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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 10:16

 

005ga Vue XVIIIe complète

Faisant aujourd’hui l’objet d’importants projets de réaménagement, la place du château de Valognes abrite sous son revêtement de goudron une histoire très ancienne. Certaines traditions, probablement légendaires, ont voulu qu’y existât, durant le haut Moyen-âge, une forteresse édifiée par le roi Clovis. Plusieurs historiens ont avancé que ce château, détruit par les scandinaves, fut ensuite rebâti sous le règne de Guillaume Longue-Epée, second duc de Normandie. Au regard des sources écrites vérifiables, il faut cependant attendre les années 1050 et le règne de Guillaume le Conquérant pour voir Valognes sortir des ombres de l’histoire. Lieu de pouvoir notable, la ville possédait alors une résidence ducale, équipée d’une salle, d’une chambre, d’une chapelle, et probablement aussi de quelques éléments de défense. Mais le château proprement dit, avec son donjon, son enceinte et ses tours, ne fut de toute évidence édifié que plusieurs siècles plus tard, durant la guerre de Cent-ans, à l’initiative du roi de Navarre. Impliqué dans plusieurs sièges au cours des XVe et XVIe siècles, la place fut progressivement modernisée pour s’adapter aux évolutions de l’artillerie. Pour cette raison même, et afin d’éviter qu’elle ne devint un atout aux mains d’éventuels ennemis, le roi Louis XIV fit en 1689 le choix de sa démolition. L’histoire cependant ne s’arrête pas là car ce vaste espace donna lieu, sous Louis XV, à d’ambitieux projets urbains, malheureusement non réalisés. Malgré cet échec, la place du château parvint à s’imposer au XIXe siècle en tant que lieu des fêtes populaires et des grandes assemblées commerciales. Assez peu modifiée par les travaux de la Reconstruction, sa topographie se trouva cependant bouleversée, dans les années 1960, par le développement et l’accroissement des axes routiers. Ce sont notamment ces enjeux de circulation et de partage de l’espace urbain entre piétons et automobilistes qui animent aujourd’hui la réflexion des élus sur l’avenir de la place du château. L’ouverture prochaine de sondages archéologiques préventifs, qui devraient apporter une connaissance renouvelée de ce site emblématique, permettra d’ancrer cette réflexion dans une connaissance précise de la mémoire des lieux.

Cette conférence, richement illustrée si tiendra à partir de 21h à l’hôtel Dieu de Valognes. Renseignements auprès du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin, tel. 02 33 95 01 26 (en semaine) ou par courriel : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr.

 

château

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 12:14

Dans le cadre du cycle des conférences estivales proposées par le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin, Bruno Centorame présentera, ce jeudi 4 aout, une intervention consacrée à « Felix Buhot, illustrateur des œuvres de Jules Barbey d’Aurevilly ».

F-Buhot--illustration-pour-Le-Chevalier-Destouches.jpg

Natif de Valognes et issu d’un milieu social assez modeste, Félix Buhot (1847-1898), tient une place tout à fait particulière dans la galerie des illustrateurs de l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly. Homme de culture tôt éveillé aux choses de l’esprit, il entreprit des études littéraires, bientôt abandonnées pour la peinture et le dessin, fut journaliste à ses heures et enseigna au collège Rollin. Très attaché à sa ville natale, dont il sut immortaliser les aspects les plus pittoresques, cet homme à la personnalité remarquable aborda dans son œuvre des genres divers, paysages et marines tout particulièrement. Y transparaît sans cesse la nostalgie mélancolique d’un passé révolu, mais ô combien attachant aux yeux d’un artiste qui se définissait lui-même comme « un rêveur qui aurait dû naître cinquante ans plus tôt ». La connivence entre le peintre et l’écrivain, bien qu’elle ne fut pas toujours avouée, apparaît d’emblée naturelle et profonde. Les travaux de Buhot pour « la Vieille maîtresse », « Le Chevalier Destouches » ou « L’Ensorcelée » ne sont pas de simples illustrations plaquées sur un texte, mais bien, comme il le souhaitait, des formes «d’accompagnements harmoniques » des écrits du Connétable des Lettres.

Historien et historien de l’art, Bruno Centorame à publié en 2008 une importante étude sur les illustrateurs de l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly et a également mis en place il y a trois ans une exposition consacrée à ce sujet. Son propos sera illustré de nombreuses reproductions des œuvres de Buhot et de ses travaux préparatoires.

