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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 17:33

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Le 14 avril 2009 a été identifiée une tête d'homme barbu en remploi dans le mur d'un édifice du quartier du Gravier, ancienne paroisse d'Alleaume, à Valognes. La pierre utilisée est un calcaire local. L'objet, fragmentaire, fait 55 cm de hauteur. Ce personnage ne présente aucun autre attribut que sa barbe et une couronne végétale nouée autour de la tête. Son insertion dans le mur ne permet pas de vérifier s'il s'agissait ou non d'une oeuvre en ronde-bosse. Le fait toutefois que l'amorçe du cou ne marque qu'un faible retrait par rapport au visage indique plutôt qu'il devait s'agir d'une sculpture en haut relief, donc potentiellement issue d'un bloc architectural.

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A l’analyse, l'hypothèse d'une production d'époque romaine semble devoir être privilégiée. Le traitement des yeux aux orbites bien dessinées et aux pupilles recreusées au trépan, le dessin de la barbe en collier, le rendu des cils par une série de petites incisions superficielles, le modelé général du visage par des volumes amples, les proportions assez monumentales de ce fragment, sont autant d'éléments stylistiques caractéristiques de cette période. Sur le plan de son iconographie, le motif de la couronne végétal renvoie nécessairement à des références issues de l’antiquité gréco-latine. Le type de l’homme barbu coiffé de lauriers évoque potentiellement d’assez nombreux types de figurations, qu’il s’agisse de divinités ou de portraits impériaux. Reste cependant que cette production se situe à un niveau artisanal, se prêtant surtout à des comparaisons avec l'art populaire des provinces de la gaule, de la Grande-Bretagne ou de l'Afrique romaine (cf. buste tricéphale du Musée d'Aquitaine, Déesse de Nasium au musée de Bar-le-Duc, relief de la base de colonne de Cussy-la-Colonne...).

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Cussy-la-Colonne, relief sculpté

En l'absence de contexte archéologique déterminant, on ne saurait il vrai entièrement exclure que cette tête soit une sculpture beaucoup plus tardive, pouvant avoir été produite entre le XVIIeet le XIXe siècle. Notons cependant que la technique utilisée ne présente rien de commun avec les productions d’époque moderne connues en Cotentin. Le contexte du remploi - un mur de remise du XIXe siècle – permet en outre d’exclure que cette œuvre provienne d’un édifice détruit lors des bombardements de 1944. La localisation de la découverte nous situe enfin, rappelons le, dans la proximité immédiate de la zone de concentration des principaux vestiges de l’ancienne agglomération antique d’Alauna. Il importe enfin, en conclusion, de rappeler qu'il  est assez courant, en Cotentin, de parvenir à identifier des éléments de lapidaire antiques en remploi dans des édifices postérieurs (cf. fonts baptismaux de Saint-Marcouf taillés dans un fût de colonne à écailles, bénitier de Sainte-Mère-Eglise formé d'une fragment de colonnette à relief figuratif, socle de croix de cimetière de Catteville constitué d'un chapiteau dorique que nous avons antérieurement identifiés et signalés).

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Catteville, socle de la croix du cimetière formée d'un chapiteau antique

J. Deshayes

Cette sculpture m’a été signalée par un habitant de Valognes. Elle est connue d’un certain nombre de personnes mais n’a jamais, à notre connaissance, donné lieu à une tentative d'identification ni à d’autres signalements. Son inscription dans le mur d’un édifice privé constitue un obstacle à son étude et à sa mise en valeur.

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:30

Dans le cadre du cycle des conférences d’histoire locale, consacrée cette année au thème de la commande artistique et de la création architecturale, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin proposait, le jeudi 9 février 2012, une intervention intitulée « Le maitre de Gréville-Hague et la statuaire religieuse de la Renaissance en Cotentin ».

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Groupe de la mise au tombeau, replacée dans la niche au sol de la chapelle du Val-Ferrant

En octobre 1993 fut découvert à Gréville-Hague, sous le mur nord de la nef, un lot de sept statues représentant la Mise au Tombeau et la Résurrection du Christ, ainsi qu’une très étrange figuration de Jésus mort, debout le torse nu et tenant son cœur à la main. La date d'enfouissement de ces statues a pu être déduite de celle d'une réfection partielle de la nef, en 1774. Comme le rappelait l'abbé Marcel Lelégard suite à cette découverte, il est fréquent en Cotentin de découvrir ainsi des éléments de statuaires qui, brisés ou jugés indécents, furent enterrés dans les cimetières ou insérés dans les maçonneries des églises. 

