans l’ombre de son énergique époux. Sans détailler ici les nombreuses missions militaires et diplomatiques dirigées par Louis de Bourbon, retenons que celui-ci s’impliqua en premier lieu dans la soumission de villes rebelles de Normandie, avant de mener plusieurs ambassades difficiles en Angleterre. « Pour les vertus dont il estoit garny, et aussi parce qu’il avoit espousé la fille naturelle du roy », il reçut à la fin de mai 1466 le titre d’Amiral de France, lui donnant un commandement nominal sur l’ensemble de la flotte royale. En 1467 et 1468 il intervint de nouveau en Normandie, face aux armées coalisées du duc de Berry et du duc de Bretagne, dont il fut victorieux. Louis XI, le jour même de l'institution de son Ordre de Saint Michel, en août 1469, lui donna en récompense l’un des premiers colliers. Il semble probable qu’il reçut la seigneurie de Valognes dans la foulée de ces évènements, en même temps que le gouvernement d'Honfleur et de Granville.

S’étant immiscé dans la politique intérieure, pour le moins tendue et instable, du royaume d’Angleterre, Louis de Bourbon se trouva quelques années plus tard, en position de devoir accueillir et héberger en France le comte de Warwick, le fameux « faiseur de rois » de la guerre des Deux Roses. Rebelle au roi Edouard, ce dernier était venu le 29 juin 1470 se réfugier avec sa flotte dans la baie de Saint-Vaast-la-Hougue. Warwick et sa famille, ainsi que Clarence, le frère cadet du roi, furent alors installés avec leurs soldats et leur suite dans la ville de Valognes, où ils demeurèrent cantonnés jusqu’au 9 septembre suivant. On imagine qu’elle pouvait être le climat d’agitation, sans-doute de tension, dans cette ville qui avait vécu, seulement vingt ans plus tôt, deux sièges successifs et des évènements particulièrement meurtriers lors de l’expulsion des derniers soudards britanniques de la guerre de Cent ans !

Bien qu’il n’ait cessé d’intervenir au service du roi dans les Flandres ou face aux Bourguignons, en dépit également de ses origines bourbonnaises, Louis de Bourbon semble avoir conçu un fort attachement personnel pour le Cotentin. En 1473, on sait qu’il mena différentes manœuvres judiciaires dans l’espoir d’annexer à ses domaines la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, échue au roi depuis la rébellion de Geoffroy d’Harcourt. Autre fait peu connu, ayant acquis en 1473 la baronnie de la Hougue, il s’engagea dans le premier projet raisonné de mise en défense du havre de Saint-Vaast, proposant au roi de faire fortifier le port et lui offrant de construire autour une ville marchande et une grande citadelle. Il y obtint en 1474 la création d’un marché et d’une foire, nourrissant l’espoir de voir le commerce y prospérer grâce aux grands travaux qu’il avait projetés de réaliser. C’est à Louis de Bourbon que l’on doit également, en mai 1481, l’érection du fief du Mesnil-au-Val, créé au profit de Guillaume du Foc, écuyer, capitaine de Cherbourg « à cause des bons et louables et agréables services qu’il avait faits et faisait de jour en jour, tant au roi qu’audit amiral » : il s’agit du manoir où résida (et écrivit !) ensuite son petit-fils, Gilles de Gouberville, l’auteur fameux du « Journal des Mises et Receptes ». En 1479 Louis soutint l’établissement des frères cordeliers, implantés à Valognes depuis 1468, en achetant à leur profit le manoir de Beaulieu, jointif de leur abbaye, à charge pour les frères de « prier pour le repos de son âme ». Nous savons malheureusement peu de choses de l’ancien hôtel de Bourbon, la résidence valognaise de Jeanne de France et de l’Amiral, totalement détruite durant la seconde guerre mondiale, et dont l’emplacement même reste sujet à caution. Les vestiges les plus significatifs de ce très vaste manoir urbain se voyaient au bas de la rue de Poterie, en façade d’un édifice médiéval devenu ultérieurement propriété du seigneur d’Olonde puis des dames Augustines. Orné de niches aux culots sculptés de figures d’anges, la façade de l’hôtel de Bourbon présentait aussi, selon M. Pouchin un relief montrant « un chevalier sur un cheval caparaçonné ». Le fait que Louis de Bourbon ait choisi de se faire inhumer dans l’église des frère cordeliers de Valognes, où il trouva le repos après sa mort survenue le 17 ou 18 janvier 1487, démontre de façon indéniable son attachement pour la ville. Malheureusement endommagé par les Huguenots en 1562 puis détruit à la Révolution, son tombeau ne nous est plus connu aujourd’hui que par un unique dessin du XVIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Jeanne de France – dite Madame l’Amirale - n’apparaît citée durant toutes ces années qu’en de rares occurrences. Tout laisse à penser qu’elle partageait le plus souvent, en compagnie de ses deux demi-sœurs, la vie de cour de la famille royale. Sa résidence est parfois signalée au château de Chinon et, le 24 mai 1481, c’est dans celui de Langeais qu’elle accouche de son fils Charles (décédé sans héritier en 1510). En décembre 1483, suite au traité d’Arras, elle figure au palais royal de Paris, auprès de sa sœur Anne de Beaujeu, pour la réception de la fille de l’empereur Maximilien. Elle résidait à nouveau au château de Langeais en avril 1491, puis au Plessis-Lès-Tours en octobre 1492, pour le baptême du dauphin, s’y faisant remarquer par la richesse des escarboucles et des pierreries ornant sa robe de cérémonie. En janvier 1499 c’est depuis son château du Coudray-Montpensier qu’elle concède à l’hôtel-Dieu de Valognes une acre de terre prise sur le clos du Gisors.

En bonne cheffe de famille, c’est surtout le souci d’assurer un mariage avantageux à ses enfants qui semble avoir occupé ses préoccupations de veuve. Le 2 juillet 1498, elle n’hésite pas à sacrifier la baronnie de la Hougue pour récupérer de l’argent frais, « considérant les grandes charges qu’elle a portées et soutenues pour messeigneurs ses enfants, tant pour le mariage de mesdemoiselles ses filles que pour l’entretenement de Charles de Bourbon, son fils, tellement qu’elle est obligée en de grandes sommes de deniers ». L’an 1500, sans doute toujours par besoin de liquidités, elle fieffait une maison lui appartenant, proche des halles de Valognes. En septembre 1511, elle se mêla du remariage sa petite-fille, Avoye de Chabannes, comtesse de Dammartin, avec Jacques de La Tremoille[1], de beaucoup son aîné, une union financièrement avantageuse, mais des plus calamiteuses si l’on en juge par les scandales qui en découlèrent ensuite (nous savons en particulier qu’Avoye de Dammartin, qui s’était secrètement promise à un autre prétendant, accoucha d’un enfant moins de trois mois après cette union !).

