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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 19:23

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L’extension de la sablière de Colomby a nécessité, en 2009, un diagnostique archéologique de parcelles situées en bordure de la rivière du Merderet, formant à cet endroit séparation avec la commune de Lieusaint. Ont alors été mis au jour les vestiges, très bien préservés, d’une roue de moulin et d’un atelier, entièrement édifiés en bois. Durant l’été 2010, Vincent Bernard (CNRS, Université de Rennes), accompagné de Frédéric Epaud (CNRS, université de Tours) et d’une équipe d’archéologues bénévoles, a repris ce chantier, dans l’optique d’une étude des bois, de leur mode d’assemblage et de leur datation. Les résultats obtenus l’an dernier, démontrant en particulier l’ancienneté de cette construction datant presque exactement à l’an mil, ont incités l’équipe de Vincent Bernard à reprendre les recherches durant l’été 2011. Il sera présent, mardi 12 juillet prochain, pour présenter le chantier et répondre aux questions des visiteurs.

Il est demandé aux personnes intéressées par cette visite, de se joindre à 15h au guide conférencier du Pays d’art et d’histoire qui les accompagnera sur le chantier de fouilles. Selon la météo, il pourrait-être préférable de se munir de bottes. Le déplacement sur le site se fera en véhicules individuels, mais il faut prévoir aussi un petit temps de marche. Accès gratuit.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:44

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(1808 – 1889)

Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly voit le jour à Saint-Sauveur-le-Vicomte et passe son enfance dans la maison familiale, emmagasinant souvenirs, récits, légendes qui nourriront son imaginaire.

Après un séjour à Valognes puis à Paris, il poursuit ses études à Caen, ville de son grand amour interdit avec Louise du Méril, épouse de son cousin. Cette liaison jugée inacceptable le pousse à partir pour Paris en 1833 ; il s’éloigne de sa famille jusqu’en 1856. Désormais il vit en écrivant des articles de critique littéraire ou artistique pour de multiples journaux. Sa verve caustique et son caractère intransigeant lui attirent de nombreuses inimitiés et quelques amis fidèles et éblouis. Il écrit aussi des poèmes, des nouvelles et des romans, mais la gloire littéraire ne viendra que fort tard. Homme aux multiples facettes, il apparaît tantôt comme un dandy suranné, tantôt comme un bohème désargenté, toujours comme un mondain au verbe étincelant.

Entre 1851 et 1874 paraissent ses œuvres majeures : Une vieille maîtresse (1851), L’Ensorcelée (1854), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874). A la suite de la publication de ce dernier livre, il doit faire face à des poursuites pour amoralité.

 A partir de 1872 Barbey loue à Valognes un appartement dans l’hôtel Grandval-Caligny. Il y revient tous les ans jusqu’en 1887. A 74 ans il publie Une histoire sans nom. Son dernier écrit, Une page d’histoire, évoque une passion incestueuse, thème récurent dans l’ensemble de son œuvre. Il s’éteint le 23 avril 1889, entouré d’écrivains et de sa secrétaire, Louise Read. Son panache et son style flamboyant lui ont valu le titre de « Connétable des lettres ».

 

Le musée Jules Barbey d'Aurevilly

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Le musée fut initialement fondé en 1925, à l’initiative de Louise Read, « l’Ange Blanc » de Barbey qui veilla sur le Connétable des lettres durant les dix dernières années de sa vie. 

Louise Read fit alors fait appel à monsieur Pierre Lemarinel, maire de Saint-Sauveur-Le-Vicomte afin d'ouvrir, dans la ville natale de l’écrivain, un musée destiné à recueillir les meubles et les effets personnels qu'elle avait, depuis sa mort en 1889 précieusement conservés dans son appartement parisien de la rue Rousselet. 

Les collections conservées par Louise Read furent ainsi installées dans l’un des bâtiments de la basse-cour du château de Saint-Sauveur-Le-Vicomte. Ce premier musée, ayant malheureusement été détruit en 1944, lors des bombardements de la Libération, fut malgré de grandes pertes reconstitué en 1956 dans une autre partie du château. 

En 1989, après avoir acquis la maison familiale de Barbey, rue Bottin Desylles, la municipalité de Saint-Sauveur, consacra le premier étage de l’édifice à l'installation des collections Barbey, tandis que le rez-de-chaussée était affecté à la bibliothèque municipale. 

Depuis le musée n'avait pas subi d'évolution notable, si ce n’est toutefois un enrichissement considérable des collections grâce à la volonté municipale, activement soutenue par la Région Basse-Normandie et la Direction régionale des affaires culturelles (au travers du Fonds régional d’art moderne), et la Société Jules Barbey d’Aurevilly. 

Depuis 2008, année des commémorations nationales du bicentenaire de la naissance de Jules Barbey d’Aurevilly, la maison familiale – un hôtel particulier du XVIIIe siècle inscrit au titre des Monuments historiques - est entièrement vouée aux collections du musée. 

La commune de Saint-Sauveur a assumé la maîtrise d’oeuvre pour la rénovation des pièces de l'étage, tandis que le Conseil général, par l'intermédiaire du service des archives départementales, a supporté la rénovation du rez-de-chaussée. A l'occasion du bicentenaire de 2008, le conseil général a mobilisé des fonds importants, dont la majeure partie pour l'aménagement d’une nouvelle exposition permanente, établie au rez-de-chaussée, dont la direction fut confiée à Madame Mélanie Leroy-Terquem. 