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Christ de la Résurrection

Les sculptures de Gréville, produites dans un calcaire tendre de la région du Bessin, sont réalisées à une même échelle (h. env. 75-90 cm). Certaines ont nécessité une restauration difficile à déceler mais la plupart de ces oeuvres présente aussi des traces d'inachèvement laissées lors de la création ; chevelure tout juste ébauchée du Christ couché, base simplement dégrossie du saint Jean et des deux saintes femmes de la Mise au Tombeau, chevelure inachevée du Christ debout...

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Identifiant plusieurs groupes distincts au sein de cet ensemble, l'abbé Lelégard et Josiane Pagnon ont proposé d'en situer la datation entre le milieu du XVe siècle et les années 1480-1490 environ. Tout en retenant l'hypothèse d'une intervention conjointe de deux artistes différents (le "maître" ayant selon nous réalisé les trois Christ et son aide les "figurants" de la Mise au tombeau), il apparait cependant qu'il s'agit bien d'une production homogène, réalisée par un unique atelier. Outre leur unité de proportions et de matériaux, ces oeuvres forment, sur le plan iconographique, une série cohérente, parfois complémentaire. L'observation des détails - la manière en particulier de faire minutieusement ressortir en réserve les veines du Christ de la Mise au tombeau, du Christ ressuscité et les larmes du saint Jean - révèle une unité stylistique importante. En regardant de près, on constate également que le Christ offrant son coeur et la Vierge de la Mise au Tombeau montrent, côté droit, le même oeil à la paupière affaissé et à la pupille glissant vers le bas.

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Si les résidus de peinture encore visibles sur ces sculptures attestent que celles-ci furent bien achevées et exposées, le caractère tout juste ébauché, disons bâclé, de plusieurs d'entre elles démontre à mon sens qu'elles ont été réalisées sur place, à Gréville-Hague. On imaginerait mal en effet que des œuvres non totalement finies aient été achetées dans un atelier spécialisé et importées ainsi en Cotentin. Sans développer une trop longue analyse stylistique il apparait assez net que les statues de Gréville sont surtout représentatives de savoir faire locaux et reflètent, par leur facture un peu maladroite une forme de provincialisme.

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Christ offrant son Coeur

Si l’on compare en particulier le Christ offrant son cœur au saint Jacques de l’église de Portbail, datant de la première moitié du XVIe siècle, on trouve aux deux figures une attitude comparable et une même composition ample du drapé, ceignant la taille en enveloppant dans sa courbe le bras relevé du personnage. Un traitement plus subtil des textures et du modelé des carnations distingue cependant le saint Jacques de Portbail, incitant à opposer cette  œuvre produite par un maitre confirmé, probablement actif à Caen ou à Rouen, aux créations plus rudes et statiques du sculpteur de la Hague. 

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Portbail, église Notre-Dame, saint Jacques

(cliché de la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche)

Je suis tenté en revanche de rapprocher le Christ offrant son cœur de Gréville à  l'Ecce Homo de la chapelle de la Délivrance de Rauville-la-Place, un édifice rétabli au culte vers 1550. Ce dernier est une création rurale qui s'efforce visiblement de reproduire le très beau Christ aux liens de l’abbaye voisine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, une oeuvre qui est particulièrement bien documentée puisqu'on sait qu'elle fut commandée à Rouen en 1522 et livrée toute peinte aux frères bénédictins. 

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Christ de Saint-Sauveur-le-Vicomte (1522) et Ecce Homo de Rauville-la-Place,

qui en constitue une copie tardive (vers 1550).

Malgré ses qualités de modelé et une remarquable tension du corps, le Christ de la Mise au tombeau de Gréville n'écarte pas une certaine impression de rusticité. Son plus proche équivalent à l'échelle locale est le Christ couché de Saint-Nicolas de Pierrepont, qui appartient à un petit groupe sculpté de la Déploration, daté avec pertinence du milieu ou de la seconde moitié du XVIe siècle.