Mère attentive aux intérêts de sa descendance, Jeanne de France ne fut visiblement pas pour autant une belle-mère exemplaire. Le chroniqueur Jehan Leclerc relate en particulier que, non contente d’avoir retenu par devers elle la dote promise à Jean de Chabannes, comte de Dammartin, lors du mariage avec sa fille Suzanne, elle ne pardonna jamais à celui-ci d’avoir servi les intérêts du roi Louis XII au détriment de sa malheureuse sœur Jeanne, au moment de leur divorce. Feignant de vouloir se réconcilier avec son gendre, elle aurait, selon les dépositions recueillies alors, profité d’un séjour à Saint-Fargeau pour le faire mortellement empoisonner par son cuisinier…

L’une des seules marques visibles du mécénat de Jeanne de France en tant que « Dame de Valognes » fut son implication, en 1497, dans la fondation de l’hôtel Dieu, créé à l'initiative de son confesseur, Jean Lenepveu, prestre, bourgeois manants habitant du lieu. Ce dernier avait cédé à cet effet d'une maison et mesnage contenant deux vergées ou viron rüe Levesque bornez par laditte rüe, le douy et le clos du Gisors. Soucieux d’asseoir plus solidement sa fondation, il obtint de Jeanne de France le don d'une acre de terre ou environ pour la fondation de l’hôpital, église, maison Dieu et cimetière, située dans le Clos du Gisors. En retour cependant, Jeanne de France exigea impérieusement de se faire reconnaître l’unique fondatrice dudit hôpital et maison Dieu, avec le privilège de pourvoir et présenter au gouvernement dycelle. Elle demanda aussi à ce qu'elle-même, ainsi que son défunt époux et les membres de sa famille, soient participants à tous les biens, messes, prières et oraisons dites dans la chapelle. Le contrat de donation qu’elle fit établir en date du 28 janvier 1499, précise enfin que cet établissement serait édifié sous l'honneur et révérence de Nostre Dame et de toutte la cour céleste.

On se souvient par ailleurs que le château de Valognes possédait une tour qui, selon le témoignage donné par Jean Lescroël, au XVIIe siècle fut « nommée Madame Jeanne parce qu’elle avait été bâtie par la princesse Jeanne de France ». Selon Nicolas Faucherre, qui est aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes français des fortifications de l’époque moderne, la tour « Madame Jeanne » doit probablement être identifiée avec l’ancien bastion quadrangulaire qui occupait la pointe du flanc nord-est du château. Il s’agissait d’un ouvrage de défense adapté aux tirs d’artillerie, équipé d’après les plans anciens de meurtrières « à la française », dont le profil très ébrasé était sans doute similaire à celui d’une des ouvertures que nous avons pu observer en janvier 2016 sur une portion de cette même courtine nord-est, fortuitement dégagée à l’occasion des travaux de la place du château de Valognes.

Se voyant contestée dans la jouissance de son douaire, Jeanne de France fut contrainte en 1497 de céder ses domaines du Dauphiné afin de conserver les seigneuries de Valognes et d’Usson que son demi-frère, Charles VIII, avait souhaité annexer. Mais bien plus qu’en ses domaines du Cotentin, Jeanne de France semble s’être surtout impliquée dans l’agrandissement et l’aménagement de son château du Coudray-Montpensier, près de Chinon, pour lequel nous possédons le compte détaillé des travaux qu’elle ordonna entre 1489 et 1492. Elle avait aussi un attachement fort pour sa seigneurie de Mirebeau, en Anjou, qui lui fut offerte par sa sœur Anne de Beaujeu, et où elle résidait le plus régulièrement à la fin de sa vie. Tandis que la gestion de ses domaines du Cotentin était déléguée à Jean et Robert d’Anneville, de la famille des seigneurs de Chiffrevast, Madame l’Amirale continuait de soutenir à Mirebeau diverses procédures, toutes plus ou moins infamantes et vexatoires, pour faire valoir ses intérêts à l’encontre de la noblesse et du clergé local (on apprend en particulier comment elle envoya dix hommes armés pour saccager la collégiale de Mirebeau et intimider les chanoines, qui refusaient d’afficher ses armes sur le pourtour de leur église !). En 1505, elle concédait au profit de Jean Jallot, procureur du roi à Valognes, la seigneurie de Beaumont-Hague. Lorsqu’elle fit son testament à Chinon en Touraine, le 7 mai 1515, c’est bien d’ailleurs dans la chapelle des cordeliers de Mirebeau, non à Valognes auprès de son époux, que « cette charitable et vertueuse princesse » (M. Pouchin) choisit d’élire sa sépulture. Elle y fut inhumée l'an 1519, ayant atteint l’âge avancé de 72 ans.

S’il ressort de cette petite étude que Jeanne de France fut bien, par son tempérament, digne des plus belles diaboliques de l’histoire de Valognes, elle n’en resta cependant qu’une résidente des plus occasionnelles.

 

(J. DESHAYES/Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin/2016)

signature autographe de Jeanne de France (collection privée)

signature autographe de Jeanne de France (collection privée)

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 12:10

Dans le cadre des « Dimanches du patrimoine », le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce dimanche 26 mars, une visite guidée consacrée au prieuré de la Luthumière et à la fontaine Saint-Jouvin, sur la commune de Brix.

Fondation de l’époque ducale, la création du prieuré Saint-Pierre de la Luthumière résulte de donations effectuées par la famille de Brix et plusieurs autres seigneurs du Cotentin au profit des moines bénédictins de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Outre la chapelle Saint-Pierre, les frères reçurent le droit d’établir un moulin sur le cours de la rivière d’Ouve, et celui de couper du bois dans les forêts environnantes pour leur chauffage, la construction et l’entretien de leurs bâtiments. Malgré les injures du temps, les différents édifices subsistants sur le site du prieuré témoignent encore assez exactement de l’organisation de ce petit établissement religieux et du mode de vie des quelques moines qui y résidaient.

A la suite du prieuré, le public sera également invité à découvrir la fontaine Saint-Jouvin, lieu d’un culte millénaire voué à un mystérieux saint qui, selon certaines traditions, fut le génial constructeur de la première cathédrale de Coutances.

Cette visite guidée printanière sera exceptionnellement accompagnée par nos amis musiciens de l’association La Loure, qui, du prieuré à la fontaine, nous ferons partager avec délice des chants traditionnels puisés dans la mémoire des habitants du Cotentin.

Cette visite, d’une durée d’environ 2h00 débutera à 15h. Rendez-vous sur le site (stationnement auprès du clos de la fontaine Saint-Jouvin). La visite sera animée par Christine de Gromard et Julien Deshayes.

 

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 2 € pour les étudiants et les personnes sans emploi.

Gratuit pour les moins de 18 ans.

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (en semaine)

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

Du prieuré de la Luthumière à la fontaine Saint-Jouvin, petite promenade musicale avec l'association La Loure

Du prieuré de la Luthumière à la fontaine Saint-Jouvin, petite promenade musicale avec l'association La Loure

Le prieuré Saint-Pierre de la Luthumière et la fontaine Saint-Jouvin de Brix
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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 12:07

 

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:55
Les Dimanches du Patrimoine (novembre 2016 à juin 2017)

Conférences, visites guidées

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20 novembre à 15h – Visite guidée

« Les Femmes de Valognes, à travers l'histoire»

è Parvis de l’église Saint-Malo

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24 novembre à 18h30 – Conférence

« Les fontaines sacrées du Clos du Cotentin »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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4 décembre à 15h – Visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte au Moyen-Âge »

è Office de Tourisme, cour du château

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15 décembre à 18h30 – Conférence

« Valognes et le Clos du Cotentin dans l’œuvre de Félix Buhot »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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18 décembre à 15h – Conférence et visite guidée

« L’église de Magneville et l’art roman en Cotentin »

è Eglise de Magneville

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15 janvier à 15h – Conférence et visite guidée

« Le calcaire d’Yvetot-Bocage et son utilisation architecturale»

è Eglise d’Yvetot-Bocage

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26 janvier à 18h30 – Conférence

« Les prieurés du Cotentin »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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29 janvier à 15h – Conférence et visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte au temps des gabariers »

è Salle des Pompiers, à l’extrémité de la Mairie

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12 février à 15h – Conférence et visite guidée

« La baronnie de Bricquebec au Moyen-Âge »

è Salle de la Gare

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9 Mars à 18h30 – Conférence

« Alexis de Tocqueville, député de Valognes »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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12 mars à 15h – Visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte à la Renaissance »

è Office de tourisme, cour du château

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26 mars à 15h – Visite guidée

