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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:02

24, avenue Félix Buhot

L'hôtel de Louvières a été construit entre 1774 et 1776 en bordure de la nouvelle route royale de Cherbourg, dont le tracé résultait alors d'aménagements récents. L'acquisition du terrain, acheté au dénommé René Mitaine, bourgeois de Valognes, par Thomas-François-Michel Despierres, seigneur et patron de Louvières fit l'objet de trois contrats successifs, passés les 19 juillet 1774, 17 avril 1776 et 13 décembre 1778. L'acte de vente de 1774 indique que « Lesdits seigneurs et dame de Louvières se somment et s'obligent de faire bâtir sur ledit terrain une maison de la façon qu'ils jugeront à propos ». La construction de l'hôtel semble en effet immédiatement consécutive à ce premier achat car, lors de la vente du 17 avril 1776, il est bien précisé que le terrain acquit jouxtait le pignon d'une maison « récemment faite construire par ledit seigneur et la dame de Louvières ». Dans « L'état général des gentilshommes de Valognes » dressé en 1778, Monsieur de Louvières, habitait cette propriété, où il est recensé avec ses trois enfants et ses trois domestiques.

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façade sur rue de l'édifice actuel

Le 21 avril 1788, son fils et héritier, Philippe-Michel Despierres, vend l'hôtel à Pierre Varin, expert géomètre, pour la somme de 13 060 livres. Passée la Révolution, en 1801, les soeurs de Saint-Augustin y installent une école, mais, par manque de place, elles doivent quitter la propriété en 1806. Le 5 février 1823, l'hôtel entre en possession du général d'Empire, puis député et sénateur, Jacques-Félix Meslin (1785-1872). Félix Buhot, peintre et illustrateur connu notamment pour ses illustrations des romans de Jules Barbey d'Aurevilly, était le filleul du général Meslin. Il naît dans cette maison le 9 juillet 1847, puis, devenu orphelin, y réside sous la garde de son tuteur. L'édifice, détruit par les bombardements alliés de juin 1944, a été, après guerre, entièrement reconstruit à l'identique par l'architecte Le Bouteiller.

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Félix Buhot, détail de l'hôtel de Louvières sur une vue de la route de Cherbourg

L'hôtel de Louvières est constitué d'un corps de logis de plan massé double en profondeur. Les deux étages carrés qui en composent l'élévation prennent appuis sur un niveau de soubassement, éclairé côté jardin par une série de soupiraux. Les façades sont formées de cinq travées qui s'ordonnancent, du côté de la rue comme sur le jardin, autour d'un faux avant-corps central à fronton triangulaire. Côté rue, ce fronton triangulaire abritait initialement une pierre d'attente destinée à recevoir des armoiries qui n'ont jamais été sculptées. Les baies se signalent par leurs linteaux ondulés à clé saillante.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 12:14

34, rue de Poterie

Cette propriété fut vendue en 1697 par Guillaume Grip à Elisabeth du Chemin, veuve du seigneur de Tocqueville. Elle comprenait alors une maison avec cour et jardin, une autre petite maison et une écurie. Le 24 avril 1713, Jacques Gallien, héritier de Nicolas Gallien, vend à l'héritier d'Elisabeth du Chemin, Guillaume Clérel, sieur d'Auville, la moitié d'une maison située rue de Poterie, jouxtant au levant "la maison neuve dudit sieur acquéreur". L'hôtel avait donc été construit peu avant cette date. Le 6 nivôse an 14, Hervé Louis Bonaventure Clérel de Tocqueville revend cet hôtel à Bernard Henri Louis Hue de Caligny, propriétaire de l'hôtel de Grandval-Caligny, qui le cède le 1er mars 1811 à Eustache Mathieu Albert Molbec, sieur de Briges. Le 3 février 1820 l'hôtel de la rue de Poterie est racheté par Adrien Pelée de Varennes. Adrien-Marie Joseph Pelée de Varennes, né à Montargis le 18 septembre 1769, époux de Amélie Catherine Françoise Lesage, fut ingénieur ponts et chaussées, et devint en 1830 maire de Valognes. En 1827, ce dernier acquiert les maisons sur rue cachant la façade de l'hôtel, et fait construire l'entrée actuelle, flanquée de deux colonne et close par une grille en fer forgé.

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façade sur cour

L'hôtel de Varennes, édifié entre cour et jardin, en retrait de la rue de Poterie, présente un plan massé. La façade se compose de sept travées délimitées aux angles de l'édifice par des chaînages d'angle traités en bossage. L'élévation s'organise autour d'un avant corps central, large de trois travées, entouré de par et d'autre par deux travées. Cet avant-corps central parementé en pierre de taille, est renforcé aux angles par des pilastres et couronné par un fronton triangulaire percé d'un oculus. L'accès à la porte d'entrée se fait par un perron en fer à cheval dont le palier abrite une porte menant au sous-sol. Le traitement des ouvertures du rez-de-chaussée - la porte d'entrée coiffée en plein-cintre et les fenêtres à linteau cintré - se différencie des autres baies du premier étage, à simple linteau droit. Deux lucarnes éclairent le niveau des combles. A gauche de la façade sur cour une petite tour semi hors oeuvre renferme un escalier de service en vis. L'ensemble de l'édifice repose sur des caves voûtées destinées à abriter cuisine, laverie et cellier. L'édifice présente un plan double en profondeur, avec des pièces en enfilade au rez-de-chaussée tandis que le premier étage et les combles sont distribués grâce à un corridor central. Les combles renfermaient les chambres des domestiques.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

