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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 12:49

Dimanche 4 juin, le le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une visite guidée consacrée aux "Belles demeures de la forêt de Saint-Sauveur-le-Vicomte".

 

Cette visite guidée permettra de découvrir quelques unes des belles demeures édifiées au cours du XIXe siècle à l'intérieur de la forêt de Saint-Sauveur. Après avoir rappelé quelle était l’étendue de la forêt domaniale des anciens seigneurs et abbés du lieu, le guide précisera quelques notions sur l'exploitation de ces espaces boisés, pâturés et chassés depuis le Moyen-âge. Il expliquera ensuite les conditions du morcellement de cette vaste forêt, aliénée en 1832 à un petit consortium d'investisseurs privés, puis revendu par lots et partagé entre une dizaine de propriétaires. Plusieurs de ces bourgeois fortunés implantèrent alors sur leurs lambeaux de forêt de grandes demeures aux allures de châteaux, cadres d'une vie mondaine et d’une notabilité fraîchement acquise. Le guide détaillera principalement l'architecture du château de Beaulieu, l’une des plus belles résidences du XIXe siècle de la forêt de Saint-Sauveur.

 

Cette visite est limitée aux seuls extérieurs des propriétés. Elle débutera à 15h00 précise, rendez-vous à l'office de tourisme, dans la cour du château médiéval. Les déplacements sur sites se feront en véhicules individuels. Renseignements tel. 02 33 95 01 26, ou par Email à l'adresse suivante : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr (en semaine uniquement). Tarifs 4 euros/ 2 euros/ gratuit, comme indiqué sur le programme.

 

 

 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 15:11

Dimanche 28 mai, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une visite guidée consacrée à « la chapelle Sainte-Anne et l’ancien presbytère de Montaigu-la-Brisette ».

 

Située à l’écart de l’église paroissiale Saint-Martin, en bordure de l’ancienne route menant de Valognes à Barfleur, la petite chapelle Sainte-Anne de Montaigu fut longtemps utilisée comme une sorte d’église secondaire, disposant en particulier de son propre cimetière. Elle était jadis associée à une foire, qui s’y tenait le 6 novembre. En dépit de son apparente modestie, elle présente d’assez beaux éléments de statuaire et conserve un étrange bénitier préroman. Non loin, se trouve l’ancien presbytère, la demeure ou vivait le prêtre de la paroisse, qui se signale par une très prometteuse entrée monumentale avec porte charretière et porte piétonne d’époque Renaissance.

 

La visite débutera à 15h précises, le rendez-vous fixé sur le parking de l’église de Montaigu-la-Brisette.

 

 

 

 

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 2 € pour les étudiants et les personnes sans emploi.

Gratuit pour les moins de 18 ans.

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (en semaine)

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 


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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 15:52

Dans le cadre de la manifestation nationale « Rendez-vous au Jardin », le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce dimanche 21 mai, une visite guidée consacrée au Parc l’Evêque de Valognes.

 

Il existait jadis à Valognes, un très vaste manoir équipé d’un immense parc de 12 hectares, qui avait été concédé en 1056 par le duc Guillaume le Conquérant au profit l’évêque Geoffroy de Montbray. En 1440, ce vaste ensemble contenait un manoir avec plusieurs chambres, salles et chapelles, une grande salle de justice et des prisons ainsi que d'autres dépendances. A l’intérieur du parc, l’évêque possédait ausi une carrière de pierre et entretenait pour sa distraction des cerfs et d’autres animaux sauvages. La présence d’un très rare « mur à abeilles » équipé de niches destinées à recevoir des ruches nous rappelle que l’on produisait jadis du miel dans ce grand parc. Vendu en 1570, le manoir l’évêque devint ensuite (1654) un séminaire destiné à la formation des jeunes prêtres. Sur une portion de l’ancien parc médiéval furent alors créés de vastes jardins à la française, jadis réputés parmi les plus beaux de Basse-Normandie. Le domaine initial s’étant trouvé morcelé et partiellement vendu en 1570, l’on vit aussi s’établir sur l’ancien parc l’un des plus beaux jardins d’hôtel particulier que Valognes conserve aujourd’hui. Ce jardin merveilleux et secret sera la surprise de cette visite, animée par deux guides conférencières du Pays d’art et d’histoire.

 

La visite débutera à 15h00 précises. Le rendez-vous est fixé sur le parvis de l’église Saint-Malo de Valognes (Place Vicq-d’Azir). 4 euros pour les adultes, 2 euros pour les étudiants et les personnes sans emploi, gratuit pour les moins de 18 ans. Possibilité d'accueil spécifique pour personnes empêchées ou handicapées : nous contacter une semaine à l'avance.

 

 

L'emprise du parc l'évêque de Geoffroy de Montbray dans la ville actuelle

 

Le fameux "mur à abeilles" du manoir l'évêque : chaque niche était destinée à abriter une ruche.

Le fameux "mur à abeilles" du manoir l'évêque : chaque niche était destinée à abriter une ruche.

Plan du parc du collège (ancien manoir l'évêque puis séminaire et lycée) en 1812

Plan du parc du collège (ancien manoir l'évêque puis séminaire et lycée) en 1812

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:39

 

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 14:12

Je ne résiste pas à l'envie de partager cette photographie prise samedi dernier par Rémi Pézeril dans le bois des roches, au cours de la répétition que nous faisions avec l'association "La Bruyère roechevillaise" et de nombreux bénévoles, en préparation d'un grand spectacle nocturne de plein air qui aura lieu le 5 aout prochain... a noter sur les agendas !!

Il s'agit de notre Loup-Garou, ou VAROU (Jacques), l'une des apparitions féériques qui jalonnera, aux côtés des goubelins, du sorcier, des dames blanches ou des cavaliers la chasse Hellequin, l'itinéraire proposé lors de cette soirée.

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 17:31

Dimanche 30 avril à partir de 17h30, le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin s'associe aux organisateurs du festival de musique pop "Réveillez les Chouettes" pour accueillir la chanteuse ESKELINA au prieuré Saint-Pierre de la Luthumière à Brix.