« Le Prieuré de la Luthumière et la fontaine Saint-Jouvin de Brix»

(Avec promenade chantée accompagnée par l’association La Loure)

è Parking de la fontaine Saint Jouvin (rte de Saint Jouvin)

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2 avril à 15h – Visite guidée

« L’église de Sottevast et la Ferme de l’abbaye »

è Parking de la Mairie

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9 avril à 15h – Visite guidée

« Alexis de Tocqueville à Valognes »

è Parvis de l’église Saint-Malo

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23 avril à 15h – Visite guidée

« L’église et la chapelle de Hautmesnil, à Saint-Sauveur-le-Vicomte»

è Eglise de Hautmesnil (ou Office de tourisme de St-Sauveur à 14h45)

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30 avril à 15h – Visite guidée

« L’église de Colomby et le Manoir du Breuil »

è Eglise de Colomby

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7 mai à 14h30 – Visite guidée

« L’abbaye de la Trappe de Bricquebec »

! Accès à la visite sur réservation préalable (tél. 02.33.95.01.26- jusqu’au vend. 05/05)

è Parking de l’abbaye, rte de l’abbaye

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21 mai à 15h – Visite guidée

« Rendez-vous dans les jardins Valognais »

è Parvis de l’église Saint-Malo

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28 mai à 15h – Visite guidée

« La chapelle Sainte-Anne et l’ancien presbytère de Montaigu-la-Brisette »

è Parking de l’église de Montaigu-la-Brisette

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4 juin à 15h – Visite guidée

« Les châteaux de la forêt de Saint-Sauveur-le-Vicomte »

è Office de tourisme, dans la cour du château

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18 juin à 15h – Visite guidée

Journée du Patrimoine de Pays

« Croix de chemin et lavoirs de Rauville-la-Bigot »

è Parking de la mairie de Rauville-la-Bigot

 

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Samedi 20 Mai

La Nuit des Musées

Musée Jules Barbey d'Aurevilly de Saint-Sauveur-le-Vicomte

Visite guidée « Une nuit avec Jules Barbey d’Aurevilly »

RV. : 20h30, office de tourisme, cour du château

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Tarif des visites et conférences :

Plein tarif : 4 € - Demi-tarif : 1,50 € - Enfants : gratuit

Renseignements au 02.33.95.01.26 (en semaine) / Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

(Lors des excursions, les déplacements sur les sites se font en véhicules individuels)

Les Dimanches du Patrimoine (novembre 2016 à juin 2017)
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:05
Dixièmes "Dialogues du patrimoine religieux et de la création contemporaine" avec FLorane BLANCHE, artiste plasticienne.

Lors des prochaines Journées européennes du Patrimoine (17 et 18 septembre 2016) auront lieu, dans le cadre de la chapelle Notre-Dame de la Victoire de Valognes, les 10e rencontres du patrimoine religieux et de la création contemporaine.

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L'invitée sera cette année l'artiste plasticienne Florane BLANCHE, pour une installation intitulée "LES MORTS ONT TOUS LA MÊME PEAU", créée spécialement pour cette occasion.

Installation à découvrir durant les deux journées (de 11h à 18h) en présence de l'artiste, et avec les créations sonores de « L’Ecrit du son ».

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RV. Chasse de Chanteloup.

L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....
L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....

L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....

L'AFFICHE : noter, l'installation de Florane Blanche restera visible plusieurs semaines après les Journées du Patrimoine, en particulier à destination des établissements scolaires

L'AFFICHE : noter, l'installation de Florane Blanche restera visible plusieurs semaines après les Journées du Patrimoine, en particulier à destination des établissements scolaires

La Manche Libre, jeudi 15 septembre 2016

La Manche Libre, jeudi 15 septembre 2016

La Presse de la Manche, vendredi 16 septembre 2016

La Presse de la Manche, vendredi 16 septembre 2016

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 11:10
La Prieuré de Morville

Dans le cadre des visites estivales du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin a présenté, le mardi 30 août dernier, une visite guidée consacrée à « L’église et le prieuré de Morville ». Voici le dossier constitué à l'occasion de cette visite guidée sur l'histoire de "La Prieuré", ancienne dépendance de l'hôtel-Dieu de Coutances.

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I – Données historiques :

La propriété connue sous le nom de « la Prieuré », sur la commune de Morville, présente l’intérêt historique d’être assez précisément documentée par des sources anciennes publiées par Paul LECACHEUX ou conservées aux archives départementales de la Manche (nos remerciements à Jérémie Hallais qui nous en a facilité la consultation).

Cet édifice constituait en effet une propriété ecclésiastique, dépendance de l’hôtel Dieu de Coutances, et ce statut a permis la conservation des archives depuis son implantation au XIIIe siècle jusqu’à sa reconstruction à la fin de l’ancien régime.

Le premier acte identifié relatif au prieuré de Morville est constitué par une charte de donation de l’an 1219, par laquelle Herbert de Morville, seigneur de la paroisse, offrait la moitié de l’église de Morville à la maison Dieu fondée par son frère, Hugues de Morville, en sa cité épiscopale de Coutances. Cette donation fut confirmée la même année par Richard de Vernon, baron de Néhou et suzerain d’Herbert de Morville, puis une nouvelle fois en 1221, par l’évêque Hugues de Morville lui-même.

En 1274, cette première donation fut augmentée par la concession de 9 acres de terres offertes à l’hôtel-Dieu de Coutances par Robert Néel, de Morville et son épouse Agnès. Cet acte précise déjà l’existence de maisons, de « masures », de jardins et vergers, prés et terre labourables ou non labourables (« in domibus, masuris, gardinis, hortis, pratis et terris arabilus vel inarabilus »). Sans en reprendre la liste ici, notons que, durant le XIIIe siècle, les frères de l’hôtel Dieu parvinrent aussi à acheter ou se faire offrir d’autres terres ainsi que des rentes sur la paroisse de Morville, afin d’augmenter les revenus de leur établissement .

D’autres concessions antérieures ayant été effectuées au XIIe siècle en faveur de l’abbaye bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la paroisse de Morville se trouva dès lors partagée en deux cures . Cela signifie que le prélèvement des dîmes comme la desserte religieuse de la paroisse étaient partagés entre deux prêtres, le plus souvent des vicaires rétribués exerçant cet office en lieu et place des prêtes « habitués ». En 1332, le pouillé du diocèse de Coutances distingue ainsi la petite portion revenant au prieur de l’hôtel Dieu (« prior et fratres domus Dei Constanciensis sunt patroni ecclesie de Morevilla »), de la grande portion tenue par l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et possédant un presbytère distinct (aujourd'hui "le Vieux presbytère).

En 1451, tout juste à la fin de la guerre de Cent ans, cette situation de partage de la paroisse entre deux établissements religieux engendra un conflit pour la perception des dîmes. Cette procédure précise de façon intéressante que l’un des curés de la paroisse était parti hors de Normandie lors de l’arrivée des anglais, soit 34 ans plus tôt ( !) . Ce différent eut pour conséquence la destruction de la grange aux dîmes, finalement ordonnée en 1458.

En 1477 un échange fut effectué avec Robert d’Anneville, seigneur de Morville, pour permettre aux frères du prieuré de récupèrer une terre jointive à leur domaine, dite se trouver au « Maubute » (auj. le Maubert).

Le 22 janvier 1663, un aveu fut rendu à la seigneurie (devenue fiefferme) de Morville par le sieur Jacques Hamel, prieur et curé du lieu. Celui-ci comprenait alors neuf acres de terre (environ 3 hectares) avec « les maisons dessus estant », qui se consiste « en maison manable, pressoir, grange, étables, compris deux petits jardins potagers et un petit jardin à pommiers (..) jouxte le curé de Morville pour la grande portion, le chemin de Morville au pont au Muey (Moy ?), et autres pièces de terre nommées le vieux presbytère, le petit Maubut (…), pièce de terre seiche nommée La Chaux ».