Apports historiques de M. Michel Muller

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:44

33, rue des Religieuses

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La propriété sise au 33 rue des Religieuses a appartenu dans le premier tiers du XVIIIe siècle à Guillaume Hervé du Mesnildot, du droit de son épouse, Louise Leconte, qu'il avait épousé en 1722. Le 26 mars 1738, elle entrait, par voie de "clameur lignagière", en possession de Guillaume Erard Joseph Le Franc. Le 12 mars 1765, le fils de ce dernier, Alexandre André Louis Joseph le Franc, vendait son bien à Suzanne de Camprond, veuve de François de Sainte-Mère-Eglise, sieur de Banville. L'édifice, désigné comme étant "une grande maison sise rue Aubert", comportait alors salle, cuisine, office, vestibule, cave, chambres et greniers, buanderie, remise et cour. Il est également précisé dans l'acte de vente que l'édifice nécessitait des réparations. Le 30 août 1781, les trois filles de feue Suzanne de Camprond, revendent l'hôtel au dénommé Michel-Charles Etienne Godefroy. A une date inconnue, ce dernier revend la propriété à Amélie de Préfosse, qui, le 14 mars 1835, la cède à son tour à François-Louis-Auguste le Marois. Racheté le 18 décembre 1844 par Joseph Macé, l'hôtel est revendu le 13 décembre 1872 à monsieur Dagoury. C'est ce dernier qui a laissé son nom à l'hôtel. L'industriel Eugène Bretel se porta acquéreur de l'édifice en 1921. Il entrera par la suite en possession de monsieur Martin (24 juin 1933) et de madame Vidal (1946).

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Indépendamment des ventes successives de la maison d'habitation, plusieurs propriétaires se sont succédés au cours du XVIIIe siècle dans la propriété des dépendances, dont Ernault de Chantore, Bauquet de Grandval et Hue de Caligny. En 1786, les communs de l’hôtel Dagoury servaient d'écuries à monsieur de Caligny. Le 13 mai 1819, son héritier, Michel Bauquet de Grandval les revend à Jean-françois Doucet, qui y implante une brasserie destinée à la fabrication de bière. Celle-ci fonctionnera jusqu'en 1840. Ces dépendances ont été détruites lors des bombardements alliés de 1944. Elles se développaient autour du jardin situé sur l’arrière de la propriété et longeaient la rivière du Merderet.

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Détail des consoles soutenant le balcon de la façade sur rue

La façade sur rue de l'hôtel Dagoury est divisée en cinq travées et deux niveaux d'élévation. La travée centrale est encadrée de chaînes en bossages formant un faux avant-corps central. Au premier étage, une porte ouvre sur un balcon décoré d'un garde-corps en fer forgé dessinant des courbes et contre-courbes, et supporté par des consoles à volutes. Cet avant-corps central supporte une lucarne attique surmontée d'un fronton triangulaire avec pierre armoriale non sculptée. Les baies du rez-de-chaussée, couvertes d'un linteau cintré, se distinguent de celles du premier étage, coiffées d'un linteau droit. Des chaînes d'angle en bossage soulignent au niveau supérieur les angles de l'édifice. Trois lucarnes, assises de part et d'autre de la lucarne attique centrale, éclairent les combles. Ce vocabulaire architectural, commun à plusieurs autres demeures nobles valognaises, permet d'en situer la construction dans les premières décennies du XVIIIe siècle. La façade sur jardin, détruite lors des bombardements alliés de juin 1944, a été entièrement reconstruite dans les années 1950.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:35

Wéléat (rue de) 11 bis

L'hôtel de Chivré n'est attesté par les sources écrites qu'à compter de 1750, mais intègre de nombreux éléments d'une construction remontant aux environs du milieu du 16e siècle. Le 29 floréal an 3, la propriété est augmentée d'un jardin de 18 perches situé derrière la rue du Gisors, acquis de Pierre Charles-François Hubert. La famille de Chivré, qui a laissé son nom à l'édifice, possédait l'hôtel dans le dernier quart du 19e siècle. Touché par les bombardements alliés de juin 1944, l'hôtel de Chivré a été restauré et partiellement reconstruit après guerre par l'architecte E. Puget.

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L'hôtel de Chivré sur une carte postale ancienne

L'hôtel de Chivré se compose d'un corps de bâtiment à pignon sur rue et d'une aile en retour, comprenant chacun trois niveaux d'élévation. Les deux ailes, formant un angle ouvert, s'articulent autour d'une haute tour polygonale d'escalier en vis. Cette tour comprend en partie supérieure une chambre à feu, accessible par une petite vis logée dans une échauguette, supportée par un encorbellement à décor de billettes. Les reprises du 18e siècle paraissent n'avoir affecté que le percement des fenêtres à simple encadrement quadrangulaire, et des portes du rez-de-chaussée. L'aile sur la rue, intégralement reconstruite après 1944, reprend pour l'essentiel la disposition des ouvertures antérieures. Les parements à pierre apparente sont constitués de petits moellons de pierre calcaire.

