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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 16:40

L'église paroissiale Saint-Gervais et Saint-Protais de Crosville-sur-Douve est restée jusqu'à la Révolution en possession des seigneurs de la paroisse, qui en percevaient les dîmes, nommaient à la cure, et se faisaient enterrer dans le choeur. Sa position sur la limite du domaine « non fieffé » de la seigneurie, auprès de l’ancien presbytère, traduit dans le paysage cette position de dépendance étroite à l’égard du château voisin.

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L'église et le château de Crosville sur un plan du XVIIIe siècle

Il s'agit d'une construction très simple, à petite nef unique et chœur à chevet plat, intégralement charpentée. Elle ne possède pas de tour de clocher mais un simple campanile, datant du XVIIe siècle, établi sur l’arc de séparation entre la nef et le chœur. Au début du XXe siècle, ce campanile a été doublé par un hideux beffroi en béton, construit en façade de l’édifice. L’intérêt principal de cette église réside dans l’aspect des maçonneries de la nef, qui présentent en élévation une structure particulièrement archaïque.

Crosville-02.jpg

Malgré plusieurs reprises datant de la fin du Moyen-âge, incluant la réfection intégrale de la façade occidentale et le percement de nouvelles fenêtres, la construction romane est préservée sur une surface au sol de 10m60 x 6m95. En élévation, cette nef était initialement limitée à une hauteur de 3m70 mais a fait, postérieurement, l’objet d’un ré-haussement rendu perceptible par une assez nette différence d’appareillage. Les maçonneries les plus anciennes sont constituées d’un agglomérat de petits blocs de grés et de plaquettes de pierre calcaire, noyés dans un abondant mortier de chaux de texture très sableuse. Bien que certaines assises soient partiellement constituées de pierres disposées en oblique, il ne s’agit pas à proprement parler de maçonneries en « opus spicatum », mais plutôt d’un « opus incertum » relativement composite. A la différence de ce que l’on observe dans d’autres églises préromanes ou romanes du Cotentin, cet édifice ne présente pas de trous de boulins structurés, et n’a donc pas conservé la trace du mode de fixation de ses premiers échafaudages.

Crosville-04.jpg

Ont été préservés en revanche les encadrements de deux petites fenêtres obstruées appartenant à la construction primitive. Placées de part et d’autre de la nef, au centre des élévations, celles-ci sont établies à environ 2m70 par rapport au niveau de sol actuel et n’excèdent pas une ouverture d’ébrasement de 20 x 60 cm. Conformément à un principe que l’on rencontre ailleurs en Cotentin dans la seconde moitié du XIe siècle, les arcs coiffant ces fenêtres sont formés de blocs monolithes échancrés et incisés de faux claveaux. Au lieu cependant de se limiter à ce simple dessin, le bâtisseur s’est plu ici à enrichir la surface restante de son bloc de motifs gravés en forme de losanges et de pointes de flèches.

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Ce décor apparait dérivé des appareils réticulés issus de l’architecture du Bas-Empire et du Haut moyen-âge, un thème qui a connu vers l’an mil un certain regain, et se retrouve en particulier en façade de l’église de Vieux-Pont-en-Auge, dans le Calvados. A Crosville-sur-Douve, ce décor géométrique dénote un archaïsme qui s’accorde bien avec les techniques de constructions précédemment évoquées. Ces différents critères permettent à mon sens de proposer pour cet édifice une datation relativement précoce, antérieure probablement au milieu du XIe siècle.

J. Deshayes

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