En 1752 une procédure fut entreprise par le prieur Pierre le Trouy, religieux de l’hôtel Dieu, souhaitant obtenir des paroissiens la restauration à leurs frais des bâtiments de son prieuré qui menaçait ruine. Au terme d’une longue procédure, le procès fut perdu par le prieur, contraint donc de financer lui-même les travaux. De fait, par une lettre du 23 octobre 1773, le prieur s’engageait finalement à faire restaurer « à ses frais et dépens le presbytère dudit Morville, suivant le plan qui en serait donné, selon l’usage, et ce d’ici 2 ans, et faire aussi reconstruire les basses cours dans 3 ans et demi, où les batiments du prieuré seront rendus parfaits à l’hôtel-Dieu ». La date portée visible en façade de la demeure actuelle « PLT 1775 » confirme la véracité de cette source écrite.

Après la Révolution de 1789 et la nationalisation des biens d’Eglise, la commune tenta de récupérer le domaine de l’ancien prieuré en menant à son tour un procès contre l’hôtel Dieu de Coutances. Etant reconnu qu’il s’agissait d’un prieuré dépendant d’une institution charitable, non supprimée par la nouvelle République, la commune fut finalement déboutée. La vente du prieuré par le diocèse ne survint finalement qu’en 1920, au profit de la famille Delacoure, demeurée en possession de cette propriété jusque dans les années 1990.

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II- Description sommaire :

Cet ancien site prioral est formé d’un logis principal dont la façade ouvre au nord-ouest sur une cour partiellement entourée de communs. L’ensemble des constructions est édifié en calcaire local.

Ainsi que l’indiquent les sources historiques et la date portée visible au-dessus de sa porte d’entrée, le logis fut entièrement reconstruit entre 1773 et 1775. Il présente une belle ordonnance classique, avec cinq travées ordonnancées sur deux niveaux plus un étage de combles. Les communs, au nombre desquels peuvent s’identifier l’ancien pressoir, la grange, les étables avec fenil à l’étage, ainsi qu’une remise et un puits couvert en dôme, conservent des éléments antérieurs au XVIIIe siècle, pouvant remonter pour les plus anciens aux XVe et XVIe siècles, mais ils ont été assez largement remaniés lors de la phase de modernisation des années 1773-1776.

A noter, au nord-est de la cour, la présence d’un petit logis secondaire sur deux niveaux, ne comportant que deux travées d’ouverture, avec une porte d’entrée particulièrement soignée, que l’on daterait volontiers, par le détail de ses ornements, de l’extrême fin du XVIIe siècle ou des premières décennies du siècle suivant. L’existence d’une chambre sur cellier dissociée du logis principal pourrait s’expliquer ici par la volonté de dissocier la résidence du prieur de celle des frères du prieuré.

A noter par ailleurs, la capacité que nous avons, grâce aux sources médiévales, à reconstituer la géographie du domaine prioral en le reportant sur le cadastre moderne. Son schéma d’implantation, dessinant une sorte de grand ovale irrégulier et intégrant aussi bien des portions de terres labourables au contact de l’habitation, que des terres de pâture et, probablement, un petit bois, apparaît représentatif des logiques médiévales d’exploitation domaniale.

L'ancien logis du prieur, "camera" dissociée du logis principal.

L'ancien logis du prieur, "camera" dissociée du logis principal.

La perception du bâti ancien doit aussi intégrer l'aménagement des paysages environnants. La Prieuré de Morville se prète à ce type d'approche.

La perception du bâti ancien doit aussi intégrer l'aménagement des paysages environnants. La Prieuré de Morville se prète à ce type d'approche.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:03

~~Les résultats préliminaires de l’étude menée par l’Université de Leicester sur l’histoire génétique de la péninsule du Cotentin ont été présentés à Valognes le jeudi 21 avril 2016.

Les échantillons collectés l’été dernier d’hommes issus de familles solidement ancrées dans la région offrent pour la première fois l’opportunité aux scientifiques d’explorer l’histoire des peuplements de la presqu’île au cours du dernier millénaire à travers le profil ADN de sa population actuelle.

Les personnes qui ont livré des échantillons pour permettre cette étude ont été invitées par M. Richard Jones, le directeur de ce projet, à cette restitution qui aura lieu au cinéma le Trianon à partir de 20h (inutile pour eux de s'inscrire à nouveau !).

Le génotypage de SNP visant à cartographier le génome entier d'un petit échantillon de la population moderne de la presqu'île du Cotentin Résultats Préliminaires, par le prof. Richard Jones.

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Avant-propos :

Avant d’aborder ces données de notre étude ADN, je voudrais remercier le Leverhulme Trust d’avoir financé, et donc rendu possible, la réalisation de ce projet, ainsi que nos partenaires français représentés par le professeur Pierre Bauduin du Centre de Rcherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales à l’Université de Caen, et le CNRS. J’aimerais également adresser des remerciements particuliers à mon collègue et ami, Julien Deshayes, qui a rendu notre tâche possible, grâce à ses efforts considérables en matière de recrutement, de médiatisation locale, de traduction, et de mise à disposition de la Maison du patrimoine. Je tiens également à remercier la presse de son intérêt pour cette étude, et dont les reportages ont entraîné un flux remarquable de demandes de participation. De même, je tiens à remercier Lauren Butler, qui a contribué, une fois de plus, à recueillir les échantillons. Par-dessus tout, je tiens à remercier bien sûr ceux d’entre vous qui se sont portés volontaires pour fournir les échantillons. Comme vous le savez, et pour des raisons juridiques, nous avons été incapables de fournir des résultats individuels à des participants spécifiques. Le retard causé par les cinq mois de négociations juridiques entre les deux côtés a sans doute mis votre patience à rude épreuve. Je vous suis donc vivement reconnaissant d’avoir décidé de mener à bien le projet, et d’avoir eu la générosité d’apprendre à connaître vos histoires individuelles afin de contribuer à une étude qui ajoute aujourd’hui une nouvelle dimension à l’histoire du Cotentin et plus généralement de la Normandie. Vous avez été quatre-vingt-neuf, d’un total de 92 participants, à accepter les nouvelles dispositions en matière de communication des résultats. Cela implique deux choses. D’abord, et sur le plan pratique, le nombre important d’échantillons permet d’obtenir des résultats plus fiables que si le nombre de participants avait été plus restreint. Plus essentiellement encore, ceux d’entre vous qui sont restés dans le projet ont réussi à communiquer un message fort à ceux qui ont remis en question son objectif. Vous avez prouvé par vos actions et vos réponses que la principale motivation derrière votre participation a toujours été de contribuer au progrès général de la compréhension historique de votre région, pour le bien de tous, et non d’établir une certaine base scientifique en vue de faire valoir des revendications à titre personnel et politique. Certains crachent fureur et indignation pour faire valoir leurs opinions ; en crachant, en toute discrétion, dans des tubes à essai, vous avez eu un impact aussi puissant, sinon plus.. Vous pouvez tous être fiers de vous.