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La propriété sur le plan Lerouge de 1767

 

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:26

45, rue de Poterie

En 1722, les frères Thomas et Jacques Néel vendent à Catherine Hamon un tènement de maisons comprenant quatre salles et chambres jouxtant l'hôtel de Blangy, dont ils avaient hérité en 1670 de Pierre Huel et Sébastienne Duclos. En 1733, la nouvelle propriétaire cède une portion de la propriété comprenant une salle et une chambre, puis, en 1769, le reste du lot est racheté par un dénommé Jean Blanvillain, qui constitue ainsi l'assise du futur hôtel de Carville. Le petit fronton triangulaire de la façade sur rue porte la date de 1778, indiquant vraisemblablement l'année de la construction. A droite de la façade sur rue, des pierres d'angles saillantes en attente indiquent un projet d'extension qui ne fut pas réalisé.

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L'hôtel de Carville possède une façade sur rue constituée de cinq travées, édifiées sur trois niveaux d'élévation. La séparation entre les différents niveaux est soulignée par un bandeau horizontal. La travée centrale est couronnée par un petit fronton triangulaire percé d'un oculus servant à éclairer les combles. Les baies du rez-de-chaussée et du premier étage sont coiffées d'arcs segmentaires à clef saillante, tandis que les fenêtres du deuxième étage possèdent des linteaux droits à clef. Les appuis de fenêtre des deux niveaux supérieurs sont ondulés. La façade, initialement conçue pour être enduite, est désormais laissée en pierre apparente. L'absence de porte cochère ou de portail en façade mérite d'être signalée.

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Stéphanie Javel et Julien Deshayes

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:12

Place du Calvaire (édifice disparu)

L'hôtel de Campgrain occupait un terrain "sis au triage des vieilles halles", auprès de l'ancienne route menant de Valognes à la Hougue. Le 24 mai 1665, Pierre Bauquet, sieur de Barrehaye, vendait à son emplacement un terrain de trois vergées, comprenant jardin et maisons, à Pierre Marie, écuyer, sieur des Essarts. Ce dernier en rendait aveu au roi en 1667, puis le 7 juillet 1691, il cédait pour 2 189 livres la propriété à sa sœur Françoise, épouse de Antoine Jardel, procureur au baillage de Valognes. Le 20 mai 1741, Jean-François Jardel, fils et seul héritier de feu Estienne Jardel sieur des Tours, aussi seul héritier de feu Pierre Jardel, son oncle, revendait l'ensemble à Vincent-René Turbert sieur de Pommereuil, pour la somme de 5 200 livres. Ce dernier s'en séparait le 14 octobre 1743 au profit de Hervé Fouquet seigneur de Réville, Saint-Nazaire, Crosville, Tourlaville, Biniville et autres lieux, pour le prix de 12 500 livres. Le 14 juillet suivant, le seigneur de Réville augmentait sa nouvelle propriété par l'achat d'un terrain attenant, consistant en un enclos fermé de murailles contenant deux vergées et demi. Peu après son décès, survenu le 25 novembre 1777, la propriété était occupée par sa veuve, Anne Pigache, qui y était servie par onze domestiques. N'étant pas héritière de son époux, celle-ci doit cependant quitter la propriété au profit de Gilles-René Avice de Sortoville. Afin de payer ses dettes, et possédant déjà une autre demeure rue Siquet (actu. Carnot), ce dernier revend l'hôtel le 28 avril 1781 à Ambroise-Gabriel Charles de La Houssaye d'Ourville, chevalier, lieutenant colonel de dragons. L'acte de vente précise que l'édifice était alors loué au marquis d'Héricy, maréchal des camps et armées du roi, au prix de 1800 livres par an. L'année suivante, à la mort du marquis d'Ourville, l'hôtel est cédé à Charles-Adolphe de Mauconvenant, seigneur de Sainte-Suzanne. Le 13 février 1786, le seigneur de Sainte-Suzanne échange son hôtel de la place des Capucins avec celui de Louis-Bernardin Gigault de Bellefonds, situé à la croix Cassot (hôtel de Gramont), les deux propriétés étant alors estimée à une valeur identique de 20 000 livres. En 1792, Bellefonds agrandit l'ensemble en achetant au sieur Thiphaine une parcelle de jardin joignant le sieur d'Ellon et la dame de Thieuville. En 1837, l'hôtel devient la propriété d'Eugénie Bauquet de Grandval, épouse de Charles-Auguste le Roy de Campgrain, ancien officier des armées royales, conseiller général de la Manche entre 1820 et 1830, mort en 1839, qui a laissé son nom à l'édifice.

