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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 10:23

Dans le cadre des "Visites estivales", Julien Deshayes, animateur de l’architecture et du patrimoine du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin proposera, le jeudi 20 juillet prochain, une conférence sur le thème "le Cotentin des vikings".

 

Chacun sait que le Cotentin fut profondément imprégné par l'implantation de colons scandinaves, venus s'établir sur son territoire à la fin de l'époque carolingienne. Objet d'une fascination partagée par de nombreux historiens, ce "Cotentin des Vikings" fut et demeure bien souvent largement idéalisé et fantasmé. L'héritage littéraire des chroniqueurs normands n'étant pas exempt de réinterprétation ou de manipulation politique, il s'avère souvent difficile, de fait, de rétablir des données objectives et d'évaluer de façon sereine la nature de ces peuplements. La tendance actuelle des universitaires étant plutôt à l'hypercriticisme et à la remise en question de la réalité même d'implantations humaines significatives, il convient de s'avancer en ce domaine avec une certaine prudence.  Puisant dans les sources écrites contemporaines de ces évènements, le conférencier s'efforcera de rétablir une chronologie exacte et de préciser quel fut le destin du Cotentin durant cette époque, qui correspond aussi à la naissance de la Normandie. Insistant notamment sur le rôle que certains "rois des mers" ont pu jouer dans notre histoire locale, il rappellera aussi que cette présence scandinave s'est parfois opposé à celle des bretons, dont la mainmise s'exerça chez nous durant une assez longue période. Avec le support d'illustrations, il tentera enfin d'évaluer la nature précise des peuplements scandinaves du Xe siècle et explorera certains aspects encore méconnu du legs archéologique et culturel laissé par les scandinaves sur le sol du Cotentin.

 

 

La conférence aura lieu dans la salle Paul Eluard du centre culturel de l'hôtel Dieu de Valognes, à 19h.

Tarif adultes = 4 € par adulte, étudiants = 2,00 €, gratuit pour les personnes sans emploi et les moins de 18 ans.

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:09
Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin : Les visites estivales 2017

Les dimanches du patrimoine

Chaque dimanche des mois de juillet et août sera consacré à la découverte d’une ville, d’un quartier, ou d’un édifice majeur. Les rendez-vous sont fixés à 17h.

 

 

Dimanche 23 juillet

L’Abbaye Ste Marie-Madeleine Postel de St-Sauveur-le-Vicomte.

Fondée au XIe siècle, l’abbaye bénédictine de St-Sauveur connait son renouveau au XIXe siècle, sous l’impulsion de Marie-Madeleine Postel et de sa communauté.

è  Sur place, route de l’abbaye.

 

Dimanche 30 Juillet

L’ancienne abbaye bénédictine royale de Valognes

Joyau de l’architecture baroque du XVIIe siècle.

è Parking de l’hôpital, 1 rue du 8 Mai

 

Dimanche 6 août

Le château du Lude

à St-Sauveur-le-Vicomte

Un château de contes de fées au Pays de J. Barbey d’Aurevilly.

è Office de Tourisme, cour du château

 

Dimanche 13 août

Belles demeures de Bricquebec : L’atelier du peintre Michel Folliot

Dans le cadre de la rétrospective consacrée à l’artiste en août 2017.

è Office de tourisme, place Ste-Anne

 

Dimanche 20 août

Valognes à la Renaissance

Le Valognes du XVIe siècle avec un guide nommé Gilles de Gouberville

è Place du château

 

Dimanche 27 août

La Noblesse valognaise

Aristocratie et hôtels particuliers du Petit Versailles Normand au siècle des Lumières.

èPlace du château

 

 

 

Visites « A l’ombre des Clochers »

Les déplacements sur sites lors des excursions se font en véhicules individuels. Les rendez-vous sont fixés à 15h.

 

Mardi 25 juillet

L’église St-Grégoire et le château de Sauxemesnil

è Eglise de Sauxemesnil

 

Mardi 1er août

L’ancienne chapelle de Hautmesnil et le manoir Desmaires

è Office de tourisme de St-Sauveur-le-Vte, cour du château

 

Mardi 8 août

L’église et le manoir du Danois au Vrétot

è Eglise du Vrétot

 

Mardi 15 août

L’église de Tamerville et le château de Chiffrevast

è Eglise de Tamerville

 

Mardi 22 août

L’église et le château de Sainte-Colombe

è Eglise de Ste Colombe

 

Mardi 29 août

Le village de l’Etang Bertrand et la chapelle Ste-Anne de Bricquebec

è Eglise de l’Etang Bertrand

Les excursions thématiques

Itinéraires d’une durée de 2h30 à 3h en véhicules individuels (possibilités de covoiturage).

Les rendez-vous sont fixés à 15h

 

Jeudi 27 juillet

« L’architecture gothique du Clos du Cotentin »

è Valognes, Place du Château (devant la salle)

 

Jeudi 10 août

« Trésors de la Renaissance en Clos du  Cotentin »

è Office de tourisme de St Sauveur le Vte, cour du château

 

Jeudi 24 août

« Les évènements de juin 1944 en Clos du Cotentin »

è Office de tourisme de St Sauveur le Vte, cour du château

Les Chasses au Trésor

 

Des animations destinées aux damoiseaux et damoiselles de 6 à 12 ans, pour découvrir en s'amusant les châteaux du Moyen âge. Sur inscription préalable par téléphone (tél. 02 33 95 01 26 - en semaine).

Les rendez-vous sont fixés à 15h

 

Au château de St-Sauveur-le-Vte

Les mercredis 9 et 30 août

è Office de Tourisme, cour du château

 

Au château de Bricquebec

Les mercredis et 2 et 23 août

è Office de Tourisme, place Sainte-Anne

 

Aux thermes d’Alauna

Les mercredis 26 juillet et 16 août

è parking de la piscine, rue Pierre de Coubertin

 

EVENEMENTS

 

Jules Barbey d’Aurevilly

Alexis de Tocqueville

 

CHOIX DE LECTURES

Avec le

Théâtre en Partance

 

Les rendez-vous fixés à 20h30

 

Mercredi 2 août 

Barbey d’Aurevilly, « Le Rideau cramoisi » (Les Diaboliques)

è Valognes, Hôtel Dieu

 

Mercredi 9 août 

Barbey d’Aurevilly, « Memorandum pour l’Ange Blanc »

è St-Sauveur-le-Vicomte, musée J. Barbey d’Aurevilly

 

Mercredi 16 août

Barbey d’Aurevilly, « La Vengeance d’une femme » (Les Diaboliques)

è St-Sauveur-le-Vicomte, musée J. Barbey d’Aurevilly

 

Mercredi 23 août 

Alexis de Tocqueville, « Quinze jours dans le désert »

è Valognes, Hôtel-Dieu

« Contes et légendes aux Roches »

 

Spectacle nocturne

aux roches de Rocheville

Le samedi 5 août

(à partir de 19h)

Rdv sur le site des Roches

Organisé par la bruyère Rochevillaise et les Amis réunis, en partenariat avec le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin.

Concert de Théo Capelle et Dany Pinel en préambule

Avec restauration et buvette sur place

 

Visites nocturnes théâtralisées

Des visites nocturnes originales et conviviales pour découvrir, la nuit tombée, les forteresses médiévales et les villes du Clos du Cotentin.

Les rendez-vous sont fixés à 21h

 

Saint-Sauveur-le-Vicomte

Vendredi 28 juillet

Visite nocturne sur les pas de Barbey d’Aurevilly

 

Saint-Sauveur-le-Vicomte

Les vendredis 11 et 25 août

Visites nocturnes du château fort de Geoffroy d’Harcourt, enjeu des âpres combats de la guerre de Cent ans.

è Office de Tourisme, cour du château

 

Le château de Bricquebec

Les vendredis 4, 18 août et 1er sept

Visites nocturnes de la forteresse du Chevalier au vert Lion et de son donjon vertigineux.

