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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 10:34

11, rue Mauquet de la Motte

Cet édifice austère, édifié en retrait derrière les grilles de son avant-cour, figure déjà sur le plan de la ville de Valognes en 1767. Il est construit sur un terrain appartenant à l'ancien domaine des évêques de Coutances, fieffé vers 1654 lorsque celui-ci fut cédé à l'abbé François de la Luthumière pour la construction du séminaire. Le jardin recouvre un réseau de caves, parfois interprétées comme un ancien souterrain menant du palais de l'évêque au château, mais il s'agit en fait d'anciennes carrières souterraines. Les constructeurs de l'hôtel ne sont pas identifiés, son nom actuel provenant de ses actuels propriétaires. L'édifice pourrait toutefois correspondre à une propriété vendue en 1759 par Charles-François Mauquest de la Motte, docteur en médecine et petit-fils du célèbre chirurgien, à un certain Jean-Charles des Landes, sieur des Carrières. En 1778 parmi les notables résidant dans cette rue sont cités M. de Quinéville, écuyer, marié, employant 7 domestiques, M. de Tanval, écuyer, et les Demoiselles Dancel de Vaudreville, nobles, employant un domestique.

L'édifice, sinistré en 1944 mais réédifié à l'identique, se signale par son jardin, sorte de parc à l'anglaise vraisemblablement aménagé vers la fin du XIXe siècle, que dominait jadis un remarquable cèdre du Liban placé au sommet d'un tertre dominant la propriété.

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Le jardin aménagé sur le site d'anciennes carrières souterraines

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 10:25

68, rue de Poterie

L'hôtel le Poerier de Portbail était au début du XVIIIe siècle en possession de Nicolas René Muldrac, seigneur de Sainte-Croix. A son décès, en juillet 1710, l'hôtel revint à son épouse Marie-Anne Le Bourgeois, puis fut transmis en 1741 à ses deux filles. Ces dernières avaient épousés d'importants seigneurs du Cotentin ; la première, Anne, étant mariée à Louis François de Hennot seigneur et patron d’Octeville-l’Avenel, et la seconde, Catherine, à messire Georges-Charles Clérel, seigneur et patron de Tocqueville. Plutôt que de partager l'hôtel, ces dernières en gardèrent, durant plusieurs années, la propriété commune. L'hôtel ne fut vendu conjointement que le 10 février 1753, à François René de Hennot, seigneur et patron du Rozel. L'acte de vente précise que l'édifice était alors constitué d'un « corps de logis consistant en maison manable, escalier, écuries, remises, cuisine, celliers, boutique et autres aistres, cour et jardin potager, 4 ou 5 vergées, jouxte et butte la rue de Poterie ».

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L'hôtel du Poerier de Portbail sur le plan Lerouge, 1767

Le 27 octobre 1768, Gérôme Bignon, seigneur et patron de Joganville, époux de Marie Bernardine de Hennot, fille et unique héritière de Pierre François de Hennot, revendit l'hôtel à un autre membre de la famille, André de Hennot, colonel général de dragons, seigneur et patron d’Octeville l’Avenel, seigneur également de Gorges, du fief de Saint-Nazaire à Gréville-Hague et de Crosville. En 1787 André de Hennot employait à son service dans son hôtel de la rue de Poterie un maître d’hôtel, un cuisinier, un valet de chambre, une femme de chambre, un cocher, un jardinier, une gouvernante, une sommelière, une lingère et deux laquais. Le 1er nivôse an 11 (22 novembre 1802), la veuve de ce dernier, Catherine de Thieuville, et son gendre Auguste-Pierre de Blangy échangèrent l’édifice, ainsi que plusieurs terres, contre le château de Saint-Pierre-Eglise, avec M. Erard de Belisle. En 1808, après la mort de ce dernier, sa veuve, Constance Simon de Carneville (1749-1825), revend la l'hôtel à M. Henry François Delanoüe, qui s’en sépare à son tour en 1815 au profit d'Adrien Bernardin Louis du Poërier de Portbail (1768-1855)."Uni en 1810 à Joséphine Françoise de Chivré (1787-1831), fille du puissant détenteur de Sottevast, cet ancien colonel chef de division dans l’armée de Frotté en 1797, chouan et émigré, s’est distingué parmi ses pairs par son opposition résolue au gouvernement impérial" (Bruno Centorame).

Le 14 mai 1861, Louis Hervé de Portbail, son héritier, vend la propriété à Marie Mottley, veuve d'Alexis de Tocqueville. Elle y décéda le 2 décembre 1864, léguant la propriété à Gustave Auguste de la Bonnivière de Beaumont, ancien ambassadeur, ancien député et membre de l'Institut. En juin 1888, l'hôtel est revendu par le fils de ce dernier, Antonin Emile Jules de la Bonnivière de Beaumont, chef de bataillon dans l'armée d'Algérie, à Joseph Bertin de La Hautière, qui y résidait déjà antérieurement, en tant que locataire, avec son épouse Mathilde Anna Revault. Il est signalé lors de cette vente que la maison comprenait "notamment cuisine, salles à manger, salon, bureau, chambres, cabinets, greniers, mansardes, communs grande cour et jardin", et que les clotures et toitures de l'édifice nécessitaient réparation. L'hôtel appartient aujourd'hui à M. Henri de Tourville.