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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:34

77, rue de Poterie

En 1742, Claude Coysevox, fille du sculpteur Antoine Coysevox, vend à Madeleine Suzanne Guerran « une maison consistant en une salle et cuisine, les chambres et greniers dessus », située à l'angle de la rue de Poterie et de la chasse Saint-Antoine. En 1743, Madeleine Suzanne Guerran augmente la propriété de nouvelles parcelles adjacentes, achetées à Charles et Georges Pillet. En 1750, elle transmet l'ensemble de son bien à ses nièces, Jeanne et Marie-Françoise Guerran. En 1755, celles-ci revendent la propriété à Charles de la Porte, qui fut probablement le constructeur de l'hôtel, auquel il a laissé son nom, et où il résidait toujours en 1793. Son héritière, Marie-Charlotte de la Porte, mariée à Adrien-Charles-Michel Fouace, fait passer ce bien dans la famille Fouace, qui conserve la propriété jusqu'au 25 janvier 1822, date de sa vente à François Edouard Sellier. Le 19 août 1838, Camille Louis de Chivré, sieur de Sottevast et son épouse, Anne Louise du Mesnildot d'Amfreville, rachètent l'hôtel à Monsieur Sellier, pour en donner l'usufruit à leur fille, mariée à Paul-Emile-Edouard Montroud. Lors de cette vente, l'immeuble comprenait "une maison couverte en ardoise consistant au rez-de-chaussée en porte cochère, cuisine, salle, salon, chambres au premier étage avec greniers au-dessus et mansardes, d'une aile donnant sur la chasse Saint-Antoine avec les cours et jardins et tous bâtiments en dépendant".

L'hôtel de La Porte est situé entre l'hôtel d'Heu et la rue Saint-Antoine. La façade sur rue, recouverte d'un enduit récent, est composée de sept travées, avec porte cochère reportée à l'extrémité gauche de la façade. Les deux niveaux de l'élévation, séparés par un bandeau horizontal, se distinguent par le dessin des ouvertures ; tandis que les baies du rez-de-chaussée sont coiffées d'arcs surbaissés, les sept baies du premier étage sont à simple linteau droit. Les combles sont éclairés par quatre lucarnes. La façade postérieure, ouvrant sur la cour, reprend une élévation similaire mais ne possède pas de fenêtres de comble.

Hotel-de-la-porte.jpg

L'aile en retour, longeant la rue Saint-Antoine, aveugle du côté de la rue, présente coté cour une élévation formée de trois travées, reprenant la superposition de baies à linteau cintré en rez-de-chaussée, et de fenêtres à linteau droit à l'étage, avec trois lucarnes éclairant les combles. Une porte ouvrant dans le mur pignon permet un accès direct depuis le premier étage de cette aile vers le jardin surélevé situé en fond de cour. L'édifice a conservé ses boiseries et plusieurs cheminées du XVIIIe siècle.

Stéphanie Javel / Julien Deshayes

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 15:08

Rue de l'Eglise

L'hôtel Pontas du Méril occupe une portion de l'ancien enclos de l'officialité, dit aussi manoir de la Cohue, qui fut jusqu'au XVe siècle le siège du tribunal ecclésiastique de Valognes. Le 16 octobre 1652, Gilles Diénis avait cédé ce manoir à Jaques Plessard, seigneur de Négreville et Pontrilly. Le 10 septembre 1655, ce dernier revendit l'ensemble à Robert Bardou, écuyer. La propriété se composait alors d'un "bout de maison encommencée", destiné à prolonger une construction voisine (l'actuel hôtel Viel de la Haulle). La construction du nouvel édifice est achevée en 1663, lorsque Robert Bardou le transmet à son fils Jacques, à l'occasion de son mariage. L'hôtel est vendu le 6 août 1789 à Thomas Gallis. Né en 1743, bachelier en droit et avocat au parlement, conseiller du roi, procureur de Valognes, Jean-Thomas Gallis de Mesnilgrand fut maire de Valognes sous la Restauration (1813-1815). Il décéda à Valognes le 4 mai 1828. « En 1789 il s’était allié aux idées nouvelles avait racheté une partie des biens confisqués à la maison de Colbert sous la Révolution et en particulier le manoir de la Cour" (Géraud de Féral, Notes pour servir à l'histoire d'Yvetot-Bocage, p. 144). Il était le frère de Dom François Gallis de Mesnilgrand, prieur de Saint-Etienne de Caen, auteur d’une « Oraison funèbre de Louis le bien aimé, XVe du nom » (Tours, 1775). Dom François Gallis est aussi connu pour son «Discours prononcé dans l’église de l’abbaye Saint-Etienne de Caen le dimanche 13 septembre 1789 lors de la bénédiction des étendards de MM les volontaires nationaux ». Jean-Thomas Gallis de Mesnilgrand a servi de modèle à Barbey dans sa nouvelle « A un diner d’athées ». Le 14 floréal an 3, il revendait son hôtel à Jean-Louis Pontas du Méril, qui lui a laissé son nom. Médecin, il figure le 31 décembre 1786 parmi les fondateurs de la loge maçonnique « L’Union militaire » réunis chez Timoléon du Parc dans l'actuel hôtel Martin-de-Bouillon. Echevin de la ville, il devient officier municipal en 1789 et premier président de la Société locale des amis de la Constitution. Il prend part à la rédaction des cahiers de doléance pour la ville de Coutances. Elu à la tête du district en 1790, Conseiller général en 1792 il est inquiété sous la Terreur. Il fut maire de Valognes de 1807 à 1813 et de 1817 à 1826. Jean-Louis Pontas du Méril était l'oncle de l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly. Adolescent, ce dernier vint résider dans l'hôtel, et y conçut un amour de jeunesse pour sa cousine Ernestine. Incendié lors des bombardements alliés de juin 1944, l'hôtel Pontas du Méril a été partiellement restauré par la suite. Il a conservé intacts sa façade sur cour et son escalier droit intérieur.