è Office de Tourisme, place Ste-Anne

 

 

 

Les Conférences estivales d’histoire locale

Les conférences débutent à 19h.

 

Jeudi 20 juillet

« Le Cotentin des Vikings »

è Valognes, Hôtel Dieu

 

Jeudi 3 août

« Lessay et l’art roman du Clos du Cotentin »

è Valognes, Hôtel Dieu

 

Jeudi 17 août

« Une œuvre d’Auguste Rodin : le buste de Barbey d’Aurevilly »

è Valognes, Hôtel Dieu

 

Jeudi 31 août

« La statuaire de la Renaissance en Cotentin »

è Valognes, Hôtel Dieu

Expositions temporaires

 

 « Châteaux et nobles demeures au pays de Jules Barbey d'Aurevilly »

 

Musée Jules Barbey d’Aurevilly, Du 26 juillet au 16 septembre

è Rue Bottin Desylles à

St Sauveur le Vicomte

 

château de Bricquebec

« Le Vert-Lion »

Chevaliers de Normandie et de Sicile au temps des Ducs de pierre.

Œuvres de Christophe ROUIL

 

du 15 au 23 juillet

14h30-18h00

Soirée animée en présence de l’artiste le samedi 15 juillet à partir de 19h30

 

Le Château médiéval

 de Bricquebec

 

Visites découvertes de la forteresse du Chevalier au Vert-Lion avec un guide conférencier du Pays d’art et d’histoire

 

Chaque lundi, mercredi, jeudi

et vendredi

 à 15h00

 (Sauf le week-end de la Ste-Anne)

 

Sans réservation préalable

è Office de tourisme, place Ste-Anne

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:39

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 14:12

Je ne résiste pas à l'envie de partager cette photographie prise samedi dernier par Rémi Pézeril dans le bois des roches, au cours de la répétition que nous faisions avec l'association "La Bruyère roechevillaise" et de nombreux bénévoles, en préparation d'un grand spectacle nocturne de plein air qui aura lieu le 5 aout prochain... a noter sur les agendas !!

Il s'agit de notre Loup-Garou, ou VAROU (Jacques), l'une des apparitions féériques qui jalonnera, aux côtés des goubelins, du sorcier, des dames blanches ou des cavaliers la chasse Hellequin, l'itinéraire proposé lors de cette soirée.

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 17:31

Dimanche 30 avril à partir de 17h30, le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin s'associe aux organisateurs du festival de musique pop "Réveillez les Chouettes" pour accueillir la chanteuse ESKELINA au prieuré Saint-Pierre de la Luthumière à Brix.

"L’association organisatrice souhaite ainsi valoriser le patrimoine culturel et les savoir-faire de ses partenaires dans le Cotentin, mais aussi permettre au public de les découvrir autrement et provoquer une rencontre chaleureuse avec l’artiste. Outre une présentation/visite du site accueillant, Eskelina offrira un temps musical en interprétant des titres de son répertoire en version acoustique, accompagnée d’un musicien. Le public sera également inviter à échanger avec elle autour d’un apéritif normand permettant de découvrir les produits locaux et favorisant la rencontre avec l’artiste en toute simplicité".

 

ATTENTION, nombre de place restreint, réserver RAPIDEMENT au 02 33 40 11 55 (office de tourisme de Valognes)

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 15:41

 

 

I – Historique

 

  1. La fondation initiale par la famille de Bruis.

 

D’après la Gallia Christiana et la Neustria Pia, le prieuré Saint-Pierre de la Luthumière aurait été fondé en 1106, sous l’épiscopat de Raoul, évêque de Coutances (1093-1110) par Adam de Bruis (+ 1143). Claude Pithois adopte cette assertion et date la construction de l’établissement dans la première moitié du XIIe siècle, alors que Richard de Bruis, était évêque de Coutances (1124 -1131)[1]. Selon le même auteur, ce n’est que dans un second temps, en 1144, que le neveu d’Adam Ier, Adam II de Bruis, fit don du prieuré fondé par son oncle à l’abbaye de Saint-Sauveur.

 

N’apparaît toutefois, parmi les actes que nous avons consultés, aucune source écrite relative à ce prieuré antérieure à la charte donnée par Adam Bruis, fils de Robert de Bruis, en 1144[2]. Celle-ci énumère le contenu d’une donation « en perpétuelle aumône » faite au profit de l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui comprenait les églises de

Brix avec toutes les dimes, ainsi que la dîme des deux foires de la saint Christophe et de la saint Nicolas, plus les églises de Sainte-Marie de Couville, Saint-Martin-le-Gréart et Saint-Christophe-du-Foc avec toutes leurs dîmes, les aumônes et les terres qui en dépendaient.

 

La charte indique que l’abbé et les moines de St-Sauveur enverraient en retour des moines (monachos) s’établir dans l’église Notre-Dame de Brix, afin d’y entretenir un luminaire (ad lumina invenienda) et pour y servir Jésus et sa Sainte Génitrice. Le donateur demande en outre à ce qu’« un lieu soit construit et édifié en l’honneur de Dieu, de sainte Marie et de saint Pierre » (ad honorem Dei sancteque Marie et sancti Petri predictum locum construant et edificent). Les frères ainsi que toutes personnes nécessitant la charité y seraient entretenus. Pour conclure, Adam concédait aussi aux moines toute la terre située « entre l’église Sainte-Marie jusqu’à la forêt et la motte de sa demeure » (omnem terram ab Ecclesia sancte Marie desuper usque silvam mottamque domus meae). Adam de Sottevast, Roger Alverède et Robert Escarbo sont cités parmi les témoins du donateur.

 

Dans une deuxième charte de dix ans postérieure (1155) Pierre de Bruis, fils de Guillaume, renouvelle la donation de l’église Notre-Dame de Brix en précisant à nouveau l’engagement de l’abbé et de tout le couvent de St-Sauveur à établir des moines dans ladite église, et à construire des bâtiments en ce lieu pour y servir Dieu, sainte Marie et saint Pierre.

 

Par son contenu, la charte de 1144 apparaît donc bien constituer l’acte de fondation initial du prieuré, non le transfert d’une fondation antérieure comme cela a été écrit. Cependant, ce contenu indique aussi que le site désigné pour établir cette fondation ne correspond en rien à celui de son implantation effective ! Il y est bien précisé en effet que l’établissement des moines devrait se trouver étroitement associé à l’église Notre-Dame de Brix, plus probablement sur le terrain donné à cet effet, par devers le château, au nord donc de l’église, tout à fait au sommet de la colline de Brix[3].

 

Le lieu de son implantation actuelle, sur le domaine de la Luthumière, à l’écart du vieux château de Brix et du bourg mais auprès de la rivière, résulte manifestement d’autres donations, distinctes de celles effectuées par la famille de Bruis.

 

 

  1. Le choix de la Luthumière.

 

La première donation reçue par l’abbaye de Saint-Sauveur sur le domaine de la Luthumière émanait d’un individu nommé Guillaume Suen, qui, à une date proche des années 1150-1160, remit aux moines de Saint-Sauveur « toute la terre qu’il possédait à la Luthumière en perpétuelle aumône » (omnem terram quam habeo in Lutumaria, similiter in elemosina perpetualiter). Il leur cédait dans le même temps une part de l’église Saint-Samson d’Anneville-sur-Mer et Saint-Jean-des-Chênes à Jersey. Cette donation fut confirmée entre 1156 et 1162 par Henri II (Concedo item et confirmo donum Guillelmi Suim quod fecit idem abbatia de terre sua de Lutumeria)[4].