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I Historique Génétique :

En ce moment même, d’énormes progrès se réalisent en matière d’ADN ancien. Pourtant, cette science a toujours souffert d’une difficulté à obtenir du matériel exploitable à partir de vestiges archéologiques et à cause du coût important de l’analyse. Il existe par conséquent très peu d'échantillons qui nous permettent d’étudier de manière directe, la composition génétique des populations anciennes. Or la situation évolue rapidement. Il a été démontré récemment qu’un des os du crâne, nommé os pétreux, préserve bien son ADN en étant particulièrement dur et dense. Aujourd’hui, la réduction du coût de l'analyse ainsi que la possibilité d’avoir une source fiable d'ADN ancien, nous permettent de prévoir des découvertes dans le proche avenir. Nous attendons avec beaucoup d’intérêt les résultats sortants des études de Rollo, par exemple, actuellement entrepris par des généticiens Danois et Norvégiens et qui devraient être prêts en automne. Pendant les deux dernières décennies, l'insuffisance d'échantillons d’ADN anciens fiables a poussé les généticiens à développer des méthodes indirectes qui à partir d’ADN moderne explorent les populations historiques. Les deux parties les plus précieuses de notre ADN forment le chromosome Y, qui est transmis de père en fils, et l'ADN mitochondrial qui est transmis par la mère aux descendants des deux sexes. Notre étude s’est jusqu'à présent concentrée sur le chromosome Y. Des examens bien réfléchis sont capables d’identifier les variations dans la composition complexe des chromosomes. Ces variations se produisent au fil du temps sous forme de mutations génétiques causées par plusieurs mécanismes naturels et sociaux, mais aussi par le hasard. Ces variations peuvent être regroupées selon plusieurs critères. Cela permet de classer un individu dans un ‘haplogroupe' particulier, et ceci en fonction du type de variations détectées dans leur ADN. Ces haplogroupes ne sont pas équitablement répartis sur le globe terrestre mais tendent à se regrouper dans des continents particuliers. Ce phénomène est causé par le fait que les mutations sont relativement récentes (au cours des derniers 15000-5000 ans) et ne se sont pas encore bien dispersées géographiquement. Cependant, comme les populations mondiales deviennent plus mobiles, ces regroupements géographiques commencent à se dissoudre. ~~Cette carte montre la répartition des haplogroupes les plus souvent retrouvés en Europe sous forme de pourcentage de la population totale de chacun des pays échantillonnés. Contrairement à l'analyse par échelle continentale, où les différences sont souvent faciles à détecter, l’analyse par échelle sous continentale devient une tâche bien plus compliquée. Nous traitons souvent les proportions relatives d’haplogroupes présents dans une population donnée afin de différencier au sein même d’une nation. Nous constatons que le groupe rose R1b est dominant en Europe de l'Ouest, mais que plus on se déplace vers l'Est, donc l’Europe centrale et orientale, plus le R1A devient fréquent. Une forte agglomération de J2 rouge est observable autour de l’est de la méditerranée, alors que le I1 bleu se démarque au nord de l'Europe. Si nous nous concentrons sur la France, nous constatons qu'environ la moitié de la population appartient à l'haplogroupe R1b, similairement à l'Allemagne, mais qu'il est sensiblement inférieur à celui constaté dans la péninsule Ibérique et chez les Basques, ou en effet parmi ses autres voisins Néerlandais et Anglais. Il y a toutefois des raisons qui justifient le devoir d’être prudent quant à ce type de carte génétiques d’Europe. Tout d'abord, les statistiques d’une base de données nationale risquent de ne pas prendre en considération les importantes variations régionales. Deuxièmement, et d'un point de vue historique, les données ne garantissent pas une représentation totale de la vraie composition génétique des résidents de long terme d’un certain pays surtout lorsqu’elles proviennent de rapport médicaux anonymes et modernes. Ceci dit, ces données sont loin d’être inutiles car elles fournissent incontestablement le cadre dans lequel nous pourrions commencer à expliquer les différences. Il existe d'autres manières pour illustrer ces données. Prenons l’haplogroupe J2 comme exemple. Nous remarquons que la proportion de ce groupe peut atteindre 30-40% de la population en Turquie et au Moyen-Orient. Sa présence reste importante en Italie et en Grèce, mais elle diminue rapidement vers le Nord et vers l’Ouest montrant ainsi une proportion de 1-5% en Normandie, et de moins de 1% en Angleterre. Il semble judicieux dans le contexte de la présente étude, de faire contraste en examinant la distribution de l’ haplogroupe I1. Ce groupe est visiblement le plus fréquent dans les populations modernes de la Suède et de la Norvège et un peu moins dans la population Danoise. Il est également présent parmi les Allemands (1% à 10%) et les Anglais (1% à 7%). Beaucoup moins répandu en France, où l’on retrouve cet haplotype moins qu’une fois sur vingt. La particularité de ce groupe laisse à suggérer la possible origine géographique d'un ancêtre à distance. Il est donc sensé d’adopter l’hypothèse qui trace le mouvement de populations suivant le mouvement d’haplogroupes. ~~Mais cela ne pourrait pas être prouvé définitivement à cause du mélange d’haplogroupes au sein d’une même population. De plus, depuis la totalité du matériel génétique formant un individu, seul le brin d’ADN paternellement transmis et formant le chromosome Y est considéré. D’autres pièces d’ADN comme celles héritées directement de la lignée maternelle pourraient indiquer différentes origines. Il est possible de voir à travers l’arbre généalogique cité comme exemple, la manière dont le chromosome Y passe à travers les générations de père en fils ; mais comment le chromosome Y de certains ancêtres ne figure pas dans la dernière génération. Lorsque nous passons à l'ADN mitochondrial, la situation est presque similaire. Les mères contribuent leur ADN mitochondrial à leur progéniture des deux sexes, sauf que dans ce cas seules les filles pourront retransmettre ce brin d’ADN. En fait, l’entièreté de notre ADN provient d’un mélange complexe et diversifié qui ne permet que très rarement de revenir à un ancêtre en particulier. Il est aussi essentiel de noter que la génétique ne s’exprime ni sur la race, ni sur l’ethnie des personnes en question. La biologie (génétique incluse) ne reconnait pas le système de races : 99,9 % de l’ADN est identique chez tous les êtres humains, nous appartenons tous à une seule race humaine qui ne peut pas être subdivisée racialement. De l’autre côté, l'appartenance ethnique est construite par le social et le culturel ; elle n’est pas une réalité biologique, et ne laisse donc aucune marque visible dans l'ADN d'une personne. Des personnes ayant le même haplogroupe peuvent se définir comme ethniquement différentes entre elles ; alors que des personnes se définissant eux-mêmes ethniquement semblables pourraient avoir différents haplogroupes. Ce ~~sont des choses importantes à retenir lors de l'interprétation de tout résultat génétique, de sorte à pouvoir dévoiler toute ignorance ou intention de falsifier les preuves en tentant d’associer ceci à une différence raciale. L'art du généticien de populations réside dans l'interprétation de ses résultats. Ceci est mieux réalisé lorsque les résultats sont regroupés et non pas traités isolément, car les familles ayant des historiques complexes pourraient influencés les chiffres de manière significative. Alors que si les résultats sont étudiés en masse, une image claire de la composition génétique de la population et les contributions relatives d’haplogroupes (possiblement de différentes origines géographique) apparaît. C'est particulièrement le cas lorsqu’une population montre une proportion d’haplogroupes plus importante que prévu, et au-delà de sa répartition géographique attendue. Dans des situations pareilles, les généticiens peuvent aller rechercher les raisons dans l’histoire, chez les populations dotés d’un passé migratoire évident, afin d’expliquer ces anomalies génétiques apparentes. Compte tenu l'histoire connue de l'Angleterre, par exemple, nous pouvons nous attendre à voir une "contribution" Germanique par la colonisation des Anglo-Saxons après la période Romaine. Nous prenons compte de ces attentes. Mais encore plus, ce n’est qu’en examinant la proportion de ceux ayant les marqueurs d'ADN potentiellement d’origine Anglo-Saxonne, que nous pouvons commencer à évaluer l'ampleur de la colonisation. Une question à laquelle ni l'histoire, ni l'archéologie n'ont pu répondre. Est-ce que l'invasion Anglo-Saxonne était une prise de charge de l’élite ? Ou a-t-elle causé la migration massive des gens ? Et là où l'ADN mitochondrial a été examiné, s'agissait-il des femmes (si oui, combien) ainsi que des hommes ? Nous pouvons poser les mêmes questions que celles posées face aux autres mouvements migratoires historiquement prouvés, comme par exemple ici en Normandie. Pouvons-nous détecter une signature génétique des Vikings ? Si oui, à quel degré ? Comment les résultats de Normandie se comparent à ceux venant d'autres territoires touchés par la diaspora Scandinave à la fin du premier millénaire avant notre ère ? Y’a-t-il des différences évidentes dans la structure génétique des Anglais, des Irlandais, des Écossais et des Normands qui pointent vers différentes échelles et intensités de colonisation Scandinave ? Est-il possible de séparer la contribution Danoise de celle Norroise Viking ? Ces sont des questions intéressantes et importantes. Mais ce sont aussi des questions sur lesquelles il est difficile d’y répondre. Nous faisons un énorme saut de croyance lorsque nous expliquons une distribution génétique moderne par des processus historiques. Il existe un énorme fossé à combler entre des événements qui ont eu lieu depuis mille ans, et le présent. La génétique historique ne peut qu’offrir un ensemble de possibilités, des probabilités occasionnelles, mais jamais des certitudes. Il est important de reconnaître que l’histoire des population d’Europe de l'ouest, et particulièrement de Normandie, est extrêmement complexe. Toutes les régions ont connu des vagues successives d'immigration au cours des siècles. Il n’est pas facile d’isoler la contribution d'une seule population au sein de mouvements de populations tellement fluides. La tâche devient plus difficile par le fait que même si nous avons souvent affaire à des épisodes historiques distincts, beaucoup d’individus ont du matériel génétique en commun. Il est difficile par exemple de confirmer si l'origine d'un haplogroupe particulier dans une certaine région vient des tribus Germaniques, ou ultérieurement avec les Anglons-Saxons, ou encore plus tard avec les Danois. Génétiquement tous ces gens sont très similaires. La génétique historique est donc pleine d'incertitudes, mais elle reste notre meilleure méthodologie disponible, d’ici jusqu'à la sortie en masse des études d’ADN ancien. Nous pouvons prendre des mesures, comme nous l'avons fait ici en Normandie, pour veiller à ce que notre échantillon nous donne les meilleures chances de succès. Il a été démontré ailleurs, que des résultats plus significatifs peuvent être obtenus par échantillonnage des individus ayant une association familiale avec leur région. C'est la raison derrière le critère de sélection qui a limité les participants à ceux qui sont nés dans un rayon de moins de 50 km de la ville natale de leurs quatre grands-parents. Une résidence stable au cours des trois dernières générations est souvent indicatrice d'une plus longue histoire de la famille dans cette région en particulier. Tous ceux qui ont participé à ce projet respectait ce critère. Il est cependant très difficile de retrouver ces personnes en Angleterre, car la population est devenue beaucoup plus mobiles au XVIIIe siècle en conséquence à la révolution industrielle. Bien que cette différence marquée entre les deux côtés du canal n’était pas attendue, cela ne signifie pas forcément que la France, ou du moins certaines de ses régions, offrent un meilleur environnement d'échantillonnage pour cette étude qu’en Angleterre. Deuxièmement, parce que notre intérêt se concentre sur le chromosome Y, transmis de père en fils, nous avons ajouté les noms de familles comme autre dimension à notre sélection, car ils sont aussi transmis via la lignée paternelle. C’est aussi parce que nous nous intéressons à la contribution Vikings dans le Cotentin que notre intérêt se concentre sur les patronymes Scandinaves en particulier. L’obligation juridique de rendre les échantillons anonymes, nous a privés toutefois de comparer ces derniers avec ceux dont les noms de famille n’indiquent aucune origine Scandinave. Mais ce processus de sélection aurait biaisé l'échantillon. C’est en effet chez vous, les participants, qu'il nous est le plus possible de détecter une contribution Scandinave à l'ADN de la population moderne du Cotentin.