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L'hôtel de Poërier de Portbail est formé d'un long corps de logis de neuf travées longeant la rue de Poterie et d'une aile en retour fermant la cour. Cet édifice intègre en rez-de-chaussée des portions significatives d'une construction Renaissance, datant de la seconde moitié du XVIe siècle. Tout l'étage en revanche a été entièrement réinvesti et modifié dans la première moitié du XVIIIe siècle et les ouvertures de façade ont été modifiées et réordonnancées. La cour s'accède par une porte cochère, encadrée de pilastres doriques. Les six grandes baies à garde-corps en ferronnerie du premier étage éclairent les pièces en enfilade de l'étage noble, composé d'un salon, salle à manger et deux chambres. Les moellons du parement sont aujourd'hui apparents mais la façade était initialement enduite. La liaison entre le corps principal et l'aile en retour s'effectue par un corps de bâtiment coiffé d'une haute toiture en pavillon abritant un escalier monumental. Cet escalier tournant se compose d'une première volée droite menant à un repos, suivie d'une seconde volée double à montées divergentes donnanyt accès à un large palier suspendu. Cette articulation relativement savante permet de compenser les différences de niveau entre les deux ailes, héritage de la construction d'époque Renaissance initialement dotée d'un escalier en vis. L'aile en retour située en prolongement ne possède qu'une porte d'entrée en rez-de-chaussée, et deux grandes fenêtres passantes au premier étage, éclairant une chambre à coucher initialement dotée d'une alcôve encadrée de deux cabinets.

Stéphanie Javel / Julien Deshayes

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 18:04

29, rue de Poterie

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L'hôtel du Plessis de Grenadan avoisine rue de Poterie l'hôtel de Cussy, qui appartenait au XVIIIe siècle à la même famille. Le 11 mars 1780, François de Cussy, sieur de Nouainville vendait l'édifice à Guillaume Louis d’Arthenay pour le prix de 15 480 livres. Le corps de logis se consistait alors en « plusieurs salles, avec porte cochère, sur le bord de la rue de Poterie avec chambres et cabinets au-dessus. . . couverts en ardoises, deux escaliers, une cour au derrière avec écuries, remises, appentis, un jardin potager fermé de murs jouxte et butte au levant la rue de Poterie, au midy le sieur de Cussy de Teurtheville-Hague à cause des cours, maisons et jardin, au couchant par un jardin restant audit vendeur et au nord par le sieur de Cussy par rapport à son enclos » . L'hôtel entre ensuite en possession de Louis Alexandre Etard de Bascardon, puis à sa fille Euphrasie, épouse de Louis René Guillaume du Plessis de Grenadan, qui a laissé son nom à la propriété. Ce dernier légua postérieurement la propriété à Joseph Marie Alphonse de Raquenel de Montmorel et son épouse Marie de Pontfilly. Le 5 janvier 1895, Eugène Bretel achète l'édifice, qu'il lègue ensuite à Raoul Ledoux.

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Valognes, hôtel du Plessis de Grenadan, carte postale ancienne, vers 1910

L'hôtel du Plessis de Grénadan possède une longue façade sur rue, composée de dix travées ordonnancées et rythmée par une succession de chaînes en bossage. Elle est recouverte d'un enduit récent, venu recouvrir un enduit au clou plus ancien, dont il est encore possible de lire la trace sur le mur pignon. Toutes les fenêtres présentent un simple linteau droit. La porte cochère placée sur la droite de la façade, a été intégrée lors de la modification de l'édifice, dans le courant du XIXe siècle. Elle est encadrée de pilastres cannelés soutenant un linteau échancré à décor de feuilles de chêne et de rosace, avec un entablement et une agrafe en feuille d'acanthe très saillante. La toiture est désormais percée de cinq oeils-de-boeuf, chacun décoré d'une coquille. La façade postérieure ouvre sur une cour donnant accès à des vastes jardins surélevés.

Stéphanie Javel

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 17:48

1, place du Calvaire

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L'hôtel du Mesnildot Sainte-Colombe offre, par contraste avec de nombreux autres hôtels valognais, un rare exemple de maintien durable d'une même famille sur une propriété. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Thomas Picquenot sieur du Gauguier résidait déjà dans une maison située à son emplacement, et y décéda en 1696. Son fils, Nicolas Picquenot y mourut également, en 1706, ainsi que son petit-fils, Thomas, sieur de Lislemont, en 1734. L'édifice appartenait encore à la même famille au lendemain de la révolution. Elle ne fut vendue que le 7 mars 1832 par Madame de Royville, héritière de Anicer Lavavasseur, sieur d'Hiesville, fils de Anne Louise Picquenot, à Madame Jacques-Louis-Gabriel du Mesnildot, née Lecourtois de Sainte-Colombe. En 1852, la famille Lecourtois de Sainte-Colombe revend l'hôtel à Vital-Sévère Dalidan, avocat, qui le cède à son tour, deux ans plus tard, à Monsieur Le Gardeur de Croisilles. Passé vers 1920 en possession de la famille Lemarquand, il est donnée en 1980 à la communauté des soeurs franciscaines réparatrices de Jésus-Hostie.

L'hôtel du Mesnildot Sainte-Colombe présente une façade principale sur jardin, constituée de six travées ordonnancées, intégrant un faux avant-corps central de deux travées. Le rez-de-chaussée, légèrement surélevé, repose sur un étage de soubassement, abritant une chapelle et ouvrant de plain-pied sur la rue Saint-Malo. Les baies du rez-de-chaussée de la façade sur jardin sont à arc segmentaire, avec un appui saillant et un garde-corps en ferronnerie, tandis que les fenêtres de l'étage sont à linteau droit. Le faux avant-corps est délimité par des chaînes de refend en légère saillie. Il supporte un fronton triangulaire percé de deux oculi, et comporte en son centre des pierres d'attente pour un décor héraldique non réalisé. La porte donnant accès au jardin est décalée en partie droite du corps de logis. Une date portée de 1760, inscrite en façade sur le cadran solaire, fournit un indice de datation pour cette construction, attribuable selon des critères stylistiques au milieu du XVIIIe siècle.

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La façade postérieure, donnant sur la rue Saint-Malo, ne présente pas l'ordonnancement de la façade sur jardin. Elle conserve des traces de baies obstruées pouvant remonter au XVIe ou XVIIe siècle, indiquant la reprise d'un édifice antérieur au XVIIIe siècle. Le foyer de jeunes filles en dépendance est accolé contre le mur pignon nord-est. Il occupe une construction des années 1950 ou 1960.