 

La seconde donation, probablement plus décisive, fut octroyée vers 1155-1165 par Raoul de la Haye[5]. Sa charte confirme en premier lieu la possession de biens situés à Jersey et Portbail, puis précise que « dans la haie de la Luthumière ledit Raoul a concédé à l’abbaye une habitation avec une chapelle fondée en l’honneur de Saint-Pierre » (In haiis vero Lutumerie concessit predicte abbatie idem Radulfus quoddam habitaculum cum capella que fundata est in honore Sancti Petri). C’est ce passage précis qui désigne pour la première fois le site où fut réellement implanté le prieuré.

 

Son donateur Raoul de la Haye, seigneur du Plessis, fils de Robert de la Haye, était le frère frère de Richard de la Haye, devenu baron de la Luthumière lors de son mariage en 1146 avec Mathilde de Vernon[6]. Il apparaît en 1126 avec sa mère Muriel et son frère Richard comme témoin d’une donation de son père à l’abbaye de Lessay. Après la mort d’Henri Ier Beauclerc en 1136, il adopte avec son frère le parti d’Etienne de Blois et assure en 1141 la défense du château de Cherbourg face à Geoffroy d’Anjou ; Selon le registre des fiefs de 1172 il détenait en Cotentin les honneurs du Plessis et de Cérences. En 1173, derrière Raoul, comte de Chester et Raoul de Fougères il s’engage dans la révolte d’Henri le Lion contre son père Henri II, qui en Normandie est rapidement réprimée. « Raoul de la Haye trouva le moyen de fuir ; il se jeta dans les bois et continua la guerre de partisan sur la frontière du Cotentin, jusqu'au printemps de 1174 ». Aurait ensuite continué sa lutte en suivant le comte de Flandres dans une tentative échouée de faire débarquer une armée en Angleterre. La date de son décès est inconnue.

 

 

Quel fut le motif du déplacement du site ?

 

L’émergence du fief de la Luthumière, qui semble rapidement s’imposer comme puissance seigneuriale dominante, est visiblement parvenu à littéralement capter la fondation de la famille de Bruis. La famille du Hommet qui succède en 1180 aux de la Haye comme barons de la Luthumière renforce encore cette sujétion en faisant reconnaître au XIIIe siècle son rang de patron et son droit d’ingérence dans la nomination du prieur.

 

Il ne faut pas sous-estimer toutefois l’intérêt que pouvait représenter le choix du site de la Luthumière. La présence d’une rivière y autorisait l’établissement d’un moulin et la pratique de la pêche. Le bois et les espaces de pâture ne manquaient pas et la retraite d’une solitude forestière devait aussi mieux correspondre à l’idéal monastique. La proximité d’un pont routier faisait dans le même temps du prieuré un relai sur un point de passage particulièrement fréquenté, surtout à l’occasion des grandes foires de Brix. Ainsi qu’en plusieurs autres prieurés forestiers des environs, tels ceux de Saint-Martin-à-l’If et de Barnavast, le devoir de charité auquel ils se trouvaient tenus conduisait peut-être les moines à faire sonner la cloche de la chapelle, chaque nuit, afin de guider les voyageurs égarés. Enfin, la présence d’une habitation et la possibilité de jouir de cette chapelle isolée, plus calme et mieux individualisée que l’église paroissiale, a pu encourager les frères à s’installer dans la vallée.

 

  1. Une probable origine érémitique

 

Le fait qu’une habitation soit nommément citée vers 1160, en même temps que la chapelle Saint-Pierre (quoddam habitaculum cum capella) implique que les moines ont récupéré pour s’y établir un domaine déjà existant. Cette analyse s’accorde avec les indices archéologiques recueillis sur le site, où la présence de fragments de sarcophages en calcaire coquillier et de briques remployés dans les maçonneries est l’indice d’une occupation nettement antérieure aux incursions scandinaves. Citée au XIIe siècle parmi les chapelles de la paroisse de Brix, la chapelle Saint-Pierre pouvait aisément remonter à l’époque mérovingienne.

 

A Saint-Pierre s’ajoute par ailleurs un autre sanctuaire tout proche, la petite chapelle Saint-Jouvin qui occupe à environ 800 mètres à l’ouest le centre d’une vaste prairie. Cette chapelle n’est citée que tardivement parmi les dépendances du prieuré (cf. mention de la vente du pré Saint-Jouvin en 1783, Pithois, p. 182), et son architecture n’offre aucun indice précis d’ancienneté. Son succès dans la dévotion populaire a souvent conduit saint Jouvin à supplanter saint Pierre pour désigner le site même du prieuré (cf. IGN actuel), et cela semble bien démontrer que les deux sanctuaires furent toujours étroitement liés.

 

Il apparaît que ce modeste édifice se trouve déjà mentionnée à une date beaucoup plus ancienne, dans une charte de confirmation des biens de l'abbaye de Lessay octroyée en 1186 par le pape Urbain, citant brièvement parmi les possessions de ce monastère l’ermitage de Saint-Jouvin et l’église de Sottevast (Hermitagium de Sancto Jovino et ecclesiam de Sottevast)[7]. Sauf à imaginer un nouveau déplacement, que dans ce cas rien ne signale, cet ermitage de Saint-Jouvin correspond de toute évidence au site de la Luthumière.

 

En dépit de leur appartenance initiale à deux abbayes et à deux paroisses distinctes, il s’avère probable que ces deux sanctuaires possédaient bien entre eux un lien étroit et que leur implantation à une si faible distance mutuelle traduit leur appartenance à un même établissement érémitique initial, qui pouvait donc présenter une implantation bipolaire.

 

Il serait tentant de mettre en relation cet ancien ermitage Saint-Jouvin avec certains aspects légendaires de la vie de saint Clair, en particulier lorsque est évoquée sa rencontre dans la forêt avec le serviteur de deux ermites « faisant leur résidence dans ces bois », et qui s’était blessé d’une hache en y coupant du bois. Dans un autre passage il est relaté qu’Odobert, abbé du monastère de Mauduin, reconnaissant dans le bienheureux Clair toutes les marques d’une vocation certaine à la vie érémitique, « lui permit de vivre dans une cellule séparée de la communauté, près de la rivière appelée Costus avec obligation seulement de venir les fêtes et les dimanches à Mauduin pour y assister aux divins offices et y recevoir le sacrement de l’eucharistie ». Sans identifier l’ermitage de Clair à celui de Saint-Jouvin ni la rivière « Costus » avec l’Ouve (où Unva dans ses formes les plus anciennes), on peut souligner que la relation topographique entre les deux sites apparaît assez frappante. Ce texte présente aussi l’intérêt de nous rappeler que de tels établissements se trouvaient le plus souvent dans la dépendance d’une abbaye mère, parfois toute proche et d’autres fois beaucoup plus éloignée. La présence d’une fontaine réputée miraculeuse auprès de la chapelle Saint-Jouvin convient bien elle-aussi pour un site d’origine érémitique.

 

 

  1. Le développement du prieuré

     

    En plus des églises du fief de Brix et de la chapelle Saint-Pierre avec son habitation associée où ils vinrent résider, les moines du prieuré de la Luthumière reçurent au XIIe siècle d’autres donations significatives de leurs bienfaiteurs. Il s’agissait en premier lieu du droit d’établir un moulin dans la rivière d’Ouvre, qui leur fut reconnu par le roi Henri II vers 1170, en même temps que celui de se procurer du bois dans la haie de la Luthumière afin de se chauffer et d’entretenir leur église, leur moulin et leurs autres bâtiments. Ces droits sur la forêt comprenaient aussi une franchise de panage, c’est-à-dire la liberté de mettre gratuitement leurs animaux en pâture dans ces bois (ut habeam molendinum in aqua qua vocatur Unva ad Sanctum Petrum de Lutumeria perpetualiter in elemosina. Concedo etiam monachis apud ipsum sanctum locum Petrum Deo servientibus ut habeam perpetualiter in elemosina de ipsis haiis ligna ad Monasterium et molendinum et domos suas omnen tenendas et pasnagium et omnes consuetudines suas quietas omnium possessionum suarum).