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L'hôtel de Campgrain sur une carte postale ancienne, vers 1900

L'acte de vente de 1691 précise que l'édifice antérieur à l'hôtel du XVIIIe siècle se composait d'une maison manable comprenant "salle, cuisine, cellier, escurye, grange, les chambres et greniers dessus étant partie couvert d’ardoise et partie de paille". Il possédait en dépendance une petite maison couverte de paille, ainsi qu’un enclos fermé de murailles et percée d'une porte cochère. La propriété revendue en mai 1741 par Jean-François Jardel, comptant "cuisine, salon, office, un cellier, une écurie, une grange, les chambres et greniers de dessus", ainsi qu'une grange, une remise et une loge à cochon, ne semble guère différente, si ce n'est que la maison est alors signalée comme étant "presque en ruine". La construction de l'hôtel ne fut engagée qu'au cours des années suivante, par Vincent-René Turbert de Pommereuil, qui, en 1743 revendait au seigneur de Réville "une maison couverte de pierre se consistant en plusieurs aistres encore non achevée", avec les pierres et autres matériaux entreposées sur le chantier. C'est donc à Hervé Fouquet de Réville qu'il convient d'attribuer l'achèvement de l'édifice, tel du moins que l'on peut l'identifier sur le plan de la ville de Valognes levé en 1767. L'inventaire après décès du seigneur de Réville, décédé en 1777 à l'âge de 81 ans, contient une description précise de l'hôtel, mentionnant en particulier une salle à manger suivie d'un cabinet de compagnie puis d'un petit chauffoir appellé "la niche", ainsi que plusieurs autres appartements, chambres et cabinets. En ce qui concerne l'ameublement, citons pour exemple celui du cabinet de compagnie, contenant "un feu garny en fonte dorée, une pelle, une pince et une tenaille aussy garnies en même métal, un soufflet à feu, trois petits écrans à main, treize chaises garnies en velours d'Utrecht cramoisy, un canapé et treize fauteuils garnys en tapisserie des gobelins avec leurs petits dossiers en tafetas cramoisy, trois tables à jeu avec leurs tapis verts, une table de marbre blanc avec son support en girandolles de bois doré, sur icelle dix boettes tant en quadrilles qu'en piquet, garnies, sept soucoupes de fayence, deux rideaux de croisées de tafetas cramoisy et deux autres de mousseline, une grande glace sur ladite table de marbre, en trois morceaux, une autre glace sur la cheminée en deux morceaux avec leurs montures de bois doré et rien en plus outre excepté la tapisserie dudit cabinet en quatre morceaux manufacturés des Gobelins". 

siège en velours d'utrecht cramoisi

Fauteuil Louis XV "en velours d'Utrecht cramoisi"

Dans l'armoire du cabinet de la chambre de la veuve du seigneur de Réville, qu'il avait épousé quelques mois auparavant et qui était de 33 ans sa cadette, est mentionné "un corset de baleines avec ses crochets en pierreries montées en argent". peut-être ce troublant accessoire fut-il fatale au noble vieillard...

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Façade postérieure, vers 1900

L'acte de vente du 28 avril 1781 décrit également une construction relativement importante, comprenant deux étages d'habitations portant sur un rez-de-chaussée affecté aux pièces de services. Les premier et second étages se composaient chacun d’une antichambre, chambre à coucher, garde-robe et cabinet, salle à manger, salon de compagnie et autre cabinet. La propriété possédait aussi cour et basse cour, des remises et écuries, une "jardinerie", un jardin avec terrasse et promenoir, ainsi qu'un pressoir "avec la chambre dessus et une pièce pour tuer la volaille".

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L'hôtel de Campgrain sur le plan Lerouge de 1767

L'hôtel visible sur les cartes postales anciennes, se composait d'un corps de logis double en profondeur édifié sur un rez-de-chaussée semi enterré. La façade principale se composait de sept travées, ordonnancées autour d'un étroit avant-corps central encadré de chaînes en bossages et coiffé d'un fronton triangulaire. L'édifice s'accédait par un perron formé de deux volées doubles en équerre. Il était flanqué d'un unique pavillon latéral en légère saillie, son pendant n'ayant probablement jamais été construit. Initialement bâti entre cour et jardin et équipé de dépendances agricoles (pressoir, écurie et remises), cet hôtel vit au XIXe siècle ses abords plantés d'un parc boisé. Il fut totalement rasé en 1944 et remplacé ensuite par une maison moderne.

 

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:07

41, rue des Religieuses

L'hôtel de la Bussière est datable selon des critères stylistiques des environs du milieu du 18e siècle. La demeure figure sur le plan de la ville de Valognes par Lerouge de 1767, avec un plan et une implantation identiques à ceux visibles sur le plan dessiné par Folliot de Fierville en 1880. En revanche, le jardin et l'enclos ainsi que la remise en retour d'équerre située sur l'arrière de la propriété ne paraissent avoir été annexés à la propriété et construits que postérieurement à 1880. L'aspect dissymétrique de la façade et la discontinuité de la toiture indiquent que l'hôtel actuel est constitué de la réunion de deux bâtiments initialement disjoints. La division de la façade par un bandeau vertical contribue également à matérialiser une séparation entre les deux portions du bâtiment.