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II Les Résultats :

Voici les résultats de l'étape préliminaire d’analyse sortant de votre ADN. Je voudrais les décrire brièvement ainsi que la manière dont ils sont interprétés par les généticiens qui traitent le sujet d’Histoire. Je tiens ensuite à comparer nos résultats à d'autres échantillons disponibles et venant du reste de l'Europe. Nous allons voir comment ceci va permettre de voir si votre ADN est inhabituel et va aider à identifier d’autres régions ayant des profils similaires, ou souvent très différents. Enfin, je listerai les analyses futures que nous avons l’intention de faire pour affiner les résultats, en espérant de mettre plus de précisions à un tableau complexe. Ce n'est pas la fin du processus analytique. En fait, ce n'est que le début. La loi française nous empêche malheureusement de vous dire où dans l'organigramme votre ADN a contribué. Néanmoins vous êtes là, et ensemble, vous avez aidé à créer ce premier aperçu des profils génétiques de la population moderne de la péninsule du Cotentin. Ce diagramme en camembert représente le groupement des résultats sortant de l’analyse des 89 échantillons. Chacune des sections représente un haplogroupe différent du chromosome ~~spécifique aux mâles. Il est important de rappeler qu’en tant que participants individuels, vous appartenez à une seule des sections identifiées dans le diagramme. Plus le nombre de personnes appartenant à un haplogroupe particulier est grand, plus la taille de la section dans le camembert est grande. L'ensemble des résultats ici est exprimé en pourcentage du total plutôt qu’en nombre d'échantillons individuels. Le plus important segment du graphique, et de loin, représente l’haplogroupe R1b (52 personnes; 59 % des échantillons). C'est le type de chromosome Y le plus répandu en Europe du Nord et de l’Ouest. Comme vous pouvez le voir sur cette carte, sa fréquence géographique forme un gradient qui augmente sur un axe partant du sud-est vers le nord-ouest ; de la Turquie vers l'Irlande. Son origine revient à une expansion médiée par les mâles pendant l'âge de Bronze, il y’a environ 4000 ans. Des éléments de preuves d'ADN ancien et moderne suggère que les bergers de la région des steppes au nord de la mer Noire ont immigré en Europe en apportant cette haplogroupe, et aussi une nouvelle technologie pour l'usage des métaux. Certains chercheurs croient que ces migrants ont même importé la famille linguistique indo-européenne qui domine l'Europe d'aujourd'hui. Cette haplogroupe peut être utile pour étudier les contributions des Vikings Norvégiens et Danois à la Normandie mais un travail plus détaillé reste nécessaire pour subdiviser ce grand groupe. Nous pourrions noter, cependant, qu'ici dans le Cotentin, le pourcentage de R1b est légèrement plus faible que prévu. C'est parce qu'ici d’autres haplogroupes jouent un rôle plus important. ~~Le deuxième groupe en importance est I1 (11 individus, 13 % de l'échantillon). Tout comme le R1b, il vient aussi d’une "jeune" lignée, descendant d'un homme qui vivait il y a environ 4000 ans. L’haplogroupe I1 est très fréquent en Scandinavie (plus de 45 % de la population appartiennent à ce groupe génétique dans certaines régions), et donc nous pouvons pour l’instant suggérer une possible ascendance Viking en Normandie. Nous pouvons voir, à partir de cartes génétiques européennes, que notre échantillon donne près de trois fois le nombre prédit d’individus I1. Cependant, certaines populations Germaniques ont aussi des fréquences comparables à celles observées en Normandie. Nous avons examiné ce dernier groupe de plus près. Les généticiens produisent des réseaux qui placent les échantillons individuels d’une certaine origine géographique au sein de son propre groupe. D’autant qu’ils sont positionnés proche l’un de l’autre, d’autant le lien de parenté est grand. Nos échantillons de Normandie ne sont pas agglomérés, résultat indicatif d’un ensemble hétérogène plutôt qu’un groupe homogène. En d'autres termes, les haplogroupes I1 en Normandie auraient différentes origines. Lorsque nous examinons les "empreintes" sous-jacentes de l’haplogroupe I1, certains des chromosomes Y Normands montrent une affinité avec les Germaniques, tandis que d'autres révèlent une affinité avec les Scandinaves. Ceci pourrait suggérer une contribution mixte en Normandie dans le passé.

