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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:41

2, rue de Wéléat.

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L'hôtel de Banville a été construit dans le second quart du XVIIIe siècle, par Françoise Osber, veuve de Charles Patny, sieur de Banville, qui le vend achevé, en 1747, à sa mère, Jeanne-Françoise Osber. L'acte de vente précise bien qu'il s'agissait d'une maison "faite construire par ladite dame de Banville". Le 1er août 1768, la propriété est revendue par les deux gendres de Françoise Osber à Charles Auguste Traynel sieur de Saint-Blaise (à Bricquebec) seigneur de Bolleville.

L'édifice présente une façade austère, régulièrement ordonnancée, composée de cinq travées et de deux niveaux d'élévation. Les baies du rez-de-chaussée à linteau cintré se distinguent des fenêtres du premier étage à simple linteau droit. Cinq lucarnes prolongent à hauteur des combles l'ordonnance de la façade. Un bandeau horizontal courant à hauteur d'appui des fenêtres du premier étage. La porte d'entrée, accessible par un perron de quelques marches, est située sur la travée centrale. Le mur pignon ouvrant du côté de l'hôtel de ville est percé de deux travées de fenêtres et d'un oculus. La façade sur jardin est identique à l'élévation sur rue.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:35

70, rue des Religieuses

L'hôtel d'Aboville figure de manière peu distincte sur le plan Lerouge de 1767.

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Le 15 Mai 1773, Charles César du Mesnildot vend la propriété à Robert de Gourmont, seigneur de Saint-Germain-de-Varreville. L'édifice comprenait alors une cuisine, deux salles, une laverie, un office et un cabinet en rez-de-chaussée et quatre chambres et deux cabinets au premier étage. Robert de Gourmont meurt en 1791 mais le partage de ses biens n'est effectué qu'en 1801. Sa cinquième fille, Marie Adélaïde Charlotte de Gourmont, hérite alors de l'hôtel. En 1842, suite au décès de cette dernière, son époux nommé Pierre Ange Revel, se remarie avec Eugénie Augustine d'Aboville qui laissera son nom à la propriété. L'hôtel d'Aboville abrite depuis 1968 la Maison Familiale Rurale.

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Façade principale sur rue, malheureusement privée de son enduit

L'élévation sur rue de l'hôtel d'Aboville se compose de huit travées et de deux niveaux d'élévation. La façade désormais dépourvue de son enduit laisse apparaître son parement en moellons, avec des joints tirés à la pointe, donnant une impression de régularité. Initialement, la porte cochère était décalée à droite de la façade. A une date inconnue, elle fut démontée et replacée au centre de l'élévation, c'est pourquoi la fenêtre située à gauche de la porte cochère ne possède qu'un seul vantail, anomalie provoquant une asymétrie dans l'élévation de la façade. Cette porte cochère est encadrée de pilastres en creux et surmonté d'un épais linteau cintré orné d'une moulure en creux. La porte cochère actuelle ouvre sur un long corridor donnant accès à un jardin en terrasse. Trois soupiraux situés sur la partie droite de l'édifice éclairent un niveau de soubassement, partiellement aveugle en raison de la déclivité de la rue. Les baies du rez-de-chaussée, couvertes d'un linteau cintré, se distinguent des fenêtres du premier étage, coiffées d'un linteau droit. Les fenêtres du premier étage se signalent aussi par leurs appuis ondulants - caractéristiques des hôtels valognais du milieu du 18e siècle - et leur petit garde-corps en fer forgé. Quatre lucarnes éclairent les combles. Les chambres ont conservé leurs boiseries jusqu'au début des années 2010 mais une rénovation récente, co-financée par le Conseil régional et par le conseil général de la Manche, aurait engendré leur suppression. Les huisseries anciennes ont également été remplacée par du pvc, avec volets roulants : un remarquable contre exemple de mise en valeur du patrimoine, aux abords de plusieurs édifices inscrits aux Monuments historiques ! 

