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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 11:42

Inventaire en cours : Lettres R à V :

 

- Rauville-la-Place, le Mont-de-la-Place : La fondation de la léproserie du Mont de la Place, à Rauville est datée de 1126, sous le règne d’Henri Ier Beauclerc. Guillaume de Vernon, baron de Néhou, lui attribue au début du XIIIe siècle une partie de la « Foire ès Morts » et de la foire Saint-Laurent, qui se tenaient à ses abords. En 1332, la chapelle des lépreux de la Place (capella leprosorum des Platea) ne disposait plus d’aucun revenu. Le 29 juillet 1541 , les malades de la lèpre et le curé de Rauville, « administrateur d’iceux malades », présentèrent une requête visant à récupérer les revenus qu’ils percevaient sur les deux foires Rauville, alors « saisis en la main du roi ». Ces deux foires se sont longtemps maintenues à Rauvlle, l’une le 9 août, veille de la fête St-Laurent, l’autre le 5 novembre. Vers la fin du XVIe siècle, la chapelle Saint-Jacques des lépreux fut entièrement reconstruite et vouée à Notre-Dame de la Délivrance. Elle constitua dès lors un lieu de pèlerinage et de dévotion pour les femmes en attente d’un enfant.

Rauville-la-Place, chapelle Notre-Dame de la Délivrance, autrefois Saint-Jacques des Lépreux

 

- Ravenoville (anc. canton de Sainte-Mère-Eglise) : Le lieu-dit, « la Maladerie » figure sur le cadastre actuel de la commune (parcelle A1).

- Le Rozel (anc. canton des Pieux) : On trouve au Rozel une série de lieux-dits « la grande maladrerie », « la maladrerie », « la maladrie », « le clos de la maladrerie »… sur le cadastre actuel, hors du village, au sud, sur le bord de la route (A. 104, 105, 134, B. 209…).

 

Sainte-Croix-Bocage (commune rattachée à Teurtheville-Bocage, anc. canton de Quettehou) : Un lieu-dit "la maladrerie" figure sur le cadastre, au nord du village, en bordure de l'actuelle D. 119 (parcelle D.864).

Sainte-Marie-du-Mont (anc. canton de Sainte-Mère-Eglise) : Il existait à Sainte-Marie du Mont une léproserie Saint-Antoine des Ladres, située au village de la Chaussée, en bordure du "Grand Chemin" de la baie des Veys. Le Livre Blanc de 1332 confirme l’existence, dans la paroisse, d’une chapelle des lépreux, dont le curé était le patron et l’administrateur (In parrochia est quedam capelle leprosorum cum cura, cujus rector est patronus).

Existe-t-il un lien entre cette ancienne chapelle de léproserie et la chapelle de la Madeleine de Sainte-Marie-du-Mont, parfois dite « chapelle des Dunes », qui subsiste de nos jours ? Cette chapelle, qui n’est pas citée dans le pouillé de 1332 pourrait-elle correspondre au même édifice ? Comme nombre de maladrerie, on sait que celle-ci accueillait une foire annuelle, le jour de la fête de sainte Marie-Madeleine... et que son vocable est souvent indicatif. La localisation de la maladrerie de Sainte-Marie-du-Mont, au hameau de la chaussée invite toutefois à rejeter cette hypothèse.

Le village de la chaussée à Sainte Marie-du-Mont. Carte dite des ingénieurs du roi, vers 1780

Saint-Lô : Le domaine de la léproserie de Saint-Lô s’étendait sur 14 hectares de terre et comprenait plusieurs bâtiments. Auprès de la chapelle de la Madeleine, sur une vaste esplanade appelée « le Férage de la Magdelaine » se déroulait le 22 juillet une grande foire. Comme en de nombreuses autres foires de léproserie, une taxe était perçue sur marchands, au bénéfice des malades. Fortement délabrés, les bâtiments de la léproserie ont fait l’objet le 18 juillet 1640 d’un état des lieux concluant à la nécessité de travaux de restauration, qui sans doute ne furent jamais entrepris. La chapelle subsiste toujours, à la sortie de la ville, en bordure de la grande route de Bayeux.

Saint-Lô, chapelle de la Madeleine, site d'une ancienne léproserie

Saint-Rémy-des-Landes (anc. canton de la Haye-du-Puits) : Par une charte datant du début du XIIIe siècle, Robert de Taillefer donnait à l’abbaye de Blanchelande « un pré appelé le pré de Gottot, depuis le clos qui fut Robert du Bosc jusqu’à la léproserie, ainsi que tout ce qu’il avait ou pouvait avoir dans ladite léproserie ».

Saint-Lô-d'Ourville (anc. canton de Barneville-Carteret) : Un lieu dit "les maladris" figure sur le cadastre de la commune.

Saint-Sauveur-Lendelin : Un lieu-dit « la maladrerie » figure sur la carte IGN.

Sauxemesnil (anc. canton de Valognes) : On a parfois supposé que le lieu-dit « la Madeleine » qui figure sur la carte de Cassini, au pied du Mont-Epinguet, non loin de la voir antique d’Alauna à Fermanville, pouvait correspondre au site d’une ancienne maladrerie.  Ce nom ne renvoie pas en fait à établissement local mais à la maladrerie de Rouen, dotée au XIe siècle, par Guillaume le Conquérant, de revenus sur cette portion de la forêt de Brix. L'hypothèse de l'existence d'une léproserie à Sauxemesnil, au lieu-dit "la Coucourie" a aussi été évoquée.

Sénoville (anc. canton de Barneville-Carteret) : Une petite série de lieux-dits "la lairie", "la lairie du chemin", "la lairie du carrefour" figure sur le cadastre de la commune, en bordure de la D. 131. Le toponyme "lairie" renvoi peut-être ici au terme "ladrerie" et pourrait désigner un établissement pour lépreux (?).