     

    Le cartulaire du prieuré contient aussi des donations de terres et de rentes faites dans les dernières décennies du XIIe siècle par Eudes de Sottevast « pour entretenir la lumière des ténèbres dans la chapelle Saint-Pierre de la Luthumière » ; Le même seigneur concéda aussi sa terre de Clibec sur la paroisse de Surtainville, « pour l’entretien du luminaire devant l’autel de Sainte-Marie dans la chapelle Saint-Pierre de la Luthumière, toutes les nuits de l’année, et pour le service et pour les messes dans la même église »[1]. A Breuville, Eudes concéda aussi avec son frère Raoul la moitié des revenus de son moulin.

    Le prieuré et la chapelle Saint-Jouvin sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

    En 1232, les moines reçoivent de Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, baron de la Luthumière, la part en aliments et en galons de vins de deux chevaliers, à prendre sur sa table lorsque lui ou son épouse viennent à résider dans le manoir du lieu (concessi etiam predicti monachis liberationem suam, sicut duobus militibus, in pane et ferculis in hospitio meo de Lutmeria)[2]. Un frère devait en cette occasion célébrer dans la chapelle seigneuriale. A la même époque, Guillaume du Hommet se fait par d’autres donations reconnaitre comme patron de l’établissement, imposant ainsi que le prieur ne puisse être nommé ou déplacé sans son consentement[3]. Ces documents témoignent de l’étroite emprise seigneuriale qu’exerçaient les barons de la Luthumière sur le prieuré.

     

    L’usage d’offrir des rentes en produits de table est également pratiqué par le chevalier Thomas de Tollevast qui, en 1232, concède « la dîme de tout le pain qui se dépenserait dans ceux de ses manoirs où sa femme ou lui séjourneraient ».

     

    Claude Pithois, historien de la commune de Brix, a publié la liste d’autres biens et propriétés reçus par les moines ou acquis par ces derniers au cours du Moyen-âge. Après que les moines aient assis au XIIe siècle les fondements matériels de leur établissement, et avoir dû lutter au début du XIVe siècle pour en maintenir l’intégrité, on constate que le prieur (frère Jean Goubert) mena au début du XVe siècle une politique active d’acquisitions, acquérant à cette époque le fief du Coudray, au hameau du Coudray, et des terres au lieu-dit Vernon. A Brix les moines possédaient le fief de Bricquebosc (avec des extensions sur Rauville-la-Bigot) et une maison dans le bourg. En 1613, ils jouissaient encore, conformément à la donation initiale d’Adam de Bruis, de « toute la terre comprise entre l’église Sainte-Marie et la forêt »[4].

     

    Claude Pithois évalue l’ensemble des rentes reçus par les moines entre les XIIe et XIIIe siècles à 241 sols, 21 deniers + 49 quartiers/80 boisseaux de froment, 2 quartier d’avoine, 1 galon de vin par jour 23 pains 32 gélines, 155 œufs.

     

  2. Le mode de vie des moines

     

    Nous ignorons malheureusement le nombre des moines initialement délégués par l’abbaye de Saint-Sauveur au sein de ce prieuré. La donation de la « part en aliments et en galons de vins de deux chevaliers » en 1232 offre un repère assez conforme à la norme des autres établissements de ce type au XIIIe siècle. Il faut aussi considérer que ces actes ne citent en revanche ni le prieur, ni le personnel domestique et agricole, sans doute assez nombreux, qui devait cohabiter avec les frères.

     

    Si l’on peut supposer qu’une règle était suivie, nous n’avons pas non plus d’informations précises sur leur mode de vie autre que certains devoirs de services religieux, tel par exemple celui qui les contraignait à entretenir une lumière ardente sur l’autel de la Vierge à l’intérieur de la chapelle Saint-Pierre. En plus de la célébration quotidienne des offices des saints et des fêtes du calendrier, les prières et offices pour les seigneurs bienfaiteurs, tant vivants que défunts, devait aussi occuper une part notable de leur quotidien.

     

    Selon une tradition rapportée par l’abbé Lerosey, mes moines assuraient initialement eux-mêmes le service de l’église Notre-Dame de Brix, et ce jusqu’à la réforme du Latran de 1179 qui leur interdit cette pratique. La nomination de prêtres desservant des églises placées sous le patronage du prieuré revenait à l’abbé de Saint-Sauveur. Mais la perception des dîmes et des rentes, l’administration des terres et des revenus constituaient pour le prieur des activités importantes. Celui-ci exigeait de ses tenanciers des pratiques relevant de l’exercice habituel de la banalité seigneuriale, mais il déléguait pour recevoir leurs aveux et percevoir leurs rentes des officiers (sénéchaux).

 

[1] « Cart de la Luthumière », n°29 et 30, et Claude PITHOIS, p. 182 (acte fin XIIe, probablement c. 1180-1190)

[2] Cart. SSVte 164

[3] « Cart de la Luthumière », n°15, et Claude PITHOIS, p. 177.

[4] Claude PITHOIS, p. 182.

Brix, prieuré Saint-Pierre de la Luthumière
  1. La fin du prieuré

 

Dernier prieur identifié, Jean du Chastel, qui perd un procès en 1623 contre Antoine de la Luthumière, baron de Brix ; puis attribué à des prieurs commendataires et confié à des fermiers. Le prieur nommait encore un chapelain en 1684 pour célébrer 3 offices par semaine, « dans l’une des chapelles du prieuré ». Ref ; (ferme), à un droit de pêche dans la rivière.

 

Lors de la mise en vente en 1791, l’ensemble comprenait : « une maison à usage de salle avec un pressoir à bras, une cuve, une étable, une grange, une petite écurie, un petit appartement divisé d’avec la chapelle Saint-Pierre, le tout s’entretenant ensemble, une charterie, avec une boulangerie en ruine ».

 

 

  1. Architecture

 

D’après l’organisation en L des bâtiments, il semble probable que les moines occupaient l’aile ouest tandis que le logis du prieur se trouvait dans l’aile sud, au contact de la chapelle, avec laquelle il communiquait aussi bien par une porte de plain-pied que par une tribune à l’étage.

 

L’étude de la structure architecturale de l’aile ouest permet de distinguer une chambre sur cellier toujours existante associée à une grande salle de plain-pied désormais en grande partie détruite. Bien que l’on retrouve dans cette distribution un schéma assez classique de logis médiéval, il se pourrait que l’on doive ici identifier la chambre avec l’ancien dortoir, et la salle avec l’équivalent d’un réfectoire (servant aussi de salle capitulaire ?).

 

La chapelle Saint-Pierre se reconnaît à son campanile et à la petite croix antéfixe qui se dresse au dessus de son pignon est. Elle a environ 11, 60 m de long sur 6,50 m de large. Trois fenêtres l’éclairés jadis. D’après un dessin de l’abbé Adam on constate que le chevet était percé de lancettes géminées encastrées dans une grande ogive, au tympan orné d’un trèfle. Cette ouverture qui faisait 2,40 m de haut sur 1,20 m de large fut obstruée en 1910.

 

La datation des bâtiments actuels semble pouvoir être attribuée au début du XVe siècle, période qui coïncide comme nous l’avons vu avec la période de redressement du prieuré, porté dans les années 1410-1420 par le prieur Jean Goubert. Une étude fine du bâti permettrait sans doute de déceler des vestiges au moins résiduels de phases plus anciennes. A noter aussi, ainsi que nous l’avons déjà souligné, la présence relativement abondante en maçonnerie de remplois de fragments de sarcophages en calcaire coquillier de Sainteny. Dans le parement extérieur sud apparaît en particulier un fond de cuve tout à fait caractéristique. La présence de tels indices suggère qu’une nécropole du haut Moyen-âge a préexisté - entre le VIe et le IXe siècle - à l’établissement du prieuré bénédictin. La présence également de fragments de briques visibles en remploi dans l’édifice pourrait indiquer un précédent antique, de nature non définie.