"L’association organisatrice souhaite ainsi valoriser le patrimoine culturel et les savoir-faire de ses partenaires dans le Cotentin, mais aussi permettre au public de les découvrir autrement et provoquer une rencontre chaleureuse avec l’artiste. Outre une présentation/visite du site accueillant, Eskelina offrira un temps musical en interprétant des titres de son répertoire en version acoustique, accompagnée d’un musicien. Le public sera également inviter à échanger avec elle autour d’un apéritif normand permettant de découvrir les produits locaux et favorisant la rencontre avec l’artiste en toute simplicité".

 

ATTENTION, nombre de place restreint, réserver RAPIDEMENT au 02 33 40 11 55 (office de tourisme de Valognes)

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 11:29

Dans le cadre de son programme des Dimanches du patrimoine, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce dimanche 30 avril, une visite guidée consacrée à « L’église de Colomby et le manoir du Breuil ».

L’église Saint-Georges de Colomby compte parmi les plus belles réalisations de l’architecture gothique en Cotentin. Dominée par une haute flèche de pierre, elle se signale par l’harmonie de ses proportions et la finesse d’exécution de ses colonnes à chapiteaux et de ses voutes sur nervures d’ogives. Sa statuaire, riche et abondante, recèle de très beaux éléments, dont un saint Jacques pèlerin du XVe de production locale et un superbe Christ aux liens qui fut probablement importé de Rouen au début du XVIe siècle. Au contact étroit de l’église paroissiale, l’ancien presbytère de Colomby, magnifiquement restauré par la commune il y a quelques années, offre un élégant exemple de logis du XVIIIe siècle. Le manoir du Breuil que nous rejoindrons ensuite est en revanche davantage représentatif de l’habitat seigneurial de la fin du Moyen-âge. Sa façade hérissée de tours et sa cour bordée de communs agricoles furent édifiées peu après 1500 par la famille Le Cappon, anoblie en 1580 en la personne de Jean le Cappon, et qui conserva la propriété jusqu’au milieu du XVIIe siècle.

Cette visite guidée débutera à 15h précise, rendez-vous à l’église de Colomby (parking situé sur l’arrière du cimetière).

 

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 2 € pour les étudiants et les personnes sans emploi.

Gratuit pour les moins de 18 ans.

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (en semaine)

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

Colomby : Le presbytère du XVIIIe siècle et l'église Saint-Georges depuis le manoir du Breuil

Colomby : Le presbytère du XVIIIe siècle et l'église Saint-Georges depuis le manoir du Breuil

Le Christ aux Outrages de Colomby (à droite) et celui de la Cathédrale de Rouen : reflet probable de la diffusion des productions rouennaises en Cotentin à l'aube de la Renaissance

Le Christ aux Outrages de Colomby (à droite) et celui de la Cathédrale de Rouen : reflet probable de la diffusion des productions rouennaises en Cotentin à l'aube de la Renaissance

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 15:41

 

 

I – Historique

 

  1. La fondation initiale par la famille de Bruis.

 

D’après la Gallia Christiana et la Neustria Pia, le prieuré Saint-Pierre de la Luthumière aurait été fondé en 1106, sous l’épiscopat de Raoul, évêque de Coutances (1093-1110) par Adam de Bruis (+ 1143). Claude Pithois adopte cette assertion et date la construction de l’établissement dans la première moitié du XIIe siècle, alors que Richard de Bruis, était évêque de Coutances (1124 -1131)[1]. Selon le même auteur, ce n’est que dans un second temps, en 1144, que le neveu d’Adam Ier, Adam II de Bruis, fit don du prieuré fondé par son oncle à l’abbaye de Saint-Sauveur.

 

N’apparaît toutefois, parmi les actes que nous avons consultés, aucune source écrite relative à ce prieuré antérieure à la charte donnée par Adam Bruis, fils de Robert de Bruis, en 1144[2]. Celle-ci énumère le contenu d’une donation « en perpétuelle aumône » faite au profit de l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui comprenait les églises de

Brix avec toutes les dimes, ainsi que la dîme des deux foires de la saint Christophe et de la saint Nicolas, plus les églises de Sainte-Marie de Couville, Saint-Martin-le-Gréart et Saint-Christophe-du-Foc avec toutes leurs dîmes, les aumônes et les terres qui en dépendaient.

 

La charte indique que l’abbé et les moines de St-Sauveur enverraient en retour des moines (monachos) s’établir dans l’église Notre-Dame de Brix, afin d’y entretenir un luminaire (ad lumina invenienda) et pour y servir Jésus et sa Sainte Génitrice. Le donateur demande en outre à ce qu’« un lieu soit construit et édifié en l’honneur de Dieu, de sainte Marie et de saint Pierre » (ad honorem Dei sancteque Marie et sancti Petri predictum locum construant et edificent). Les frères ainsi que toutes personnes nécessitant la charité y seraient entretenus. Pour conclure, Adam concédait aussi aux moines toute la terre située « entre l’église Sainte-Marie jusqu’à la forêt et la motte de sa demeure » (omnem terram ab Ecclesia sancte Marie desuper usque silvam mottamque domus meae). Adam de Sottevast, Roger Alverède et Robert Escarbo sont cités parmi les témoins du donateur.

 

Dans une deuxième charte de dix ans postérieure (1155) Pierre de Bruis, fils de Guillaume, renouvelle la donation de l’église Notre-Dame de Brix en précisant à nouveau l’engagement de l’abbé et de tout le couvent de St-Sauveur à établir des moines dans ladite église, et à construire des bâtiments en ce lieu pour y servir Dieu, sainte Marie et saint Pierre.

 

Par son contenu, la charte de 1144 apparaît donc bien constituer l’acte de fondation initial du prieuré, non le transfert d’une fondation antérieure comme cela a été écrit. Cependant, ce contenu indique aussi que le site désigné pour établir cette fondation ne correspond en rien à celui de son implantation effective ! Il y est bien précisé en effet que l’établissement des moines devrait se trouver étroitement associé à l’église Notre-Dame de Brix, plus probablement sur le terrain donné à cet effet, par devers le château, au nord donc de l’église, tout à fait au sommet de la colline de Brix[3].