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L'hôtel Pontas du Méril sur le plan Lerouge de 1767

 Le corps de logis entre cour et jardin possède un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré, supportés par un étage de soubassement. Ouvrant de plain-pied sur la cour, le rez-de-chaussée domine en revanche les jardins situés sur l'arrière de la propriété. La façade principale, divisée en sept travées, se signale par son élévation ordonnancée en pierre de taille calcaire. L'élévation est agrémentée de bandeaux horizontaux et de chaînes harpées en bossage. Les baies sont coiffées de plates-bandes à clefs saillantes brochant sur les bandeaux horizontaux de la façade. Une corniche à modillons souligne la toiture. Aucune lucarne n'éclaire les combles. La façade sur jardin a été entièrement remaniée après 1944. L'accès aux étages se fait par un escalier droit intérieur rampe-sur-rampe avec garde-corps à balustres.

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Façade sur cour

L'aile sur rue, affectée à des commerces, présentait une élévation ordonnancée constituée de huit travées, rythmées par des chaines verticales en bossage.

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Aperçu de la façade de l'aile sur rue, d'après des cartes postales anciennes

L'hôtel Pontas du Méril occupe une place à part parmi les autres hôtels particuliers de Valognes, aussi bien en raison de sa date de construction, antérieure à celle de la plupart des autres constructions, que par le soin apporté à sa façade. Il peut être rapproché du "logis de l'abbesse" de l'ancienne abbaye bénédictine royale de Valognes, où l'on retrouve, vers le milieu du XVIIe siècle, un traitement en bossages de la façade dans un "style Louis XIII" assez comparable.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes, avec la contribution de Michel Viel

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 14:46

I - Données historiques

Nous avons la chance d’être bien informé sur la famille Desmaires, dont il subsiste d’importantes archives, et qui a fait l’objet d’un long article, publié en 1965 par André DUPONT dans la Revue de la Manche ((t.7, fasc. 25/26 et 27/28).

Selon cet auteur, la famille Desmaires était originaire de Bayeux, où elle occupait, aux XIVe et XVe siècles, des fonctions administratives. Nicolas Desmaires, écuyer, qui possédait en 1478 le fief noble d’Audrieu, dans le Bessin, avait également acquis une maison « assise au bourg de Saint-Sauveur ». Son fils Grégoire paraît avoir résidé habituellement à Saint-Sauveur. Il épousa Guillemine Brucotte, dont il eut pour fils Jean Desmaires, né avant 1492, qui devint tabellion en cette ville. L’un des fils de ce Jean Desmaires, prêtre à Saint-Sauveur-le-Vicomte, chapelain de la chapelle Saint-Jean-Baptiste fondée en l’église paroissiale, était également curé de Ravenoville. Il vivait encore en 1582. L’autre fils de Jean Desmaires, Jean (II), né vers 1501 et mort vers 1591, connut une formidable ascension sociale. En 1572; il obtint reconnaissance de sa noblesse, qui était contestée par les habitants de Saint-Sauveur. En 1577, il reçut du roi Henri III l’érection en sa faveur du fief Desmaires, par union de plusieurs propriétés familiales, « ledit fief ayant son chef assis en la paroisse de Saint-Sauveur- et s’étendant aux paroisses de Sellesouef, Haultmesnil, Catheville, Neuville et Saint-Sauveur-de-Pierrepont, auquel fief il y a manoir seigneurial, chapelle, coulombiers à pigeons, moulins, rivière courante appelée la Sanxuière». D’abord greffier, Jean II Desmaires devint ensuite avocat du roi, puis bailli de la Haye-du-Puits. Il mourut en 1591.

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Le manoir Desmaires sur le cadastre de 1826

De l’union de Jean II Desmaires et de Guillemette Cabart nacquit Vincent Desmaires, qui hérita des biens de son père à Saint-Sauveur-le-Vicomte. En 1571, il occupait la charge de lieutenant du vicomte et, en 1579, il portait lui-même le titre de vicomte. Par la suite, il deviendra encore « Conseiller du roi, bailli et capitaine de Saint-Sauveur », avant de mourir en 1593.

Le fils aîné de Vincent, Jean III Desmaires hérita des charges de son père. C’est lui qui fonda et fit construire la chapelle située « dans le cimetière, entre la côtière du choeur et l’église par devers le bourg d’empuis l’aile et chapelle Notre-Dame jusqu’au second pilier de la côtière dudit choeur ... ». En 1615, cette chapelle, dédiée aux apôtres Pierre et Paul était achevée et recevait son premier desservant. Outre cette chapelle, Jean III fonda aussi un collège à Saint-Sauveur, avant de décéder, en 1628. L’information fait à sa mort sur les biens qui étaient en sa possession mentionne « le fief terre et seigneurie des Maires (...) dans lequel il y a une chapelle fondée de Mr Saint Jean », ainsi que le manoir appelé « les Bretholles », diverses maisons situées au bourg de Saint-Sauveur, le fief du Quesnay à Golleville. Tandis que l’aîné des enfants de Jean III Desmaires et Anne de Marguerit hérita du Quesnay de Golleville, le manoir des Maires revint au cadet, Jacques, né en janvier 1627, qui mourut sans postérité en 1646. La propriété passa alors à son frère aîné, Jean François, qui en fit ensuite hériter son fils Gaspard Desmaires. Ce dernier, dans un aveu rendu le 13 mai 1676, mentionne « iceluy manoir se consistant en maison manable, chapelle, deux colombiers, dont un en ruine  (...) dépendances, place d’étang ou vivier presque entièrement desséché ». En 1666, la noblesse de Gaspard Desmaires avait été contestée par l’enquêteur Chamillard.