 

(Julien DESHAYES, mars 2016)

 

(Nos plus chaleureux remerciements à Pierre, Corinne et Valentin pour le soin mis à l'entretien de l'édifice et leur accueil si chaleureux)

 

 

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:10
Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

La figure de Jeanne de France, dame de Valognes dans la seconde moitié du XVe siècle, n’a laissé que peu de traces dans la mémoire locale. Bien qu’il fut souvent éclipsé par celui de son époux, son souvenir se matérialisait pourtant dans notre ville par des constructions significatives, telle la « tour Madame Jeanne », l’une des tours défensives du château médiéval démoli en 1688, et la chapelle et les bâtiments de l’hôtel-Dieu, réaffectés depuis en haras d’étalons puis transformés en centre culturel. La vie de « Madame l’Amirale » recouvre une période de reconstruction et de redressement économique qui, au lendemain de la guerre de Cent ans, a marqué l’histoire du royaume de France en général, celle de Valognes et du Cotentin en particulier.

Selon Brantôme, le roi Louis XI changeait de femme comme de bonnet de nuit. Thomas Bazin en donne un portrait de ripailleur, amateur de filles de joie aux noms évocateurs, telle la Jacqueline de Dijon, la Gigonne de Lyon ou la Catherine de Vaucelle. Mais ce roi qui fut si souvent calomnié par ses nombreux détracteurs, que l’on a même soupçonné d’avoir fait assassiner Agnès Sorel, la maîtresse de son père, ne prit jamais de favorite officielle. Après un premier mariage contracté en 1436 avec Marguerite d’Ecosse, qui meurt en 1445, Louis XI se remarie en 1451 avec Charlotte de Savoie, et l’on estime que, malgré la laideur proverbiale de cette dernière (selon Philippe de Commynes, « la reine n’était pas de celles où l’on devait prendre tant de plaisir, mais bonne dame »), le roi lui resta en fait exemplairement fidèle, n’ayant connu que quelques « amourettes » entre ses deux mariages.

Son premier amour de jeunesse fut Phélise Regnard (v.1424-1474), fille d'Aymar Reynard seigneur de Saint-Didier, veuve en 1452 d’un écuyer nommé Jean Pic. Phélise aurait donné à Louis au moins deux filles : Guyette, qui sera mariée à Charles de Baillans, secrétaire du roi, et Jeanne, la future Dame de Valognes, née en 1447.

Jeanne était donc nettement plus âgée que ses deux demi-sœurs, les filles légitimes du roi, Anne, née en 1461, et Jeanne (dite Jeanne de France, canonisée au XVIIIe siècle sous le nom de sainte Jeanne de Valois), son homonyme, née en 1464, qu’elle a toutefois étroitement côtoyées et, semble-t-il, beaucoup aimées. Malgré son statut de bâtarde qui la disqualifiait au regard de ses cadettes, son mariage représentait cependant pour le roi un enjeu important, relevant pleinement de la raison d’Etat. Au même titre que le mariage de sa sœur Anne avec Pierre de Beaujeu, héritier en 1488 du duché de Bourbon, l’union de Jeanne avec Louis, le bâtard de cette même maison de Bourbon, servait la politique d’unification nationale menée par le roi, qui voulait s’attacher à tout prix cette puissante lignée de grands féodaux.

Fils naturel du duc Charles de Bourbon, Louis était connu comme un excellent homme de guerre. Selon l’historien du XVIIe siècle Antoine Varillas, « II avait porté les armes dès l’âge de 13 ans. II avait servi d'abord en qualité de simple fantassin, et ensuite on l’avait fait archer d'un homme d'armes dans la compagnie de cent lances du duc de Bourbon. II avait passé de là par tous les degrés, jusqu'à commander durant la guerre du Bien Public toute la cavalerie des princes ligués, à la réserve de celles de Bourgogne et de Bretagne ». C’est précisément par ce que le roi Louis XI avait été impressionné par les qualités militaires de son adversaire lors de cette guerre civile dite du Bien-Public, qu’il choisit aussitôt de s’en faire un allié, en lui offrant pour cela sa fille Jeanne. Toujours selon Varillas, « Le Roy avait une fille naturelle tout à-fait bien faite, que plusieurs cadets de la maison royale avaient en vain recherchée. Il la maria avec le Bâtard de Bourbon et, parce que ce n'était point alors la coutume de donner beaucoup de dot à cette sorte de princesse, le roi y ajouta l’usufruit du Roussillon et de la Cerdagne, le gouvernement de ces deux provinces et la promesse du gouvernement de la première armée que sa majesté mettrait sur pied ».

Les fiançailles de Louis de Bourbon et Jeanne de France eurent lieu dans l'hôtel de ville de Paris, au début du mois de novembre de l’année 1465, donnant lieu selon un témoin à « plusieurs joyeusetés, danses et autres plaisances ». Le mariage fut célébré au mois de février suivant et Jeanne fut légitimée dans la foulée. Sa lettre de légitimation, est datée du 25 février 1466. Elle présente Jeanne à la fois comme « fille naturelle du seigneur Roi, née de lui et de Phelise Regnard, sa maîtresse alors veuve », et comme « épouse de Louis de Bourbon comte de Roussillon » (filia naturalis Domini Regis per eum et Phelisiam Regnard, domicellam, nunc viduam, genita, uxor Ludovici de Borbonio Comitis Rossilionis).

Notons que, si la dote constituée par le roi Louis XI au profit de sa fille Jeanne porte mention des châteaux, villes, châtellenies, terres et seigneuries de Usson en Auvergne, de Cremieu, Moras, Beaurepaire, Vesille et Cornillon au pays de Dauphiné, son trousseau n’intégrait initialement ni la ville de Valognes, ni aucun autre bien en Cotentin. D’après les sources que nous avons consultées, il faut attendre le mois de mars 1469 pour trouver mention du bâtard de Bourbon qualifié à la fois de « comte de Roussillon, amiral de France et seigneur dudit Valognes ».

Conformément aux usages du temps, une fois mariée, Jeanne disparaît pratiquement dans l’ombre de son énergique époux. Sans détailler ici les nombreuses missions militaires et diplomatiques dirigées par Louis de Bourbon, retenons que celui-ci s’impliqua en premier lieu dans la soumission de villes rebelles de Normandie, avant de mener plusieurs ambassades difficiles en Angleterre. « Pour les vertus dont il estoit garny, et aussi parce qu’il avoit espousé la fille naturelle du roy », il reçut à la fin de mai 1466 le titre d’Amiral de France, lui donnant un commandement nominal sur l’ensemble de la flotte royale. En 1467 et 1468 il intervint de nouveau en Normandie, face aux armées coalisées du duc de Berry et du duc de Bretagne, dont il fut victorieux. Louis XI, le jour même de l'institution de son Ordre de Saint Michel, en août 1469, lui donna en récompense l’un des premiers colliers. Il semble probable qu’il reçut la seigneurie de Valognes dans la foulée de ces évènements, en même temps que le gouvernement d'Honfleur et de Granville.

S’étant immiscé dans la politique intérieure, pour le moins tendue et instable, du royaume d’Angleterre, Louis de Bourbon se trouva quelques années plus tard, en position de devoir accueillir et héberger en France le comte de Warwick, le fameux « faiseur de rois » de la guerre des Deux Roses. Rebelle au roi Edouard, ce dernier était venu le 29 juin 1470 se réfugier avec sa flotte dans la baie de Saint-Vaast-la-Hougue. Warwick et sa famille, ainsi que Clarence, le frère cadet du roi, furent alors installés avec leurs soldats et leur suite dans la ville de Valognes, où ils demeurèrent cantonnés jusqu’au 9 septembre suivant. On imagine qu’elle pouvait être le climat d’agitation, sans-doute de tension, dans cette ville qui avait vécu, seulement vingt ans plus tôt, deux sièges successifs et des évènements particulièrement meurtriers lors de l’expulsion des derniers soudards britanniques de la guerre de Cent ans !