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 19:23

Fouilles-Colomby.jpg

L’extension de la sablière de Colomby a nécessité, en 2009, un diagnostique archéologique de parcelles situées en bordure de la rivière du Merderet, formant à cet endroit séparation avec la commune de Lieusaint. Ont alors été mis au jour les vestiges, très bien préservés, d’une roue de moulin et d’un atelier, entièrement édifiés en bois. Durant l’été 2010, Vincent Bernard (CNRS, Université de Rennes), accompagné de Frédéric Epaud (CNRS, université de Tours) et d’une équipe d’archéologues bénévoles, a repris ce chantier, dans l’optique d’une étude des bois, de leur mode d’assemblage et de leur datation. Les résultats obtenus l’an dernier, démontrant en particulier l’ancienneté de cette construction datant presque exactement à l’an mil, ont incités l’équipe de Vincent Bernard à reprendre les recherches durant l’été 2011. Il sera présent, mardi 12 juillet prochain, pour présenter le chantier et répondre aux questions des visiteurs.

Il est demandé aux personnes intéressées par cette visite, de se joindre à 15h au guide conférencier du Pays d’art et d’histoire qui les accompagnera sur le chantier de fouilles. Selon la météo, il pourrait-être préférable de se munir de bottes. Le déplacement sur le site se fera en véhicules individuels, mais il faut prévoir aussi un petit temps de marche. Accès gratuit.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:44

silhouette-de-Jules.jpg

(1808 – 1889)

Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly voit le jour à Saint-Sauveur-le-Vicomte et passe son enfance dans la maison familiale, emmagasinant souvenirs, récits, légendes qui nourriront son imaginaire.

Après un séjour à Valognes puis à Paris, il poursuit ses études à Caen, ville de son grand amour interdit avec Louise du Méril, épouse de son cousin. Cette liaison jugée inacceptable le pousse à partir pour Paris en 1833 ; il s’éloigne de sa famille jusqu’en 1856. Désormais il vit en écrivant des articles de critique littéraire ou artistique pour de multiples journaux. Sa verve caustique et son caractère intransigeant lui attirent de nombreuses inimitiés et quelques amis fidèles et éblouis. Il écrit aussi des poèmes, des nouvelles et des romans, mais la gloire littéraire ne viendra que fort tard. Homme aux multiples facettes, il apparaît tantôt comme un dandy suranné, tantôt comme un bohème désargenté, toujours comme un mondain au verbe étincelant.

Entre 1851 et 1874 paraissent ses œuvres majeures : Une vieille maîtresse (1851), L’Ensorcelée (1854), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874). A la suite de la publication de ce dernier livre, il doit faire face à des poursuites pour amoralité.

 A partir de 1872 Barbey loue à Valognes un appartement dans l’hôtel Grandval-Caligny. Il y revient tous les ans jusqu’en 1887. A 74 ans il publie Une histoire sans nom. Son dernier écrit, Une page d’histoire, évoque une passion incestueuse, thème récurent dans l’ensemble de son œuvre. Il s’éteint le 23 avril 1889, entouré d’écrivains et de sa secrétaire, Louise Read. Son panache et son style flamboyant lui ont valu le titre de « Connétable des lettres ».

 

Le musée Jules Barbey d'Aurevilly

P1010675.JPG

Le musée fut initialement fondé en 1925, à l’initiative de Louise Read, « l’Ange Blanc » de Barbey qui veilla sur le Connétable des lettres durant les dix dernières années de sa vie. 

Louise Read fit alors fait appel à monsieur Pierre Lemarinel, maire de Saint-Sauveur-Le-Vicomte afin d'ouvrir, dans la ville natale de l’écrivain, un musée destiné à recueillir les meubles et les effets personnels qu'elle avait, depuis sa mort en 1889 précieusement conservés dans son appartement parisien de la rue Rousselet. 

Les collections conservées par Louise Read furent ainsi installées dans l’un des bâtiments de la basse-cour du château de Saint-Sauveur-Le-Vicomte. Ce premier musée, ayant malheureusement été détruit en 1944, lors des bombardements de la Libération, fut malgré de grandes pertes reconstitué en 1956 dans une autre partie du château. 

En 1989, après avoir acquis la maison familiale de Barbey, rue Bottin Desylles, la municipalité de Saint-Sauveur, consacra le premier étage de l’édifice à l'installation des collections Barbey, tandis que le rez-de-chaussée était affecté à la bibliothèque municipale. 

Depuis le musée n'avait pas subi d'évolution notable, si ce n’est toutefois un enrichissement considérable des collections grâce à la volonté municipale, activement soutenue par la Région Basse-Normandie et la Direction régionale des affaires culturelles (au travers du Fonds régional d’art moderne), et la Société Jules Barbey d’Aurevilly. 

Depuis 2008, année des commémorations nationales du bicentenaire de la naissance de Jules Barbey d’Aurevilly, la maison familiale – un hôtel particulier du XVIIIe siècle inscrit au titre des Monuments historiques - est entièrement vouée aux collections du musée. 

La commune de Saint-Sauveur a assumé la maîtrise d’oeuvre pour la rénovation des pièces de l'étage, tandis que le Conseil général, par l'intermédiaire du service des archives départementales, a supporté la rénovation du rez-de-chaussée. A l'occasion du bicentenaire de 2008, le conseil général a mobilisé des fonds importants, dont la majeure partie pour l'aménagement d’une nouvelle exposition permanente, établie au rez-de-chaussée, dont la direction fut confiée à Madame Mélanie Leroy-Terquem. 