~~D’autres haplogroupes, moins représentatifs au sein de notre échantillon, pointe aussi dans une direction d’origines Germaniques ou Scandinaves. I2 vient d’une lignée ancienne qui apparut au paléolithique il y’a 14,000 ans. Cet haplogroupe est le plus fréquent dans le sud-est de l'Europe, et il est retrouvé chez trois participants de la Normandie. Toutefois nos échantillons s’identifient beaucoup plus étroitement avec la sous-clade I2a2. Aujourd'hui, la fréquence de I2a2 est à son sommet dans le centre et le nord de l'Allemagne (10-20 %), les Pays-Bas (10-15 %) ainsi que dans ~~le nord de la Suède. I2a2 est également constaté dans 3- 10% des habitants du Danemark, de l'est de l'Angleterre et le nord de la France. Il est plus rare en Norvège, à l’exception du sud, où l'influence Danoise fut forte historiquement. R1b-M222 est un haplogroupe pour lequel il n’existe pas de carte Européenne. Nous avons créé un réseau à cette jeune lignée, généralement considérée comme caractéristique de l'Irlande. Sa fréquence là-bas, 26%, est inhabituellement élevée. Retrouvé chez trois participants de la Normandie, il indique une possible migration Irlandaise, peut-être Hiberno-Norroise, dont la présence peut être expliquée par certains noms de lieux dans le Cotentin. Cependant, la lignée est également retrouvée à faible fréquence dans d'autres régions Françaises et dans les Pays-Bas, chose qui demande précaution dans l’interprétation. Au moins un de nos R1b-M222 Normands s’aligne avec des exemples Irlandais. Aujourd'hui, plus du quart d’hommes Norvégiens portent le ‘jeune’ haplogroupe R1a, et sa présence à l’extérieur de la Scandinavie est souvent considérée comme preuve d’une migration Viking. Cette lignée est toutefois rare en Normandie : seulement 2 des 89 participants. Ceci pourrait être à l’encontre d’une contribution Norroise, constatation qui aurait une potentielle importance historique et à laquelle je reviendrai plus tard. Certes, l’examen du réseau R1a de plus près, montre que les deux Normands ne sont pas étroitement liés au groupe principal Scandinave représenté en violet. L’haplogroupe N est une lignée commune dans le nord-est de l'Europe, particulièrement à l'est de la mer Baltique. Il est est rare dans la péninsule Scandinave, et il est tentant de spéculer que le seul exemple en Normandie pourrait représenter un migrant Viking.

~~Nous pouvons passer maintenant aux haplogroupes qui pointent dans d'autres directions. Le troisième groupe le plus grand (5 personnes ; 6 % de l'échantillon) est représenté par l’haplogroupe E3b. Cette lignée remonte à il y’a environ 15 000 ans et comme indiqué par ces deux cartes, elle se concentre dans la Méditerranée. Parmi notre échantillon, on peut identifier deux sous-groupes : trois de nos échantillons peuvent être classés comme E-V13, prédominant dans les Balkans, tandis que les deux autres appartiennent à E-M81, une lignée d'Afrique du Nord. Comme vous pouvez le voir dans le graphique, ces deux haplogroupes sont rares en Europe de l'Ouest, et E-M81 est en effet extrêmement rare. Toutefois, environ 1 à 10 individus mâles de la population Portugaise appartient à cet haplogroupe, ce qui rend possible l’hypothèse d’une migration récente en Normandie via les liens commerciaux maritimes. Par contre, les déclarations de l'historien du dix-neuvième siècle Elisée Reclus dans l'Homme et la Terre disant que "les habitants [de Granville] sont considérés par certains d’être de descendance Ibérique" ne sont pas admises en générales par les historiens qui ne trouvent dans les listes de noms enregistrés, aucune preuve de résidents Espagnols ou Portugais. La détection de ces deux haplogroupes dans nos échantillons reste un mystère.

~~L’apparition de l’haplogroupe G dans nos échantillons est tout aussi inattendue, et certainement à la fréquence dans laquelle il est retrouvé (4 individus; 5 % de l'échantillon). Cet haplogroupe est rare dans l'ouest de l'Europe (généralement moins de 5 %), et comme le montre cette carte, il est le plus commun dans certaines régions Méditerranéennes particulièrement à l’est de la Turquie, en Géorgie, et en Arménie. Similairement à l’haplogroupe I, il reflète la présence de la population autochtone en Europe avant l'âge Néolithique (estimée à environ 19 000 ans). Sa forte présence en Normandie est surprenante. Le lieu d’origine possible le plus proche est la Sardaigne, sauf que je ne suis au courant d'aucun des liens historiques étroits entre la Normandie et cette île. L’haplogroupe G n’est pas commun en Sicile et dans le sud de l’Italie, mais suffisamment présent pour que ces lieux restent une origine potentielle du G retrouvé récemment dans le Cotentin. J1 est très fréquent dans le Moyen-Orient et en Afrique du Nord, mais rare en Europe à l’exception du Sud. Il reste surprenant de trouver deux exemples J1 en Normandie. J2 est plus étroitement associé avec la Turquie et le Moyen-Orient. Nous avons un ou peut être deux exemples de cet haplogroupe dans nos échantillons. Trois de nos échantillons sortent suffisamment des normes attendues, empêchant donc leur classification dans un haplogroupe défini. L’un de ces dernier montre une affinité étroite avec J2, l'autre avec I1, tandis que le troisième pourrait représenter un nouveau type génétique non identifié auparavant.

~~Pour mieux comprendre ces résultats, il est utile de les comparer avec d’autres études. L'étude de l'ADN effectuées sur la Péninsule de Wirral dans le nord-ouest de l'Angleterre est la plus proche de la nôtre en termes de méthodologie. Cette zone est connue historiquement (noms de lieux comme éléments de preuve) d'avoir été colonisées par les Nordiques à la fin du premier millénaire après JC. Les chercheurs en question ont ont entrepris une analyse basée sur les noms de familles (comme cela a été notre première intention) ainsi qu’un l'examen de la population moderne dans son ensemble. Certaines constats peuvent être faits : Tout d'abord la variation génétique présente en Normandie est significativement plus grande que dans la région de Wirral. Toutefois, les résultats se rapprochent là où les pourcentages peuvent être vérifiés. Ainsi, parmi la population du Wirral, 69 % appartiennent à R1b, tandis que pour la Normandie ce chiffre est de 62 % (si on inclut R1b-M222). Pour l’haplogroupe I, les pourcentages sont respectivement de 23 % et 17 %, de 4 % et 2% pour R1a, et de 3 % et 6 % pour E3b. Lorsque les résultats du Wirral résultats ont été examinés par l'historique des noms de famille, la plupart des haplogroupes ont maintenu leurs fréquences initiales, mais R1b a chuté de 69% à 62 %, et I a chuté de 23% à 14%. Par contre, R1a a augmenté considérablement, passant de 4 % à 14%. Ceci est très significatif, étant donné que R1a lorsqu’en dehors de la Scandinavie est souvent représentatif d’une migration Viking. C’est en effet une raison pour remettre en question l’importance de la contribution Norroise dans la péninsule du Cotentin. D’autre part, il aurait été très utile de comparer le marqueur Hiberno-Norrois R1b-M222 et le marqueur RIa tous deux présents dans l'échantillon de Normandie, avec les noms de famille pour tester l’association marqueur génétique-nom de famille Scandinave. Malheureusement, jusqu'au jour où les règles affectant l’étude génétique de populations changent en France, il ne serait pas possible de savoir. Nous sommes donc laissés à devoir comparer nos résultats de Normandie avec d'autres résultats venant de populations dans toute l'Europe. Et ceci doit être traité avec prudence car la manière dont ces résultats ont été compilés est très différente. Il serait donc possible que parfois nous ne comparons pas directement le comparable. Malgré ces problèmes potentiels à résoudre, nous avons généré une carte qui montre les profils de base résultants de la Normandie plus alignés avec les pays de l’Europe du nord plutôt qu’avec ceux du sud.