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La chapelle Desmaires jouxte côté nord le choeur de l'église paroissiale

Gaspard Desmaires avait épousé, le 1er février 1680, Gabrielle Agnès Poërier, mais n’eut pas de postérité. A sa mort, ses biens sont transmis à sa soeur, Marguerite, épouse en première noce de René Poërier, écuyer, seigneur de Taillepied, Cartot et le Theil, puis en seconde noce de Jacques III de Harcourt, seigneur d’Ollonde. Elle mourut en 1735, laissant le manoir Desmaires à son fils Guillaume d'Harcourt. A sa mort, en 1767, le petit fils de marguerite Desmaires, Jacques d'Harcourt, portait encore le titre de "seigneur des Maires".

 

II - Description

Le manoir des Maires se compose d’un ensemble de bâtiments réunis autour d’une vaste cour rectangulaire. Le logis occupe le fond de la cour, au nord, dans l’axe du portail d’entrée. Les percements de sa façade ne semblent pas antérieurs au XIXe siècle, mais son plan rectangulaire, à pavillons latéraux en faible saillie, paraît hérité de la Renaissance. Parmi les bâtiments des communs se remarquent les vestiges de la charreterie, et un ensemble de granges et d’étables appartenant encore au XVIe siècle. Tout proche du logis, sur son flanc gauche, se trouve un petit bâtiment abritant une chambre haute sur fournil, vestige probable de l'édifice médiéval antérieur. Le morceau de choix de cet ensemble est constitué par le grand portail, à portes piétonne et charretière ouvrant sur la cour.

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Entièrement appareillé en pierre calcaire d’Yvetot-Bocage, ce portail est décoré de trois pilastres à chapiteaux corinthiens supportant une corniche sculptée d’une frise de rinceaux. Chacune des deux portes est couronnée par un fronton cintré en conque portant une boule sommitale. Au dessus de la porte piétonne, se remarque un blason portant un sautoir sur champ d’hermine. Le décor de ce portail, d’une remarquable finesse, est très représentatif du répertoire employé par les sculpteurs établis auprès des carrières de pierre calcaire d’Yvetot-Bocage durant la seconde moitié du XVIe siècle. Il suggère notamment une comparaison avec le portail de l’hôtel de Ponthergé, à Carentan, datant de 1554, et avec celui du château d’Hémevez, daté par inscription de 1592. Le même répertoire se retrouve aussi sur des cheminées (cf. Mesnilgrand à Yvetot-Bocage) et dans l’art religieux (cf. Retable de Saint-Germain-de-Varreville). Une comparaison précise peut aussi être proposée avec le décor des fonts baptismaux de l’église paroissiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte, daté par inscription de 1576. Compte-tenu des informations historiques disponibles, il est assez vraisemblable que la construction de ce portail se situe à une date très voisine de la constitution du fief noble de la famille Desmaires, en 1577.

Julien Deshayes, 2001

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 16:26

Anciennement rue de Poterie

Tellier de R CPA

Façade sur rue d'après une carte postale ancienne, vers 1900

L'hôtel le Tellier de Reville, aujourd'hui disparu, intégrerait une partie mal définie de l'ancien hôtel de Bourbon, édifié dans la seconde moitié du XVe siècle par Louis de Bourbon, époux de Jeanne de France. Une propriété dont l'emplacement correspondait aussi à celui de cet hôtel fut acquise le 14 avril 1642 par Jacques d’Harcourt, seigneur d'Ollonde. Un siècle plus tard, le 16 février 1743, Hervé Mangon, chevalier, seigneur et patron de Nacqueville, vendait à Alexandre-Antoine Bauquet, seigneur de Turqueville "un tènement de maisons, cour, jardin, enclos situés en la ville et franche bourgeoisie de Valognes" situé au même emplacement, pour un prix de vente atteignant la somme conséquente de 20 400 livres.  En 1760, à la mort d'Alexandre Bauquet, l'hôtel revient à sa veuve, Suzanne Dancel qui y décédera à son tour le 17 janvier 1776. Le 7 juin suivant, la propriété est cédée par "noble et discrète personne messire Louis Antoine Dancel, curé de Bricqueville", frère de Suzanne Dancel, à Claude-Marie Comte de Bricqueville. Ce dernier revend l'hôtel le 31 mars 1779 à Anne Pigache, dame d'Osmanville, veuve en seconde noce de Hervé Fouquet, seigneur de Réville. Elle y est consignée en 1786 et 1789, sur le registre des nobles de la ville, puis, déclarée émigrée lors de la Révolution, elle voit son hôtel provisoirement confisqué, avant de le récupérer en 1796. En 1801, après le décès d'Anne Pigache, sa fille Jeanne-Hyacinthe comtesse de Théroulde, épouse de Jean-Pierre-Anne le Tellier de Montaure, hérite de la propriété. Bien qu'il n'ait probablement jamais résidé sur place, c'est ce dernier qui a laissé son nom à la propriété. Le 28 juillet 1809 la comtesse de Théroulde, cède l'édifice aux soeurs Augustines. Après l'exil de la communauté, en 1904, l'établissement est transformé en école supérieure de jeunes filles. L'édifice a été entièrement détruit lors des bombardements américains de juin 1944. 