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Hôtel de la Bussière, façade sur la rue de Poterie

L'hôtel de la Bussière possède un corps d'habitation sur rue et un grand jardin à l'arrière. La façade principale se divise en six travées et trois niveaux d'habitation plus un étage de comble. Elle est entièrement recouverte d'un enduit à faux joints et prend appui sur un solin en pierre de taille. Un bandeau horizontal marque la division entre le rez-de-chaussée, percé de baies à arc surbaissé, et l'étage, ouvrant par des fenêtres à linteau droit. Un bandeau vertical de refend sépare les deux travées de gauche du reste de la façade. La façade postérieure est en moellon non enduit.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:13

"Tous ceux qui connaissent le pays n'ignorent pas que la lande du Gibet, ainsi appelée parce qu'on y pendait autrefois, est un terrain qui fut longtemps abandonné, à droite de la route qui va de Valognes à Saint-Sauveur-le-Vicomte, et qu'une superstition traditionnelle le faisait éviter au voyageur…"

Le lecteur de Barbey d'Aurevilly aura gardé en mémoire ces quelques lignes qui, faisant introduction au roman "Le Chevalier des Touches", restituent l'un des attraits romantiques de la "ville des spectres" chère au ténébreux écrivain normand. Il subsiste en effet, en limite des communes de Valognes et Lieusaint, un terrain de ce nom, petit bout de coteau ponctué d'affleurements rocheux et hérissé de quelques touffes de genêts. Le site de l’ancien gibet avoisine le non moins évocateur « carrefour des Pendus » ainsi que la voie communale n° 109, encore portée sur le cadastre actuel sous le nom de "chemin des pendus". Un document datant de 1440 nous apprend d’ailleurs que ce chemin était emprunté au Moyen-âge par les tenanciers du fief dit des hostes dont les aînés étaient tenus « toutes et quantes fois qu’un criminel est condamné être pendu au gibet de Valognes de le convoyer de la Halle jusqu’au gibet »[1].

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"La lande du gibet" sur la route menant à Saint-Sauveur-le-Vicomte

En tant que capitale judiciaire du Clos du Cotentin, Valognes, abritait avant la Révolution plusieurs sièges de haute justice, relevant respectivement du roi, de l’évêque de Coutances, de l’abbé de Cherbourg et du comté d’Alençon. D'autres gibets ou « fourches patibulaires » s'élevaient aussi à Bricquebec, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Cherbourg, Montebourg… Partout où un seigneur local, abbé, évêque ou officier royal exerçait un droit similaire de haute justice. A Montebourg ces fourches patibulaires appartenaient à l'abbaye du lieu et se situaient à l'entrée du bourg, sur la route de Valognes, dans une pièce de terre nommée le Clos du Gibet. Selon un procès verbal dressé en 1592, celles-ci se composaient de « quattre pilliers de boys avecques les enclavages tant en façon de potence que autre ligature de boys pour porter et stabyliser ledit gibet ». Dans un aveu rendu en 1676, le baron de Bricquebec précisait pour sa part qu’il disposait de « lieux publics à planter poteau, carcan et potence, en notre dit bourg, sur une montagne dite le mont de la ville, sis environ au milieu de la paroisse »[2]. A Cherbourg, les fourches patibulaires de l’abbaye du Vœu se situaient semble t-il sur les hauteurs d’Octeville, derrière l’Hôpital Maritime – elles ont donné leur nom au ruisseau des Fourches qui traverse cet établissement. L’abbaye de Saint-Sauveur possédait elle des fourches patibulaires établies sur le mont de Doville. Le plus souvent on s'efforçait en effet de rendre le gibet bien visible, en privilégiant particulièrement les lieux élevés et les entrées de ville.

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Hache ayant, selon la tradition, appartenu au bourreau de Valognes (coll. SAHM)

A Valognes même, le gibet du carrefour des pendus ne fut cependant pas le seul à se dresser dans le ciel de la ville. Il en existait un autre auprès de l’église Saint-Malo, probablement sur la petite place située à la jonction des anciennes rues de Sare et des Religieuses. Dans son « Journal des mises et receptes » Gilles de Gouberville note en effet, en date du 28 novembre 1562, que« l’avocat Blanc et ung fillucier qu’on appeloyt le Soldat, avoyent esté, la veille, pendus et étranglés au carrefour du pignon de l’église de Vallongnes »[3]. Le 22 août 1553, Gouberville relate également la décapitation de deux jeunes gens de Montebourg et la pendaison de trois autres condamnés, effectuées cette fois ci « derière le chasteau ». Sans doute désignait t-il ainsi le nord de la ville, là où devait plus tard s’implanter la grande route royale de Cherbourg. Un autre évènement de ce type est relaté par  Gouberville le 8 juin 1549, lorsque, toujours à Valognes, il fut après dîner « voyer trancher la tête à ung nommé Jacques Houppequin »[4]. Dans ce dernier cas cependant le lieu d’exécution n’est pas précisé. Peut-être s’agissait-il de la place des vieilles halles, l’actuelle place du calvaire, où sera installée la guillotine à la Révolution[5].