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Ancien portail charretier : les huisseries en matière plastique

sont venues remplacer le bois de chêne des huisseries primitives

Devenu une école d'enseignement rural, l'édifice a été augmenté à l'époque moderne d'une aile en retour abritant la cantine. A noter également, la fontaine extérieure et une curieuse niche à chien en pierre de style Louis XVI.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:26

(Edifice disparu)

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L'hôtel de Gouberville sur une carte postale ancienne (coll. C. Dréno)

Le 8 Mars 1715, Jean Jacques Folliot, sieur des Carreaux, propriétaire de l'hôtel de Touffreville, vend à Pierre Lefevre des Londes, marchand bourgeois, conseiller du Roi, changeur et premier échevin de la ville de Valognes, un terrain correspondant à l’assise foncière du futur hôtel de Gouberville, et comprenant alors un jardin potager planté d’arbres fermé de murailles, avec emplacement d'un lavoir. Il est précisé dans l'acte de vente que l'acquéreur souffrait "sur ledit jardin à lui vendu le droit de larmier d’un pavillon ou autre bâtiment de 24 pieds de face ou largeur du côté dudit jardin que ledit seigneur vendeur pourra faire faire quand il luy plaira". Ce terrain, toujours non bâti, est revendu en 1730 à Jean François Levéel. En 1740, ce dernier règle avec ses voisins des problèmes de mitoyenneté, manifestement dans le but de mener à bien la construction de son hôtel. En 1743 sont également mentionnés des travaux de canalisation, effectués par Vincent Samuel, "maçon et entrepreneu d'ouvrages", visant à assainir la propriété. L'édifice est vraisemblablement achevé lorsque, le 28 février 1761, y est dressé l'inventaire après décès de Anne Escoulant, épouse de Jean-François Levéel. Le 27 Août 1812, la propriété est vendue par Jean Thomas Gallis Mesnilgrand, tuteur des héritiers de Michel Levéel, à Marie-Joséphine-Olympe d’Orange, épouse de Louis Constantin de Gouberville. Propriétaire né en 1773, Louis Constantin de Gouberville avait été reçu en 1786 parmi les chevaliers de l'ordre de Malte et il mourut à Valognes en 1848. 

L'édifice abritait lors de cette vente "cuisine, laverie, salle à manger ou salon à manger, salle à manger à côté, cabinet de compagnie, salle sur la cour, une autre salle" ainsi que sept chambres et deux cabinets à l'étage. Une seconde aile abritait encore quatre autres chambres à l'étage, probablement situées au dessus des écuries. Le niveau de soubassement du corps de logis principal contenait également "la cave sous la cuisine, une autre cave, le caveau". La bibliothèque se trouvait isolée dans un appartement dit se situer "au bout de la maison ayant accès par un escalier donnant dans et le jardin", et ce document mentionne également un cabinet de travail situé sur la porte cochère donnant accès à la cour de l'hôtel.

La façade sur jardin de l’hôtel de Gouberville était composée de six travées ordonnancées et de deux niveaux d’élévation. Les baies du rez-de-chaussée de l’élévation sur jardin étaient couvertes d’un linteau cintré, tandis que celles de l’étage étaient coiffées d’un simple linteau droit. Des lucarnes, inscrites dans l’axe des travées, éclairaient les combles. La porte d’entrée, légèrement décalée sur la droite de la façade, donnait accès aux jardins en terrasse par un important perron. Le jardin public actuel de la ville de Valognes occupe une large portion du terrain de l’ancien jardin de l’hôtel de Gouberville. Une carte postale ancienne montre que l'édifice était pourvu d'une orangerie couverte d’un toit en terrasse bordé d'une balustrade, et éclairée par de grandes ouvertures coiffées d’arc de plein cintre.

L’hôtel de Gouberville a été totalement détruit par les bombardements américains de Juin 1944.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:18

 