 

Le lieu de son implantation actuelle, sur le domaine de la Luthumière, à l’écart du vieux château de Brix et du bourg mais auprès de la rivière, résulte manifestement d’autres donations, distinctes de celles effectuées par la famille de Bruis.

 

 

  1. Le choix de la Luthumière.

 

La première donation reçue par l’abbaye de Saint-Sauveur sur le domaine de la Luthumière émanait d’un individu nommé Guillaume Suen, qui, à une date proche des années 1150-1160, remit aux moines de Saint-Sauveur « toute la terre qu’il possédait à la Luthumière en perpétuelle aumône » (omnem terram quam habeo in Lutumaria, similiter in elemosina perpetualiter). Il leur cédait dans le même temps une part de l’église Saint-Samson d’Anneville-sur-Mer et Saint-Jean-des-Chênes à Jersey. Cette donation fut confirmée entre 1156 et 1162 par Henri II (Concedo item et confirmo donum Guillelmi Suim quod fecit idem abbatia de terre sua de Lutumeria)[4].

 

La seconde donation, probablement plus décisive, fut octroyée vers 1155-1165 par Raoul de la Haye[5]. Sa charte confirme en premier lieu la possession de biens situés à Jersey et Portbail, puis précise que « dans la haie de la Luthumière ledit Raoul a concédé à l’abbaye une habitation avec une chapelle fondée en l’honneur de Saint-Pierre » (In haiis vero Lutumerie concessit predicte abbatie idem Radulfus quoddam habitaculum cum capella que fundata est in honore Sancti Petri). C’est ce passage précis qui désigne pour la première fois le site où fut réellement implanté le prieuré.

 

Son donateur Raoul de la Haye, seigneur du Plessis, fils de Robert de la Haye, était le frère frère de Richard de la Haye, devenu baron de la Luthumière lors de son mariage en 1146 avec Mathilde de Vernon[6]. Il apparaît en 1126 avec sa mère Muriel et son frère Richard comme témoin d’une donation de son père à l’abbaye de Lessay. Après la mort d’Henri Ier Beauclerc en 1136, il adopte avec son frère le parti d’Etienne de Blois et assure en 1141 la défense du château de Cherbourg face à Geoffroy d’Anjou ; Selon le registre des fiefs de 1172 il détenait en Cotentin les honneurs du Plessis et de Cérences. En 1173, derrière Raoul, comte de Chester et Raoul de Fougères il s’engage dans la révolte d’Henri le Lion contre son père Henri II, qui en Normandie est rapidement réprimée. « Raoul de la Haye trouva le moyen de fuir ; il se jeta dans les bois et continua la guerre de partisan sur la frontière du Cotentin, jusqu'au printemps de 1174 ». Aurait ensuite continué sa lutte en suivant le comte de Flandres dans une tentative échouée de faire débarquer une armée en Angleterre. La date de son décès est inconnue.

 

 

Quel fut le motif du déplacement du site ?

 

L’émergence du fief de la Luthumière, qui semble rapidement s’imposer comme puissance seigneuriale dominante, est visiblement parvenu à littéralement capter la fondation de la famille de Bruis. La famille du Hommet qui succède en 1180 aux de la Haye comme barons de la Luthumière renforce encore cette sujétion en faisant reconnaître au XIIIe siècle son rang de patron et son droit d’ingérence dans la nomination du prieur.

 

Il ne faut pas sous-estimer toutefois l’intérêt que pouvait représenter le choix du site de la Luthumière. La présence d’une rivière y autorisait l’établissement d’un moulin et la pratique de la pêche. Le bois et les espaces de pâture ne manquaient pas et la retraite d’une solitude forestière devait aussi mieux correspondre à l’idéal monastique. La proximité d’un pont routier faisait dans le même temps du prieuré un relai sur un point de passage particulièrement fréquenté, surtout à l’occasion des grandes foires de Brix. Ainsi qu’en plusieurs autres prieurés forestiers des environs, tels ceux de Saint-Martin-à-l’If et de Barnavast, le devoir de charité auquel ils se trouvaient tenus conduisait peut-être les moines à faire sonner la cloche de la chapelle, chaque nuit, afin de guider les voyageurs égarés. Enfin, la présence d’une habitation et la possibilité de jouir de cette chapelle isolée, plus calme et mieux individualisée que l’église paroissiale, a pu encourager les frères à s’installer dans la vallée.

 

  1. Une probable origine érémitique

 

Le fait qu’une habitation soit nommément citée vers 1160, en même temps que la chapelle Saint-Pierre (quoddam habitaculum cum capella) implique que les moines ont récupéré pour s’y établir un domaine déjà existant. Cette analyse s’accorde avec les indices archéologiques recueillis sur le site, où la présence de fragments de sarcophages en calcaire coquillier et de briques remployés dans les maçonneries est l’indice d’une occupation nettement antérieure aux incursions scandinaves. Citée au XIIe siècle parmi les chapelles de la paroisse de Brix, la chapelle Saint-Pierre pouvait aisément remonter à l’époque mérovingienne.

 

A Saint-Pierre s’ajoute par ailleurs un autre sanctuaire tout proche, la petite chapelle Saint-Jouvin qui occupe à environ 800 mètres à l’ouest le centre d’une vaste prairie. Cette chapelle n’est citée que tardivement parmi les dépendances du prieuré (cf. mention de la vente du pré Saint-Jouvin en 1783, Pithois, p. 182), et son architecture n’offre aucun indice précis d’ancienneté. Son succès dans la dévotion populaire a souvent conduit saint Jouvin à supplanter saint Pierre pour désigner le site même du prieuré (cf. IGN actuel), et cela semble bien démontrer que les deux sanctuaires furent toujours étroitement liés.

 

Il apparaît que ce modeste édifice se trouve déjà mentionnée à une date beaucoup plus ancienne, dans une charte de confirmation des biens de l'abbaye de Lessay octroyée en 1186 par le pape Urbain, citant brièvement parmi les possessions de ce monastère l’ermitage de Saint-Jouvin et l’église de Sottevast (Hermitagium de Sancto Jovino et ecclesiam de Sottevast)[7]. Sauf à imaginer un nouveau déplacement, que dans ce cas rien ne signale, cet ermitage de Saint-Jouvin correspond de toute évidence au site de la Luthumière.