Tellier de Reville 2

Façade sur cour d'après une carte postale ancienne, vers 1900

Sur le plan Lerouge de 1767 l'hôtel Le Tellier de Réville présente un plan en U, avec un corps de logis sur rue augmenté sur l'arrière de deux longues ailes délimitant une cour intérieure, au-delà de laquelle s'étendaient des jardins. Un plan de la rue de Poterie daté de 1768, plus précis que le précédent, permet de déceler la présence d'une tour d'escalier en vis accolée au corps de logis, héritage probable d'une construction du Moyen âge tardif ou de la Renaissance, qui fut supprimée ensuite.

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L'hôtel Tellier de Réville sur un plan d'aménagement urbain de 1768

L'inventaire après décès de Suzanne Dancel dressé en janvier 1776 détaille un édifice de vastes proportions, comprenant deux étages d'habitation sur un rez-de-chaussée abritant les pièces de service. L'étage noble, accessible par un "grand escalier" possédait une salle à manger avec office et antichambre, un cabinet de compagnie et plusieurs chambres. La chambre de la défunte était associée à une petite antichambre ainsi qu'à un cabinet, où logeait la demoiselle de chambre, et à un petit cabinet de toilette. A l'étage supérieur est notamment signalée la "chambre où couchent les garçons domestiques".

 H. Tellier Réville à gche

Détail de la façade sur rue de l'hôtel Tellier de Réville d'après une cartes postale ancienne. Noter les portes à larmier et les niches coiffées de gables gothiques implantés entre les fenêtres XVIIIe de l'étage.

Cet édifice a subi d'importantes transformations à compter de 1809, lorsqu'il fut affecté à la communauté des Augustines. Côté cour, l'hôtel se vit notamment adjoindre une chapelle, construite en 1820, ainsi qu'un pensionnat, édifié vers 1870. En dépit de ces bouleversements, les photographies prises au début du XXe siècle permettent d'identifier une partie des dispositions de l'édifice du XVIIIe siècle. Le rez-de-chaussée et l'étage médian se signalaient notamment par leur ordonnancement en neuf travées de fenêtres à chambranles plats, coiffées de linteaux cintrés. Plusieurs fenêtres du premier étage étaient agrémentées de balcons en fer forgés. Au niveau supérieur subsistait trois travées de baies à chambranles quadrangulaires, reliés par un bandeau horizontal courrant à hauteur des gardes corps inscrits dans l'embrasure des fenêtres. A côté de ces éléments, caractéristiques des hôtels valognais du XVIIIe siècle, l'édifice présentait des dissymétries difficilement explicables dans le contexte d'une construction de cette période. Il est en particulier surprenant de constater le net décalage de hauteur que présentait deux des fenêtres du premier étage, ainsi que l'absence de continuité des ouvertures du second. L'édifice conservait par ailleurs des vestiges notables d'une importante demeure médiévale. Deux belles portes à voussures et larmier sont notamment repérables. Cette façade conservait aussi, à hauteur des fenêtres du premier étage, une série de quatre niches coiffées de dais en forme de pinacles gothiques, avec des socles supportées par des anges caryatides. Le traitement de la façade en appareil régulier de pierre de taille calcaire constituait aussi un héritage de l'édifice médiéval. De même que la tour d'escalier en vis visible sur le plan de 1768, ces éléments attestent le remploi partiel des structures d'un important hôtel médiéval.

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Détail de l'une des consoles des niches gothiques de la façade, d'après un dessin de M. MacKain Langlois 

Julien Deshayes / Stéphanie Javel

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 17:42

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Attesté de très ancienne date, le Quesnay compte au nombre des grandes seigneuries forestières qui dépendaient jadis étroitement du domaine ducal de Valognes. Durant la guerre de Cent ans, alors que le Cotentin était placé sous la domination de Charles le Mauvais, roi de Navarre, il devint la propriété d'un dénommé Ferrand d'Ayens, capitaine de la place de Cherbourg et gouverneur des domaines navarrais de Normandie. Sorte de quartier général, il s'agissait alors d'une grande résidence aristocratique, bénéficiant probablement de défenses militaires étoffées. Ce manoir joua également un rôle important lors des guerres de Religion, lorsqu’il appartenait à la famille Potier, qui comptait alors parmi les plus actifs soutiens de la réforme protestante en Cotentin. Dès 1558 le Quesnay vit ainsi sa chapelle médiévale transformée en temple protestant. Le seigneur du lieu y accueillait les pasteurs de passage et encourageait la conversion des fidèles par la distribution de repas à l'occasion des prêches. Un dénommé Arthur Jouan « prestre apostat et renégat, s'estant marié, abjuré sa religion et devenu hérétique et huguenot » fut même inhumé à l'intérieur de la chapelle manoriale, qui disposait de son propre cimetière.