Stéphanie Javel/Julien Deshayes

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 16:25

18, rue des Religieuses

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Localisation de l'édifice sur le plan Lerouge, 1767

Il existait dès le 16e siècle une importante demeure urbaine située à l'emplacement de l'actuel hôtel du Mesnildot-de-la-Grille. Cette propriété appartenait à Guillaume Bastard, lieutenant du bailli du Cotentin, important notable valognais, qui y résida jusqu'à sa mort en 1589 ou 1590. Lors de son décès, l'édifice comprenait deux salles et une cuisine en rez-de-chaussée, ainsi que quatre chambres à l'étage. Au nombre des dépendances, figuraient notamment deux boutiques donnant sur la rue, des étables, un fournil avec chambre à l'étage et une grange. L'ensemble s'étendait sur plus d'un hectare de terre.

Après la mort de Guillaume Bastard, la propriété est transmise par sa veuve, Aliénor André, à Arthur du Moustier son fils aîné, né d'un premier lit. Lors de son décès survenu vers 1640 celui-ci transmet à son tour la propriété à son fils, Louis-Jacques du Moustiers. Selon l'analyse proposée par Michel Viel, ce dernier aurait entrepris des travaux de modernisation de la demeure. Il serait notamment responsable de la construction du monumental escalier à trois volées tournantes, munies de balustres de pierre, qui occupe l'extrémité nord du corps de logis. A sa mort, en 1661, l'hôtel entre en possession de son fils et homonyme, Jacques-Louis du Moustiers, qui, le 24 juin 1730, vend la propriété à son neveu, Jean-Antoine du Mesnildot. L'hôtel reste ensuite dans la famille du Mesnildot jusqu'en 1895. En 1813 Jacques-Louis-Gabriel du Mesnildot y reçoit l'impératrice Marie-Louise, puis en en 1830, son fils, Jean-Louis-Gabriel du Mesnildot, y accueille Charles X, en partance pour l'exil. En 1895, Marie-Gabrielle-Céleste née de La Gonivière laisse la jouissance de l'hôtel à l'Archiprêtre de Valognes pour y installer l'école libre des frères de la Doctrine chrétienne. Après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, le bâtiment est affecté à l'école libre des filles Sainte-Marie.

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L'hôtel du Mesnildot sur une carte postale ancienne, vers 1910

La construction des années 1640 subsiste pour l'essentiel à l'intérieur de la structure de l'édifice actuel, mais elle a fait l'objet de profonds remaniements. La plupart des niveaux intérieurs paraît avoir été modifié, bien qu'il subsiste encore, dans l'une des pièces du rez-de-chaussée ouvrant sur la cour d'honneur, un plafond à solives peintes appartenant à cette période de construction. Il est pour le reste assez apparent que l'ensemble de la façade sur cour a subit une importante reprise dans le courant du 18e siècle. Les percements ont été agrandis ou modifiés et un bandeau horizontal, séparant initialement les deux niveaux d'élévation, a été bûché. La cour qui précède l'édifice a dans le même temps été mis au goût du jour, par l'aménagement d'un portail en demi-lune, avec grille en fer forgé au chiffre de la famille du Mesnildot, et par la construction des deux murs de clôture latéraux, agrémentés d'un décor d'ouvertures feintes et de chaînes en bossage. L'agrandissement et la modernisation des ailes flanquant l'arrière-cour, comprenant l'aménagement d'une orangerie à l'extrémité de l'aile ouest, se situent également dans le courant du 18e siècle.

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L'aménagement d'une chapelle, occupant jadis l'étage de l'une des ailes de l'arrière cour, attribuable à Jacques-Louis Gabriel du Mesnildot, se situerait dans le premier tiers du XIXe siècle. En 1844, Jean-Louis-Gabriel du Mesnildot entreprend de construire une nouvelle orangerie, occupant quatre mètres de large et toute la longueur de la terrasse nord. Cette orangerie située au-dessus d'un niveau de caves, mesure 25 mètres de long et se divise en trois pièces. Six hautes baies couvertes en plein-cintre ouvrent du côté du parterre et donnent accès à la galerie supportée par des poteaux en fonte. Les moulures chantournées des linteaux en plein-cintre sont reliées entre elles par un bandeau horizontal. Les angles de cet édifice sont ornés de chaînages traités en bossage.

Stéphanie JAVEL et Julien DESHAYES

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:27

6, rue Léopold Delisle

Charles-Edouard Duhamel, sieur de la Prunerie est cité en 1730 comme propriétaire d'une "maison et cour " avoisinant l'hôpital de la ville et le vaste terrain du presbytère, située à l'emplacement de l'hôtel du Mesnildot de Champeaux. Par mariage avec Françoise-Marie-Duhamel de la Prunerie, François du Mesnildot de Champeaux entre en 1733 en possession de la propriété. Tous deux sont nommés comme propriétaires de l'édifice dans des actes notariés datés de 1743 et de 1745. L'hôtel reste ensuite dans cette même famille - qui lui a laissé son nom - jusqu'au 6 avril 1786, lorsque Jean-François du Mesnildot, vend la propriété au dénommé Jean-Robert Drouet. Le sieur Drouet vivait encore dans cet hôtel en 1815.

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L'hôtel du Mesnildot-Champeaux sur le plan Lerouge (1767)

La façade sur rue de l'hôtel du Mesnildot de Champeaux, aujourd'hui traitée en moellons apparents (l'enduit d'origine a été malheureusement supprimé), est constituée de neuf travées. Une grande porte cochère, nettement décentrée, occupe la quatrième travée. Des ouvertures circulaires, éclairent un niveau de soubassement abritant anciennement des "caves et cavots" et permettant de compenser la déclivité de la rue. Le rez-de chaussée abritait en 1775 la cuisine, un office, une laverie et la salle à manger. Dans les étages sont simplement signalés à la même date trois chambres, puis des greniers, ce qui semble indiquer que l'élévation de l'édifice aura été augmentée d'un niveau supplémentaire à une date postérieure. Cette reprise justifie probablement le caractère particulièrement dépouillé de la construction, simplement percée de trois niveaux de baies à linteaux droits. La façade postérieure est sensiblement identique mais ouvre pour partie sur une terrasse à balustres qui constitue le principal agrément de l'édifice. Un petit pavillon, qui logeait en 1775 un cellier et une chambre, occupe l'angle de la cour. En 1786, cet ensemble est décrit comme de composant d'un « corps de logis situé rue de l’hôpital avec porte cochère sur ladite rue, une cour au derrière, les celliers, écurie, bûcher et autres bâtiments dans l’un des côtés d’icelle et un jardin potager à côté fermé de murs ».