 

En dépit de leur appartenance initiale à deux abbayes et à deux paroisses distinctes, il s’avère probable que ces deux sanctuaires possédaient bien entre eux un lien étroit et que leur implantation à une si faible distance mutuelle traduit leur appartenance à un même établissement érémitique initial, qui pouvait donc présenter une implantation bipolaire.

 

Il serait tentant de mettre en relation cet ancien ermitage Saint-Jouvin avec certains aspects légendaires de la vie de saint Clair, en particulier lorsque est évoquée sa rencontre dans la forêt avec le serviteur de deux ermites « faisant leur résidence dans ces bois », et qui s’était blessé d’une hache en y coupant du bois. Dans un autre passage il est relaté qu’Odobert, abbé du monastère de Mauduin, reconnaissant dans le bienheureux Clair toutes les marques d’une vocation certaine à la vie érémitique, « lui permit de vivre dans une cellule séparée de la communauté, près de la rivière appelée Costus avec obligation seulement de venir les fêtes et les dimanches à Mauduin pour y assister aux divins offices et y recevoir le sacrement de l’eucharistie ». Sans identifier l’ermitage de Clair à celui de Saint-Jouvin ni la rivière « Costus » avec l’Ouve (où Unva dans ses formes les plus anciennes), on peut souligner que la relation topographique entre les deux sites apparaît assez frappante. Ce texte présente aussi l’intérêt de nous rappeler que de tels établissements se trouvaient le plus souvent dans la dépendance d’une abbaye mère, parfois toute proche et d’autres fois beaucoup plus éloignée. La présence d’une fontaine réputée miraculeuse auprès de la chapelle Saint-Jouvin convient bien elle-aussi pour un site d’origine érémitique.

 

 

  1. Le développement du prieuré

     

    En plus des églises du fief de Brix et de la chapelle Saint-Pierre avec son habitation associée où ils vinrent résider, les moines du prieuré de la Luthumière reçurent au XIIe siècle d’autres donations significatives de leurs bienfaiteurs. Il s’agissait en premier lieu du droit d’établir un moulin dans la rivière d’Ouvre, qui leur fut reconnu par le roi Henri II vers 1170, en même temps que celui de se procurer du bois dans la haie de la Luthumière afin de se chauffer et d’entretenir leur église, leur moulin et leurs autres bâtiments. Ces droits sur la forêt comprenaient aussi une franchise de panage, c’est-à-dire la liberté de mettre gratuitement leurs animaux en pâture dans ces bois (ut habeam molendinum in aqua qua vocatur Unva ad Sanctum Petrum de Lutumeria perpetualiter in elemosina. Concedo etiam monachis apud ipsum sanctum locum Petrum Deo servientibus ut habeam perpetualiter in elemosina de ipsis haiis ligna ad Monasterium et molendinum et domos suas omnen tenendas et pasnagium et omnes consuetudines suas quietas omnium possessionum suarum).

     

    Le cartulaire du prieuré contient aussi des donations de terres et de rentes faites dans les dernières décennies du XIIe siècle par Eudes de Sottevast « pour entretenir la lumière des ténèbres dans la chapelle Saint-Pierre de la Luthumière » ; Le même seigneur concéda aussi sa terre de Clibec sur la paroisse de Surtainville, « pour l’entretien du luminaire devant l’autel de Sainte-Marie dans la chapelle Saint-Pierre de la Luthumière, toutes les nuits de l’année, et pour le service et pour les messes dans la même église »[1]. A Breuville, Eudes concéda aussi avec son frère Raoul la moitié des revenus de son moulin.

    Le prieuré et la chapelle Saint-Jouvin sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

    En 1232, les moines reçoivent de Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, baron de la Luthumière, la part en aliments et en galons de vins de deux chevaliers, à prendre sur sa table lorsque lui ou son épouse viennent à résider dans le manoir du lieu (concessi etiam predicti monachis liberationem suam, sicut duobus militibus, in pane et ferculis in hospitio meo de Lutmeria)[2]. Un frère devait en cette occasion célébrer dans la chapelle seigneuriale. A la même époque, Guillaume du Hommet se fait par d’autres donations reconnaitre comme patron de l’établissement, imposant ainsi que le prieur ne puisse être nommé ou déplacé sans son consentement[3]. Ces documents témoignent de l’étroite emprise seigneuriale qu’exerçaient les barons de la Luthumière sur le prieuré.

     

    L’usage d’offrir des rentes en produits de table est également pratiqué par le chevalier Thomas de Tollevast qui, en 1232, concède « la dîme de tout le pain qui se dépenserait dans ceux de ses manoirs où sa femme ou lui séjourneraient ».

     

    Claude Pithois, historien de la commune de Brix, a publié la liste d’autres biens et propriétés reçus par les moines ou acquis par ces derniers au cours du Moyen-âge. Après que les moines aient assis au XIIe siècle les fondements matériels de leur établissement, et avoir dû lutter au début du XIVe siècle pour en maintenir l’intégrité, on constate que le prieur (frère Jean Goubert) mena au début du XVe siècle une politique active d’acquisitions, acquérant à cette époque le fief du Coudray, au hameau du Coudray, et des terres au lieu-dit Vernon. A Brix les moines possédaient le fief de Bricquebosc (avec des extensions sur Rauville-la-Bigot) et une maison dans le bourg. En 1613, ils jouissaient encore, conformément à la donation initiale d’Adam de Bruis, de « toute la terre comprise entre l’église Sainte-Marie et la forêt »[4].

     

    Claude Pithois évalue l’ensemble des rentes reçus par les moines entre les XIIe et XIIIe siècles à 241 sols, 21 deniers + 49 quartiers/80 boisseaux de froment, 2 quartier d’avoine, 1 galon de vin par jour 23 pains 32 gélines, 155 œufs.

     

  2. Le mode de vie des moines

     

    Nous ignorons malheureusement le nombre des moines initialement délégués par l’abbaye de Saint-Sauveur au sein de ce prieuré. La donation de la « part en aliments et en galons de vins de deux chevaliers » en 1232 offre un repère assez conforme à la norme des autres établissements de ce type au XIIIe siècle. Il faut aussi considérer que ces actes ne citent en revanche ni le prieur, ni le personnel domestique et agricole, sans doute assez nombreux, qui devait cohabiter avec les frères.