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L'ancienne chapelle qui fut au XVIe siècle affectée au temple protestant

Vendu en 1764 à Charles Avice, la propriété se composait alors d'une « maison manable, chapelle, haute et basse-cour, colombier, granges, étables, bergerie, écurie, boulangerie, remise, pressoir et jardins, avenue de bois, herbages, prairies, terres labourables plantées en pommiers ». Le nouveau propriétaire entreprit d'importants travaux de modernisations, qui ont donné au logis l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. L'édifice, construit selon un plan en H, formé d'un corps central flanqué de deux pavillons saillants, présente des proportions imposantes. Les bâtiments de communs qui encadrent l'avant-cour ont préservés leur état du début du XVIIe siècle. La charreterie, ouvrant par une succession d'arcades en plein cintre, se signale par la qualité de son appareillage de pierre calcaire. Le porche d'entrée est défendu par des ouvertures de tir et orné d'une sobre ordonnance de pilastres lisses. Il arbore une inscription latine : Nulli fas castrum insistere limen (« que nul impie n'entre en ce lieu »), qui, nous l’espérons, n’arrêtera pas les visiteurs qui viendront découvrir cette importante demeure.

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Détail des communs

J. Deshayes

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 12:32

Propriété privée / accès réservé / possibilité d'hébergement en GITE

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I - Données historiques sur la propriété (éléments provenant pour l'essentiel des recherches de M. Jack Lepetit-Vattier).

Jean Estricard, membre d’une famille de bourgeois implantés à Bricquebec depuis au moins le XVIe siècle, portait en 1621 le titre de « sieur de Durécu », du nom de la propriété qu’il avait lui même constitué dans la mouvance de la baronnie de Bricquebec et de la seigneurie des Perques. En 1635, Jean Estricard détenait l’office de « greffier ordinaire de la maitrise » de Bricquebec. De 1639 à 1663, cette terre était tenue par son héritier et homonyme, maître Jean Estricard, sieur de Durécu, avocat, contrôleur au domaine de Bricquebec, lieutenant particulier du bailli de la haute justice. Ce dernier avait épousé en 1634 une demoiselle Messent. Il donna en 1662 démission de son office et mourut probablement la même année. De 1663 à 1704, Durécu est en possession de son frère cadet, maitre Germain Estricard, antérieurement sieur du Quesnoy, qui se déclarait alors bourgeois de Saint-Malo. Germain Estricard est également cité en 1669 comme « escollier juré en l’université de Paris ». Il résidait en 1670 à Sénoville, chez son oncle, curé du lieu. En 1709, Marie-Marguerite Estricard, devenue héritière de la terre de Durécu, la baillait en fermage. La propriété fut ensuite transmise en héritage à François Guillaume Lefol, écuyer, sieur de la Lande, capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes. C’est ce dernier qui, en 1772, vendit la propriété à Georges Ambroise Lepoittevin, meunier du moulin de Gonneville. Durécu se composait alors d’une « maison manable à usage de salle, cellier, les chambres et greniers dessus », et de trois autres maisons servant de grange et étable, de pressoir et cellier et d’étable. Au nombre des terres énumérées dans l’acte de vente, sont citées « la maitrise », le « clos du moulin » ou encore le « prey Bataille » et « la bataillerie ». Décédé en 1780, Ambroise Lepoittevin laissa un fils, Paul Lepoittevin, est une veuve, Jeanne Desperques, qui se remaria alors avec François Dequesnes et mourut elle aussi sur sa propriété de Durécu, en 1810. Ayant fait fortune comme manufacturier à Rouen, Paul Lepoittevin racheta en 1818 le moulin et le manoir de Gonneville et augmenta ainsi les 20 ha de Durécu de 66 hectares de terres attenantes. Il mourut en 1850, laissant ce domaine à sa veuve et à ses deux filles. L’une d’entre elles, Laure-Marie-Geneviève Lepoittevin conçu de son union avec Gustave François Albert de Maupassant le célèbre écrivain Guy de Maupassant (5 août 1850- 6 juillet 1893). Lors de la succession de 1850 sont mentionnés « la ferme et les moulins de Durécu » ainsi que les quarante parcelles constituant cette propriété. Les héritiers de Paul Lepoittevin revendirent en 1860 l’ensemble du domaine de Durécu-Gonneville, qui fut ensuite démembré en plusieurs lots. Durécu appartient aujourd’hui à M. et Mme Halley Desfontaines.

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II - Approche du bâti

La ferme de Durécu se compose actuellement de quatre bâtiments principaux, parmi lesquels peuvent être identifiés l’ancienne grange, le pressoir, un bâtiment d’étables et le logis. Au nombre de dépendances figurent aussi un terrain semblant correspondre à l’ancien jardin potager et, derrière la grange, le coursier d’un moulin disparu.

La grange, bien qu’accolée sur l’arrière d’un appentis servant de remises pour les véhicules, a conservé ses élévations du premier tiers du XVIIe siècle. Le pressoir à cidre, récemment transformé en gîte, conserve également certaines de ses dispositions originales, en particulier le petit corps en saillie sur l’arrière du bâtiment, qui servait à loger la longue étreinte du « ponceux ».

Le logis est un édifice de petites dimensions, comptant un seul étage sous un niveau de combles et abritant deux pièces par niveaux. En rez-de-chaussée, l’accès à la salle et au cellier se faisait initialement par deux portes distinctes. Tandis que la porte donnant sur la salle se signale par son linteau droit à larmier orné d’un blason buché, la porte du cellier est abritée sous un arc en plein cintre. Toutes les baies du rez-de chaussée, côté façade, sont maçonnées en pierre de taille calcaire et équipées d’arcs de décharge en brique rouge, induisant un effet de polychromie assez original. Le même type d’ornements se retrouve non loin, au manoir de l’Epinay, sur la commune des Perques et apparait en Cotentin caractéristique d’une Renaissance déjà tardive. La division des fenêtres de l’étage par des traverses et meneaux de section carrée rattache également cette construction à l’extrême fin du XVIe siècle ou au premier tiers du XVIIe siècle. Au niveau des sablières, la façade s’agrémente des trous de boulins d’une ancienne volière à pigeon et l’on remarque aussi, auprès de deux des fenêtres de l’étage, d’énigmatiques plaquettes de pierre manifestement destinées à supporter ou exposer quelque chose. On relèvera aussi que l’escalier en vis, au lieu de prendre place dans une tour hors-œuvre reportée en façade postérieure, venait s’inscrire dans un retrait échancré dans l’épaisseur même du mur. Désormais supprimé cet escalier a été récemment remplacé par un escalier droit et une fenêtre a été percée à son emplacement.