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Christ de Gréville (en haut) et de Saint-Nicolas de Pierrepont

Bien qu’il fut initialement daté du XVe siècle par l’abbé Lelégard, le groupe des sculptures de Gréville présente donc des caractéristiques essentiellement propres aux productions cotentinaises d'époque Renaissance. Il tolére bien mieux à notre avis une attribution au second tiers du XVIe siècle (c. 1530-1560) qu'une datation antérieure. Cette réévaluation est importante car on peut ainsi supposer que ces statues furent commandées pour la chapelle des Apôtres, dite aussi du Val-Ferrant où elles ont retrouvé leur place en 1994. Abritée sous la tour de clocher qui fut édifiée contre le flanc sud du chœur, cette chapelle a  en effet conservé une niche au sol parfaitement adaptée au format du groupe de la Mise au Tombeau. La date de construction de cet appendice - 1554 - est indiquée sur une plaque extérieure, précisant aussi l'identité de Pierre Heuzey, son fondateur et bâtisseur présumé ("1554 : Du don de maître Pierre Heusey")Comme nombre d'autres Mises au tombeau, le groupe de Gréville s'inscrivait donc, de façon tout à fait cohérente, dans un contexte funéraire, car cette chapelle abritait selon l'usage les sépultures des seigneurs fondateurs. 

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Gréville-Hague, chapelle sous clocher édifiée en 1554.

Si la scène de la Résurrection est un complément iconographique habituel des scènes de la Passion, la représentation du Christ offrant son coeur possède en revanche un sens différent. Cette image ne se rapporte pas à un évènement évangélique précis mais propose une vision atemporelle et sacramentelle de la divinité. Elle apparaît en ce sens assimilable à de nombreuses Imago pietatis au Christ mort, parfois soutenu par des anges et accompagné des emblèmes de la Passion. A Gréville, l'attribut du coeur offert précise et accentue la symbolique eucharistique de la représentation et donne une puissance neuve au thème de l'offrande sacrificielle. Plutôt qu'un héritage des aspects morbides de l'art de la fin du Moyen-âge, il faut je crois discerner dans cette représentation inhabituelle le reflet des efforts de renouvellement des contenus de l’art religieux portés par certains intellectuels et ecclésiastiques durant cette brève période d'ouverture aux idées humanistes qui a précèdé, en France, les guerres de Religion et le durcissement dogmatique de la contre-réforme.

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Gravure extraite d'une édition française de la Grande vie de Jésus Christ de Ludolphe le Chartreux, largement diffusée en France au XVIe siècle, où s'affirme déjà la dévotion pour le sacré Coeur du Christ

Il serait intéressant en conclusion de parvenir à cerner plus distinctement la personnalité de ce Pierre Heuzey, auquel est attribué par inscription la construction de la tour de clocher et de la chapelle qu'elle abrite.

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Inscription commémorative de la construction de la tour de clocher : "1554 / du don de maître Pierre Heuzey"

Le titre de "maitre" l'identifie à un ecclésiastique et on le retrouve en effet cité en 1568 en tant que curé de la paroisse. On connait un mieux cependant le parcours de son parent, Guillaume Heuzey, qui fut official de Valognes (à la suite de Robert Heuzey, son oncle ?, qui présida en 1534 à la fondation du collège de Valognes), curé de Querqueville et prieur d'Omonville durant les mêmes années. Ce Guillaume Heuzey était un prêtre cultivé et réformateur qui fut l'auteur, en 1540, d'une compilation latine des traités synodaux du diocèse de Coutances. Il devint membre en 1553 de la confrérie du saint Sépuclre de Valognes, et cultivait donc une dévotion particulière pour le saint Tombeau du Christ. On sait non seulement grâce au Journal de Gilles de Gouberville qu'il résidait à Gréville-Hague mais également qu'il était affairé, durant ces années 1550-1560, à la construction d'un nouveau "logis" au manoir du Val-Ferrant. A défaut de pouvoir formellement l'identifier au commanditaire de ce groupe sculpté exceptionnel, sa présence suggère l'existence à Gréville, au milieu du XVIe siècle, d'un environnement culturel favorable à une telle entreprise artistique.

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Détail héraldique : armoiries de la famille Heuzey

 

Julien Deshayes, février 2011

(Clichés Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, sauf mention différente ; remerciements à la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche pour les documents mis à disposition).

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:27

Dans le cadre du cycle des Dimanches du Patrimoine, le Pays d’art et d’histoire propose, ce dimanche 19 février à 15h une conférence intitulée « Le port fluvial de Saint-Sauveur-le-Vicomte et ses usages à travers l’histoire ».

