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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:53

28, rue des Religieuses (Accueil/ Restauration : Lien)

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Les nombreux vestiges d'époque médiévale et Renaissance visibles parmi les bâtiments de l'hôtel du Louvre attestent l'ancienneté de son implantation. Sa première mention en tant qu'auberge remonte au 25 aout 1707, date de l'assassinat de Guillaume de Hennot, écuyer, qui résidait alors sur place. Le 8 novembre de la même année, est relaté dans les sources judiciaires l’arrestation "au milieu de la ville de Valognes" de Nicolas Samuel, sieur de Basmond, notaire royal et apostolique, qui, condamné pour "fausseté bien prouvée" fut conduit aux prisons de la ville. On apprend alors que l’huissier "s’étant présenté à la porte des prisons, ayant même frappé et appelé inutilement le concierge qu’on voyait par la fenêtre, il fut réduit d’autant plutôt à conduire Basmond à l’hôtellerie du Louvre que Basmond faisoit des signes à ses amis qui passoient dans la rue, et au peuple qui s’attroupoit, et faisoit craindre quelque émotion". A la suite, est relatée l’intervention de Jean René de Cussy, noble local de quelque envergure et commandant de la garnison du lieu, qui accompagné de soldats et "sous prétexte d’y rendre visite au sieur de Senecey, gentilhomme de ses amis qui y logeoit", y organisa une sorte de coup de main contre les représentants de la justice, l’un d’eux se trouvant même percé à la cuisse d’un coup d’épée, et serait parvenu ainsi à libérer le sieur de Basmond, "son homme d’affaire". (cf. René GUILLARD, Histoire du Conseil du Roy depuis le commencement de la Monarchie, Paris, 1718, p. 796 et suivantes).

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En 1719 est à nouveau cité "la maison où pend l’enseigne le Louvre", lieu de résidence de Jean-Baptiste Morgan, conseiller du roi. L'édifice est ensuite régulièrement mentionné lors de ventes ou d’inventaires après décès (en 1726, 1744, 1770, 1793 …). Outre une auberge, le Louvre abritait depuis le XVIIIe siècle un relais de diligence et un relais de poste aux chevaux. L'appellation "Hôtel du Louvre" est commune à un grand nombre d'autres relais de poste, sur tout le territoire français. Leur origine pourrait remonter à l'institution même du service des postes royales, sous le règne de Louis XI.

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On relate que Marie Dorothée Desprez, veuve de Richard Marguerie et héritière en 1781 de la charge de maître des postes, y cacha à la Révolution plusieurs prêtres réfractaires. Elle fut sur le tard une proche du médecin Félix Vicq d'Azir, qui déclarait dans un acte du 22 mai 1795 vivre chez elle "mais seulement pour y résider, y boire et manger à titre de pensionnaire". Notons qu'il s'agit ici du père du célèbre Vicq d'Azir, qui fut membre de l'Institut et médecin personnel de la reine Marie-Antoinette.

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Note de frais de Jules Barbey d'Aurevilly, pour deux mois de coiffure et de produits cosmétiques, adressée à l'hôtel du Louvre

On dispose pour le XIXe siècle de nombreuses précisions sur la vie de cet établissement et sa clientèle. En aout 1830 il hébergea notamment la garde particulière du roi Charles X, logé dans une demeure voisine, lors de son départ vers l’exil. Alexis de Tocqueville y établit son bureau de campagne lors des élections législatives, de 1837 à 1848, et y tenait ses permanences de député. Son hôte le plus célèbre reste toutefois Jules Barbey d'Aurévilly, qui y séjourna en 1871 puis y déjeuna régulièrement de 1872 à 1887. L’écrivain s’est directement inspiré du lieu pour situer le décor d'une nouvelle de son recueil Les Diaboliques intitulée "Le Rideau cramoisi". Nous avons conservé certaines de ses notes de frais, indiquant un net penchant pour le rhum en carafe… La réputation culinaire de l’hôtel du Louvre est du reste soutenue par divers témoignages : En 1854, l’anglais John Murray écrivait, dans son Handbook for Travellers in France : "Valognes. Hôtel du Louvre, kept by M. Guetté, one of the best cooks in France". L’appréciation est confirmée par un autre guide de voyage, indiquant la même année que le Louvre était alors "renommé pour sa bonne cuisine et ses andouillettes, dites andouillettes de Valognes" (Guide classique du voyageur en France et en Belgique, Paris, 1854).