Au nombre des condamnés à mort dont la mémoire s'est conservée à Valognes, on trouve notamment, le 22 juillet 1543, référence à un capitaine d'origine française commandant l'un des navires d'une flottille anglaise venue tenter un débarquement sur nos côtes. Vaincu ce Millord fut contraint de se rendre au sieur Tourc qui commandait un navire Barlfeurais et « lequel pillote tout incontinent qu'il fut à terre, fut prins, lyé, et mené aux prisons de Vallongnes, audict pays de la Basse-Normandie, et présenté incontinent aux juges dudict lieu de Vallongnes pour en faire bonne et briefve justice ; attendu et remonstré ausdictz juges de Vallongnes que ledit pillote congnoissoit les lieus et places dudict pays de Normandie. Par quoi a esté condampné à avoir la teste coupée comme un trahistre et méschant à son prince naturel, ainsy que il avoit bien mérité et deservy"[6]. En 1620, on trouve encore mention du capitaine d'un navire turc, fait prisonnier dans le port d'Omonville-la-Rogue. « Pour avoir esté conducteur des ces pirates et volleurs, ou pour quelqu'autre meschanceté », ce dernier fut conduit à Valognes et là, « après avoir esté examiné et convaincu fut condamné par Monsieur le Lieutenant en l'Admirauté, à estre pendu et estranglé »[7]. Au XVIIe siècle, on fit également grand cas de l'affaire de Marie Bucaille et du père Saulnier, son confesseur. Convaincus de sorcellerie devant le tribunal de Valognes, tous deux furent condamnés à être « pendus après avoir fait amende honorable, la corde au cou, en chemise et pieds nus, devant la principale église de Valognes », puis à avoir le corps brûlé[8]. Dans ces deux derniers cas cependant, un appel porté au tribunal de Rouen permit aux condamnés d'échapper au supplice.

Il se produisait parfois que des officiers exécutent par erreur un condamné ne relevant pas de leur juridiction. Dans ce cas, l’usage voulait que l’on donne en compensation au haut justicier lésé un prisonnier de remplacement, ou bien à défaut, une effigie du supplicié. On a conservé notamment, pour l’année 1352, mention du dénommé Guiffroy Hoel, vassal de l'abbaye de Cherbourg, qui fut "conduit pour larcin aux prisons de Valognes et exécuté à tort par la justice royale". En réparation de cette bavure, les officiers de Valognes furent contraints à la remise solennelle d'une « figure » du mort aux religieux du Voeu[9].

Selon la législation d’Ancien régime, une différence de traitement distinguait les nobles, soumis à la décollation, des roturiers, qui étaient pendus. Mais les exécutions par décapitation ou par pendaison étaient loin de constituer le seul type de peine capitale appliquées en ce temps. Tandis que l’hérétique était brûlé vif et les femmes généralement enterrées vivantes[10], un sort tout particulier attendait la personne suicidée : « Sa mémoire était condamnée à perpétuité ; son cadavre attaché par l'exécuteur de la haute justices au derrière d'une charrette, était traîné par les rues et les carrefours sur une claie, la tête en bas et la face contre terre, puis suspendu par les pieds au gibet et enfin jeté à la voirie »[11].

La nomenclature des châtiments comprenait en outre de nombreuses autres déclinaisons. Le dénommé Gilles Charlot, évoqué par Gilles de Gouberville » le 14 avril 1556, eut ainsi « la teste couppée et son corps mis en quartiers ». Le 26 juin de la même année une femme fut brûlée pour avoir tué deux enfants. Les archives de l’abbaye de Cherbourg font encore état, l’an 1447, de la peine de la roue, appliquée à un faussaire, que l'on fit « tourner au pilori » sur la place du marché. En 1555, le « Compte des recettes ordinaires du domaine de la vicomté de Valognes » enregistrait, outre les règlements effectués pour les « œuvres et réparations en la geôle de Valognes » et la « fourniture de cordes pour les exécutions », le salaire perçu par l’exécuteur des sentences criminelles, comprenant « fustigations et marques des larrons, amputation, brûlement, pendaison et écartèlement de condamnés ».

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Vigiles de Charles VII (Bibliothèque nationale de France, mss fr. 5054) : exécution d'un noble

La diversité des supplices contribuait donc à faire de chaque exécution une réjouissante attraction populaire...


Julien Deshayes 

D’après enquête de 1404, publiée par : Abbé Jean CANU, Histoire d’une commune normande, Lieusaint en Cotentin, Saint-Lô, 1992, p. 29

Archives municipales de Bricquebec.

Edition des Champs, 4 vol., Bricquebosc, 1993-1994

A signaler aussi que le 4 mai 1553, il avait assisté à un procès où « le filz Jardinet, de Bricquebec, avoyt esté condemné avoyr la teste coupée ».

Celle-ci n’ayant cependant jamais été utilisée.

"La prise et la deffaicte des angloys par les bretons devant la ville de Barfleu pres la Hogue, en Normendie"

dans : Anatole de MONTAIGLON, Recueil de poésies Françoises des XVe et XVIe siècles, Paris, 1857, p. 198-201.

Histoire véritable de la prise des vaisseaux de plusieurs corsaires et pirattes Turcs, & sont prisonniers à Vallongne, Paris, 1620, p.6-7. La sentence ne sera pas appliquée, cet équipage ayant finalement été remis aux frères Mathurins pour être échangés avec des captifs chrétiens.

FLEURY (Jean), Littérature orale de la Basse-Normandie, Paris, 1883, p. 47-48. Marie Bucaille en appela au tribunal de Rouen et obtint une révision de peine : elle fut finalement condamnée à être passé trois jours de suite par les verges puis à avoir la langue percée d'un fer rouge. Elle quitta ensuite Valognes pour Jersey et mourut à Caen en 1704

DROUET (A.), La haute justice de l'abbaye Notre-Dame-du-Vœu, Mémoires de la Société académique de Cherbourg, 1910, p. 101.