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Stéphanie Javel/Julien Deshayes

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:10

Rue Henri Cornat

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Le 2 octobre 1739 Laurent Antoine Sivard, sieur des Noires Terres, achète pour la somme de 20 000 livres à Bernardin Morin, une propriété située à Valognes, nommée "la terre des Noiremares ou du Haut-Pirou". Cette propriété comprenait une maison avec "cuisine, salle, cellier, écurie, pressoir", et chambres et greniers au dessus. L'acte de vente précise également que le "grand corps de logis", couvert d'ardoise, était précédé d'une cour avec porte cochère et environné d'un jardin, d'un verger et d'autres pièces de terre. Cette propriété figure sur le plan Lerouge de 1767. Elle occupait assez précisément l'emplacement de l'actuel hôtel Sivard de Beaulieu. Vers 1765, Charles-Antoine Sivard, fils de Laurent-Antoine Sivard, augmente son héritage par l'achat d'une nouvelle propriété, nommée le manoir de Beaulieu, qui dépendait depuis 1479 au couvent des cordeliers de Valognes. Selon l'abbé Jean Canu, il aurait fait bâtir l'hôtel actuel vers 1782.

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L'hôtel Sivard de Beaulieu sur le plan Lerouge de 1767

Charles Antoine Sivard de Beaulieu, issu d’une famille de bourgeois établie à Valognes depuis le XVIIe siècle, fut localement l’une des figures majeures de la période révolutionnaire. Né en 1742, il fut avocat et assesseur au bailliage de Valognes, puis président du tribunal. En 1774, il acheta la charge anoblissante de secrétaire du roi et devint également lieutenant général du bailliage du Cotentin, puis maire de la ville en 1790. Suspecté d’intelligence avec les ennemis de la République, il fit partie de la fournée des 19 personnes du district conduites à Paris le 15 juillet 1794 pour y être jugées par le tribunal Révolutionnaire. On se souvient que, ayant cassé une roue en chemin, le convoi n’arriva à destination qu’au lendemain de la chute de Robespierre, sauvant in extremis la vie aux représentants la ville estimée la plus farouchement monarchiste de toute la Normandie. Non trop rancunier Sivard de Beaulieu accèdera par la suite au rang de baron d’Empire et fut élu député de la Manche en 1818.

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L'hôtel Sivard de Beaulieu, dessin, vers 1830

De 1830 à 1871, l'hôtel abrite des Carmélites anglaises, qui, pour les besoins de leur communauté, font construire une chapelle en 1837. Le 5 août 1871 l'hôtel est revendu pour 80 000 francs aux religieuses du Refuge de Caen, qui abritaient des jeunes filles et des enfants. Le nombre grandissant des "réfugiés" les conduit à construire des dortoirs, une lingerie et une infirmerie, mis en service en septembre 1872. Les classes, les réfectoires et les dortoirs, ainsi que la chapelle, ont été totalement ruinés lors des bombardements alliés de juin 1944. L'hôtel lui-même a été incendié, perdant ainsi une aile. La chapelle actuelle, de style Reconstruction, a été reconstruite en 1959 par MM. Isnard et Epaud, architectes. 

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L'hôtel Sivard de Beaulieu, photographie, 1901

L'actuelle façade sur rue était initialement la façade sur jardin, le tracé de la route de Bricquebec ayant été modifié depuis. Son élévation s'articule autour d'un avant-corps central traité en pierres de taille, et délimité par des chaînes en bossage. L'ensemble est surmonté d'un important fronton triangulaire orné d'une pierre armoriale laissée en attente. Un perron en fer à cheval permet l'accès à la porte d'entrée. Cette dernière est coiffée d'un linteau en plein-cintre orné d'une clef saillante. Toutes les fenêtres sont couvertes d'un simple linteau droit. Un bandeau horizontal souligne le premier étage. Des oeils-de-boeuf éclairent les combles. Plusieurs cartes postales anciennes montre l'ancien portail détruit en 1944, qui ouvrait jadis sur la rue Saint-François.

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Vue de l'hôtel Sivard de Beaulieu depuis le jardin des cordeliers

Stéphanie Javel/Julien Deshayes

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 12:02

45, rue des Religieuses

 

La famille de Creully possédait dès le premier tiers du XVIIIe siècle une maison occupant pour partie l'emplacement de l'actuel hôtel Martin-de-Bouillon.

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Emprise de l'hôtel martin de Bouillon sur le plan Lerouge, 1767

En 1734, cette demeure comprenait notamment cave, salon et cuisine en rez-de-chaussée, chambres à l'étage et greniers. En 1753, puis en 1763, Jean Nicolas de Creully augmente l'assise foncière de la propriété en se portant acquéreur de deux autres maisons mitoyennes. Un acte du 26 juillet 1773 consécutif au décès du commanditaire indique que l'ensemble formait désormais « un seul et même corps de logis » et nécessitait des réparations urgentes. Ce document précise aussi que Marie Julienne Cauvin du Ponchais, veuve de Jean-Nicolas de Creully, y résidait déjà depuis plus de 14 ans, soit depuis 1759 au moins. Elle y demeure encore par la suite, jusqu'à son décès survenu en 1780. L'hôtel est revendu le 20 juin 1781 par son héritier, Guillaume Jacques-Guy Lucas, sieur de la Métairie, au profit Jean-Baptiste Heurtevent. L'acte de vente mentionne alors un édifice « consistant en deux salles sur le bord de la rue Aubert, un grand vestibule entre les deux, une grande porte cochère avec les cabinets et offices au derrière, les chambres, cabinets et greniers au dessus avec un escalier pour les accéder, une cour au derrière et deux ailes de maisons aux deux côtés ».