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En dépit de modifications intervenues sur certaines ouvertures (les fenêtres latérale de la façade ont été agrandies vers le fin du XVIIIe siècle ; deux fenêtres ont été ouvertes au mur pignon nord à la fin des années 1990…) Durécu constitue encore un bel exemple de logis traditionnel cotentinais édifié dans les toutes premières décennies du XVIIe siècle. Portant titre de « sieurie », il est caractéristique d’un habitat de statut moyen, occupant une sorte d’échelon intermédiaire entre la demeure noble et la simple maison paysanne. Par le rang de ses bâtisseurs - bourgeois détenteurs d’offices – Durécu apparait enfin représentatif de toute une série d’édifices, bâtis à la Renaissance par les représentants de ces nouvelles classes sociales alors en pleine expansion.

Julien Deshayes (mai 2011)

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 16:03

Saint-Sauveur-le-Vicomte

musée Jules Barbey d'Aurevilly

23 avril au 31 octobre 2011

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Né à Rennes en 1941, Gwezenneg travaille et réside depuis 1968 à Teurthéville-Hague, dans la presqu’île du Cotentin.

Son œuvre développe un lien profond avec cette région de bocage, de marais et de landes entourée de mer, qu’il a élu pour s’établir. Grand pourvoyeur de débris, l’océan lui procure la matière de nombreuses créations, où viennent aussi se joindre d’autres objets inanimés, dépôts résiduels de maintes vies révolues. Parcelles parfois minuscules, ces fragments éparpillés, démembrés des formes primitives que la nature ou l’industrie leur avaient données, se trouvent ainsi recomposés et métamorphosés, parés pour un nouveau périple. Chez Gwezenneg, l’expérience du collecteur éveille l’acuité tranchante du goéland. Mais l’œuvre de construction procède aussi d’une précision d’orfèvre, méticulosité un peu barbare qui n’est pas sans évoquer la puissance chamanique de l’art des peuples de la préhistoire. La croix, souvent présente comme trame ou comme indice, ne figure d’ailleurs pas ici comme référence historique à la Passion du Christ. Elle retrouve dans le propos prométhéen de Gwezenneg l’efficience du symbole cosmique, exprimant le mode même de création de l’univers. Le résidu - fragment de carcasse délavé ou cadavres entiers, parfois encore munis de dents et de pilosité – côtoie en outre l’écriture organique de formes germinatives aux capacités suggestives infinies. Tantôt semblables aux noirs bataillons des larves de la charogne de Baudelaire, ces motifs, au grès de leurs pullulements, peuvent aussi évoquer l’horizon de continents lointains ou les rondeurs de la maternité. Aptes aux migrations de l’infiniment grand à l’infiniment petit, ces secrètions sont aussi bien présentes dans certaines créations monumentales, produites à partir d’épaves et d’ossements, que dans l’œuvre gravée de l’artiste. Dans ce dernier domaine – lieu des labeurs hivernaux - la projection biologique d’une sorte de physiologie intime rejoint l’ambition cartographique de l’arpenteur, créateur d’univers bordés de noirs océans et de nuits abyssales.

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Parce qu’il assume fondamentalement la dimension sépulcrale de l’acte artistique et l’exacerbe, Gwezenneg partage avec Barbey d’Aurevilly une fascination évidente pour la mort. Poursuivie jusque dans ses prémices criminelles, saisie dans la violence de l’acte meurtrier, ravivée en lignes rouges, celle-ci couve et surgit dans les deux œuvres d’une manière étrangement voisine. Cette part de sensibilité commune pour « l’effroyable poésie du crime » émane t elle, par quelques mystérieux réseaux souterrains, du sol du Cotentin, de ses tempêtes et de ses brumes ? Elle soutient en tout cas une conscience également partagée selon laquelle « les crimes de l'extrême civilisation sont, certainement, plus atroces que ceux de l'extrême barbarie par le fait de leur raffinement, de la corruption qu'ils supposent, et de leur degré supérieur d'intellectualité ».

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Gwezenneg n’est pas un illustrateur et se refuse à l’être. Sa rencontre avec l’auteur des Diaboliques ne se situe pas dans le domaine du figuratif ; on ne saurait identifier dans cette exposition Olonde ni le château du Quesnoy, Lasténie de Ferjol, la Malgaigne ou Calixte Sombreval. C’est précisément parce que ce dialogue s’établit sur de plus secrètes connivences que l’exposition de Gwezenneg éveille une dimension également plus actuelle et féconde de l’œuvre de Barbey. Le mode de l’intrusion, qui lui donne son titre, traduit ainsi avec exactitude le travail effectué dans et sur l’espace du musée Barbey d’Aurevilly.