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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:34

77, rue de Poterie

En 1742, Claude Coysevox, fille du sculpteur Antoine Coysevox, vend à Madeleine Suzanne Guerran « une maison consistant en une salle et cuisine, les chambres et greniers dessus », située à l'angle de la rue de Poterie et de la chasse Saint-Antoine. En 1743, Madeleine Suzanne Guerran augmente la propriété de nouvelles parcelles adjacentes, achetées à Charles et Georges Pillet. En 1750, elle transmet l'ensemble de son bien à ses nièces, Jeanne et Marie-Françoise Guerran. En 1755, celles-ci revendent la propriété à Charles de la Porte, qui fut probablement le constructeur de l'hôtel, auquel il a laissé son nom, et où il résidait toujours en 1793. Son héritière, Marie-Charlotte de la Porte, mariée à Adrien-Charles-Michel Fouace, fait passer ce bien dans la famille Fouace, qui conserve la propriété jusqu'au 25 janvier 1822, date de sa vente à François Edouard Sellier. Le 19 août 1838, Camille Louis de Chivré, sieur de Sottevast et son épouse, Anne Louise du Mesnildot d'Amfreville, rachètent l'hôtel à Monsieur Sellier, pour en donner l'usufruit à leur fille, mariée à Paul-Emile-Edouard Montroud. Lors de cette vente, l'immeuble comprenait "une maison couverte en ardoise consistant au rez-de-chaussée en porte cochère, cuisine, salle, salon, chambres au premier étage avec greniers au-dessus et mansardes, d'une aile donnant sur la chasse Saint-Antoine avec les cours et jardins et tous bâtiments en dépendant".

L'hôtel de La Porte est situé entre l'hôtel d'Heu et la rue Saint-Antoine. La façade sur rue, recouverte d'un enduit récent, est composée de sept travées, avec porte cochère reportée à l'extrémité gauche de la façade. Les deux niveaux de l'élévation, séparés par un bandeau horizontal, se distinguent par le dessin des ouvertures ; tandis que les baies du rez-de-chaussée sont coiffées d'arcs surbaissés, les sept baies du premier étage sont à simple linteau droit. Les combles sont éclairés par quatre lucarnes. La façade postérieure, ouvrant sur la cour, reprend une élévation similaire mais ne possède pas de fenêtres de comble.

Hotel-de-la-porte.jpg

L'aile en retour, longeant la rue Saint-Antoine, aveugle du côté de la rue, présente coté cour une élévation formée de trois travées, reprenant la superposition de baies à linteau cintré en rez-de-chaussée, et de fenêtres à linteau droit à l'étage, avec trois lucarnes éclairant les combles. Une porte ouvrant dans le mur pignon permet un accès direct depuis le premier étage de cette aile vers le jardin surélevé situé en fond de cour. L'édifice a conservé ses boiseries et plusieurs cheminées du XVIIIe siècle.

Stéphanie Javel / Julien Deshayes

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:08

Rue de l'Eglise

L'hôtel Pontas du Méril occupe une portion de l'ancien enclos de l'officialité, dit aussi manoir de la Cohue, qui fut jusqu'au XVe siècle le siège du tribunal ecclésiastique de Valognes. Le 16 octobre 1652, Gilles Diénis avait cédé ce manoir à Jaques Plessard, seigneur de Négreville et Pontrilly. Le 10 septembre 1655, ce dernier revendit l'ensemble à Robert Bardou, écuyer. La propriété se composait alors d'un "bout de maison encommencée", destiné à prolonger une construction voisine (l'actuel hôtel Viel de la Haulle). La construction du nouvel édifice est achevée en 1663, lorsque Robert Bardou le transmet à son fils Jacques, à l'occasion de son mariage. L'hôtel est vendu le 6 août 1789 à Thomas Gallis. Né en 1743, bachelier en droit et avocat au parlement, conseiller du roi, procureur de Valognes, Jean-Thomas Gallis de Mesnilgrand fut maire de Valognes sous la Restauration (1813-1815). Il décéda à Valognes le 4 mai 1828. « En 1789 il s’était allié aux idées nouvelles avait racheté une partie des biens confisqués à la maison de Colbert sous la Révolution et en particulier le manoir de la Cour" (Géraud de Féral, Notes pour servir à l'histoire d'Yvetot-Bocage, p. 144). Il était le frère de Dom François Gallis de Mesnilgrand, prieur de Saint-Etienne de Caen, auteur d’une « Oraison funèbre de Louis le bien aimé, XVe du nom » (Tours, 1775). Dom François Gallis est aussi connu pour son «Discours prononcé dans l’église de l’abbaye Saint-Etienne de Caen le dimanche 13 septembre 1789 lors de la bénédiction des étendards de MM les volontaires nationaux ». Jean-Thomas Gallis de Mesnilgrand a servi de modèle à Barbey dans sa nouvelle « A un diner d’athées ». Le 14 floréal an 3, il revendait son hôtel à Jean-Louis Pontas du Méril, qui lui a laissé son nom. Médecin, il figure le 31 décembre 1786 parmi les fondateurs de la loge maçonnique « L’Union militaire » réunis chez Timoléon du Parc dans l'actuel hôtel Martin-de-Bouillon. Echevin de la ville, il devient officier municipal en 1789 et premier président de la Société locale des amis de la Constitution. Il prend part à la rédaction des cahiers de doléance pour la ville de Coutances. Elu à la tête du district en 1790, Conseiller général en 1792 il est inquiété sous la Terreur. Il fut maire de Valognes de 1807 à 1813 et de 1817 à 1826. Jean-Louis Pontas du Méril était l'oncle de l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly. Adolescent, ce dernier vint résider dans l'hôtel, et y conçut un amour de jeunesse pour sa cousine Ernestine. Incendié lors des bombardements alliés de juin 1944, l'hôtel Pontas du Méril a été partiellement restauré par la suite. Il a conservé intacts sa façade sur cour et son escalier droit intérieur.