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Le 9 septembre 1782, Marie-Françoise-Léonore Heurtevent, sœur et unique héritière de Jean-Baptiste Heurtevent, revend la propriété à Constantin-Frédéric Thimoléon du Parc, seigneur et patron de Barville. Constantin-Frédéric Thimoléon du Parc, né au Mesnil-au-Val (au manoir de Barville, qui fut la propriété au XVIe siècle du célèbre Gilles de Gouberville) le 13 décembre 1759, fut colonel de cavalerie, chevalier de l'ordre de Saint Louis, membre de la chambre des députés de 1815. Emigré avec sa famille en 1791, il servit dans l'armée des Princes lors de la Révolution. "Le 31 mars 1814, il conduisit ses trois fils, qui ne l'avaient jamais quitté, sur la place Louis XV, et tous quatre furent au nombre des fidèles royalistes qui, après avoir arboré la cocarde blanche, allèrent au devant des alliés" (Nicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, Paris, 1816, p. 307). On sait par ailleurs que Constantin Frédéric Timoléon du Parc, alors âgé de 127 ans, abrita le 31 décembre  1786 dans cet hôtel de la rue des Religieuses l'assemblée fondatrice de la loge maçonnique "L'Union militaire", dont il était lui-même le Vénérable (cf. Hugues Plaideux, dans Revue de la Manche, fasc. 150-151, p. 224).

La famille Duparc de Barville en reste propriétaire jusqu'au 14 avril 1837, date de la vente de l'édifice par la comtesse de Beaufonds, née Duparc de Barville, à Désiré Lucas de Couville. Le 29 mai 1863, Louis Joseph Martin de Bouillon rachète l'hôtel à Hyacinthe Lucas de Couville. C'est lui qui aurait entrepris, en 1868, la réfection de la façade sur rue et l'aurait achevée en 1879. Il a laissé son nom à l'édifice.

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L'hôtel Martin de Bouillon possède un plan en L composé d'un corps de logis sur rue flanqué d'un pavillon latéral ouvrant sur le jardin. Si la distribution générale de l'édifice semble reprendre pour l'essentiel celle du bâtiment décrit en 1781, l'élévation sur rue résulte d'une importante campagne de travaux, entreprise en 1868. Celle-ci se divise en deux niveaux d'habitation, séparés par un bandeau horizontal. Le rez-de-chaussée est percé en son centre d'une porte cochère encadrée de part et d'autre par quatre baies à linteau cintré de hauteurs inégales. La porte cochère est coiffée d'un arc cintré orné de claveaux en bossage et d'une agrafe à couronne de chêne. Le premier étage est percé de huit baies surmontées d'un arc surbaissé saillant. La corniche de la toiture, très saillante est soutenue par une rangée de modillons. Quatre lucarnes à encadrements de pierre adossés de volutes à décor floral éclairent les combles. Le pavillon latéral se divise en quatre niveau comprenant un rez-de-chaussée percé côté rue d'un simple oculus et un premier étage éclairé par une large fenêtre couronnée d'un fronton courbe. L'ensemble est couvert d'une haute toiture en pavillon. Une deuxième porte cochère donnant accès au jardin ouvre sur la rue du vieux château, à l'arrière de l'édifice. Martin de Bouillon est aujourd’hui le plus Haussmannien des hôtels Valognais.


 

Javel/Deshayes pah Clos du Cotentin

 

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 16:20

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"Ces marais sont magnifiques, d'étendue et de tristesse, et d'une tristesse à eux, d'une autre tristesse que les landes. Ce sont des landes mouillées, qui deviennent des lacs sous l'action des pluies. Rien n'est plus désolé mais rien n'est plus beau" (Jules Barbey d'Aurevilly)

 

Les marais bordant Saint-Sauveur-le-Vicomte sur sa frange méridionale se sont formés il y a plus de 10000 années, lorsque les cordons dunaires qui se sont constitués dans l'embouchure de la rivière d'Ouve ont freiné l'écoulement des eaux et entrainé la formation des tourbières. Jusqu'au XVIIIe siècle et à la création des portes à flots de Carentan, la pénétration des flux et des reflux marins se faisait sentir de façon beaucoup plus sensible, jusqu'au pied du château selon les anciens chroniqueurs de la guerre de Cent ans. 

Si Jules Barbey d'Aurevilly a donné pour la postérité une image de solitude et de désolation attachée à ces vastes étendues de terres inondables, il s'avère en fait que - du vivant de l'auteur des Diaboliques - les marais du Cotentin étaient encore constamment pâturés, exploités et parcourus par les hommes. Source d'innombrables richesses ils avaient une importance économique considérable pour les sociétés rurales de l'ancien temps. A Saint-Sauveur, la cérémonie annuelle de la mise aux marais et les libres pâtures estivales pérennisent des traditions millénaires.

 

Aux origines des biens communaux

Socialement, l'histoire des marais du Cotentin présente un intérêt particulier en révélant un mode de jouissance et de gestion collectif. Chaque village ou hameau bénéficiant de droit sur une portion de ces marais constituait en effet une "commune" distincte, possédant des règlements et des marques qui lui étaient propres. A Saint-Sauveur on distinguait ainsi la commune des habitants du bourg de celles d'Aureville, de Selsoif et de Hautmesnil. Il faut souligner que chacune de ces communautés avait son propre lieu de culte, église ou chapelle, et constituait ainsi un groupe humain cohérent, conscient de son identité particulière.

Hautmesnil 1

La chapelle Saint-Georges de Hautmesnil, établie depuis le haut Moyen-âge au bord de la Sangsurière, offre un bel exemple de ces anciens sanctuaires édifiés à l'usage des communautés d'habitants du marais.