DROUET (A.), op.cit.  Selon un acte de la vicomté d’Orbec daté de 1440, la nomenclature des châtiments se divisait ainsi : « trayné comme multrier

                col coupé comme traître

                escartellé pour plusieurs crimes,

                corps pendu au gibet comme larron, brigant et agresseur public de chemins »

(texte cité dans : LANTIER (Maurice), cent cinquante textes sur la guerre de Cent ans dans le bailliage de Cotentin, Archives départementales de la Manche, Saint-Lô, 1978, p. 253. Au nombre des dépenses du roi de Navarre pour la vicomté de Coutances au terme de la Saint-Michel 1360, on relève les peines suivantes : "Pour le salaire d'un bourrel qui pendit Mathie Bouvier et Guillot Poutrel qui furent pendus pour plusieurs larrecins 20 s ; Item pour le salaire dudit bourrel qui pendit Guillot Palefroy, de Percye, qui fut pendu et trayné pour plusieurs larrecins et murdres 10 s. ; Item pour justice faite de Richard Goullet qui fut pendu pour plusieurs larrecins10 s. (…) ; Pour les despens de Bernart Lengloiz qui fut noié pour cause de larrecin, tenu à Gavrey pour 70 jours, par jour 6 d ; vallent 35 s. Cité dans BEAUREPAIRE( François de),   "Le Cotentin sous Charles le Mauvais, les comptes de la vicomté de Coutances de Pâques 1356 et de Saint-Michel 1360", Recueil d'études normandes offert en hommage à Michel Nortier, Cahiers Léopold Delisle, t. XLIV, 1995, p.273-274

DROUET, op.cit. p. 102.

Le supplice du bûcher était la peine encourue pour les infanticides. Un acte du 22 mars 1477 concernant l'exécution d'une femme infanticide de Saint-Sauveur-Lendelin évoque par le détail ce type de châtiment.

Cité par : Abbé J. L. ADAM, Etude sur la ville de Valognes, Evreux, 1912, p. 211

Archives départementales de la Manche, inventaire de la série A (disparue en 1944).

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:52

Rue Barbey d'Aurevilly

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La propriété figure en 1670 dans la succession d'Arthur Levesque, écuyer, sieur des Mares, gendarme de la compagnie du roi, anobli en 1642. Saisie par des créanciers, elle sera rachetée par Hervé le Berseur, marquis de Fontenay, au profit de la veuve d'Artur Levesque, Jeanne de Crosville. En décembre 1687, cette dernière consent à la vente de son bien au profit de Etienne Duhamel, sieur de la Prunerie. La demeure se composait alors d'un "grand corps de logis où est premièrement un pavillon de pierre de taille, couvert d'ardoise d'Angleterre, dans lequel est un escalier de carreau. . . plus un autre corps de logis tenant aud. pavillon". Cette construction du XVIIe siècle figure sur le plan Lerouge, daté de 1767. En 1706, Etienne Duhamel revend l'ensemble à Charles Jallot de Beaumont, qui a laissé son nom à la propriété. Charles Jallot fut à l'origine des travaux d'extension et de modernisation de l'édifice. A sa suite, Pierre Guillaume de Beaumont, son neveu, parachève la construction en faisant appel à l'architecte Raphaël de Lozon, qui meurt en 1771 à l'intérieur des combles de l'hôtel, où il occupait un appartement. On attribue à ce dernier le dessin de l'avant-corps central, situé côté cour. Il ne semble pas que la construction ait reçue de nouvelles modifications après la mort du propriétaire, Pierre Guilaume de Beaumont, également décédé en 1771. Lors de l'inventaire après décès de Jeanne Félicité Jallot, le 29 pluviose an 3, plusieurs appartements de l'hôtel étaient affectés à l'usage de bureaux pour le tribunal révolutionnaire. A la mort de cette dernière, la propriété passe dans les biens de la famille du Mesnildot. Vendue en 1882 par Madame du Mesnildot, l'hôtel de Beaumont devient en 1897 la propriété du comte Froidefon de Florian, ministre plénipotentiaire, décédé en 1932. Depuis 1955 il est entré par héritage en possession de la famille des Courtils qui l'occupe aujourd'hui. Inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 4 novembre 1927, il bénéficie d'un classement partiel depuis le 31 décembre 1979.

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Façade sur les jardins

L'hôtel de Beaumont possède une façade sur cour en pierre de taille longue de quinze travées, ornée de chaînages d'angle traités en bossage. Son avant-corps central au dessin ondulant, couronné d'un fronton triangulaire abrite trois travées de baies en plein-cintre. Les mêmes ouvertures distinguent l'élévation des deux pavillons légèrement saillants établis aux extrémités de l'édifice. Les clefs des baies du rez-de-chaussée de l'avant-corps central sont ornées de mascarons représentant des visages de femme entourés de blé ou de raisin, symbolisant les saisons. Les baies du premier étage sont décorées de motifs rocaille très abondants. Le garde-corps en fer forgé du balcon de l'avant-corps central représente les attributs de l'amour. La corniche possède des modillons très saillants héritage de l'édifice du 17e siècle intégré à la construction. Dix oeil-de-boeuf éclairent les combles. Les armes des familles Jallot et Cairon devaient être sculptées sur les deux blasons ovales posés sur des rameaux de chêne mais elles furent bûchées. La façade sur jardin possède treize travées, l'avant-corps central ne comprend qu'une travée. Cet avant-corps est droit avec des baies couvertes en plein-cintre. Cette façade est recouverte d'un enduit au clou récemment restauré. Le fronton triangulaire est orné d'une sculpture en bas-relief de Pomone, la divinité protectrice des fruits, des fleurs et des jardins. Elle est représentée accompagnée de deux putti, assis sur un trône, tenant une corbeille remplie de fruits et de fleurs. Un des putti lui tend un bouquet de fleurs.