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L'hôtel Pontas du Méril sur le plan Lerouge de 1767

 Le corps de logis entre cour et jardin possède un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré, supportés par un étage de soubassement. Ouvrant de plain-pied sur la cour, le rez-de-chaussée domine en revanche les jardins situés sur l'arrière de la propriété. La façade principale, divisée en sept travées, se signale par son élévation ordonnancée en pierre de taille calcaire. L'élévation est agrémentée de bandeaux horizontaux et de chaînes harpées en bossage. Les baies sont coiffées de plates-bandes à clefs saillantes brochant sur les bandeaux horizontaux de la façade. Une corniche à modillons souligne la toiture. Aucune lucarne n'éclaire les combles. La façade sur jardin a été entièrement remaniée après 1944. L'accès aux étages se fait par un escalier droit intérieur rampe-sur-rampe avec garde-corps à balustres.

Pontas-01.jpg

Façade sur cour

L'aile sur rue, affectée à des commerces, présentait une élévation ordonnancée constituée de huit travées, rythmées par des chaines verticales en bossage.

Pontas-compile.jpg

Aperçu de la façade de l'aile sur rue, d'après des cartes postales anciennes

L'hôtel Pontas du Méril occupe une place à part parmi les autres hôtels particuliers de Valognes, aussi bien en raison de sa date de construction, antérieure à celle de la plupart des autres constructions, que par le soin apporté à sa façade. Il peut être rapproché du "logis de l'abbesse" de l'ancienne abbaye bénédictine royale de Valognes, où l'on retrouve, vers le milieu du XVIIe siècle, un traitement en bossages de la façade dans un "style Louis XIII" assez comparable.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes, avec la contribution de Michel Viel

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 14:46

I - Données historiques

Nous avons la chance d’être bien informé sur la famille Desmaires, dont il subsiste d’importantes archives, et qui a fait l’objet d’un long article, publié en 1965 par André DUPONT dans la Revue de la Manche ((t.7, fasc. 25/26 et 27/28).

Selon cet auteur, la famille Desmaires était originaire de Bayeux, où elle occupait, aux XIVe et XVe siècles, des fonctions administratives. Nicolas Desmaires, écuyer, qui possédait en 1478 le fief noble d’Audrieu, dans le Bessin, avait également acquis une maison « assise au bourg de Saint-Sauveur ». Son fils Grégoire paraît avoir résidé habituellement à Saint-Sauveur. Il épousa Guillemine Brucotte, dont il eut pour fils Jean Desmaires, né avant 1492, qui devint tabellion en cette ville. L’un des fils de ce Jean Desmaires, prêtre à Saint-Sauveur-le-Vicomte, chapelain de la chapelle Saint-Jean-Baptiste fondée en l’église paroissiale, était également curé de Ravenoville. Il vivait encore en 1582. L’autre fils de Jean Desmaires, Jean (II), né vers 1501 et mort vers 1591, connut une formidable ascension sociale. En 1572; il obtint reconnaissance de sa noblesse, qui était contestée par les habitants de Saint-Sauveur. En 1577, il reçut du roi Henri III l’érection en sa faveur du fief Desmaires, par union de plusieurs propriétés familiales, « ledit fief ayant son chef assis en la paroisse de Saint-Sauveur- et s’étendant aux paroisses de Sellesouef, Haultmesnil, Catheville, Neuville et Saint-Sauveur-de-Pierrepont, auquel fief il y a manoir seigneurial, chapelle, coulombiers à pigeons, moulins, rivière courante appelée la Sanxuière». D’abord greffier, Jean II Desmaires devint ensuite avocat du roi, puis bailli de la Haye-du-Puits. Il mourut en 1591.