La tradition historiographique attribue généralement l'origine des biens communaux à des concessions effectuées aux populations par les seigneurs locaux. Cette thèse conservatrice ne résiste pas à une analyse moins politique de la réalité, car il est évident que les populations locales n'ont pas attendu l'avènement de la seigneurie médiévale pour tirer parti des ressources qu'ils avaient à portée de main. Se substituant progressivement aux autorités régaliennes, les seigneurs locaux se sont en fait approprié certaines prérogatives d'encadrement et d'administration juridique à l'intérieur de ces espaces.

De ce fait, les usagers devaient généralement s'acquitter de redevances en rémunération de leurs droits de pâture et de cueillette à l'intérieur des marais. A Saint-Sauveur-le-Vicomte, en 1541, les habitant se déclarant "coutumiers aux communes et marais" étaient en contrepartie "assujettis au guet du château ; au service des foins, des moulins, des chasses du châtelain ; aux deniers de fenestrage (somme due pour la vente de denrées à fenêtre ouverte), deniers de crocage (pesage des marchandises au moyen d’un croc) ; deniers de galonnage (mesure des boissons)". 

Au XVIIIe siècle, les communautés d'usagers des marais durent également faire face aux tentatives d'appropriation de grands propriétaires fonciers qui obtenaient  du roi des concessions directes sous forme d'aliénation. La résistance opiniâtre opposée par ces populations montre l'importance que revêtait pour eux le maintien de leurs droits ancestraux. La Révolution Française, en reconnaissant le "droit natif" des habitants scellera le bien fondé de leurs revendications.

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La mise aux marais est encore pratiquée chaque année dans les marais communaux de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Les pratiques pastorales dans les marais

On est surpris aujourd'hui, à lire les documents qui se rapportent aux pratiques pastorales en usage dans les marais du Cotentin, de la multiplicité des animaux et de la variété des espèces qui y venaient s'alimenter durant la période sèche. A Crosville-sur-Douve, village voisin de Saint-Sauveur, on comptait en l'année 1435, pour les seuls non résidant de la paroisse, un total de 202 bêtes aumailles (bovins), 7 porcs et 18 chevaux. Vers la même date sont mentionnés des troupeaux d'oies ainsi que des cochons et des moutons également menés à pature dans les marais des environs. Précision amusante, on apprend parfois que les cochons devaient être munis d'anneaux percés dans le groin, que les brebis devaient être liées par deux et que les oies portaient un carcan autour du cou, afin d'éviter qu'elles ne s'enfuient en passant à travers les haies. Les bovins étaient pour marqués au fer rouge, soit sur les cornes pour les adultes, soit sur les sabots pour les plus jeunes bêtes. Rappelons que la ville de Saint-Sauveur a préservé cet usage ancestral.

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La divagation des animaux hors des terrains communaux ou hors des périodes de pâture réglementées engendraient jadis leur capture et leur parcage dans un clos prévu à cet effet. De nombreuses communautés d'usagers devaient ainsi élire chaque année un "parquier" qui fournirait le champ pour recueillir les bêtes captives, dites aussi "namps". A Saint-Sauveur-le-Vicomte la cour du château médiéval fut, au XIXe siècle, affectée à cet usage.

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Les cueilletes

Les marais n'offraient pas seulement de vastes terres de pâture mais fournissaient aussi quantité de denrées et de ressources vivrières aux populations environnantes. La coupe des foins, qui semble avoir été surtout réservée aux écuries seigneuriales,  donnait fréquemment lieu à des corvées de fauche et de transport imposées aux vassaux. A Saint-Sauveur, les habitants qui étaient soumis à ce type de devoirs étaient dits "subjets aux fourquettes" et devaient "service d’une fourchette pour aider à faire les foins des prairyes". 

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Les roseaux, dits localement "rots" étaient récoltés pour servir à la couverture des habitations (chaume), à la fabrication du cidre (pour le filtrage) ou à la confection de liens. Servant encore de litière pour les bestiaux, les roseaux du marais pouvaient aussi servir à joncher le sol des habitations, voir celui des églises en temps de fête. Il subsiste à Saint-Sauveur un lieu-dit "la lande du pas aux rots" et l'on rencontre également en Cotentin de nombreuses "rosières" qui n'avaient rien à voir avec les roses....

La tourbe, abondante, servait à alimenter les foyers en combustible et également à couvrir les habitations les plus rustiques. On en faisait également un grand usage pour l'amendement des terres de labours, des jardins et des vergers. La tourbe était dénommée "gourban" ou "blête". A Saint-Sauveur, il existe dans les marais un lieu-dit "la fosse à Biète".

De même que la pâture des bestiaux, ces cueillettes étaient sujettes à des règlements précis, touchant aussi bien les modes de collecte que les quantités et les périodes autorisées. A Appeville, au XVIIe siècle, les usagers sont autorisés à "cueillir et scier toutes manières d’herbes et litières pour abriter leurs bestes et couvrir leurs maisons et enlever de la tourbe et de la terre pour maller (amender) leurs terres. Toutefois, la tourbe ne doit pas être enlevée à trop grande profondeur sous peine d’amende, ils ne peuvent vendre les herbes, litières ou gourban qu’ils en extraient qu’à leurs co-usagers". A Saint-Sauveur-le-Vicomte, le droit de prélever la tourbe, réservée également aux seuls usagers résidants, étaient limitée à deux jours dans l'année. La précision de ces règlements traduit un effort constant de préserver la ressource et d'en assurer le renouvellement.

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Deux outils caractéristiques des marais du Cotentin : la foëne destinée à la pêche aux anguilles et bêche à tourbe

A défaut d'autre ressources pour chauffer les habitations, certains usagers pratiquaient aussi le ramassage des bouses de vache séchées. Certains règlements précisent, encore au début du XXe siècle, que "les déjections des animaux admis au pâturage dans les marais ne pourront être enlevés que par les indigents et après complète dissecation".