     

    Si l’on peut supposer qu’une règle était suivie, nous n’avons pas non plus d’informations précises sur leur mode de vie autre que certains devoirs de services religieux, tel par exemple celui qui les contraignait à entretenir une lumière ardente sur l’autel de la Vierge à l’intérieur de la chapelle Saint-Pierre. En plus de la célébration quotidienne des offices des saints et des fêtes du calendrier, les prières et offices pour les seigneurs bienfaiteurs, tant vivants que défunts, devait aussi occuper une part notable de leur quotidien.

     

    Selon une tradition rapportée par l’abbé Lerosey, mes moines assuraient initialement eux-mêmes le service de l’église Notre-Dame de Brix, et ce jusqu’à la réforme du Latran de 1179 qui leur interdit cette pratique. La nomination de prêtres desservant des églises placées sous le patronage du prieuré revenait à l’abbé de Saint-Sauveur. Mais la perception des dîmes et des rentes, l’administration des terres et des revenus constituaient pour le prieur des activités importantes. Celui-ci exigeait de ses tenanciers des pratiques relevant de l’exercice habituel de la banalité seigneuriale, mais il déléguait pour recevoir leurs aveux et percevoir leurs rentes des officiers (sénéchaux).

 

[1] « Cart de la Luthumière », n°29 et 30, et Claude PITHOIS, p. 182 (acte fin XIIe, probablement c. 1180-1190)

[2] Cart. SSVte 164

[3] « Cart de la Luthumière », n°15, et Claude PITHOIS, p. 177.

[4] Claude PITHOIS, p. 182.

Brix, prieuré Saint-Pierre de la Luthumière
  1. La fin du prieuré

 

Dernier prieur identifié, Jean du Chastel, qui perd un procès en 1623 contre Antoine de la Luthumière, baron de Brix ; puis attribué à des prieurs commendataires et confié à des fermiers. Le prieur nommait encore un chapelain en 1684 pour célébrer 3 offices par semaine, « dans l’une des chapelles du prieuré ». Ref ; (ferme), à un droit de pêche dans la rivière.

 

Lors de la mise en vente en 1791, l’ensemble comprenait : « une maison à usage de salle avec un pressoir à bras, une cuve, une étable, une grange, une petite écurie, un petit appartement divisé d’avec la chapelle Saint-Pierre, le tout s’entretenant ensemble, une charterie, avec une boulangerie en ruine ».

 

 

  1. Architecture

 

D’après l’organisation en L des bâtiments, il semble probable que les moines occupaient l’aile ouest tandis que le logis du prieur se trouvait dans l’aile sud, au contact de la chapelle, avec laquelle il communiquait aussi bien par une porte de plain-pied que par une tribune à l’étage.

 

L’étude de la structure architecturale de l’aile ouest permet de distinguer une chambre sur cellier toujours existante associée à une grande salle de plain-pied désormais en grande partie détruite. Bien que l’on retrouve dans cette distribution un schéma assez classique de logis médiéval, il se pourrait que l’on doive ici identifier la chambre avec l’ancien dortoir, et la salle avec l’équivalent d’un réfectoire (servant aussi de salle capitulaire ?).

 

La chapelle Saint-Pierre se reconnaît à son campanile et à la petite croix antéfixe qui se dresse au dessus de son pignon est. Elle a environ 11, 60 m de long sur 6,50 m de large. Trois fenêtres l’éclairés jadis. D’après un dessin de l’abbé Adam on constate que le chevet était percé de lancettes géminées encastrées dans une grande ogive, au tympan orné d’un trèfle. Cette ouverture qui faisait 2,40 m de haut sur 1,20 m de large fut obstruée en 1910.

 

La datation des bâtiments actuels semble pouvoir être attribuée au début du XVe siècle, période qui coïncide comme nous l’avons vu avec la période de redressement du prieuré, porté dans les années 1410-1420 par le prieur Jean Goubert. Une étude fine du bâti permettrait sans doute de déceler des vestiges au moins résiduels de phases plus anciennes. A noter aussi, ainsi que nous l’avons déjà souligné, la présence relativement abondante en maçonnerie de remplois de fragments de sarcophages en calcaire coquillier de Sainteny. Dans le parement extérieur sud apparaît en particulier un fond de cuve tout à fait caractéristique. La présence de tels indices suggère qu’une nécropole du haut Moyen-âge a préexisté - entre le VIe et le IXe siècle - à l’établissement du prieuré bénédictin. La présence également de fragments de briques visibles en remploi dans l’édifice pourrait indiquer un précédent antique, de nature non définie.

 

(Julien DESHAYES, mars 2016)

 

(Nos plus chaleureux remerciements à Pierre, Corinne et Valentin pour le soin mis à l'entretien de l'édifice et leur accueil si chaleureux)

 

 

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 14:13
Visite guidée, dimanche 2 avril : L’église Saint-Hermeland et la ferme de l’abbaye à Sottevast

 

Dans le cadre du cycle de visites des dimanches du patrimoine, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, le dimanche 2 avril prochain, une visite guidée consacrée à « L’église Saint-Hermeland et la ferme de l’abbaye à Sottevast ».

 

Bien que son existence soit déjà attestée au XIe siècle, l’église Saint-Hermeland de Sottevast ne conserve plus dans son architecture d’éléments antérieurs au XVIIe siècle. Tandis que la tour de clocher, située en façade, fut édifiée vers 1685, le chœur et la nef ont été profondément remaniés dans les années 1780, en même temps que l’on adjoignait une sacristie à l’édifice. Les chapelles du transept abritent de beaux retables en pierre Renaissance, et l’on remarque encore, dans le pavé du chœur, la tombe en marbre noir de Catherine Pothier, dame de Sottevast, décédée en 1579. Cette sépulture nous rappelle le lien étroit qui unissait les seigneurs du lieu à cette petite église, devenu une sorte de mausolée familial.