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La cuisine a conservé une cheminée monumentale datant de la Renaissance

La façade comprend trois niveaux d’élévation plus un étage de combles et se développe tout en longueur, sur un total de treize travées ordonnancées. En position latérale, au bas bout de l’édifice, une haute porte cochère mène vers la cour des communs, qui abrite des écuries, un très vaste hangar à diligences et d'autres dépendances. Si la façade sur rue constitue une élévation homogène, caractéristiques des grandes demeures valognaises de la fin du XVIIIe siècle, l’analyse de l’édifice permet toutefois d’identifier les vestiges de deux constructions antérieures, initialement distinctes.

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Le raccord entre ces deux entités primitives est marqué côté rue par un net décrochement et s’observe aussi dans la structure interne du bâtiment. La partie droite conserve un escalier droit datant du  milieu du XVIIe siècle et intégrait initialement un passage couvert ouvrant côté rue par une porte massive, d’aspect médiéval. La partie droite, étendue sur neuf travées, est cependant celle qui présente les éléments architecturaux les mieux préservés et les plus anciens. Elle présente encore, côté cour, sa tour cylindrique d'escalier en vis, dont la toiture en poivrière couverte de lauses de schiste abrite une petite volière à pigeons. Plusieurs éléments datant de la même période - cheminée monumentale de la cuisine,  consoles prismatiques soutenant les poutres et portes à encadrements chanfreinés - subsistent à l’intérieur de l’édifice et permettent d’identifier une phase d’occupation remontant au second tiers du XVIe siècle.

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Façade sur cour, avec escalier en vis logé dans une tour circulaire

A l’étage, toutes les chambres ont en revanche été réaménagées au XVIIIe siècle. Elles ont conservé pour certaines leur cheminée et leurs boiseries de style Louis XV, en particulier la chambre n°4, qui fut dit-on occupée par Barbey d’Aurevilly.

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La salle de restauration et la salle de bar du rez-de-chaussée ont été entièrement refaites dans les premières décennies du XXe siècle, suite probablement à un incendie survenu en 1885 (Dans un courrier du 21 février 1885 adressé à Mme de Bouglon, Barbey indique que l’hôtel avait subi, cette année là, un important incendie, provoqué semble t-il par les éclairages au gaz de M. Maréchal, propriétaire des lieux ; Correspondance générale, vol. IX, Paris, 1989, p. 141). Le décor de miroirs couvrants fut ensuite complété, dans la petite salle, par un ensemble de panneaux peints sur toile signé de la main d’Alice Courtois, décoratrice parisienne qui dessina également l’ameublement. Ces panneaux peints datant des années 1920 figurent des monuments du patrimoine local (gare maritime de Cherbourg, Grand Quartier de Valognes, Cour de Flottemanville-Bocage…).

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D’autres vestiges d’habitats anciens sont visibles parmi les communs, à l’intérieur de la cour, où plusieurs ailes et corps de bâtiment forment un ensemble complexe et très enchevêtré. On distingue en particulier, au nombre de ces dépendances, un vaste hangar à diligence du XIXe siècle, affecté aujourd’hui à un usage de garage. Deux boxes à chevaux, jointifs, abritaient les étalons servant à tracter l’omnibus de l’hôtel, avec lequel on faisait jadis la navette jusqu’à la gare de chemin de fer.

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boxes à chevaux et ancien hangar à diligences

A l’étage du hangar subsistent un séchoir à linge, avec ses claustras en bois, ainsi que l’ancienne sellerie, pratiquement intacte. La serre située sur l’arrière des écuries a perdu en revanche son vitrage et son ancien chauffoir. Ces différentes constructions, partiellement édifiées en brique, semblent de peu postérieures à 1885.

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ancienne sellerie    

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Remises

L'hôtel du Louvre est inscrit au titre des Monuments historiques depuis mars 2012.

Julien Deshayes, 2012

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