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Détail de l'avant corps de la façade sur cour, dessin par Charles JOUAS, 1941

 

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:46

Rue de Poterie (n°24) édifice disparu

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Localisation de l'hôtel des Bazan sur le plan Lerouge, 1767

Cet hôtel situé au bas de la rue de Poterie appartenait à la fin du XVIIe siècle à Pierre (II) Bazan (1640-1715), seigneur de Querqueville et de Montaigu la Brisette, fils de Guillaume Bazan (écuyer, lieutenant général au bailliage de Cotentin) et de Jeanne le Jay. A la mort de Pierre Bazan, en 1715, la propriété est partagée entre les deux sœurs du défunt, Gabrielle (épouse de Jacques Barbou de Plainmarest) et Jeanne (veuve de Jacques Gigault d’Hainneville), ainsi que son neveu, Jean-François Hervieu (fils de sa troisième sœur feue Louise Bazan), et sa veuve, Marie-Thérèse Fouquet. L’inventaire après décès du sieur Bazan décrit un édifice abritant une cuisine, un office, une cave à vin, une autre cave avec une salle à côté, une écurie et une remise à carrosse en rez-de chaussée. A l’étage de l'aile sur rue se trouvait une chambre, située au dessus du passage charretier, un cabinet et une autre chambre. Une aile en retour placée côté cour abritait « la chambre où est décédé ledit feu seigneur de Montaigu, un cabinet, une autre petite chambre en galtas, le grenier dessus, la chambre dessus la cuisine, le grande salle, dans le haut de l’escalier, la chambre dudit seigneur, un cabinet ouvrant dans ladite chambre, un grenier, un grenier dessus la chambre des filles, la chambre de ladite veuve, le cabinet de ladite chambre ».

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Portail sur cour et détail d'un angle de la façade de l'hôtel des Bazan (à droite), carte postale ancienne, vers 1910

(A gauche, les arrières de l'hôtel de Vauquelin, siège des industries Bretel)

Le 12 juin 1748, après la mort de la veuve de Pierre Bazan, François-Robert Barbou sieur de Varennes, Pierre-Augustin Barbou seigneur et patron de Querqueville et Jean-Jacques Gigault sieur de Bellefonds, vendent l'hôtel à Claude Pardon de Belair, aubergiste à Valognes. L’hôtel possédait alors quatre boutiques situées en rez-de-chaussée d’un corps de logis situé sur la rue de Poterie, séparées par une porte cochère donnant accès à la cour. L'aile sur cour abritait un salon et un office ainsi que des chambres et cabinets à l’étage. L’ensemble, avec ses cours et jardins, jouxtait alors la propriété de Charles du Mesnildot, seigneur de Vierville (Hôtel de Vauquelin) et s’étendait aussi sur un vaste enclos joignant la chasse Greville (au sud) et la chasse Marmion (au nord).

Dix ans plus tard, en 1758, le sieur Pardon de Belair revendait l’auberge du Grand-Turc à Antoine Basile Lienard. En 1766, ce dernier concédait une partie de ses écuries, faisant enclave sur la propriété voisine, au profit du comte de Tourville (Hôtel de Tourville). En 1768, John Scandrett Harford, anglais de passage à Valognes donnait de l’édifice la description suivante : « une très belle auberge dont je pensais initialement qu’il s’agissait d’un hôtel, il y avait une rampe en fer peinte et dorée, mais si poussiéreuse qu’il en était trop difficile d’en distinguer les détails ; les escaliers en pierre étaient dans le même état, la chambre que nous occupâmes était une chambre à deux lits, très joliment meublée, le plafond finement peint, les chaises recouvertes d’un damas rouge et or[…]la chambre où M. Elton s’installa était très belle et très haute, le plafond très beau… » .

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Aperçu de la façade sur une carte postale ancienne, vers 1900

Le corps de logis situé en fond de cour fut démoli en mai 1866. Furent alors mis en vente « un superbe escalier en pierre calcaire, parfaitement conservé, à jour carré, paliers de repos portés par des colonnes, avec sa rampe en fer, style Louis XIV ; deux magnifiques plafonds de salon, de même époque, avec encadrements et ornementations en chêne sculpté, d'un grand mérite et faciles à démonter, des toiles de valeur forment le fond de ces plafonds ; une cheminée de salon du même genre, avec le trumeau de dessus et diverses boiseries » (Les plafonds furent alors achetés par le comte de Pontgibaud pour être remontés au château de Fontenay à Saint-Marcouf, détruit en 1944).

L’hôtel des Bazan a été intégralement détruit par les bombardements américains de juin 1944.

S. Javel/J. Deshayes pah Clos du Cotentin

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