46, rue Henri Cornat

L'hôtel de Carmesnil appartenait à la fin du XVIIe siècle à Barbe Martin, veuve depuis 1713 de Jacques de Cussy, sieur d'Armanville, qu’elle avait épousé en 1647. Par héritage, la propriété se transmet ensuite à son fils, Jean-René de Cussy d'Armanville, chevalier, seigneur de Teurthéville-Hague, de Nouainville, de Montfiquet et autres lieux, lieutenant « es ville et chasteau de Valloingnes », commandant pour le roi en la ville de Valognes, puis à son petit-fils, Jean-Gabriel de Cussy. Entré ensuite en possession de Jean-Antoine de Beauvalet, officier du roi, seigneur de Durécu, l’hôtel est revendu en mai 1757 à Charles-Jacques-Michel d'Auxais, sieur de Sainte-Marie, puis à nouveau cédé par ce dernier, le 4 février 1758, à Messire Philippe-Antoine-François de la Motte-Ango, seigneur et patron d'Anneville, Hémévez et autres lieux. Le 18 décembre 1767, François de la Motte-Ango cédait l'hôtel à Messire Thomas-Hervé de Béatrix, écuyer, sieur de Mesnilraine,capitaine commandant au régiment de milice garde-côtes de la Hougue. Après le décès celui-ci, sa veuve et ses fils revendent en février 1784 la propriété à Guillaume Besnard, sieur du Chesne, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel au baillage de Valognes, qui fut élu en 1789 député du Tiers-Etat pour le grand baillage de Coutances et devint ensuite président du tribunal de Valognes. Décédé le 19 aout 1826, Guillaume Besnard transmet en héritage l'hôtel à mademoiselle Antoinette-Marie Dubourdieu, la soeur d'Angélique-Geneviève Dubourdieu qu'il avait épousé à Valognes le 16 mars 1793. Lors du décès d'Antoinette-Marie, survenu le 22 novembre 1831, la propriété est transmise en héritage à Mademoiselle Florentine-Rosalie-Honorine Huel-Cabourg. Le 8 janvier 1832, cette dernière revend son bien à Monsieur Louis-Charles de la Motte-Ango, vicomte de Flers. La demeure est ensuite cédée par les héritiers du vicomte à Louis-Auguste Blanche, qui la vend à son tour, le 24 décembre 1836, à Antoine-Emilien baron Gay de Taradel. Le 13 mai 1837, l'hôtel de Carmesnil entre en possession de Arsène-Maurice le Mouton de Carmesnil, qui lui a laissé son nom. Entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, la propriété abrite la distillerie Duchemin, fabriquant de liqueurs et d'eau de vie de cidre, qui y emploie jusqu'à une centaine d'ouvriers.

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Hôtel dit de Carmesnil, façade antérieure

L'hôtel de Carmesnil, implanté en bordure d'un vaste parc boisé, est constitué d'un corps de logis de plan massé à mur pignon sur rue. La comparaison entre le plan de Lerouge de 1767 et le plan de Valognes de 1880 semble indiquer que la propriété a été assez largement modifiée entre ces deux dates. Le corps de logis, bâti vers le milieu du XVIIe siècle, est en outre venu prendre appui sur une construction antérieure, datant probablement de la Renaissance, dont il subsiste quelques vestiges dans la construction actuelle. Cette demeure d'époque Louis XIII a conservé sa silhouette massive, coiffée d'une haute toiture en pavillon, et ses corniches à modillons. Elle fut cependant très remaniée au XVIIIe siècle, en particulier par l’insertion d'un faux avant corps et une reprise des ouvertures. Il en résulte une façade ordonnancée organisée autour d'un faux avant-corps central, large d'une travée unique, appareillé en pierre de taille et intégrant en partie haute une fenêtre de comble logée sous un fronton triangulaire. La porte d'entrée principale, intégrée à l'avant-corps central, est desservie par un escalier extérieur en fer-à-cheval. A l'étage, une porte-fenêtre ouvre sur un balcon à garde-corps en ferronnerie, soutenu par des consoles en volutes. Les niveaux supérieurs de la façade principale sont intégralement recouverts d'un enduit au clou, tandis que l'étage de soubassement et la façade postérieure sont traités en moellon apparent. A l'intérieur de l'édifice, le grand salon et la chambre principale ont conservé leurs boiseries, datant de l'extrême fin du XVIIIe siècle ou du début du siècle suivant. Le parc a conservé une pièce d'eau longue d'une soixantaine de mètres bordé de part et d'autre par une large promenade et un pavillon de jardin, qualifié dans un acte du XVIIIe siècle de "pavillon chinois". L'organisation des bosquets et des jardins a été mis au goût du jour au début du XIXe siècle dans le style paysager et romantique. De nombreux arbres ont été plantés autour d'une vaste pelouse ondulée masquant en partie l'hôtel, que l'on découvre entre les frondaisons. Le bassin a été agrémenté d'une île plantée de deux cyprès chauves. Un jardin potager occupe une partie des anciens parterres. La plupart de ces apports semble attribuable à Guillaume Besnard Duchesne, propriétaire des lieux entre 1784 et 1826.

Les bâtiments de l'ancienne distillerie Duchemin, situés sur l'arrière de la propriété, sont aujourd'hui désaffectés. 