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Site de l’une des principales forteresses du Cotentin médiéval, Saint-Sauveur-le-Vicomte ne devait pas uniquement son rang stratégique à sa situation au croisement de plusieurs axes routiers. Cette position éminente résultait aussi de sa position portuaire, en bordure de la rivière d’Ouve, sur le plus important fleuve de la presqu’île. Attesté de très ancienne date, le port de Saint-Sauveur servit aussi bien à approvisionner en vin et en pièces d’artillerie les soldats de la guerre de Cent ans qu’à fournir en statuaire religieuses les moines de l’abbaye. Ayant fait au XVIIIe siècle l’objet de premiers travaux d’améliorations, cette structure portuaire sera encore modernisée dans les années 1830 et fut alors soumise à divers règlements contrôlant son exploitation. On sait par la suite que son terre-plein était divisé en plusieurs quartiers servant respectivement au stockage du bois, de la pierre des carrières de Rauville ou de la chaux. Cet équipement comprenait aussi des entrepôts et des ateliers qui abritaient une intense activité. Complétant utilement les informations fournies par plusieurs plans anciens, les cartes postales du début du XXe siècle nous renseignent sur ces aménagements portuaires, restés en usage jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale.

Cette intervention richement illustrée sera animée par M. Benoit Canu, guide conférencier du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin.

 

Le rendez-vous est fixé à 15h00 à la salle de cinéma Le Normandy, jouxtant l’hôtel de ville.

4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

Renseignements (en semaine) : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:43

Dimanche 5 février prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin présente à Valognes une conférence intitulée « Les frères Bretel, une aventure industrielle ».

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Eugène Bretel par Bonnat

Natifs de Portbail, les frères Adolphe (1840-1913) et Eugène Bretel (1843-1933) ont durablement attaché leur nom à l'industrie beurrière, atteignant dans ce domaine un renom universel. En effet, ils implantèrent en 1871 leur usine à Valognes, rue de Poterie; leur maison de conditionnement et d'expédition exporta dans le monde entier des quantités considérables de beurre cotentinais, sachant utiliser les derniers perfectionnements techniques. Ils surent la hisser au premier rang national, remportant de prestigieuses récompenses lors des expositions universelles.

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Publicité Bretel, coll. AD. 50

La création par Eugène Bretel d'un imposant jardin d'hiver dans sa résidence valognaise et la commande de son portrait à Bonnat témoignent d'un réel intérêt pour les arts ainsi que de la volonté d'affirmer sa prééminence sociale. Il appartiendra à son neveu et successeur Raoul Ledoux (1875-1970) de constituer une remarquable collection d'objets d'art, alors conservée au château de Chiffrevast à Tamerville, dont la dispersion à l'hôtel Drouot il y a quelques années connut un certain retentissement.

La conférence aura lieu au centre culturel de l’hôtel Dieu. Elle débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 11:51

Dimanche 22 janvier prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin présente à Bricquebec une conférence intitulée « Le Marois, général d’empire, et sa postérité en Cotentin au XIXe siècle ».

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Jean Léonor Le Marois, par Desnos

La famille Le Marois tient depuis le XIX° siècle une place éminente dans l'histoire du Cotentin. Natif de Bricquebec, Jean Léonor Le Marois (1776-1836) fut l'aide de camp du général Bonaparte puis de l'Empereur. Il se distingua par sa bravoure au combat (Marengo, Austerlitz) et devint général à l'âge de 26 ans. Relevons sa conduite exceptionnelle lors du siège de Magdebourg en 1814. Député de la manche (1807), comte de l'Empire (1808), pair de france (1815), grand officier de la Légion d'honneur, ce grand notable sut également acquérir plusieurs domaines ruraux dans la Manche.
Aux générations suivantes, il convient de mentionner son fils, Jules Polydor, comte Le Marois (1802-1870), député de la Manche puis sénateur, lui-même le père de Paul Jean Polydor (1839-1889), officier de hussards, maire du Vicel, conseiller général et député... Ils commandèrent la construction d'édifices remarquables, tel l'hôtel de la rue Blanche (1829, architecte Pellechet), résidence parisienne du général dans le quartier de la Nouvelle Athènes, ou l'hôtel édifié par Henri Parent avenue d'Antin dans le quartier des Champs Elysées pour le sénateur en 1865. Le château de Pépinvast fut considérablement agrandi par Pigny durant les années 1870 et doté d'un vaste parc, tracé à l'anglaise. Le château du Lude, à Saint Sauveur le Vicomte, propriété d'une autre branche de la famille, est l'oeuvre des architectes cherbourgeois Geufroy et Drancey (années 1870-1880). L'éclat des collections d'oeuvres d'art détenues dans la capitale mérite d'être souligné et témoigne du renom atteint par cette lignée.