 

La pêche et la chasse

Les pratiques de pêche et de chasse usitées dans les marais nous sont surtout connues, pour les époques anciennes, en tant que droits attachés à des seigneuries locales.  En 1478, le seigneur de Garnetot, à Rauville-la-Place, déclarait ainsi : "J'ay droict de pescher et faire pescher à batteau et fillets dans ladite rivière d'Ouve, dans tous les endroits où elle flüe à la proximité de mondit fief". Le titulaire du fief de Bernaville déclarait de même, en 1463, avoir "droit de pêche à filet trainant et autres instruments dans la rivière de Picauville". Ce droit de pêche n'était cependant pas un privilège spécifiquement nobiliaire puisque la communauté des habitant de Saint-André-de-Bohon pouvait aussi déclarer en 1427 son "droit et franhise es eaues qui ont cours esdites communes, tant en celle de Taute que aultres, de y tendre et pescher à engins nommz verveux, la gueule à val et à lignes, y fouler et pescher au lop, à la brige et à la fourne (foêne) sans contredict nul" (On notera l'intérêt de cette citation pour notre connaissance des techniques employées).

L'exploitation des ressources en poisson a également généré l'aménagement d'un grand nombre de pêcheries. Depuis le XIe siècle, les moines de l'abbaye de Saint-Sauveur percevaient dans celles du château des rentes en anguilles tout à fait considérables et l'on sait que le château voisin de Néhou possédait en 1366 cinq pêcheries implantées en amont sur la rivière d'Ouve. Plus bas dans la vallée, entre Liesville et les Ponts-d'Ouve, 15 pêcheries furent également dénombrées au XVIe siècle, soit une en moyenne au kilomètre !

La chasse aux oiseaux se pratiquait aussi de longue date. La pratique de la chasse à l'affut dans ce qu'on nomme aujourd'hui des gabions est attesté en 1621 sur le domaine du Homme (aujourd'hui l'Ile-Marie), à Picauville, où le seigneur déclarait détenir des tentes destinées à la "tirerie" des volatiles.

L'appellation du grand marais de la Sangsurière, séparant les communes de Saint-Sauveur et de Doville, nous rappelle également que la pêche des sangsues qui infectaient le secteur fut jadis pratiquée afin de fournir les apothycaires des bourgs voisins. On ne peut s'empêcher de citer ici un passage saisissant du roman "Un Prêtre marié" de Jules Barbey d'Aurevilly : "Ce soir-là, au bord d’une eau qui n’était plus même glauque sous ce ciel éteint, et qu’encaissait une gluante argile aux tons verdâtres, Néel vit une petite fille esseulée, n’ayant qu’un jupon semblable à un pagne et une chemise de chanvre dont ses maigres épaules grandissait les trous… Elle plongeait courageusement une de ses jambes nues dans le gouffre immonde et pêchait aux sangsues, en faisant un appeau aux âpres suceuses de sa chair d’enfant. Elle avait déjà étanché, en se la liant avec du jonc, le sang de son autre jambe, car c’est du sang qu’il faut donner pour avoir de ces bêtes à vendre aux herboristes des bourgs voisins, et pour rapporter à la maison un morceau de pain, qui ne refera pas le sang perdu…"

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Christophe ROUIL, illustration pour Le Prêtre marié de Jules Barbey d'Aurevilly (2008)

La navigation fluviale

La pratique de la navigation sur le cours de la rivière d'Ouve est attestée de très ancienne date par la découverte de plusieurs pirogues monoxyles datées avec quelque vraisemblance des temps préhistoriques. Il est évident en tout cas que la position stratégique du château de Saint-Sauveur résultait en grande partie de sa situation portuaire. Les seigneurs du lieu ne contrôlaient et taxaient pas uniquement les circulations par voie terrestre et le franchissement des ponts placés en contrebas de la forteresse, mais également le passage des "nacelles" ou "gabares" remontant le fleuve. Cette police fluviale s'exerçait très en aval puisqu'elle s'étendait depuis Saint-Sauveur jusqu'aux ponts d'Ouve, à l'entrée de l'estuaire, là où se faisait le transfert des marchandises depuis les bateaux de mer sur les plus frêles embarcations de rivière. C'est par voie fluviale que furent, au XIVe siècle, approvisionnées les armées de la guerre de Cent ans. C'est également par la rivière d'Ouve que le très beau Christ aux liens sculpté à Rouen, aujourd'hui visible dans l'église paroissiale de Saint-Sauveur, fut acheminée en 1522 jusqu'à l'abbaye.

Saint-Sauveur-le-Vicomte, christ, 1522

La construction en "masse"

Sans être propre à la région des marais, la construction en terre crue, dite en "masse" ou en "bauge" est particulièrement représentative du bâti rural des basses vallées humides de l'Ouve et de la Taute. A Saint-Sauveur-le-Vicomte, le hameau de Selsoif conserve une assez grande quantité d'édifices de ce type. Ce mode de construction, procédant par levée successives d'argile mêlée de paille, était peu onéreux et permettait de compenser la difficulté d'accès à la pierre à bâtir. Le Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin oeuvre activement à la mise en valeur et à la préservation de ce type de constructions.

Selsoif maison

Julien Deshayes, février 2011

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 11:02

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Vue en élévation du château de Valognes avant destruction, conservé à la Bbh de Pont-Audemer