~~Ceci est dût en particulier à cause de la faible fréquence de l’haplogroupe I1 dans les échantillons du sud. Nos échantillons du Cotentin ressemblent donc le plus ceux provenant de la Baie de Somme, des Pays-Bas et la Belgique, et ne sont pas différents des résultats du centre et du sud de l'Angleterre. La séparation génétique entre la Normandie et la Bretagne devient plus claire. En effet, il est frappant de constater à quel point ces deux duchés semblent être génétiquement différents. La différence la plus grande réside dans la présence beaucoup plus élevée de J1 (‘jeune lignées' Germanique/Scandinave) et de G (‘ancienne lignée’ dans le Caucase) dans la population Normande, qui sembleraient remplacer R1b. En bref, la Bretagne s’associe avec Cornwall et d'autres parties de la soi-disant "frange Celtes" y compris le Pays de Galles et l'Irlande. Donc, en dépit de leur proximité et leurs quelques quelques histoires partagées, l’étude suggère différentes histoires génétiques pour ces deux populations. Une évaluation statistique peut tester cette différence. Ce graphique représente les similarités et les différences des échantillons régionaux et nationaux selon deux axes. Il regroupe les camemberts nord-ouest Européens comme statistiquement indiscernables, en les plaçant dans le même quadrant comprenant les résultats Scandinave tout en démontrant une différence qualitative attendue entre les deux groupes. L’éloignement de la Norvège du Danemark et de la Suède est à noter. La Bretagne s’aligne avec d'autres échantillons Français de l’ouest du littoral et reste proche de de l'Irlande et le Pays de Galles. Elle est significativement différente des échantillons provenant du sud-ouest de la France et le Pays Basque.

~~Que devrons nous faire alors de nos résultats du Cotentin ? D'abord, nous ne sommes pas surpris par la diversité génétique au sein de notre échantillon. Nous savons que l'histoire du peuplement de la Normandie est complexe. Que cela se reflète dans l'échantillon est à bien des égards rassurant. Nous savons peu de choses sur la préhistoire, mais la présence d'anciennes lignées d'ADN nous ramène un long chemin dans le temps. Pour les périodes historiques, nous pouvons être plus certain : occupation gallo-romaine, migrations germaniques, connexion des deux rives du canal qui est attestée par les noms de lieux Anglo-saxons, et colonie Scandinave. Puis nous avons la complexité ajoutée pendant le deuxième millénaire AD, lorsque le mouvement de populations est devenu de plus en plus important et l'ADN s’est entremêlé entre individus. C'est ce que nous dit cet échantillon.

~~Deuxièmement, nous pouvons voir que la Normandie se tourne vers le nord. Sa population et son histoire culturelle appartiennent, au moins en général, au nord-ouest de l'Europe centrée sur la mer du Nord et le canal. Mais ce qui peut être encore plus fascinant, c’est que les haplogroupes les moins représentés sont plus fréquents que prévu, et indiquent des origines autour de la Méditerranée, y compris l'Afrique du nord, et s'étendent plus loin vers l'est dans le Moyen-Orient et l'Europe de l'est. La Normandie est donc une connexion nord-sud européenne. Rome explique la relation avec le sud, de même que les avoirs fonciers Normands en Sicile, ainsi que l’engagement historique dans les croisades qui s’éloigne plus encore vers l'est. La mer ouvre aussi à la Normandie d'autres routes le long desquelles de l'ADN aurait pu être transmis à différents moments par différentes interactions. Il est intéressant de noter que malgré les attentes que ceci se reflète aussi chez les Bretons, il ne l'est pas. Enfin, qu’en est-il des Vikings ? Il est frustrant que l'échantillon soit ambiguë. Sauf qu’il est aussi très tentant de considérer le fort signal de I1 comme marque laissée par les Vikings en Normandie, où il se trouve présent approximativement dans les mêmes proportions que celles observées chez d’autres populations ayant un historique Viking connu. Si ceci est vrai, alors la colonisation a apparemment eu lieu à une échelle de temps similaire, par exemple, à celle du Danelaw Anglais. Que nous ne voyons pas une forte signature Norroise, si I1 peut être interprété tel, tend vers l'implication Danoise plutôt que Vikings Norroise ici dans le Cotentin. Mais la présence de R1b-M222 nous donne la possibilité d'un lien pour les Norrois, possiblement venant en deuxième diaspora via l'Irlande plutôt que directement à partir de leur pays d'origine. Dans l'affirmative, cela peut révéler une longue période de colonisation Scandinave directe et indirecte pendant quelques centaines d'années. Mais comme tout en génétique de l’histoire des populations, ces conclusions doivent être prises avec prudence. I1 pourrait aussi représenter l'empreinte de tribus Germaniques plus anciennes ou en effet un accouplement entre populations Anglo-Saxonnes. Quelle est la prochaine étape ? Il y a clairement beaucoup de travail à faire. A l’heure actuelle, l’image reste extrêmement floue. Pour aller plus loin, nous effectuons en des analyses du chromosome Y plus poussées afin de mieux définir les haplogroupes, identifier d'éventuelles sous-clades, et créer des réseaux qui aident à identifier plus clairement et de manière précise les origines géographiques. Nous allons également effectuer une analyse de du génome qui est partagé entre les mâles et les femelles, et hérité des deux parents. Ces expériences clarifieront aussi la contribution de l'ADN mitochondrial, transmis seulement des mères à leurs enfants. Ceci ouvrira vos arbres généalogiques vers des parties qui sont à l’heure invisibles. L'ADN mitochondrial est très difficile à analyser, car il s’agit de plusieurs brins d'ADN hérités plutôt que la seule lignée du chromosome Y. Enfin, les données génétiques que vous nous avez aidés à générer depuis la population moderne de Normandie reste une ressource précieuse permettant de comparer l'ancien matériel génétique de squelettes de l'époque viking si ce dernier est généré à l’aide des nouvelles méthodes de séquençage d’ADN actuellement disponibles. La connaissance de l’histoire génétique de la Normandie n’est qu’à ses débuts.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 14:25
EXPOSITION : La Pierre de Valognes, 2000 ans d’extraction et de création

L'exposition estivale présentée à la Maison du Patrimoine de Valognes aborde l'histoire de l’utilisation de la "pierre de Valognes" qui, depuis l’antiquité romaine jusqu’à la Reconstruction de l’après-guerre, a permis d’édifier l’ensemble des édifices de la ville, depuis les modestes demeures d’ouvrier jusqu’aux grands hôtels urbains.

Ce matériau, jadis vendu et exporté dans toute la presqu’ile du Cotentin, servit aussi à produire de la statuaire religieuse et des décors funéraires. L’organisation des chantiers, le travail des carriers et des tailleurs de pierre y sont aussi abordés en douze panneaux illustrés.

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EXPOSITION VISIBLE EN SEMAINE A LA MAISON DU PATRIMOINE DE VALOGNES, accès libre et gratuit.

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