Bien qu’il n’ait cessé d’intervenir au service du roi dans les Flandres ou face aux Bourguignons, en dépit également de ses origines bourbonnaises, Louis de Bourbon semble avoir conçu un fort attachement personnel pour le Cotentin. En 1473, on sait qu’il mena différentes manœuvres judiciaires dans l’espoir d’annexer à ses domaines la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, échue au roi depuis la rébellion de Geoffroy d’Harcourt. Autre fait peu connu, ayant acquis en 1473 la baronnie de la Hougue, il s’engagea dans le premier projet raisonné de mise en défense du havre de Saint-Vaast, proposant au roi de faire fortifier le port et lui offrant de construire autour une ville marchande et une grande citadelle. Il y obtint en 1474 la création d’un marché et d’une foire, nourrissant l’espoir de voir le commerce y prospérer grâce aux grands travaux qu’il avait projetés de réaliser. C’est à Louis de Bourbon que l’on doit également, en mai 1481, l’érection du fief du Mesnil-au-Val, créé au profit de Guillaume du Foc, écuyer, capitaine de Cherbourg « à cause des bons et louables et agréables services qu’il avait faits et faisait de jour en jour, tant au roi qu’audit amiral » : il s’agit du manoir où résida (et écrivit !) ensuite son petit-fils, Gilles de Gouberville, l’auteur fameux du « Journal des Mises et Receptes ». En 1479 Louis soutint l’établissement des frères cordeliers, implantés à Valognes depuis 1468, en achetant à leur profit le manoir de Beaulieu, jointif de leur abbaye, à charge pour les frères de « prier pour le repos de son âme ». Nous savons malheureusement peu de choses de l’ancien hôtel de Bourbon, la résidence valognaise de Jeanne de France et de l’Amiral, totalement détruite durant la seconde guerre mondiale, et dont l’emplacement même reste sujet à caution. Les vestiges les plus significatifs de ce très vaste manoir urbain se voyaient au bas de la rue de Poterie, en façade d’un édifice médiéval devenu ultérieurement propriété du seigneur d’Olonde puis des dames Augustines. Orné de niches aux culots sculptés de figures d’anges, la façade de l’hôtel de Bourbon présentait aussi, selon M. Pouchin un relief montrant « un chevalier sur un cheval caparaçonné ». Le fait que Louis de Bourbon ait choisi de se faire inhumer dans l’église des frère cordeliers de Valognes, où il trouva le repos après sa mort survenue le 17 ou 18 janvier 1487, démontre de façon indéniable son attachement pour la ville. Malheureusement endommagé par les Huguenots en 1562 puis détruit à la Révolution, son tombeau ne nous est plus connu aujourd’hui que par un unique dessin du XVIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Jeanne de France – dite Madame l’Amirale - n’apparaît citée durant toutes ces années qu’en de rares occurrences. Tout laisse à penser qu’elle partageait le plus souvent, en compagnie de ses deux demi-sœurs, la vie de cour de la famille royale. Sa résidence est parfois signalée au château de Chinon et, le 24 mai 1481, c’est dans celui de Langeais qu’elle accouche de son fils Charles (décédé sans héritier en 1510). En décembre 1483, suite au traité d’Arras, elle figure au palais royal de Paris, auprès de sa sœur Anne de Beaujeu, pour la réception de la fille de l’empereur Maximilien. Elle résidait à nouveau au château de Langeais en avril 1491, puis au Plessis-Lès-Tours en octobre 1492, pour le baptême du dauphin, s’y faisant remarquer par la richesse des escarboucles et des pierreries ornant sa robe de cérémonie. En janvier 1499 c’est depuis son château du Coudray-Montpensier qu’elle concède à l’hôtel-Dieu de Valognes une acre de terre prise sur le clos du Gisors.

En bonne cheffe de famille, c’est surtout le souci d’assurer un mariage avantageux à ses enfants qui semble avoir occupé ses préoccupations de veuve. Le 2 juillet 1498, elle n’hésite pas à sacrifier la baronnie de la Hougue pour récupérer de l’argent frais, « considérant les grandes charges qu’elle a portées et soutenues pour messeigneurs ses enfants, tant pour le mariage de mesdemoiselles ses filles que pour l’entretenement de Charles de Bourbon, son fils, tellement qu’elle est obligée en de grandes sommes de deniers ». L’an 1500, sans doute toujours par besoin de liquidités, elle fieffait une maison lui appartenant, proche des halles de Valognes. En septembre 1511, elle se mêla du remariage sa petite-fille, Avoye de Chabannes, comtesse de Dammartin, avec Jacques de La Tremoille[1], de beaucoup son aîné, une union financièrement avantageuse, mais des plus calamiteuses si l’on en juge par les scandales qui en découlèrent ensuite (nous savons en particulier qu’Avoye de Dammartin, qui s’était secrètement promise à un autre prétendant, accoucha d’un enfant moins de trois mois après cette union !).

Mère attentive aux intérêts de sa descendance, Jeanne de France ne fut visiblement pas pour autant une belle-mère exemplaire. Le chroniqueur Jehan Leclerc relate en particulier que, non contente d’avoir retenu par devers elle la dote promise à Jean de Chabannes, comte de Dammartin, lors du mariage avec sa fille Suzanne, elle ne pardonna jamais à celui-ci d’avoir servi les intérêts du roi Louis XII au détriment de sa malheureuse sœur Jeanne, au moment de leur divorce. Feignant de vouloir se réconcilier avec son gendre, elle aurait, selon les dépositions recueillies alors, profité d’un séjour à Saint-Fargeau pour le faire mortellement empoisonner par son cuisinier…

L’une des seules marques visibles du mécénat de Jeanne de France en tant que « Dame de Valognes » fut son implication, en 1497, dans la fondation de l’hôtel Dieu, créé à l'initiative de son confesseur, Jean Lenepveu, prestre, bourgeois manants habitant du lieu. Ce dernier avait cédé à cet effet d'une maison et mesnage contenant deux vergées ou viron rüe Levesque bornez par laditte rüe, le douy et le clos du Gisors. Soucieux d’asseoir plus solidement sa fondation, il obtint de Jeanne de France le don d'une acre de terre ou environ pour la fondation de l’hôpital, église, maison Dieu et cimetière, située dans le Clos du Gisors. En retour cependant, Jeanne de France exigea impérieusement de se faire reconnaître l’unique fondatrice dudit hôpital et maison Dieu, avec le privilège de pourvoir et présenter au gouvernement dycelle. Elle demanda aussi à ce qu'elle-même, ainsi que son défunt époux et les membres de sa famille, soient participants à tous les biens, messes, prières et oraisons dites dans la chapelle. Le contrat de donation qu’elle fit établir en date du 28 janvier 1499, précise enfin que cet établissement serait édifié sous l'honneur et révérence de Nostre Dame et de toutte la cour céleste.

On se souvient par ailleurs que le château de Valognes possédait une tour qui, selon le témoignage donné par Jean Lescroël, au XVIIe siècle fut « nommée Madame Jeanne parce qu’elle avait été bâtie par la princesse Jeanne de France ». Selon Nicolas Faucherre, qui est aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes français des fortifications de l’époque moderne, la tour « Madame Jeanne » doit probablement être identifiée avec l’ancien bastion quadrangulaire qui occupait la pointe du flanc nord-est du château. Il s’agissait d’un ouvrage de défense adapté aux tirs d’artillerie, équipé d’après les plans anciens de meurtrières « à la française », dont le profil très ébrasé était sans doute similaire à celui d’une des ouvertures que nous avons pu observer en janvier 2016 sur une portion de cette même courtine nord-est, fortuitement dégagée à l’occasion des travaux de la place du château de Valognes.