Le domaine de Valognes[1]apparaît dans un document daté des environs de 1026 avec le titre de "curtis", c'est à dire une cour, un lieu de pouvoir et d'exercice de la justice ducale. Sous le règne du Conquérant à de Henri II Plantagenêt, ce site constitue un lieu de résidence princière fréquemment attesté, contenant aula, cameraet capella. Qualifié de "Villa" ou de "Praepositura" dans les rouleaux de l'échiquier, il conserve durant cette période, une qualification domaniale de grand manoir rural, lieu d'administration d'une ferme ducale de la taille d'un petit pagus. Après 1204 Valognes n'est jamais cité au nombre des forteresses capétiennes et le Pouillé de 1332 évoque encore la "capelle manerii domini regis" (la chapelle du manoir du roi). Les chroniques relatives à la chevauchée anglaise de 1346, lors du déclenchement de la guerre de Cent ans, maintiennent encore cette définition résidentielle, indiquant que le roi Edouard III vint reposer durant la nuit du 18 juillet non dans un château mais dans le "manoir du duc de Normandie". La situation n'évolue de manière perceptible qu'après le traité de Mantes de 1354 et l'inféodation du Cotentin au profit de Charles de Navarre. Le rôle central de Valognes dans l'administration navarraise est souligné l'année suivante par la signature d'une convention au traité de Mantes, le "traité de Valognes". Les premières mentions faisant état de la forteresse ou du "chastel" apparaissent peu après, dans les chroniques relatives au siège entrepris par Bertrand Duguesclin, en 1364. Le récit de Cuvelier, qui rapporte ces évènements, évoque tantôt le "chastel et riche donjon", la "forte mansion" ou la "tour qui fut hault levée", que l'on ne pu miner "car li chastiaux estoit dessus roche séant". L'exactitude de ces informations restant sujette à caution, de meilleures précisions sont à attendre des comptes de travaux menés durant la même année. Selon l'usage, ces derniers évoquent indifféremment le "fort" ou le "chastel" de Valognes, mais mentionnent avec précision "la grosse tour nuefve et la ronde", ainsi que la "tour devers Loquet" devant contenir "certains mesnages" édifiés par des charpentiers commis à cet effet. D'autres travaux sont attestés au cours des années suivantes et durant l'occupation anglaise de la première moitié du XVe siècle, mais le contenu des quittances offre peu de nouvelles informations sur la composition de l'édifice.

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Etat du château peu avant sa destruction, en 1689

Les plans conservés, reflétant l'état des fortifications lors de leur destruction, entreprise en 1689, montrent un édifice qui, depuis le milieu du XVe siècle, avait été considérablement modernisé et adapté aux nouvelles techniques de sièges. Le "riche donjon" évoqué par Cuvelier reste identifiable dans l'angle nord-est, précédé par une barbacane contrôlant l'accès au château depuis la ville. L'édifice de plan quadrangulaire est jointif au sud avec un ouvrage d'entrée muni d'un escalier en vis. Sur ces plans, le donjon présente un décrochement correspondant à une division interne par un mur de refend. Il abritait un puit et était flanqué sur un angle d'un escalier en vis logé dans une tour circulaire hors-œuvre. Nous savons par un procès verbal de visite de 1618 et les témoignages relatifs à sa destruction que ce donjon, mesurant 8 toises sur 5, comportait un rez-de-chaussée voûté abritant une cuisine munie d'une cheminée et d'une armoire. Il possédait des chambres à l'étage, équipées de fenêtres et de latrines. Ces éléments le définissent donc comme un exemple de tour résidence de moyenne importance. La tour carrée visible dans l'angle nord-ouest de l'enceinte correspond peut-être à la "grosse tour nuefve" désignée ainsi dans les comptes de 1368 par opposition à une tour "ronde" voisine. La tour circulaire située à l'angle opposée, contenant un escalier en vis intérieur, peut également être attribuée avec vraisemblance à la phase d'aménagement du XIVe siècle. En revanche, la tour d'artillerie polygonale qui fait suite et l'avancée bastionnée de forme triangulaire située côté sud constituaient des apports postérieurs à la guerre de Cent ans.

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Restitution sous forme de maquette de l'aspect du château à la fin du XVIIe siècle

Malgrè la destruction engagée en 1689 sur ordre de Louvois, le logis qui occupait initialement l'enceinte castrale fut maintenu jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, « en considération du maintien d’un gouverneur dans cette ville, capitale du Cotentin » (édit royal de 1717). Le titre revenait alors à Adrien Morel de Courcy, qui recevra également, en 1730, la charge de capitaine garde côte de la Hougue.

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Etat de la place du château et du logis du gouverneur vers le milieu du XVIIIe siècle

Sous le règne de Louis XV, de grands projets de place royale furent élaborés par les ingénieurs du Roi et la municipalité valognaise. Faute de ressources suffisantes, cette ambition ne fut cependant jamais satisfaite ; aucun des édifices censés venir s'implanter sur la périphérie de cette place ne fut édifié et son aménagement se limita à un arasement général et la création, de part et d’autres, de deux longues terrasses plantés d’arbres. Cette place d'arme, servant initialement aux troupes en revue, est devenue assez rapidement celle du marché aux bestiaux, au fur et à mesure que l’économie d’élevage se développait dans le Cotentin. Au début du XXe siècle, ce fut le lieu où les cirques plantaient leur chapiteau, les aérostiers faisaient des démonstrations, où tous les bals populaires et les fêtes foraines attiraient la jeunesse des environs ; consécration de ce rôle festif, le théâtre, vite transformé en cinéma, s’implantait en 1903 sur la place. Il fut rejoint par la suite par des bains-douches et un bureau de poste, tous deux détruits lors des bombardements américains de juin 1944.

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Felix Buhot, étude pour "Le couvre feu", vers 1870

 

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CONFERENCE PUBLIQUE LE VENDREDI 22 JUIN 2012 :

Le diagnostic archéologique de la place du château

par Bénédicte GUILLOT (Inrap)

 

DIAGNOSTICS ARCHEOLOGIQUES OCTOBRE/NOVEMBRE 2011

Julien Deshayes


Le château de Valognes a fait l'objet d'un mémoire de maîtrise préparé sous la direction de Pierre BAUDUIN et soutenu par Maud FAUVEL à l'université de Caen en 2001. Ce travail très bien documenté nous a été d'une aide précieuse.

 

Fouilles archéologiques de mars 2016 :

N'ayant pas été associés ni tenus informés des fouilles menées par l'Inrap sur le site du château de Valognes, nous ne sommes pas en mesure de communiquer sur les éléments qui ont été mis à jours puis détruits. Nous regrettons de ne pouvoir apporter d'informations sur ce point, merci de vous adresser directement au Service régional de l'archéologie en charge du dossier, ou auprès de la mairie.

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