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Etiquette commerciale des distilleries Duchemin, où figure l'hôtel de Carmesnil

Stéphanie JAVEL et Julien DESHAYES

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 09:49

Dans une étude restée inédite, Alain Prévet a bien souligné le rôle déterminant des commanditaires dans la conception de ce château peu ordinaire. Jacqueline d’Estouteville, héritière de la baronnie de Bricquebec, avait épousé en 1509 son cousin germain Jean III, qui rassemblait ainsi entre ses mains les immenses possessions des deux branches de l’illustre famille normande. Jean d’Estouteville fut élevé à la cour de Moulin, le « premier chantier véritablement influencé par la Renaissance italienne », au temps des expéditions ultramontaines de Charles VIII. Employé aux affaires du roi, il effectua ensuite lui même plusieurs voyages en Italie. Revenu sur ses terres normandes, il continua cependant à fréquenter la cour, alors établie à Blois, où Pacello da Mercogliano s’afférait à la création des nouveaux jardins. A la mort de Jean III, en 1517, Jacqueline réside ponctuellement à Bricquebec, où sa présence est attestée en 1524, et où elle reçoit, en avril 1532, la visite du roi François 1er en voyage en Normandie.  Son épitaphe précise qu’elle décéda le 10 août 1550 « en la Galerie du jardin de son châsteau de Bricquebec ». Ce document constitue la plus ancienne source écrite relative à l’édifice.

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Façade orientale, d'après une carte postale ancienne

Adrienne d’Estouteville, fille unique et seule héritière de Jean III et de Jacqueline, épouse en 1534 François de Bourbon, duc de Saint-Paul. Dame de compagnie de Catherine de Médicis, elle est aux premières places lors des cérémonies du Sacre et figure immédiatement après la reine lors de son entrée parisienne du 18 juin 1549. Durant les années suivantes, entre 1552 et 1560, les séjours effectués par Adrienne Estouteville à Bricquebec sont partiellement documentés par le « Journal des Mises et receptes » de Gilles Picot, sire de Gouberville. Au grès des visites de courtoisie qu’il effectue chez « Madame », en sa « galerye », Gilles de Gouberville mentionne ponctuellement la chambre de Madame, la salle, la « table du Conseil » et la « sale de Beauvays ».

A la mort d’Adrienne, en décembre 1560, l’héritage familial revient à Marie d’Estouteville, qui fera passer Bricquebec à son troisième époux, Léonor d’Orléans, duc de Longueville, puis, par sa fille Léonore, à la famille de Matignon.

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Plan du bourg de Bricquebec en 1786, détail du château des Galleries

 Situé au centre du parc seigneurial avoisinant l’ancienne forteresse des sires de Bricquebec, le château des Galleries fut d’emblée conçu dans la plus étroite relation avec son environnement paysager. Le corps de logis en rez-de-chaussée surélevé, étendu tout en longueur sur dix-huit travées, révèle à l’analyse une évolution complexe, résultant d’au moins quatre phases de construction successives.

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Détail de la galerie primitive d'après une carte postale ancienne

La partie sud de la façade orientale, nettement différenciée du reste de l’élévation, se compose d’une galerie d’arcades de huit travées, reposant sur de grêles colonnes engagées à chapiteaux composites. L’alternance des socles formant saillie sur la partie basse du mur indique peut-être une subdivision des arcades en deux baies jumelles, aujourd’hui effacée par l’insertion de fenêtres à meneaux. Selon une interprétation désormais admise, cette petite structure, parfaitement raffinée, constituait initialement un édicule de jardin, galerie ouverte servant de pavillon de plaisance lors de promenades ou de fêtes en plein air. Le style des chapiteaux à fûts circulaires, sur lesquels l’acanthe se mêle de grappes de fruits, de cornes d’abondance et de figures d’atlantes, s’inscrit assez nettement dans la filiation des œuvres produites par la première Renaissance caennaise, dans les années 1530, et notamment de l’hôtel d’Escoville. Par sa fonction, l’édifice participe également d’un engouement pour les petites constructions de plaisance italianisantes, destinées à l’agrément et à l’ornement des jardins, qui apparaît fortement marqué autour de la capitale régionale. Ces relations semblent confirmées par le matériau employé sur cette portion de bâtiment, un  calcaire tendre et ocré provenant de la région de Caen.

