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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 10:54

8 place Croix-Cassot

 

Le 12 novembre 1716, Madeleine Diénis, veuve de Guillaume d’Harcourt, seigneur et patron de Fierville, vendait à Guillaume Antoine de Bricqueville une propriété située en haut de la rue Aubert (actuelle rue des Religieuses). L'édifice comportait alors "un grand corps de logis composé de caves, cellier, cuisine, offices, salles, salon, chambres et greniers dessus, escalier, montées, pavillons, grange, étable, écurie, pressoir, charreterie et remise à carrosse le tout couvert d’ardoise". Il possédait également un grand jardin, une cour et un verger en dépendance, l'ensemble étant "enclos de muraille fermant à grande porte cochère".

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Vendue à Jean Oursin, conseiller et secrétaire du roi demeurant à Paris, par Guillaume de Bricqueville en 1720, la propriété est ensuite rachetée, le 30 mai 1729, par Jacques Guillaume Grip, sieur de Savigny. A cette date elle nécessitait apparemment des réparations et était baillée à des locataires. Le 3 février 1736 Guillaume Grip revend l'édifice à Jean-Baptiste Viel, sieur de Gramont, qui lui a laissé son nom. Le sieur de Gramont loue par la suite une partie de la demeure à Pierre-Hyacinthe du Mesnildot, qui y décède 15 février 1754. Par décision du 16 juin 1759, l'hôtel de Gramont (ainsi qualifié), étant inoccupé, est temporairement réquisitionné par les officiers municipaux pour le logement des troupes du Régiment Royal Comtois.

 

Le 12 juin 1768, Suzanne de Pierrepont, veuve de Guillaume Viel de la Lignière, revend la propriété à Louis Bernardin Gigault de Bellefonds, sieur de Hainneville. L'acte de vente mentionne notamment "une maison se consistant en plusieurs aistres avec les cours et basse-cour, parterre et jardin potager y attenants", ainsi que deux pavillons établis aux coins du jardin. Cet ensemble figure sur le plan de la ville de Valognes, dressé par Lerouge en 1767.

 Viel de Gramont 1767

Détail du plan Lerouge, 1767

Le 13 février 1786 Louis Bernardin Jacques Gigault de Bellefonds échange la propriété avec Charles Adolphe de Mauconvenant, marquis de Sainte-Suzanne, contre l'hôtel du Campgrain, également situé à Valognes. L'hôtel est alors décrit selon des dispositions assez similaires à celles évoquées antérieurement. Il comprenait notamment "cour d’honneur, basse-cour et les maisons d’icelle, des jardins en parterre ou légumiers et des pavillons dans le haut".

 

Cette même année, un projet d'aménagement de voirie établi pour la "Traverse de Valognes depuis l'hôtel de Grammont et la Croix-Cassot jusqu'à l'Islet" préconise l'amputation d'une portion de la propriété, indiquant que sa façade devra être reculée de plusieurs mètres. En dépit du tracé de la nouvelle route royale, la propriété est toutefois épargnée.

 

Adolphe Charles Mauconvenant de Sainte-Suzanne, fit sous l'ancien régime une brillante carrière militaire qu'il termina en 1774 avec le titre de colonel des Dragons. Au lendemain de la Révolution, en 1793, il passe à Jersey et commande au service de l'Angleterre. Il est probable que sa propriété ait alors été confisquée, puisqu'à partir de 1798, l'hôtel désormais nommé "de Sainte-Suzanne" est à nouveau affecté au logement de troupes.

Un plan daté de 1804 conservé aux archives de l'armée de terre à Vincennes montre un projet d'aménagement visant à y intégrer un corps de garde, une salle de discipline et un poste de police. Le bâtiment affecté à cet usage devait être construit sur l'avant de la propriété, en amputant la demi-lune du portail et le mur de clôture. Le reste de l'édifice ne paraît pas avoir été immédiatement transformé par cette nouvelle affectation. La comparaison entre ce plan et le plan de 1880 montre en revanche que l'hôtel a été largement reconstruit dans le courant du XIXe siècle. Le corps de logis primitif a tout simplement été rasé et se deux ailes largement amputées. Il ne subsiste plus aujourd'hui que quelques éléments de l'ancien mur de clôture, avec un portail et deux angles ornés de chaînes en bossage.

 Gramont-an-XII.jpg

Cette importante demeure aristocratique se signalait par son long corps de logis offrant, côté jardin, un avant-corps central semi circulaire et deux petits pavillons latéraux. La présence de petits escaliers droits extérieurs, visibles sur le plan de 1804, indique probablement que les pièces d'habitation prenaient appuis sur un rez-de-chaussée à usage de service. Il s'agissait manifestement de l'un des plus notables hôtels particuliers de la ville.

La maison aujourd'hui improprement qualifiée du nom d'hôtel Viel de Gramont ne correspond pas à cette propriété mais à un petit édifice voisin. Sa construction semble pouvoir être attribuée, selon des critères stylistiques, à l'extrême fin du XVIIIe siècle ou au premier tiers du XIXe siècle. L'ensemble de l'élévation sur rue est traité en appareil régulier de pierre calcaire. La façade se divise en trois travées régulières et deux étages carrés sous un niveau de comble. La travée centrale est encadrée par deux niveaux de pilastres toscans séparés par une épaisse corniche à ressauts. Le fronton triangulaire percé en son centre d'un petit oculus qui couronne l'élévation, maçonnée en ciment, correspond manifestement à une reprise relativement récente. La porte centrale et la fenêtre supérieure de cette travée sont coiffées d'un arc en plein-cintre à encadrement saillant et à clé incurvée. Les autres fenêtres du rez-de-chaussée présentent un linteau cintré à clef saillante et celles du premier étage possèdent un linteau droit. Les angles de l'édifice sont ornés de chaînes en bossage s'achevant au sommet par de gros antéfixes en forme de balustres.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes (Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin)

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