Zles-Maires-zoom.jpg

Le manoir Desmaires sur le cadastre de 1826

De l’union de Jean II Desmaires et de Guillemette Cabart nacquit Vincent Desmaires, qui hérita des biens de son père à Saint-Sauveur-le-Vicomte. En 1571, il occupait la charge de lieutenant du vicomte et, en 1579, il portait lui-même le titre de vicomte. Par la suite, il deviendra encore « Conseiller du roi, bailli et capitaine de Saint-Sauveur », avant de mourir en 1593.

Le fils aîné de Vincent, Jean III Desmaires hérita des charges de son père. C’est lui qui fonda et fit construire la chapelle située « dans le cimetière, entre la côtière du choeur et l’église par devers le bourg d’empuis l’aile et chapelle Notre-Dame jusqu’au second pilier de la côtière dudit choeur ... ». En 1615, cette chapelle, dédiée aux apôtres Pierre et Paul était achevée et recevait son premier desservant. Outre cette chapelle, Jean III fonda aussi un collège à Saint-Sauveur, avant de décéder, en 1628. L’information fait à sa mort sur les biens qui étaient en sa possession mentionne « le fief terre et seigneurie des Maires (...) dans lequel il y a une chapelle fondée de Mr Saint Jean », ainsi que le manoir appelé « les Bretholles », diverses maisons situées au bourg de Saint-Sauveur, le fief du Quesnay à Golleville. Tandis que l’aîné des enfants de Jean III Desmaires et Anne de Marguerit hérita du Quesnay de Golleville, le manoir des Maires revint au cadet, Jacques, né en janvier 1627, qui mourut sans postérité en 1646. La propriété passa alors à son frère aîné, Jean François, qui en fit ensuite hériter son fils Gaspard Desmaires. Ce dernier, dans un aveu rendu le 13 mai 1676, mentionne « iceluy manoir se consistant en maison manable, chapelle, deux colombiers, dont un en ruine  (...) dépendances, place d’étang ou vivier presque entièrement desséché ». En 1666, la noblesse de Gaspard Desmaires avait été contestée par l’enquêteur Chamillard.

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La chapelle Desmaires jouxte côté nord le choeur de l'église paroissiale

Gaspard Desmaires avait épousé, le 1er février 1680, Gabrielle Agnès Poërier, mais n’eut pas de postérité. A sa mort, ses biens sont transmis à sa soeur, Marguerite, épouse en première noce de René Poërier, écuyer, seigneur de Taillepied, Cartot et le Theil, puis en seconde noce de Jacques III de Harcourt, seigneur d’Ollonde. Elle mourut en 1735, laissant le manoir Desmaires à son fils Guillaume d'Harcourt. A sa mort, en 1767, le petit fils de marguerite Desmaires, Jacques d'Harcourt, portait encore le titre de "seigneur des Maires".

 

II - Description

Le manoir des Maires se compose d’un ensemble de bâtiments réunis autour d’une vaste cour rectangulaire. Le logis occupe le fond de la cour, au nord, dans l’axe du portail d’entrée. Les percements de sa façade ne semblent pas antérieurs au XIXe siècle, mais son plan rectangulaire, à pavillons latéraux en faible saillie, paraît hérité de la Renaissance. Parmi les bâtiments des communs se remarquent les vestiges de la charreterie, et un ensemble de granges et d’étables appartenant encore au XVIe siècle. Tout proche du logis, sur son flanc gauche, se trouve un petit bâtiment abritant une chambre haute sur fournil, vestige probable de l'édifice médiéval antérieur. Le morceau de choix de cet ensemble est constitué par le grand portail, à portes piétonne et charretière ouvrant sur la cour.

Z-des-Maires.jpg

Entièrement appareillé en pierre calcaire d’Yvetot-Bocage, ce portail est décoré de trois pilastres à chapiteaux corinthiens supportant une corniche sculptée d’une frise de rinceaux. Chacune des deux portes est couronnée par un fronton cintré en conque portant une boule sommitale. Au dessus de la porte piétonne, se remarque un blason portant un sautoir sur champ d’hermine. Le décor de ce portail, d’une remarquable finesse, est très représentatif du répertoire employé par les sculpteurs établis auprès des carrières de pierre calcaire d’Yvetot-Bocage durant la seconde moitié du XVIe siècle. Il suggère notamment une comparaison avec le portail de l’hôtel de Ponthergé, à Carentan, datant de 1554, et avec celui du château d’Hémevez, daté par inscription de 1592. Le même répertoire se retrouve aussi sur des cheminées (cf. Mesnilgrand à Yvetot-Bocage) et dans l’art religieux (cf. Retable de Saint-Germain-de-Varreville). Une comparaison précise peut aussi être proposée avec le décor des fonts baptismaux de l’église paroissiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte, daté par inscription de 1576. Compte-tenu des informations historiques disponibles, il est assez vraisemblable que la construction de ce portail se situe à une date très voisine de la constitution du fief noble de la famille Desmaires, en 1577.