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Chapiteau de la galerie primitive des Estouteville, vers 1530.

Lors d’une seconde phase de construction, le corps de portique initial fut fermé par des fenêtres à meneaux et  augmenté au nord de huit nouvelles travées délimitées par des pilastres à chapiteaux. Le style de ce décor sculpté, constitué d’un répertoire varié de corbeilles à protomes, grappes de fruits, putti et autres ornements, s’inscrit encore dans le contexte d’une Renaissance précoce, sans doute inspirée de modèles caennais. Une comparaison peut notamment être suggérée avec les sculptures de la chapelle du château de Fontaine-Henry, édifiée vers 1540 par l’atelier de Blaise le Prestre. En revanche, le détail des baies à meneaux chanfreinés à amortissements prismatiques qui agrémentent cette portion de la façade, et qui furent dans le même temps insérées sous les arcades de la galerie primitive, relève d’un vocabulaire plus ordinaire, commun avec de nombreux manoirs ou petits châteaux du Clos du Cotentin. Compte tenu des sources relatives au décès de Jacqueline d’Estouteville, le 10 août 1550 « en la Galerie du jardin de son châsteau de Bricquebec » et aux visites successives de Gilles de Gouberville à partir de 1552, on peut admettre sans trop de risque que l’extension fut antérieure à 1550. Ces aménagements visaient clairement à une affectation résidentielle de l’édifice. Ils correspondent vraisemblablement à la volonté de Jacqueline d’Estouteville de se constituer un nouveau séjour, à l’écart de la forteresse médiévale de ses prédécesseurs.

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La façade occidentale d'après une carte postale ancienne


La formule du corps de logis constitué d’un unique niveau de plain pied sera reproduit localement aux châteaux d’Amfreville, d'Etienville, de Sainte-Colombe ou bien encore au château de Tournebut, à Saint-Germain-de-Tournebut. Aux Galleries toutefois, ce rez-de-chaussée est en réalité surélevé sur un niveau de soubassement, dont l’existence est uniquement perceptible en façade ouest. Selon un processus relativement courant d’inversion de l’orientation de l’édifice, cette élévation postérieure fut en effet réaménagée au cours d’une troisième phase de construction, pour devenir la façade principale, face à la partie boisée de l’ancien parc seigneurial.

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Escalier de la façade ouest

L’analyse de cette phase III reste tout à fait sommaire. Les solutions décoratives qui sont employées sur l’élévation occidentale des Galleries initient le style sobre de « l’école cotentinaise », identifiable notamment par l’emploi de petits jours doubles et le recours constant au motif du fronton triangulaire couronnant les baies de la façade. Aux Galleries toutefois, la modénature arrondie des meneaux des grandes fenêtres diffère de la section strictement rectangulaire, employée systématiquement dans les édifices de la seconde Renaissance cotentinaise, et au nombre desquelles il convient principalement de citer les châteaux de Sotteville, Crosville-sur-Douves, Chiffrevast et la Cour de Saint-Martin-le-Hebert. Ce détail, aussi infime soit-il, traduit selon toute vraisemblance l’antériorité des Galleries et son caractère innovant et précurseur par rapport à ces diverses constructions. L’escalier en fer à cheval menant à un porche surélevé couvert d’un toit à l’impériale constitue le morceau de bravoure de cette élévation dont la nouveauté tient aussi au report des fonctions serviles dans l’étage de soubassement et, par opposition, à la définition d’un étage noble formé d’un déploiement d’espaces en enfilade. En raison de ces critères d’approche, et du silence de Gilles de Gouberville concernant d’éventuels travaux menés avant 1560, il convient sans doute d’attribuer ce programme à Marie de Bourbon, fille de Jacqueline d’Estouteville et de situer cette phase de la construction dans le dernier quart du XVIe siècle.

Julien Deshayes

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 15:18

 

Note de synthèse provisoire

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Une origine antéireure au Moyen-âge ?

Selon un état manuscrit de la baronnie de Bricquebec rédigé en 1786 il est indiqué que "La tradition des anciens veut qu’il y ait eu (à l'Etang Bertran) un château et des fortifications. Cela est vraisemblable, mais il n’en est resté aucun vestige"..