Se voyant contestée dans la jouissance de son douaire, Jeanne de France fut contrainte en 1497 de céder ses domaines du Dauphiné afin de conserver les seigneuries de Valognes et d’Usson que son demi-frère, Charles VIII, avait souhaité annexer. Mais bien plus qu’en ses domaines du Cotentin, Jeanne de France semble s’être surtout impliquée dans l’agrandissement et l’aménagement de son château du Coudray-Montpensier, près de Chinon, pour lequel nous possédons le compte détaillé des travaux qu’elle ordonna entre 1489 et 1492. Elle avait aussi un attachement fort pour sa seigneurie de Mirebeau, en Anjou, qui lui fut offerte par sa sœur Anne de Beaujeu, et où elle résidait le plus régulièrement à la fin de sa vie. Tandis que la gestion de ses domaines du Cotentin était déléguée à Jean et Robert d’Anneville, de la famille des seigneurs de Chiffrevast, Madame l’Amirale continuait de soutenir à Mirebeau diverses procédures, toutes plus ou moins infamantes et vexatoires, pour faire valoir ses intérêts à l’encontre de la noblesse et du clergé local (on apprend en particulier comment elle envoya dix hommes armés pour saccager la collégiale de Mirebeau et intimider les chanoines, qui refusaient d’afficher ses armes sur le pourtour de leur église !). En 1505, elle concédait au profit de Jean Jallot, procureur du roi à Valognes, la seigneurie de Beaumont-Hague. Lorsqu’elle fit son testament à Chinon en Touraine, le 7 mai 1515, c’est bien d’ailleurs dans la chapelle des cordeliers de Mirebeau, non à Valognes auprès de son époux, que « cette charitable et vertueuse princesse » (M. Pouchin) choisit d’élire sa sépulture. Elle y fut inhumée l'an 1519, ayant atteint l’âge avancé de 72 ans.

S’il ressort de cette petite étude que Jeanne de France fut bien, par son tempérament, digne des plus belles diaboliques de l’histoire de Valognes, elle n’en resta cependant qu’une résidente des plus occasionnelles.

 

(J. DESHAYES/Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin/2016)

signature autographe de Jeanne de France (collection privée)

signature autographe de Jeanne de France (collection privée)

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:55
Les Dimanches du Patrimoine (novembre 2016 à juin 2017)

Conférences, visites guidées

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20 novembre à 15h – Visite guidée

« Les Femmes de Valognes, à travers l'histoire»

è Parvis de l’église Saint-Malo

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24 novembre à 18h30 – Conférence

« Les fontaines sacrées du Clos du Cotentin »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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4 décembre à 15h – Visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte au Moyen-Âge »

è Office de Tourisme, cour du château

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15 décembre à 18h30 – Conférence

« Valognes et le Clos du Cotentin dans l’œuvre de Félix Buhot »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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18 décembre à 15h – Conférence et visite guidée

« L’église de Magneville et l’art roman en Cotentin »

è Eglise de Magneville

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15 janvier à 15h – Conférence et visite guidée

« Le calcaire d’Yvetot-Bocage et son utilisation architecturale»

è Eglise d’Yvetot-Bocage

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26 janvier à 18h30 – Conférence

« Les prieurés du Cotentin »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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29 janvier à 15h – Conférence et visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte au temps des gabariers »

è Salle des Pompiers, à l’extrémité de la Mairie

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12 février à 15h – Conférence et visite guidée

« La baronnie de Bricquebec au Moyen-Âge »

è Salle de la Gare

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9 Mars à 18h30 – Conférence

« Alexis de Tocqueville, député de Valognes »

è Hôtel-Dieu, Salle Paul Eluard

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12 mars à 15h – Visite guidée

« Saint-Sauveur-le-Vicomte à la Renaissance »

è Office de tourisme, cour du château

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26 mars à 15h – Visite guidée

« Le Prieuré de la Luthumière et la fontaine Saint-Jouvin de Brix»

(Avec promenade chantée accompagnée par l’association La Loure)

è Parking de la fontaine Saint Jouvin (rte de Saint Jouvin)

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2 avril à 15h – Visite guidée

« L’église de Sottevast et la Ferme de l’abbaye »

è Parking de la Mairie

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9 avril à 15h – Visite guidée

« Alexis de Tocqueville à Valognes »

è Parvis de l’église Saint-Malo

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23 avril à 15h – Visite guidée

« L’église et la chapelle de Hautmesnil, à Saint-Sauveur-le-Vicomte»

è Eglise de Hautmesnil (ou Office de tourisme de St-Sauveur à 14h45)

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30 avril à 15h – Visite guidée

« L’église de Colomby et le Manoir du Breuil »

è Eglise de Colomby

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7 mai à 14h30 – Visite guidée

« L’abbaye de la Trappe de Bricquebec »

! Accès à la visite sur réservation préalable (tél. 02.33.95.01.26- jusqu’au vend. 05/05)

è Parking de l’abbaye, rte de l’abbaye

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21 mai à 15h – Visite guidée

« Rendez-vous dans les jardins Valognais »

è Parvis de l’église Saint-Malo

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28 mai à 15h – Visite guidée

« La chapelle Sainte-Anne et l’ancien presbytère de Montaigu-la-Brisette »

è Parking de l’église de Montaigu-la-Brisette

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4 juin à 15h – Visite guidée

« Les châteaux de la forêt de Saint-Sauveur-le-Vicomte »

è Office de tourisme, dans la cour du château

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18 juin à 15h – Visite guidée

Journée du Patrimoine de Pays

« Croix de chemin et lavoirs de Rauville-la-Bigot »

è Parking de la mairie de Rauville-la-Bigot

 

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Samedi 20 Mai

La Nuit des Musées

Musée Jules Barbey d'Aurevilly de Saint-Sauveur-le-Vicomte

Visite guidée « Une nuit avec Jules Barbey d’Aurevilly »

RV. : 20h30, office de tourisme, cour du château

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Tarif des visites et conférences :

Plein tarif : 4 € - Demi-tarif : 1,50 € - Enfants : gratuit

Renseignements au 02.33.95.01.26 (en semaine) / Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

(Lors des excursions, les déplacements sur les sites se font en véhicules individuels)

Les Dimanches du Patrimoine (novembre 2016 à juin 2017)
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:05
Dixièmes "Dialogues du patrimoine religieux et de la création contemporaine" avec FLorane BLANCHE, artiste plasticienne.

Lors des prochaines Journées européennes du Patrimoine (17 et 18 septembre 2016) auront lieu, dans le cadre de la chapelle Notre-Dame de la Victoire de Valognes, les 10e rencontres du patrimoine religieux et de la création contemporaine.

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L'invitée sera cette année l'artiste plasticienne Florane BLANCHE, pour une installation intitulée "LES MORTS ONT TOUS LA MÊME PEAU", créée spécialement pour cette occasion.

Installation à découvrir durant les deux journées (de 11h à 18h) en présence de l'artiste, et avec les créations sonores de « L’Ecrit du son ».

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RV. Chasse de Chanteloup.

L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....
L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....

L'installation progresse. Un tunnel se creuse entre nef et choeur, sorte de yourte encore énigmatique bientôt chargée de ses épidermes....