Sottevast (anc. canton de Bricquebec) : Le lieu-dit « la maladrerie », figure sur la carte IGN et sur le cadastre actuel.

Théville (anc. canton de Saint-Pierre-Eglise) : La « maladerye de Téville » est citée à plusieurs reprises dans le journal de Gilles de Gouberville (1549-1562) et le lieu-dit « les maladries » figure sur cadastre actuel de la commune (parcelle B.03 et voisines), jouxte « les Louteries ». Cet établissement fut probablement supprimé à une date précoce et remplacé au XVIIe siècle par une école, fondée en 1662 par Guillaume Renouf, « sieur de la Madeleine », au village de Sauxtourps.

Le Theil (anc. canton de Saint-Pierre-Eglise) : Une série de lieux-dits « la maladrerie », « les maladreries », « la maladrerie du chemin »… figure sur le cadastre actuel de la commune du Theil, au nord-est du village, en bordure de la « chasse de la maladrie », sur le tracé de la voie antique d’Alauna au Cap-Lévy de Fermanville, dans un environnement jadis forestier.

Torigni-sur-Vire : Le lieu-dit « la Maladrerie » figure sur la carte IGN, au sud-ouest du bourg, sur le point culminant de la commune, et désigne toujours le chemin y conduisant. L’établissement a été réuni en 1696 à l’hôpital de la ville.

Tourlaville : Une chapelle de la Madeleine, peut-être dépendance d’une ancienne maladrerie, est citée à Tourlaville dans le pouillé de 1332.

Vasteville (anc. canton de Beaumont-Hague) : La Chapelle de la Madeleine subsistait encore sur la lande de Vasteville en 2010 mais a été détruite depuis. Sa position à l’écart du village, non loin d’un axe routier, et son vocable de la Madeleine conviendraient bien à une ancienne léproserie, mais nous n’en avons pas la certitude. Le pouillé de 1332, mentionne deux chapelles à Vasteville, mais n’en précise ni le vocable ni la fonction.

La chapelle de la Madeleine de Vasteville sur une photographie ancienne (G. Sorel/Vikland)

Vauville (anc. canton de Beaumont-Hague) : le chartrier de l’ancien prieuré Saint-Michel du Mont de Vauville contient un acte, datant probablement du début du XIIIe siècle, mentionnant une donation effectuée par Guillaume de Vauville au profit des lépreux de la paroisse.  Un autre acte, daté vers 1220 cite, parmi d'autres éléments localisés à Vauville, la maison des lépreux.

Vesly (anc. canton de Lessay) Un document de 1452 mentionne le « Chemin tendant de l'église dudit lieu de Velly à la maladrerie dudit lieu »?;

Synthèse :

Cette liste des maladreries cotentines ne constitue probablement encore qu’une recension partielle, ne listant qu’une partie seulement des établissements pour lépreux ayant existé en Cotentin à l’époque médiévale. Elle comprend dans le même temps un certain nombre de localisations incertaines, qu’une étude plus développée permettrait peut-être d’invalider. Comme nous l’évoquions en introduction, nous invitons chaque lecteur, sur son propre ordinateur, à partir lui-même en quête de nouvelles mentions toponymiques susceptibles d’enrichir le corpus…

Les observations que l’on peut déduire des cas présentés restent globalement conformes à celles qui ressortent d’autres inventaires régionaux et des études générales consacrées aux maladreries médiévales.

Le choix des vocables met nettement en avant la figure tutélaire de sainte Marie-Madeleine, suivie d’assez loin par Thomas-Becket, saint Blaise et saint Clair, dans un palmarès qui recoupe la liste des saints patrons habituellement privilégiés dans toute la Normandie et au-delà. La localisation des sites identifiés, à l’extérieur du village ou du bourg, en bordure d’une route de quelque importance, offre une autre caractéristique récurrente de ces établissements. La relégation fréquente des maladreries à l’écart des vivants, en limite de paroisse, dans des espaces boisées, des landes ou d’autres terres « vaines et vagues », ne résulte probablement pas seulement de la volonté de tenir les lépreux à l’écart ; il faut tenir compte aussi du mode de gestion de ces léproseries rurales, dont le financement et l’usage pouvaient souvent se répartir entre les populations de plusieurs villages voisins. L’éloignement, tout relatif, des léproseries (à quelques kilomètres de l’église au maximum) n’empêchait donc pas certaines formes de connivences, leur implantation aux confins les plaçant même au centre d’un réseau de coopération inter-paroissial. L’association souvent constatée entre les foires rurales et les maladreries, leur position en bordure des principaux axes routiers, suggèrent bien qu’il s’agissait de lieux de passage, de rencontre et d’échanges commerciaux. Le paradoxe est troublant, lorsqu’on se rappelle que la fréquentation des foules et la vente des produits de leur exploitation agricole étaient interdites aux lépreux du diocèse ! Mais les foires de léproserie étaient réellement si nombreuses que l’on doit admettre le rôle actif et dynamique qu’ont exercé ces établissements dans le maillage des campagnes par un dense réseau de pôles d’échanges commerciaux.

L’une des principales leçons de cette étude, demeurée très superficielle, réside bien dans la perception qu’elle contribue à nous donner d’un temps du territoire où dominait une forme presque paroxystique de proximité. Un paysage à la Breughel, intensément peuplé, densément structuré et finalement très bien équipé, mais où l’encadrement des individus s’exerçait sans doute souvent comme une contrainte. Nous aurons l’occasion d’approfondir cette réflexion en élargissant l’étude, au cours des prochains jours, à d’autres équipements charitables.

Synthèse : localisation des sites identifiés sur la carte de Mariette de la Pagerie

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