Charles de Gerville avait repéré, au tout début du XIXe siècle, des traces d'occupation antique le long de la rivière, et l'abbé Lebreton, prêtre érudit (on lui doit la destruction de l'ancienne église romane de Bricquebec et son remplacement par une meringue néo-gothique), mentionne  au début du XXe siècle  l'existence d'un camp romain au lieu-dit Grand-camp, sur un plateau dominant au sud un méandre de l'Ouve. Lebreton affirme également "alors que la grande commune de Bricquebec n'était guère qu'une vaste forêt, la principale agglomération des habitants se trouvait à l'Etang-Bertrand". L'hypothèse d'une occupation antique de ce retranchement et celle d'une antériorité de cette agglomération sur celle de Bricquebec, ne sont malheureusement étayées par aucune source écrite ni par aucune découverte archéologique déterminante. L'intérêt stratégique du site, contrôlant un franchissement de l'Ouve sur la chaussée d'un axe routier majeur (connu depuis le XIVe siècle sous le nom de Carrière-Bertran) est cependant assez manifeste pour avoir justifié l'établissement d'une fortification à cet emplacement.

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L'église Saint-Siméon

La chapelle Saint-Siméon de l’Etang n’est à ma connaissance citée dans aucune source médiévale. Ni le Livre Noir (v. 1280), ni le Livre Blanc ou Pouillé du diocèse de Coutances (1332) n’en font état, pas plus que le cartulaire de la baronnie de Bricquebec, qui cite en revanche les chapelles du château, de Sainte-Croix-de-Bois et de Saint-Blaise des Ys. La première occurrence rencontrée est celle de la carte de Mariette de la Pagerie (1689). La Chapelle Saint-Siméon figure également sur la carte de Cassini, apparemment à son emplacement actuel. En 1786 enfin, il est indiqué que « Dans ce village est situé la Chapelle de l’Estang à la collation de la dame du lieu, dont le titulaire à le droit de mettre ses bestiaux dans la prairie de la salle, depuis le mois d’août jusqu’au premier avril ». L’abbé Lebreton signale que l’édifice était desservi à la Révolution par un dénommé Robert Chappey, puis qu’elle le fut par un vicaire de Bricquebec. Il précise également que la construction du presbytère fut entreprise en 1833 par M.Delacotte (1831-1843), et achevée par son successeur, M. L’abbé Langlois. Officiellement, la création de cette paroisse ne date cependant que de 1845. C'est donc à juste titre que L’abbé Lebreton précise que l’édifice faisait fonction de paroisse longtemps déjà avant l’érection de l’Etang-Bertran en commune autonome (1895).

A mon sens, il est probable que cet édifice existait bien en effet depuis une époque reculée et qu'il bénéficiait, dès l'époque médiévale, de fonctions curiales presque aussi étendues que celles d’une paroisse.  En faveur de cette hypothèse, on peut notamment citer, à titre de comparaison, l’exemple de la chapelle de Hautmesnil, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, exerçant en 1318 les fonctions curiales d'une église (baptêmes, enterrements, mariages…), mais qui n’est pas citée non plus dans les inventaires ecclésiastiques des XIIIe et XIVe siècles. Le silence des sources écrites traduit probablement l'embarras des autorités diocésaines face à l'existence de ces sanctuaires "non déclarés", subsistant manifestement hors de tout contrôle épiscopal à l'usage de communautés d'habitants résidant au cœur des marais ou des forêts…

L’abbé Lebreton indiquait dans son ouvrage publié en 1902 que l’église « ogivale » avait « été construite, il y a une trentaine d’années ». Cette mention convient assez bien avec l’aspect de l’édifice actuel. On se souviendra que l’existence de cette église neuve incitera en 1895 les paroissiens de l’Etang, qui ne souhaitait pas participer au financement de la nouvelle église de Bricquebec, à obtenir, en même temps que Rocheville, leur érection en commune autonome.

 

Cet édifice en grès local adopte un plan orienté en croix latine, avec tour de clocher portant sur la chapelle latérale sud, située à la jonction du chœur et de la nef. Bien qu’elle semble correspondre à un projet unique, cette disposition est commune à de nombreux édifices religieux du Cotentin, construits par agrégation progressive de divers éléments (les chapelles venant généralement s’ajouter, à partir des XIVe et XVe siècles, à une nef et un chœur plus anciens). La forme ovoïde du clocher coiffé « à l’impérial », encadré d’une balustre à quadrilobes ajourés, constitue la principale originalité de cette architecture. Il faut sans doute le rapprocher de celui de l’église abbatiale de la Trappe de Bricquebec  Le mobilier intérieur recèle peu d’éléments anciens : quelques éléments de retables, aujourd’hui visibles dans la chapelle nord, sont datables du XVIIe siècle.