Julien Deshayes, 2001

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 16:26

Anciennement rue de Poterie

Tellier de R CPA

Façade sur rue d'après une carte postale ancienne, vers 1900

L'hôtel le Tellier de Reville, aujourd'hui disparu, intégrerait une partie mal définie de l'ancien hôtel de Bourbon, édifié dans la seconde moitié du XVe siècle par Louis de Bourbon, époux de Jeanne de France. Une propriété dont l'emplacement correspondait aussi à celui de cet hôtel fut acquise le 14 avril 1642 par Jacques d’Harcourt, seigneur d'Ollonde. Un siècle plus tard, le 16 février 1743, Hervé Mangon, chevalier, seigneur et patron de Nacqueville, vendait à Alexandre-Antoine Bauquet, seigneur de Turqueville "un tènement de maisons, cour, jardin, enclos situés en la ville et franche bourgeoisie de Valognes" situé au même emplacement, pour un prix de vente atteignant la somme conséquente de 20 400 livres.  En 1760, à la mort d'Alexandre Bauquet, l'hôtel revient à sa veuve, Suzanne Dancel qui y décédera à son tour le 17 janvier 1776. Le 7 juin suivant, la propriété est cédée par "noble et discrète personne messire Louis Antoine Dancel, curé de Bricqueville", frère de Suzanne Dancel, à Claude-Marie Comte de Bricqueville. Ce dernier revend l'hôtel le 31 mars 1779 à Anne Pigache, dame d'Osmanville, veuve en seconde noce de Hervé Fouquet, seigneur de Réville. Elle y est consignée en 1786 et 1789, sur le registre des nobles de la ville, puis, déclarée émigrée lors de la Révolution, elle voit son hôtel provisoirement confisqué, avant de le récupérer en 1796. En 1801, après le décès d'Anne Pigache, sa fille Jeanne-Hyacinthe comtesse de Théroulde, épouse de Jean-Pierre-Anne le Tellier de Montaure, hérite de la propriété. Bien qu'il n'ait probablement jamais résidé sur place, c'est ce dernier qui a laissé son nom à la propriété. Le 28 juillet 1809 la comtesse de Théroulde, cède l'édifice aux soeurs Augustines. Après l'exil de la communauté, en 1904, l'établissement est transformé en école supérieure de jeunes filles. L'édifice a été entièrement détruit lors des bombardements américains de juin 1944. 

Tellier de Reville 2

Façade sur cour d'après une carte postale ancienne, vers 1900

Sur le plan Lerouge de 1767 l'hôtel Le Tellier de Réville présente un plan en U, avec un corps de logis sur rue augmenté sur l'arrière de deux longues ailes délimitant une cour intérieure, au-delà de laquelle s'étendaient des jardins. Un plan de la rue de Poterie daté de 1768, plus précis que le précédent, permet de déceler la présence d'une tour d'escalier en vis accolée au corps de logis, héritage probable d'une construction du Moyen âge tardif ou de la Renaissance, qui fut supprimée ensuite.

Tellier-de-R-1768.jpg

L'hôtel Tellier de Réville sur un plan d'aménagement urbain de 1768

L'inventaire après décès de Suzanne Dancel dressé en janvier 1776 détaille un édifice de vastes proportions, comprenant deux étages d'habitation sur un rez-de-chaussée abritant les pièces de service. L'étage noble, accessible par un "grand escalier" possédait une salle à manger avec office et antichambre, un cabinet de compagnie et plusieurs chambres. La chambre de la défunte était associée à une petite antichambre ainsi qu'à un cabinet, où logeait la demoiselle de chambre, et à un petit cabinet de toilette. A l'étage supérieur est notamment signalée la "chambre où couchent les garçons domestiques".

 H. Tellier Réville à gche

Détail de la façade sur rue de l'hôtel Tellier de Réville d'après une cartes postale ancienne. Noter les portes à larmier et les niches coiffées de gables gothiques implantés entre les fenêtres XVIIIe de l'étage.

Cet édifice a subi d'importantes transformations à compter de 1809, lorsqu'il fut affecté à la communauté des Augustines. Côté cour, l'hôtel se vit notamment adjoindre une chapelle, construite en 1820, ainsi qu'un pensionnat, édifié vers 1870. En dépit de ces bouleversements, les photographies prises au début du XXe siècle permettent d'identifier une partie des dispositions de l'édifice du XVIIIe siècle. Le rez-de-chaussée et l'étage médian se signalaient notamment par leur ordonnancement en neuf travées de fenêtres à chambranles plats, coiffées de linteaux cintrés. Plusieurs fenêtres du premier étage étaient agrémentées de balcons en fer forgés. Au niveau supérieur subsistait trois travées de baies à chambranles quadrangulaires, reliés par un bandeau horizontal courrant à hauteur des gardes corps inscrits dans l'embrasure des fenêtres. A côté de ces éléments, caractéristiques des hôtels valognais du XVIIIe siècle, l'édifice présentait des dissymétries difficilement explicables dans le contexte d'une construction de cette période. Il est en particulier surprenant de constater le net décalage de hauteur que présentait deux des fenêtres du premier étage, ainsi que l'absence de continuité des ouvertures du second. L'édifice conservait par ailleurs des vestiges notables d'une importante demeure médiévale. Deux belles portes à voussures et larmier sont notamment repérables. Cette façade conservait aussi, à hauteur des fenêtres du premier étage, une série de quatre niches coiffées de dais en forme de pinacles gothiques, avec des socles supportées par des anges caryatides. Le traitement de la façade en appareil régulier de pierre de taille calcaire constituait aussi un héritage de l'édifice médiéval. De même que la tour d'escalier en vis visible sur le plan de 1768, ces éléments attestent le remploi partiel des structures d'un important hôtel médiéval.