 

De même qu’ils avaient reçu cette église en donation, les moines de l’abbaye de Lessay possédaient à Sottevast un manoir conséquent, centre d’un domaine rural dont dépendaient jadis, en tant que tenanciers, de nombreux habitants de la paroisse. Réinvesti au XVe siècle par l’abbé Guillaume de Guéhébert, ce manoir fut alors entièrement rebâti avec un grand soin architectural. La chapelle Sainte-Suzaenne, toujours existante mais malheureusement inaccessible en raison de son instabilité, offre un remarquable exemple de petit sanctuaire privé de la fin du Moyen-âge

 

Cette visite guidée débutera à 15h00

Le rendez-vous est fixé devant l’église de Sottevast.

 

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les demandeurs d'emploi.

 

 

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (en semaine).

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:10
Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

Harely mss 4373, manuscrit enluminé au XVe siècle pour Jeannde France, dame de Valognes

La figure de Jeanne de France, dame de Valognes dans la seconde moitié du XVe siècle, n’a laissé que peu de traces dans la mémoire locale. Bien qu’il fut souvent éclipsé par celui de son époux, son souvenir se matérialisait pourtant dans notre ville par des constructions significatives, telle la « tour Madame Jeanne », l’une des tours défensives du château médiéval démoli en 1688, et la chapelle et les bâtiments de l’hôtel-Dieu, réaffectés depuis en haras d’étalons puis transformés en centre culturel. La vie de « Madame l’Amirale » recouvre une période de reconstruction et de redressement économique qui, au lendemain de la guerre de Cent ans, a marqué l’histoire du royaume de France en général, celle de Valognes et du Cotentin en particulier.

Selon Brantôme, le roi Louis XI changeait de femme comme de bonnet de nuit. Thomas Bazin en donne un portrait de ripailleur, amateur de filles de joie aux noms évocateurs, telle la Jacqueline de Dijon, la Gigonne de Lyon ou la Catherine de Vaucelle. Mais ce roi qui fut si souvent calomnié par ses nombreux détracteurs, que l’on a même soupçonné d’avoir fait assassiner Agnès Sorel, la maîtresse de son père, ne prit jamais de favorite officielle. Après un premier mariage contracté en 1436 avec Marguerite d’Ecosse, qui meurt en 1445, Louis XI se remarie en 1451 avec Charlotte de Savoie, et l’on estime que, malgré la laideur proverbiale de cette dernière (selon Philippe de Commynes, « la reine n’était pas de celles où l’on devait prendre tant de plaisir, mais bonne dame »), le roi lui resta en fait exemplairement fidèle, n’ayant connu que quelques « amourettes » entre ses deux mariages.

Son premier amour de jeunesse fut Phélise Regnard (v.1424-1474), fille d'Aymar Reynard seigneur de Saint-Didier, veuve en 1452 d’un écuyer nommé Jean Pic. Phélise aurait donné à Louis au moins deux filles : Guyette, qui sera mariée à Charles de Baillans, secrétaire du roi, et Jeanne, la future Dame de Valognes, née en 1447.

Jeanne était donc nettement plus âgée que ses deux demi-sœurs, les filles légitimes du roi, Anne, née en 1461, et Jeanne (dite Jeanne de France, canonisée au XVIIIe siècle sous le nom de sainte Jeanne de Valois), son homonyme, née en 1464, qu’elle a toutefois étroitement côtoyées et, semble-t-il, beaucoup aimées. Malgré son statut de bâtarde qui la disqualifiait au regard de ses cadettes, son mariage représentait cependant pour le roi un enjeu important, relevant pleinement de la raison d’Etat. Au même titre que le mariage de sa sœur Anne avec Pierre de Beaujeu, héritier en 1488 du duché de Bourbon, l’union de Jeanne avec Louis, le bâtard de cette même maison de Bourbon, servait la politique d’unification nationale menée par le roi, qui voulait s’attacher à tout prix cette puissante lignée de grands féodaux.

Fils naturel du duc Charles de Bourbon, Louis était connu comme un excellent homme de guerre. Selon l’historien du XVIIe siècle Antoine Varillas, « II avait porté les armes dès l’âge de 13 ans. II avait servi d'abord en qualité de simple fantassin, et ensuite on l’avait fait archer d'un homme d'armes dans la compagnie de cent lances du duc de Bourbon. II avait passé de là par tous les degrés, jusqu'à commander durant la guerre du Bien Public toute la cavalerie des princes ligués, à la réserve de celles de Bourgogne et de Bretagne ». C’est précisément par ce que le roi Louis XI avait été impressionné par les qualités militaires de son adversaire lors de cette guerre civile dite du Bien-Public, qu’il choisit aussitôt de s’en faire un allié, en lui offrant pour cela sa fille Jeanne. Toujours selon Varillas, « Le Roy avait une fille naturelle tout à-fait bien faite, que plusieurs cadets de la maison royale avaient en vain recherchée. Il la maria avec le Bâtard de Bourbon et, parce que ce n'était point alors la coutume de donner beaucoup de dot à cette sorte de princesse, le roi y ajouta l’usufruit du Roussillon et de la Cerdagne, le gouvernement de ces deux provinces et la promesse du gouvernement de la première armée que sa majesté mettrait sur pied ».

Les fiançailles de Louis de Bourbon et Jeanne de France eurent lieu dans l'hôtel de ville de Paris, au début du mois de novembre de l’année 1465, donnant lieu selon un témoin à « plusieurs joyeusetés, danses et autres plaisances ». Le mariage fut célébré au mois de février suivant et Jeanne fut légitimée dans la foulée. Sa lettre de légitimation, est datée du 25 février 1466. Elle présente Jeanne à la fois comme « fille naturelle du seigneur Roi, née de lui et de Phelise Regnard, sa maîtresse alors veuve », et comme « épouse de Louis de Bourbon comte de Roussillon » (filia naturalis Domini Regis per eum et Phelisiam Regnard, domicellam, nunc viduam, genita, uxor Ludovici de Borbonio Comitis Rossilionis).