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La conférence aura lieu dans la salle de la gare, avenue de la gare, à Bricquebec. Elle débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 13:04


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Le site de Brix sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Le château de Brix ne subsiste plus aujourd’hui qu’à l’état de vestige mais il fut l’un des plus importants lieux de pouvoir du Cotentin médiéval. La nature du site, éperon établi sur une hauteur dominant tout le nord de la presqu’île, justifie l’hypothèse d’une implantation très ancienne, remontant de toute évidence à l’époque protohistorique. Cette phase précoce de mise en défense se distingue en particulier par un remarquable ouvrage fossoyé, large talus de plus de huit mètre de haut coupant sur environ 500m toute la pointe du relief.

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Flanc occidental du "haut mur" de Brix, dans sa partie conservée

Malheureusement miné dans l'indifférence générale par des constructions nouvelles, le "Haut Mur" de Brix peut être comparé à d'autres ouvrages défensifs fossoyés du Cotentin, en particulier au célèbre Hague-Dick ou bien à l'éperon de la Lande à Carnet, sur la commune de Vauville, réçemment étudié par Fabien Delrieu. La découverte de plusieurs dépôts datant de l'âge du bronze aux abords du site offre un indice possible de datation de cet ensemble. Brix a également livré aux prospecteurs d'assez nombreuses monnaies du Haut Empire, ce qui pourrait témoigner d'une continuité d'occupation du site, au delà de la conquête romaine. Mais cette fortification est connue également par un célèbre document du haut Moyen-âge, la Chronique de l'abbaye de Fontenelle, indiquant qu’elle était devenue, au milieu du VIIIe siècle, le site d'un bourg rural et la résidence d’un puissant aristocrate local. L’analyse de ce texte, la comparaison également que l’on peut établir entre le site de Brix et d’autres fortifications de cette période, permet de souligner le rôle tout à fait important qu’il occupait alors à l’échelle de notre territoire. Sans développer ici toute cette analyse, retenons principalement que trois églises y auraient alors été fondées à l'initiative du comte Richwin, représentant du pouvoir carolingien, suite au transfert de reliques provenant de l'abbaye de Portbail. Probablement détruit à la fin du IXe siècle, lors des incursions scandinaves, le château de Brix fut ensuite rattaché au domaine des ducs de Normandie.

C’est à ce titre qu’il est cité, dès 1025, aux côtés de la cité de Coutances, du château de Cherbourg et de la « cour » de Valognes, dans le douaire constitué pour Adèle de France, épouse du duc Richard III. Il est possible d'attribuer à une phase d'occupation de l'époque ducale les fortifications subsistantes à l'état résiduel sur la pointe du relief,  à l'intérieur de la propriété (privée !) du château proprement dit. La seule étude archéologique significative consacrée à ces vestiges résulte des travaux menés dans les années 1970 par Frédéric Scuvée, dont nous reproduisons ici un relevé topographique. 

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Relevé topographique du site du château de Brix, par Fréderic SCUVEE

L'an 1180, les rouleaux de l'échiquier de Normandie font état de travaux effectués sur la charpente de la "domus" (maison/logis) et les palissades du château, aux frais du trésor ducal. Le module des pierres de taille calcaire et les traces de layage visibles en parement sur les rares structures conservées en élévation permettent d'en situer la datation dans le courant du XIIe siècle.

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Brix, site du château, détail de maçonneries romanes

L'état des structures ne permet pas - faute d'une étude suffisante - de restituer l'aspect général de l'édifice. Au regard des éléments visibles sur le terrain, l'hypothèse d'une structure à enceinte maçonnée du type "shell-keeps" semble toutefois la plus vraisemblable.

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Ouvrage fossoyés délimitant côté ouest l'emprise du château

En revanche - contrairement à ce qu’affirment depuis des décennies les historiens locaux – cette forteresse n’a jamais appartenue à la famille de Brix, dont la descendance fit souche après 1066 dans le nord de l’Angleterre et atteint ensuite, sous le nom de Bruce,  au titre de roi d’Ecosse. En  définitive les de Brix n'étaient que les intendants de ce château ducal, sorte d’administrateurs héréditaires, ne jouissant en bien propre que d'une portion du domaine à titre de rémunération de leur office. Cela explique aussi pourquoi, en 1204, lors de la conquête de la Normandie par le roi Philippe Auguste, l’édifice se trouva désaffecté et ses dépendances progressivement démembrées…

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(Résumé succinct de la conférence donnée à Brix le vendredi 20 janvier 2012, J. Deshayes).