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Détail de l'une des consoles des niches gothiques de la façade, d'après un dessin de M. MacKain Langlois 

Julien Deshayes / Stéphanie Javel

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 17:42

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Attesté de très ancienne date, le Quesnay compte au nombre des grandes seigneuries forestières qui dépendaient jadis étroitement du domaine ducal de Valognes. Durant la guerre de Cent ans, alors que le Cotentin était placé sous la domination de Charles le Mauvais, roi de Navarre, il devint la propriété d'un dénommé Ferrand d'Ayens, capitaine de la place de Cherbourg et gouverneur des domaines navarrais de Normandie. Sorte de quartier général, il s'agissait alors d'une grande résidence aristocratique, bénéficiant probablement de défenses militaires étoffées. Ce manoir joua également un rôle important lors des guerres de Religion, lorsqu’il appartenait à la famille Potier, qui comptait alors parmi les plus actifs soutiens de la réforme protestante en Cotentin. Dès 1558 le Quesnay vit ainsi sa chapelle médiévale transformée en temple protestant. Le seigneur du lieu y accueillait les pasteurs de passage et encourageait la conversion des fidèles par la distribution de repas à l'occasion des prêches. Un dénommé Arthur Jouan « prestre apostat et renégat, s'estant marié, abjuré sa religion et devenu hérétique et huguenot » fut même inhumé à l'intérieur de la chapelle manoriale, qui disposait de son propre cimetière.

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L'ancienne chapelle qui fut au XVIe siècle affectée au temple protestant

Vendu en 1764 à Charles Avice, la propriété se composait alors d'une « maison manable, chapelle, haute et basse-cour, colombier, granges, étables, bergerie, écurie, boulangerie, remise, pressoir et jardins, avenue de bois, herbages, prairies, terres labourables plantées en pommiers ». Le nouveau propriétaire entreprit d'importants travaux de modernisations, qui ont donné au logis l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. L'édifice, construit selon un plan en H, formé d'un corps central flanqué de deux pavillons saillants, présente des proportions imposantes. Les bâtiments de communs qui encadrent l'avant-cour ont préservés leur état du début du XVIIe siècle. La charreterie, ouvrant par une succession d'arcades en plein cintre, se signale par la qualité de son appareillage de pierre calcaire. Le porche d'entrée est défendu par des ouvertures de tir et orné d'une sobre ordonnance de pilastres lisses. Il arbore une inscription latine : Nulli fas castrum insistere limen (« que nul impie n'entre en ce lieu »), qui, nous l’espérons, n’arrêtera pas les visiteurs qui viendront découvrir cette importante demeure.

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Détail des communs

J. Deshayes

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 12:32

Propriété privée / accès réservé / possibilité d'hébergement en GITE

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I - Données historiques sur la propriété (éléments provenant pour l'essentiel des recherches de M. Jack Lepetit-Vattier).