Notons que, si la dote constituée par le roi Louis XI au profit de sa fille Jeanne porte mention des châteaux, villes, châtellenies, terres et seigneuries de Usson en Auvergne, de Cremieu, Moras, Beaurepaire, Vesille et Cornillon au pays de Dauphiné, son trousseau n’intégrait initialement ni la ville de Valognes, ni aucun autre bien en Cotentin. D’après les sources que nous avons consultées, il faut attendre le mois de mars 1469 pour trouver mention du bâtard de Bourbon qualifié à la fois de « comte de Roussillon, amiral de France et seigneur dudit Valognes ».

Conformément aux usages du temps, une fois mariée, Jeanne disparaît pratiquement dans l’ombre de son énergique époux. Sans détailler ici les nombreuses missions militaires et diplomatiques dirigées par Louis de Bourbon, retenons que celui-ci s’impliqua en premier lieu dans la soumission de villes rebelles de Normandie, avant de mener plusieurs ambassades difficiles en Angleterre. « Pour les vertus dont il estoit garny, et aussi parce qu’il avoit espousé la fille naturelle du roy », il reçut à la fin de mai 1466 le titre d’Amiral de France, lui donnant un commandement nominal sur l’ensemble de la flotte royale. En 1467 et 1468 il intervint de nouveau en Normandie, face aux armées coalisées du duc de Berry et du duc de Bretagne, dont il fut victorieux. Louis XI, le jour même de l'institution de son Ordre de Saint Michel, en août 1469, lui donna en récompense l’un des premiers colliers. Il semble probable qu’il reçut la seigneurie de Valognes dans la foulée de ces évènements, en même temps que le gouvernement d'Honfleur et de Granville.

S’étant immiscé dans la politique intérieure, pour le moins tendue et instable, du royaume d’Angleterre, Louis de Bourbon se trouva quelques années plus tard, en position de devoir accueillir et héberger en France le comte de Warwick, le fameux « faiseur de rois » de la guerre des Deux Roses. Rebelle au roi Edouard, ce dernier était venu le 29 juin 1470 se réfugier avec sa flotte dans la baie de Saint-Vaast-la-Hougue. Warwick et sa famille, ainsi que Clarence, le frère cadet du roi, furent alors installés avec leurs soldats et leur suite dans la ville de Valognes, où ils demeurèrent cantonnés jusqu’au 9 septembre suivant. On imagine qu’elle pouvait être le climat d’agitation, sans-doute de tension, dans cette ville qui avait vécu, seulement vingt ans plus tôt, deux sièges successifs et des évènements particulièrement meurtriers lors de l’expulsion des derniers soudards britanniques de la guerre de Cent ans !

Bien qu’il n’ait cessé d’intervenir au service du roi dans les Flandres ou face aux Bourguignons, en dépit également de ses origines bourbonnaises, Louis de Bourbon semble avoir conçu un fort attachement personnel pour le Cotentin. En 1473, on sait qu’il mena différentes manœuvres judiciaires dans l’espoir d’annexer à ses domaines la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, échue au roi depuis la rébellion de Geoffroy d’Harcourt. Autre fait peu connu, ayant acquis en 1473 la baronnie de la Hougue, il s’engagea dans le premier projet raisonné de mise en défense du havre de Saint-Vaast, proposant au roi de faire fortifier le port et lui offrant de construire autour une ville marchande et une grande citadelle. Il y obtint en 1474 la création d’un marché et d’une foire, nourrissant l’espoir de voir le commerce y prospérer grâce aux grands travaux qu’il avait projetés de réaliser. C’est à Louis de Bourbon que l’on doit également, en mai 1481, l’érection du fief du Mesnil-au-Val, créé au profit de Guillaume du Foc, écuyer, capitaine de Cherbourg « à cause des bons et louables et agréables services qu’il avait faits et faisait de jour en jour, tant au roi qu’audit amiral » : il s’agit du manoir où résida (et écrivit !) ensuite son petit-fils, Gilles de Gouberville, l’auteur fameux du « Journal des Mises et Receptes ». En 1479 Louis soutint l’établissement des frères cordeliers, implantés à Valognes depuis 1468, en achetant à leur profit le manoir de Beaulieu, jointif de leur abbaye, à charge pour les frères de « prier pour le repos de son âme ». Nous savons malheureusement peu de choses de l’ancien hôtel de Bourbon, la résidence valognaise de Jeanne de France et de l’Amiral, totalement détruite durant la seconde guerre mondiale, et dont l’emplacement même reste sujet à caution. Les vestiges les plus significatifs de ce très vaste manoir urbain se voyaient au bas de la rue de Poterie, en façade d’un édifice médiéval devenu ultérieurement propriété du seigneur d’Olonde puis des dames Augustines. Orné de niches aux culots sculptés de figures d’anges, la façade de l’hôtel de Bourbon présentait aussi, selon M. Pouchin un relief montrant « un chevalier sur un cheval caparaçonné ». Le fait que Louis de Bourbon ait choisi de se faire inhumer dans l’église des frère cordeliers de Valognes, où il trouva le repos après sa mort survenue le 17 ou 18 janvier 1487, démontre de façon indéniable son attachement pour la ville. Malheureusement endommagé par les Huguenots en 1562 puis détruit à la Révolution, son tombeau ne nous est plus connu aujourd’hui que par un unique dessin du XVIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Jeanne de France – dite Madame l’Amirale - n’apparaît citée durant toutes ces années qu’en de rares occurrences. Tout laisse à penser qu’elle partageait le plus souvent, en compagnie de ses deux demi-sœurs, la vie de cour de la famille royale. Sa résidence est parfois signalée au château de Chinon et, le 24 mai 1481, c’est dans celui de Langeais qu’elle accouche de son fils Charles (décédé sans héritier en 1510). En décembre 1483, suite au traité d’Arras, elle figure au palais royal de Paris, auprès de sa sœur Anne de Beaujeu, pour la réception de la fille de l’empereur Maximilien. Elle résidait à nouveau au château de Langeais en avril 1491, puis au Plessis-Lès-Tours en octobre 1492, pour le baptême du dauphin, s’y faisant remarquer par la richesse des escarboucles et des pierreries ornant sa robe de cérémonie. En janvier 1499 c’est depuis son château du Coudray-Montpensier qu’elle concède à l’hôtel-Dieu de Valognes une acre de terre prise sur le clos du Gisors.