Le tympan du portail occidental est sculpté d’une représentation assez maladroite de la Résurrection du Christ. Jésus s’élève dans les nuées tandis qu’un ange supporte le couvercle du sépulcre. Deux légionnaires romains assoupis occupent le premier plan. Au revers de la façade, un second tympan illustre la déploration du Christ mort.

 

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Statue de saint Siméon (Cliché de la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche).

 

Le vocable de  Siméon le Stylite, saint ermite mort à Antioche en 459, est assez rare. Un vocable identique désigne une chapelle située à Portbail, qui servait jadis aux offices paroissiaux. Siméon le Stylite figure également sous forme de statue dans la chapelle Sainte-Anne, anciennement Sainte-Croix des Bois, de Bricquebec. D’après la carte de Mariette de la Pagerie, une autre chapelle Saint-Siméon[2] existait à Quettetot, à l’intérieur d’une portion de la forêt de Bricquebec jadis nommée le « bois de la Houlette ». A Quettetot, il existe aussi dans l’église paroissiale une statue d'époque Renaissance représentant cette fois le vieillard Siméon des évangiles. On retrouve encore le  vieillard Siméon sous forme de statues des XVe et XVIe siècles conservées dans les églises de Breuville, Neuville-en-Beaumont et Aumeville-Lestre[3]. En Cotentin, l'église Saint-Georges de Néhou abritait au XVIIe siècle un autel et une chapelle dédiés à l'un des deux Siméon, mais elle a disparu depuis. Sur la frontière du Cotentin et du Bessin, il existe à Neuilly-la-Forêt une fontaine réputée miraculeuse consacrée à saint Siméon, et à Sainte-Honorine-des-Pertes subsistent les ruines d'une chapelle saint Siméon, qui faisait avant guerre l'objet de processions populaires. A Honfleur - bourg portuaire jadis placé pour partie sous le contrôle des Bertran de Bricquebec - se trouve une ferme Saint-Siméon, célèbre pour avoir abrité de nombreux peintres de la côte Fleurie.

Dans le secteur de Bricquebec, la dévotion au saint ermite oriental a peut-être été diffusée à partir du XIe siècle par les chanoines de la baronnie, auxquels revenait la charge de l'encadrement religieux des populations forestières vivant dans l'orbite du château de Bricquebec. Disposant eux-mêmes d'un ermitage isolé dans les bois, non loin de l'Etang-Bertran, ces chanoines lettrés avaient sans doute une connaissance précise de la vie de ce fou de Dieu qui vécut plusieurs années au sommet d'une colonne.

 

 

Le bourg de l'Etang

Le bourg de l'Etang-Bertran est une petite agglomération située à environ cinq kilomètres du château de Bricquebec. L’habitat s’y regroupe autour d'un ancien moulin seigneurial et d’un pont routier, formant chaussée sur la "carrière Bertran", une route médiévale menant de Bricquebec à la baie des Veys. Bien qu’il disposât de sa propre chapelle, ce village était anciennement compris dans le très vaste ressort territorial de la paroisse de Bricquebec.

Un coutumier rédigé en 1300 et un aveu de 1456 de la baronnie mentionnent conjointement, les "bourgeois de Bricquebec et de l'Etang", confirmant donc que les habitants de ce village jouissaient de franchises propres aux tenures en bourgeoisie. La notion de bourg implique également l'existence d'un marché hebdomadaire, permettant les échanges commerciaux et le développement de l'artisanat. En 1325, par concession royale, Robert Bertran, seigneur de Bricquebec, obtint en outre la création d'une foire au bourg de l'Etang, le jour de la Saint-Nicolas (en mai).

Un acte de juillet 1241 relatif à la concession de moulins et de terres appartenant à Guillaume de Magneville, seigneur de Magneville, au profit de Robert Bertran de Bricquebec, évoque la rente d'un quartier de froment à percevoir de Ruffo de l'Etang et une autre rente de quatre sols, huit deniers, deux pains, deux poules et vingt œufs dus par Robert Forgeron (ou le forgeron) de l'Etang. Cet acte évoque aussi "la terre des fourniers" (terram fornellorum) qui se situait dans le même secteur. On perçoit timidement, à travers de tels patronymes, l'existence de cet artisanat local.