L'AFFICHE : noter, l'installation de Florane Blanche restera visible plusieurs semaines après les Journées du Patrimoine, en particulier à destination des établissements scolaires

L'AFFICHE : noter, l'installation de Florane Blanche restera visible plusieurs semaines après les Journées du Patrimoine, en particulier à destination des établissements scolaires

La Manche Libre, jeudi 15 septembre 2016

La Manche Libre, jeudi 15 septembre 2016

La Presse de la Manche, vendredi 16 septembre 2016

La Presse de la Manche, vendredi 16 septembre 2016

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 11:10
La Prieuré de Morville

Dans le cadre des visites estivales du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin a présenté, le mardi 30 août dernier, une visite guidée consacrée à « L’église et le prieuré de Morville ». Voici le dossier constitué à l'occasion de cette visite guidée sur l'histoire de "La Prieuré", ancienne dépendance de l'hôtel-Dieu de Coutances.

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I – Données historiques :

La propriété connue sous le nom de « la Prieuré », sur la commune de Morville, présente l’intérêt historique d’être assez précisément documentée par des sources anciennes publiées par Paul LECACHEUX ou conservées aux archives départementales de la Manche (nos remerciements à Jérémie Hallais qui nous en a facilité la consultation).

Cet édifice constituait en effet une propriété ecclésiastique, dépendance de l’hôtel Dieu de Coutances, et ce statut a permis la conservation des archives depuis son implantation au XIIIe siècle jusqu’à sa reconstruction à la fin de l’ancien régime.

Le premier acte identifié relatif au prieuré de Morville est constitué par une charte de donation de l’an 1219, par laquelle Herbert de Morville, seigneur de la paroisse, offrait la moitié de l’église de Morville à la maison Dieu fondée par son frère, Hugues de Morville, en sa cité épiscopale de Coutances. Cette donation fut confirmée la même année par Richard de Vernon, baron de Néhou et suzerain d’Herbert de Morville, puis une nouvelle fois en 1221, par l’évêque Hugues de Morville lui-même.

En 1274, cette première donation fut augmentée par la concession de 9 acres de terres offertes à l’hôtel-Dieu de Coutances par Robert Néel, de Morville et son épouse Agnès. Cet acte précise déjà l’existence de maisons, de « masures », de jardins et vergers, prés et terre labourables ou non labourables (« in domibus, masuris, gardinis, hortis, pratis et terris arabilus vel inarabilus »). Sans en reprendre la liste ici, notons que, durant le XIIIe siècle, les frères de l’hôtel Dieu parvinrent aussi à acheter ou se faire offrir d’autres terres ainsi que des rentes sur la paroisse de Morville, afin d’augmenter les revenus de leur établissement .

D’autres concessions antérieures ayant été effectuées au XIIe siècle en faveur de l’abbaye bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la paroisse de Morville se trouva dès lors partagée en deux cures . Cela signifie que le prélèvement des dîmes comme la desserte religieuse de la paroisse étaient partagés entre deux prêtres, le plus souvent des vicaires rétribués exerçant cet office en lieu et place des prêtes « habitués ». En 1332, le pouillé du diocèse de Coutances distingue ainsi la petite portion revenant au prieur de l’hôtel Dieu (« prior et fratres domus Dei Constanciensis sunt patroni ecclesie de Morevilla »), de la grande portion tenue par l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et possédant un presbytère distinct (aujourd'hui "le Vieux presbytère).

En 1451, tout juste à la fin de la guerre de Cent ans, cette situation de partage de la paroisse entre deux établissements religieux engendra un conflit pour la perception des dîmes. Cette procédure précise de façon intéressante que l’un des curés de la paroisse était parti hors de Normandie lors de l’arrivée des anglais, soit 34 ans plus tôt ( !) . Ce différent eut pour conséquence la destruction de la grange aux dîmes, finalement ordonnée en 1458.

En 1477 un échange fut effectué avec Robert d’Anneville, seigneur de Morville, pour permettre aux frères du prieuré de récupèrer une terre jointive à leur domaine, dite se trouver au « Maubute » (auj. le Maubert).

Le 22 janvier 1663, un aveu fut rendu à la seigneurie (devenue fiefferme) de Morville par le sieur Jacques Hamel, prieur et curé du lieu. Celui-ci comprenait alors neuf acres de terre (environ 3 hectares) avec « les maisons dessus estant », qui se consiste « en maison manable, pressoir, grange, étables, compris deux petits jardins potagers et un petit jardin à pommiers (..) jouxte le curé de Morville pour la grande portion, le chemin de Morville au pont au Muey (Moy ?), et autres pièces de terre nommées le vieux presbytère, le petit Maubut (…), pièce de terre seiche nommée La Chaux ».

En 1752 une procédure fut entreprise par le prieur Pierre le Trouy, religieux de l’hôtel Dieu, souhaitant obtenir des paroissiens la restauration à leurs frais des bâtiments de son prieuré qui menaçait ruine. Au terme d’une longue procédure, le procès fut perdu par le prieur, contraint donc de financer lui-même les travaux. De fait, par une lettre du 23 octobre 1773, le prieur s’engageait finalement à faire restaurer « à ses frais et dépens le presbytère dudit Morville, suivant le plan qui en serait donné, selon l’usage, et ce d’ici 2 ans, et faire aussi reconstruire les basses cours dans 3 ans et demi, où les batiments du prieuré seront rendus parfaits à l’hôtel-Dieu ». La date portée visible en façade de la demeure actuelle « PLT 1775 » confirme la véracité de cette source écrite.

Après la Révolution de 1789 et la nationalisation des biens d’Eglise, la commune tenta de récupérer le domaine de l’ancien prieuré en menant à son tour un procès contre l’hôtel Dieu de Coutances. Etant reconnu qu’il s’agissait d’un prieuré dépendant d’une institution charitable, non supprimée par la nouvelle République, la commune fut finalement déboutée. La vente du prieuré par le diocèse ne survint finalement qu’en 1920, au profit de la famille Delacoure, demeurée en possession de cette propriété jusque dans les années 1990.

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II- Description sommaire :

Cet ancien site prioral est formé d’un logis principal dont la façade ouvre au nord-ouest sur une cour partiellement entourée de communs. L’ensemble des constructions est édifié en calcaire local.

Ainsi que l’indiquent les sources historiques et la date portée visible au-dessus de sa porte d’entrée, le logis fut entièrement reconstruit entre 1773 et 1775. Il présente une belle ordonnance classique, avec cinq travées ordonnancées sur deux niveaux plus un étage de combles. Les communs, au nombre desquels peuvent s’identifier l’ancien pressoir, la grange, les étables avec fenil à l’étage, ainsi qu’une remise et un puits couvert en dôme, conservent des éléments antérieurs au XVIIIe siècle, pouvant remonter pour les plus anciens aux XVe et XVIe siècles, mais ils ont été assez largement remaniés lors de la phase de modernisation des années 1773-1776.

A noter, au nord-est de la cour, la présence d’un petit logis secondaire sur deux niveaux, ne comportant que deux travées d’ouverture, avec une porte d’entrée particulièrement soignée, que l’on daterait volontiers, par le détail de ses ornements, de l’extrême fin du XVIIe siècle ou des premières décennies du siècle suivant. L’existence d’une chambre sur cellier dissociée du logis principal pourrait s’expliquer ici par la volonté de dissocier la résidence du prieur de celle des frères du prieuré.

A noter par ailleurs, la capacité que nous avons, grâce aux sources médiévales, à reconstituer la géographie du domaine prioral en le reportant sur le cadastre moderne. Son schéma d’implantation, dessinant une sorte de grand ovale irrégulier et intégrant aussi bien des portions de terres labourables au contact de l’habitation, que des terres de pâture et, probablement, un petit bois, apparaît représentatif des logiques médiévales d’exploitation domaniale.

L'ancien logis du prieur, "camera" dissociée du logis principal.

L'ancien logis du prieur, "camera" dissociée du logis principal.

La perception du bâti ancien doit aussi intégrer l'aménagement des paysages environnants. La Prieuré de Morville se prète à ce type d'approche.

La perception du bâti ancien doit aussi intégrer l'aménagement des paysages environnants. La Prieuré de Morville se prète à ce type d'approche.

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