Jean Estricard, membre d’une famille de bourgeois implantés à Bricquebec depuis au moins le XVIe siècle, portait en 1621 le titre de « sieur de Durécu », du nom de la propriété qu’il avait lui même constitué dans la mouvance de la baronnie de Bricquebec et de la seigneurie des Perques. En 1635, Jean Estricard détenait l’office de « greffier ordinaire de la maitrise » de Bricquebec. De 1639 à 1663, cette terre était tenue par son héritier et homonyme, maître Jean Estricard, sieur de Durécu, avocat, contrôleur au domaine de Bricquebec, lieutenant particulier du bailli de la haute justice. Ce dernier avait épousé en 1634 une demoiselle Messent. Il donna en 1662 démission de son office et mourut probablement la même année. De 1663 à 1704, Durécu est en possession de son frère cadet, maitre Germain Estricard, antérieurement sieur du Quesnoy, qui se déclarait alors bourgeois de Saint-Malo. Germain Estricard est également cité en 1669 comme « escollier juré en l’université de Paris ». Il résidait en 1670 à Sénoville, chez son oncle, curé du lieu. En 1709, Marie-Marguerite Estricard, devenue héritière de la terre de Durécu, la baillait en fermage. La propriété fut ensuite transmise en héritage à François Guillaume Lefol, écuyer, sieur de la Lande, capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes. C’est ce dernier qui, en 1772, vendit la propriété à Georges Ambroise Lepoittevin, meunier du moulin de Gonneville. Durécu se composait alors d’une « maison manable à usage de salle, cellier, les chambres et greniers dessus », et de trois autres maisons servant de grange et étable, de pressoir et cellier et d’étable. Au nombre des terres énumérées dans l’acte de vente, sont citées « la maitrise », le « clos du moulin » ou encore le « prey Bataille » et « la bataillerie ». Décédé en 1780, Ambroise Lepoittevin laissa un fils, Paul Lepoittevin, est une veuve, Jeanne Desperques, qui se remaria alors avec François Dequesnes et mourut elle aussi sur sa propriété de Durécu, en 1810. Ayant fait fortune comme manufacturier à Rouen, Paul Lepoittevin racheta en 1818 le moulin et le manoir de Gonneville et augmenta ainsi les 20 ha de Durécu de 66 hectares de terres attenantes. Il mourut en 1850, laissant ce domaine à sa veuve et à ses deux filles. L’une d’entre elles, Laure-Marie-Geneviève Lepoittevin conçu de son union avec Gustave François Albert de Maupassant le célèbre écrivain Guy de Maupassant (5 août 1850- 6 juillet 1893). Lors de la succession de 1850 sont mentionnés « la ferme et les moulins de Durécu » ainsi que les quarante parcelles constituant cette propriété. Les héritiers de Paul Lepoittevin revendirent en 1860 l’ensemble du domaine de Durécu-Gonneville, qui fut ensuite démembré en plusieurs lots. Durécu appartient aujourd’hui à M. et Mme Halley Desfontaines.

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II - Approche du bâti

La ferme de Durécu se compose actuellement de quatre bâtiments principaux, parmi lesquels peuvent être identifiés l’ancienne grange, le pressoir, un bâtiment d’étables et le logis. Au nombre de dépendances figurent aussi un terrain semblant correspondre à l’ancien jardin potager et, derrière la grange, le coursier d’un moulin disparu.

La grange, bien qu’accolée sur l’arrière d’un appentis servant de remises pour les véhicules, a conservé ses élévations du premier tiers du XVIIe siècle. Le pressoir à cidre, récemment transformé en gîte, conserve également certaines de ses dispositions originales, en particulier le petit corps en saillie sur l’arrière du bâtiment, qui servait à loger la longue étreinte du « ponceux ».

Le logis est un édifice de petites dimensions, comptant un seul étage sous un niveau de combles et abritant deux pièces par niveaux. En rez-de-chaussée, l’accès à la salle et au cellier se faisait initialement par deux portes distinctes. Tandis que la porte donnant sur la salle se signale par son linteau droit à larmier orné d’un blason buché, la porte du cellier est abritée sous un arc en plein cintre. Toutes les baies du rez-de chaussée, côté façade, sont maçonnées en pierre de taille calcaire et équipées d’arcs de décharge en brique rouge, induisant un effet de polychromie assez original. Le même type d’ornements se retrouve non loin, au manoir de l’Epinay, sur la commune des Perques et apparait en Cotentin caractéristique d’une Renaissance déjà tardive. La division des fenêtres de l’étage par des traverses et meneaux de section carrée rattache également cette construction à l’extrême fin du XVIe siècle ou au premier tiers du XVIIe siècle. Au niveau des sablières, la façade s’agrémente des trous de boulins d’une ancienne volière à pigeon et l’on remarque aussi, auprès de deux des fenêtres de l’étage, d’énigmatiques plaquettes de pierre manifestement destinées à supporter ou exposer quelque chose. On relèvera aussi que l’escalier en vis, au lieu de prendre place dans une tour hors-œuvre reportée en façade postérieure, venait s’inscrire dans un retrait échancré dans l’épaisseur même du mur. Désormais supprimé cet escalier a été récemment remplacé par un escalier droit et une fenêtre a été percée à son emplacement.

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En dépit de modifications intervenues sur certaines ouvertures (les fenêtres latérale de la façade ont été agrandies vers le fin du XVIIIe siècle ; deux fenêtres ont été ouvertes au mur pignon nord à la fin des années 1990…) Durécu constitue encore un bel exemple de logis traditionnel cotentinais édifié dans les toutes premières décennies du XVIIe siècle. Portant titre de « sieurie », il est caractéristique d’un habitat de statut moyen, occupant une sorte d’échelon intermédiaire entre la demeure noble et la simple maison paysanne. Par le rang de ses bâtisseurs - bourgeois détenteurs d’offices – Durécu apparait enfin représentatif de toute une série d’édifices, bâtis à la Renaissance par les représentants de ces nouvelles classes sociales alors en pleine expansion.

Julien Deshayes (mai 2011)

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