En bonne cheffe de famille, c’est surtout le souci d’assurer un mariage avantageux à ses enfants qui semble avoir occupé ses préoccupations de veuve. Le 2 juillet 1498, elle n’hésite pas à sacrifier la baronnie de la Hougue pour récupérer de l’argent frais, « considérant les grandes charges qu’elle a portées et soutenues pour messeigneurs ses enfants, tant pour le mariage de mesdemoiselles ses filles que pour l’entretenement de Charles de Bourbon, son fils, tellement qu’elle est obligée en de grandes sommes de deniers ». L’an 1500, sans doute toujours par besoin de liquidités, elle fieffait une maison lui appartenant, proche des halles de Valognes. En septembre 1511, elle se mêla du remariage sa petite-fille, Avoye de Chabannes, comtesse de Dammartin, avec Jacques de La Tremoille[1], de beaucoup son aîné, une union financièrement avantageuse, mais des plus calamiteuses si l’on en juge par les scandales qui en découlèrent ensuite (nous savons en particulier qu’Avoye de Dammartin, qui s’était secrètement promise à un autre prétendant, accoucha d’un enfant moins de trois mois après cette union !).

Mère attentive aux intérêts de sa descendance, Jeanne de France ne fut visiblement pas pour autant une belle-mère exemplaire. Le chroniqueur Jehan Leclerc relate en particulier que, non contente d’avoir retenu par devers elle la dote promise à Jean de Chabannes, comte de Dammartin, lors du mariage avec sa fille Suzanne, elle ne pardonna jamais à celui-ci d’avoir servi les intérêts du roi Louis XII au détriment de sa malheureuse sœur Jeanne, au moment de leur divorce. Feignant de vouloir se réconcilier avec son gendre, elle aurait, selon les dépositions recueillies alors, profité d’un séjour à Saint-Fargeau pour le faire mortellement empoisonner par son cuisinier…

L’une des seules marques visibles du mécénat de Jeanne de France en tant que « Dame de Valognes » fut son implication, en 1497, dans la fondation de l’hôtel Dieu, créé à l'initiative de son confesseur, Jean Lenepveu, prestre, bourgeois manants habitant du lieu. Ce dernier avait cédé à cet effet d'une maison et mesnage contenant deux vergées ou viron rüe Levesque bornez par laditte rüe, le douy et le clos du Gisors. Soucieux d’asseoir plus solidement sa fondation, il obtint de Jeanne de France le don d'une acre de terre ou environ pour la fondation de l’hôpital, église, maison Dieu et cimetière, située dans le Clos du Gisors. En retour cependant, Jeanne de France exigea impérieusement de se faire reconnaître l’unique fondatrice dudit hôpital et maison Dieu, avec le privilège de pourvoir et présenter au gouvernement dycelle. Elle demanda aussi à ce qu'elle-même, ainsi que son défunt époux et les membres de sa famille, soient participants à tous les biens, messes, prières et oraisons dites dans la chapelle. Le contrat de donation qu’elle fit établir en date du 28 janvier 1499, précise enfin que cet établissement serait édifié sous l'honneur et révérence de Nostre Dame et de toutte la cour céleste.

On se souvient par ailleurs que le château de Valognes possédait une tour qui, selon le témoignage donné par Jean Lescroël, au XVIIe siècle fut « nommée Madame Jeanne parce qu’elle avait été bâtie par la princesse Jeanne de France ». Selon Nicolas Faucherre, qui est aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes français des fortifications de l’époque moderne, la tour « Madame Jeanne » doit probablement être identifiée avec l’ancien bastion quadrangulaire qui occupait la pointe du flanc nord-est du château. Il s’agissait d’un ouvrage de défense adapté aux tirs d’artillerie, équipé d’après les plans anciens de meurtrières « à la française », dont le profil très ébrasé était sans doute similaire à celui d’une des ouvertures que nous avons pu observer en janvier 2016 sur une portion de cette même courtine nord-est, fortuitement dégagée à l’occasion des travaux de la place du château de Valognes.

Se voyant contestée dans la jouissance de son douaire, Jeanne de France fut contrainte en 1497 de céder ses domaines du Dauphiné afin de conserver les seigneuries de Valognes et d’Usson que son demi-frère, Charles VIII, avait souhaité annexer. Mais bien plus qu’en ses domaines du Cotentin, Jeanne de France semble s’être surtout impliquée dans l’agrandissement et l’aménagement de son château du Coudray-Montpensier, près de Chinon, pour lequel nous possédons le compte détaillé des travaux qu’elle ordonna entre 1489 et 1492. Elle avait aussi un attachement fort pour sa seigneurie de Mirebeau, en Anjou, qui lui fut offerte par sa sœur Anne de Beaujeu, et où elle résidait le plus régulièrement à la fin de sa vie. Tandis que la gestion de ses domaines du Cotentin était déléguée à Jean et Robert d’Anneville, de la famille des seigneurs de Chiffrevast, Madame l’Amirale continuait de soutenir à Mirebeau diverses procédures, toutes plus ou moins infamantes et vexatoires, pour faire valoir ses intérêts à l’encontre de la noblesse et du clergé local (on apprend en particulier comment elle envoya dix hommes armés pour saccager la collégiale de Mirebeau et intimider les chanoines, qui refusaient d’afficher ses armes sur le pourtour de leur église !). En 1505, elle concédait au profit de Jean Jallot, procureur du roi à Valognes, la seigneurie de Beaumont-Hague. Lorsqu’elle fit son testament à Chinon en Touraine, le 7 mai 1515, c’est bien d’ailleurs dans la chapelle des cordeliers de Mirebeau, non à Valognes auprès de son époux, que « cette charitable et vertueuse princesse » (M. Pouchin) choisit d’élire sa sépulture. Elle y fut inhumée l'an 1519, ayant atteint l’âge avancé de 72 ans.

S’il ressort de cette petite étude que Jeanne de France fut bien, par son tempérament, digne des plus belles diaboliques de l’histoire de Valognes, elle n’en resta cependant qu’une résidente des plus occasionnelles.

 

(J. DESHAYES/Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin/2016)

signature autographe de Jeanne de France (collection privée)

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