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:54

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Louis de Bourbon figure en 1469 au nombre des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI (illustration par Jean Fouquet, Paris, Bnf, Mss Fr. 19819).

Le dimanche 8 janvier prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une conférence richement illustrée consacrée à « Jeanne de France, dame de Valognes, et le Cotentin à la fin du Moyen-âge ».

 

En 1465, Louis XI mariait l’une de ses filles naturelles, prénommée Jeanne, à Louis de Bourbon, lui-même bâtard issu d’une puissante famille de sang royal, qu’il souhaitait attacher à son service. Outre la seigneurie d’Usson en Auvergne et diverses places en Dauphiné, la dot constituée pour ce mariage intégrait la seigneurie de Valognes, avec son château, ses revenus et de nombreuses dépendances. Bien que Jeanne et son époux, devenu amiral de France, n’aient résidé en Cotentin que de façon assez ponctuelle, ils jouèrent tous deux un rôle important dans l’histoire de Valognes. Sur le plan des évènements politiques on se souviendra en particulier de l’accueil qui fut donné en 1470 dans notre ville au comte de Warwick, accompagné de sa fastueuse suite et du duc de Clarence, venus y préparer le renversement du roi Anglais Edouard IV. Officier valeureux et compétent, Louis de Bourbon fut aussi le premier à préconiser le développement et la mise en défense du port de Saint-Vaast-la-Hougue, anticipant ainsi de plus de deux siècles les travaux entrepris par Vauban.

ill.2 la chapelle avant restauration

Vestiges de l'hôtel Dieu avant transformation

 

A Valognes même, le Bâtard Louis a soutenu et favorisé la création du couvent des Cordeliers, la première abbaye fondée à l’intérieur de la ville, où il choisit d’être enterré après sa mort, survenue le 14 janvier 1497. Jeanne de France, devenue veuve, céda en 1499 des terres et finança en partie la construction de l’hôtel Dieu, destiné à recueillir, nourrir et gouverner les pauvres personnes, pèlerins, passants et autres nécessiteux et indigents et accomplir les œuvres de miséricordes. Il existait aussi, dans le Valognes d’avant la seconde guerre mondiale, des restes notables de l’hôtel de Bourbon, grande demeure noble connue aujourd’hui par des représentations anciennes. Cet édifice offrait un bel exemple du développement de l’architecture gothique flamboyante, qui triomphait aussi dans la reconstruction de l’église Saint-Malo. Rarement la ville ne connut un si important essor que dans cette seconde moitié du XVe siècle, qui fut aussi, au lendemain de la guerre de Cent ans, une grande période de reconstruction pour tout le Clos du Cotentin.

 

La conférence aura lieu à l’hôtel Dieu de Valognes et débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 15:34

Dans le cadre du nouveau cycle de conférences consacrée cette année au thème de la commande artistique et de la création architecturale, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce jeudi 15 décembre, une intervention intitulée « patronage ecclésiastique et construction religieuse en Cotentin du XIe au XIIIe siècle ».

A défaut de nous livrer le nom des bâtisseurs, les documents écrits du Moyen-âge nous permettent parfois de comprendre qui furent les commanditaires des églises romanes, puis gothiques, de notre région. En parvenant à définir le rang et la place que ces « maitres d’ouvrage » occupaient dans la société de leur temps, nous pouvons aussi tenter de mieux déchiffrer l’influence que ceux-ci ont pu exercer dans l’évolution de l’architecture locale. Or, ce qui apparaît de façon très nette est que la propriété des églises et la situation du clergé ont énormément évolué durant la période qui nous intéresse. Au XIe siècle encore, la grande majorité des curés des paroisses rurales du Cotentin étaient des prêtres « vavasseurs », membres de la petite aristocratie indigène, qui pouvaient se marier, et se transmettaient même leur charge de père en fils. Etroitement mêlés aux communautés villageoises, ils ont sans doute exercé un rôle important dans la construction de nombreuses petites églises bâties en  Cotentin aux environs de l’an mil.

