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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:10

36, rue de Poterie.

Le 29 janvier 1695, Hervé de Camprond, sieur de Sottevast, avocat au parlement de Normandie, achète à Guillaume Martin, sieur du Perron, président en l’élection de Valognes, « une maison à luy appartenant composée de sales, chambres, cabinets, greniers, écuries et le jardin le tout fermé de murs sise rue de Potterye ayant pour jouxte et butte la rue de Potterye». Le 18 avril suivant, il augmente cette première acquisition en achetant à Catherine et Anne Vaultier une seconde maison, voisine de la précédente, comprenant "salle, salette, cabinet, chambres, greniers, poulailler et escurie". L'acte de vente précise aussi « que ce qu’il y a de carreaux de pierre à bastir dans lesdites maisons et court demeurent audit sieur acquéreur ». Hervé de Camprond va donc réunir deux tènements initialement distincts pour constituer l'assise foncière du futur hôtel de Tanouarn.

Le 3 novembre 1727, son inventaire après décès recense les différentes pièces d'une vaste habitation, comprenant un rez-de-chaussée avec salle et cuisine, une laverie et un aistre à usage de boulangerie situé sous l'escalier, ainsi qu'un salon communiquant avec une petite chapelle et une autre salle. Le premier étage était alors occupé par trois chambres et deux cabinets. Il existait également un troisième niveau, avec une chambre avoisinant des greniers ainsi qu'un bâtiment en dépendance abritant un cellier et une écurie avec chambre à l'étage, occupée à cette date par le sieur d’Aigremont. Il ne s'agissait pourtant pas encore de l'hôtel dans sa forme achevée. Un accord de mitoyenneté conclu en 1736, nous apprend notamment que le sieur Guillaume de Camprond, héritier de la propriété, ayant pour projet de faire élargir sa maison pour en faire "un demy double", obtint de son voisin (hôtel de Vauquelin) l'autorisation de faire construire sur la totalité du mur mitoyen. L'inventaire des papiers de Guillaume de Camprond nous indique également qu'un marché fut passé en 1738 avec un maçon dénommé Samuel. L'année précédente, ce dernier avait déjà réglé un achat de pierre pour les travaux de construction à entreprendre.

Lorsque le 7 juin 1746, Madeleine Hervine de Camprond et son époux Charles François Léonor le Sage vendent l'hôtel, à Jean-Bonaventure de Beaudrap, sieur de Sotteville, l'édifice se composait désormais « d’un tènement de maisons, cour et jardin potager sis à Valognes consistant en une porte cochère et un vestibule servant d’entrée audit tènement, à main gauche en entrant dans la cour un cabinet de compagnie, une salle à manger, une autre salle, un escalier, une cuisine avec les offices, une remise, les chambres, cabinets et greniers et à main droite en entrant ladite cour, un vestibule, un escalier, un office, une cuisine, une remise, un autre office, les chambres, cabinets et greniers dessus. Au fond de la cour, deux écuries, deux celliers, chambres et greniers, une latrine et autres aménagements, le tout contenant une vergée ». Les travaux menés par Guillaume de Camprond avaient semble t-il consisté notamment en l'adjonction de deux ailes sur cour, visibles sur le plan Lerouge de 1767, et dans l'aménagement d'une porte cochère permettant d'y accéder.

Tanouarn 1767 JPG

Détail du plan Lerouge, 1767

Un nouvel acte de vente, concédé en date du 28 mai 1790 par Pierre François de Beaudrap, au profit de François Charles Adrien Simon, vicomte de Carneville fait explicitement référence à cette cour bordée de "deux ailes avec porte cochère d’entrée".

Le 27 mai 1818 Romain Pezet, président du tribunal de Bayeux, acquiert l'hôtel qu'il cède à nouveau, le 27 novembre 1827, aux frères et soeurs du Hecquet. D'après l'abbé Adam, l'hôtel de Tanouarn, mis en location, aurait abrité la préfecture jusqu'en 1829, année de sa vente par les demoiselles du Hecquet de Rauville à Madame Marie-Henriette de Chivré, épouse de Louis Etard de Bascardon. Après la mort de ce dernier, le 15 août 1853, il passe en héritage à sa fille, « Madame la Comtesse Marie Euphrasie du Plessis de Grénédan », qui le revendit en juin 1854 à son parent, Anésime Etard de Bascardon. Décédé en 1863 ce dernier transmet l’hôtel à son neveu, Charles de Tanouarn, qui y mourra lui-même en octobre 1917. Il est alors vendu par ses ayants droit, le 19 mars 1918, à Eugène Bretel, riche industriel valognais, qui possédait déjà plusieurs hôtels voisins dans la rue de Poterie.

P1000605.JPG

Aperçu de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne, vers 1900

(derrière les éléphants !)

L'hôtel de Tanouarn, détruit lors de bombardements américains de 1944 a été entièrement reconstruit après guerre. Il se composait d'après le plan de 1767, d'une partie sur rue et de deux ailes en retour de chaque côté de la cour. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent une façade très sobre en moellons apparents, composée de neuf travées avec un faux avant-corps central à fronton délimité par des bossages. Une porte cochère surmontée d'un épais arc cintré ouvrait au centre de l'élévation. Les baies du rez-de-chaussée possédaient un linteau cintré tandis que celles de l'étage étaient à linteau droit. Un bandeau horizontal reliait l'appui des baies du premier étage. Il n'existait pas de lucarnes de comble. Seule subsiste aujourd'hui une aile ancienne située sur l'arrière du bâtiment, en bordure de la cour.

353_001b.jpg

Aperçu d'une portion de la façade de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne

S. Javel/J. Deshayes 2008

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