Julien Deshayes

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 15:33

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Située au contact immédiat de l’agglomération antique d’Alauna, l’église Notre-Dame d'Alleaume possède de toute évidence des origines très anciennes. Selon les témoignages consignés au XIXe siècle par l'érudit Auguste Pouchin, on aurait trouvé plusieurs médailles romaines autour de l’église et des urnes funéraires à l’intérieur du cimetière, indice d’une nécropole païenne ayant précédé le sanctuaire chrétien. Hormis quelques briques en remploi, l'édifice actuel ne conserve plus cependant de vestiges antérieurs au XIIe siècle. La nef unique, le chœur à chevet plat et la tour de clocher qui flanque l’édifice au nord appartiennent encore à la construction romane, mais ils ont fait l’objet de nombreuses modifications postérieures. Il subsiste aujourd'hui, à l'intérieur du choeur, l'ébrasement d'une haute fenêtre, coiffée d'une voussure torique reposant sur des colonnettes à chapiteaux sculptés de simples feuilles lisses.

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Côté sud, dans les parements externes, subsistent également deux anciennes portes romanes, toutes deux obstruées. La plus riche, ouvrant sur la première travée du choeur, correspond à l'ancienne "porte du prêtre". Elle présente un double rouleau de voussures ornées de batons brisés dessinant des losanges, et repose sur des colonnes trapues, ornées de chapiteaux à deux registres de feuilles plates. Annonçant le style épuré de l'architecture gothique, ces éléments dénotent à une construction relativement tardive, non antérieure semble t-il aux années 1140-1160.

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Le petit relief roman aujourd'hui remployé dans le mur oriental de la chapelle sud provient probablement de cette ancienne porte, à laquelle il devait initialement servir le linteau. Il montre deux personnages siégeant sous des arcatures, accompagnés d'un oiseau crachant une sorte de volute et d'un agneau portant la croix, qui semble s'éloigner vers la droite. Chacune des deux figures assises porte dans la main un attribut destiné à l'identifier. L'énorme clé du premier permet de reconnaître saint Pierre mais l'objet tenu par le second est plus difficile à interpréter. Probablement s'agit-il d'une petite sphère, symbole cosmique désignant ici la création dans sa globalité. Conformément à bien d'autres images religieuses de l'époque romane, ce relief se rapporte plutôt ainsi à un contenu de nature théologique et exégétique qu'à un épisode biblique bien défini. Les deux figures trônant désignent de façon synthétique le collège des apôtres et les arcatures qui les abritent suffisent à évoquer l'image de l'Ecclesia. Au mouvement d'éloignement de l'Agnus Dei répond celui, opposé, de l'oiseau cracheur de volute, symbole du saint Esprit diffusant le Verbe de Dieu. Au résultat, ce relief de facture très naïve parvient il me semble à condenser le thème de la mission conférée par le Christ aux apôtres lors de la Pentecôte et celui, concomitant, de l'institution de l'Eglise. Support de propagande, il fonctionne en ce sens comme un rappel de l'autorité exercée par le prêtre sur la communauté des fidèles, en tant que porteur de la parole divine et successeur des premiers apôtres. 

De l'édifice roman subsiste aussi un petit lot de modillons présentant des masques humains difformes et grimaçants. L'un porte à sa bouche un petit cylindre, probablement une flûte ou un autre instrument à vent.

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Au XVIe siècle l’église se vit adjoindre deux chapelles latérales ainsi qu’une sacristie. Côté nord, les quatre consoles recevant les nervures de la voute figurent les Vivants de la vision d'Ezechiel, assimilés traditionnellement aux quatre évangelistes. Le thème est particulièrement fréquent en Cotentin à la fin du Moyen-âge mais le taureau et l'aigle ont ici la particularité d'être associés à des phylactères et à des attributs symboliques : couche de fagots pour le taureau de saint Luc (évocation de sa nature sacrificielle) et serpent ailé à tête de félin tenus entre les serres de l'aigle de Jean. 

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D’autres modernisations ont été entreprises sur l'église d'Alleaume au XVIIIe siècle, entrainant notamment la réfection de la façade occidentale et le percement de grandes fenêtres en anse de panier dans la nef. L'une des voutes sur croisée d'ogive de la nef porte la date de 1787, correspondant à cette modernisation tardive. Les chapiteaux du choeur ont été recouvert à la même date d'un décor végétal en stuc. Entre autres éléments de mobilier, l’église d’Alleaume abrite un imposant retable néo-baroque construit en 1805 par l’ébéniste Armand Fréret et enrichi d’un lot de sculptures en terre-cuite, produites par Moreau au sein de la manufacture de porcelaine de Valognes. 

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Elle accueille également une statue Renaissance de la Vierge à l'Enfant, dotée de vertus miraculeuses, qui provient de l’ancienne chapelle de la Victoire, où elle faisait l’objet de dévotions et de pèlerinages importants.

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Le cimetière d’Alleaume est, du département de la Manche, celui qui conserve la plus grande quantité de tombes anciennes protégées au titre des Monuments historiques (57 œuvres inscrites). Si certaines épitaphes peuvent remonter jusqu’au XVIIe siècle, la majorité des sépultures appartient plutôt à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant. La fortune des paroissiens de ce quartier, alors très aristocratique, explique pour partie la qualité des monuments conservés. La présence, toute proche, d’ateliers de tailleurs de pierre spécialisés dans la production funéraire justifie aussi l’exceptionnelle richesse de ce cimetière. Au grès des stèles, des cippes, des pyramides et des obélisques se conservent ainsi les noms des principaux notables de la paroisse d’Alleaume.

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Julien Deshayes, mars 2011

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