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Au cours du XIIe siècle en revanche, sous la pression du pouvoir ducal et des autorités ecclésiastiques, la propriété des paroisses fut progressivement transférée aux moines bénédictins. L’ouverture des grands chantiers monastiques des abbatiales de Lessay, de Montebourg et de Saint-Sauveur-le-Vicomte, provoqua dans le même temps un grand mouvement de renouveau architectural, qui correspond chez nous à la diffusion du style roman. D’autres communautés religieuses – chanoines prémontrés de Blanchelande et chanoines victorins de Cherbourg en particulier – viendront ensuite compléter l’encadrement religieux des populations, en promouvant une architecture « réformée », plus sobre, plus légère et plus élégante. L’évêque et le clergé de la cathédrale, agissant également comme commanditaires, soutiendront à leur tour l’avènement de l’architecture gothique et sa diffusion dans notre région au cours du XIIIe siècle.

Rendez-vous à 18h30 salle Paul Eluard de l’hôtel-Dieu (sans réservation préalable). Les tarifs proposés sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi. 

 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 12:37

Dimanche 17 mars, le Pays d’art et d’histoire propose une visite guidée consacrée à la Reconstruction Saint-Sauveur-le-Vicomte après la seconde guerre mondiale.

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Saint-Sauveur-le-Vicomte, l'hôtel de ville de la Reconstruction (cabinet BURCKART)

Après une rapide présentation des circonstances des bombardements de la ville de Saint-Sauveur, qui fut en 1944 l’un des objectifs militaires de la « coupure du Cotentin », le guide rappellera également comment s’est organisé et structuré, au cours des années suivantes, une politique de Reconstruction systématique. Placés sous la direction du cabinet Lahalle, les travaux engagés alors ont largement redéfini l’urbanisme du bas du bourg, aux abords du pont sur l’Ouve et du château médiéval, où plusieurs ilots d’habitats furent constitués en remplacement des demeures anciennes. Si l’on choisit alors de reconstruire à l’intérieur du château médiéval l’hospice qui y avait été établi sous le règne de Louis XIV (et qui sera finalement détruit dans les années 1980) on s’attacha en revanche a dégager les remparts des maisons qui avaient été implantées depuis le XVIIe siècle à l’emplacement des anciens fossés. Comme ailleurs, un soin particulier fut aussi porté aux édifices publics, qui firent l’objet d’une réorganisation visant en particulier à associer, dans un même bâtiment, l’hôtel de ville, les bureaux du juge de paix et une nouvelle salle de spectacle. Dans le domaine de l’architecture religieuse, l’emprunte de la Reconstruction est moins importante à Saint-Sauveur qu’à Valognes où dans d’autres villes martyres, mais elle a tout de même donné lieu à la création des nouveaux vitraux, œuvre du maître verrier Paul Bony, connu pour ses collaborations avec Marc Chagall, Georges Braque ou Henri Matisse. Ces verrières représentent les symboles des différents sacrements de l’église catholique (baptême, communion, eucharistie…).

 

Guidée par M. Stéphane Watrin, guide conférencier et architecte, cette visite d’une durée d’environ 1h30 à 2h00 sera consacrée au seul centre ville. Le rendez-vous est fixé à 15h devant l’office de tourisme, sur la place du château.

4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 17:48

Du 17 octobre au 9 novembre 2011 des diagnostics archéologiques ont été entrepris sur la place du château de Valognes. L'objet de ces travaux n'est pas de fouiller intégralement les restes du château détruit en 1689, mais simplement de se faire une idée plus précise de l'importance des vestiges, de leur intérêt et de leur étendue. En fonction des résultats obtenus, les autorités scientifiques du ministère de la culture (DRAC Basse-Normandie, Service régional de l'archéologie) et les élus valognais pourront décider ou non de pousser d'avantage ces investigations, voire proposer éventuellement une mise en valeur des structures mises à jour.

Ces diagnostics (6 tranchées de sondage au total répartis sur l'espace de la place) sont dirigés par Bénédicte Guillot, archéologue auprès de l'INRAP.

Deux rendez-vous d'accueil du public ont été programmés les mercredis 19 octobre et 9 novembre à 11h. Hors de ces horaires, l'accès au site est rigoureusement interdit.

Une conférence sera proposée en février prochain, pour restituer à la population les résultats de ces investigations.

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Cliché : Corinne Gallier, Presse de la Manche 19 octobre 2011

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