Il est encore question du bourg en 1786 dans les archives de la baronnie de Bricquebec : « l’Etang Bertrand, a retenu le titre de bourg, et jouit en effet du droit de bourgeoisie, et il n’y a pas un siècle qu’il y avait encore un marché, des foires, qui ont été transférées au bourg de Bricquebec » .

 Etang Bertran BM Cherbourg

Plan du pont et des moulins de l'Etang Bertran vers 1780    

Les moulins

 Les seigneurs de Bricquebec possédaient la jouissance de plusieurs cours d’eau situés sur le territoire de leur baronnie :

"L’Ouve, depuis le pont de Sottevast jusqu’au « moulin de la Fosse en Golleville au lieu-dit le Gravier où il y a encore de présent quelques masures de murailles » (aveu de 1696)

La Sye, depuis sa source, située à Saint-Martin-le-Gaillard, jusqu’à son débouchée dans l’Ouve".

Ils exerçaient sur ces rivières plusieurs droits, dont le droit de curage, permettant : « sur l’annonce qui était faite par le procureur de la justice du seigneur, qui fixait un jour pour cette corvée générale, tous les vassaux étaient tenus de venir curer les douves et fosses du château, les étangs et réservoirs, les rivières ». Ils avaient le droit d’établir des pêcheries et possédaient plusieurs moulins, situés à Bricquebec, Négreville, Magneville, le Vrétot et Surtainville. On apprend aussi par ces documents que les vassaux des barons de Bricquebec étaient tenus de plusieurs devoirs liés aux différents moulins : « à cause ded. Moullins m’appartiennent et sont deubz plusieurs services particuliers, tant de charriages de meulles au grain, réparations de chaussée, carier les (  ) que autrement : Et sont tenus mes hommes de mad. Seigneurie subjectz aller faire moudre leurs bleds ausd. Moulins, sous peine de forfaiture ».

Le moulin de l’Etang-Bertran est signalé pour la première fois dans un document de peu antérieur à 1204, faisant état de la donation aux prêtres de la chapelle Sainte-Croix (actu. Ste-Anne) d’une rente de 22 quartiers de froment à prendre sur le moulin de « l’Estanc ». L’acte  mentionne également le don de la dîme des anguilles de la pêcherie de ce moulin et de la pêcherie située sous le moulin (« decimam anguillarum piscature ejusdem molendini et piscaturam quam habere consueverunt sub eodem molendino »).

Etang-Bertran

Le pont de L'Etang-Bertran sur une carte postale ancienne

L’Estang-Bertran est de nouveau cité dans un aveu rendu en 1456, indiquant qu’il y existait encore un moulin mais qu’il « souloit en avoir deux », ce qui signifie qu’un des moulins avait été détruit ou laissé en ruine. En 1786, il est précisé que le moulin de l’Etang « consiste en deux roües, l’une pour le froment et le sarrazin, l’autre pour l’orge. Tous les instruments servant à faire farine appartiennent à la dame du lieu. Le droit de moute est au 16e. Il mout toute l’année, les eaux y sont suffisantes ». Le moulin était alors affermé à Jean Levéel, moyennant 2200 livres de fermage, englobant aussi 19 vergées de terres et herbages. Ce document indique aussi que « les individus sont le meunier et son épouse, quatre enfants dont l’aîné à 9 ans et cinq domestiques. Payent au roi 300 livre d’imposition et 40 livre de sel ». Il est encore précisé que « le moulin a besoin d’un corps de bâtiment pour loger le meunier et sa famille, attendu qu’il n’y a qu’une chambre à ce moulin, et qu’il est obligé de louer dans le village ».

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(J. Deshayes, 14/03/2004)

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 12:04

 

2, place du Calvaire

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L'hôtel de Baudreville sur un plan de la place des Capucins, vers 1780

L’hôtel de Baudreville est situé à l’angle de la place du Calvaire (anciennement place des Vieilles Halles) et de la rue des Capucins. La constitution de la propriété peut être attribuée à Jean-François de Thieuville qui, par achats successifs effectués entre août 1759 et avril1763, rassemble trois maisons voisines d'inégale valeur. Le premier lot, cédé par le sieur Delaville "docteur en médecine demeurant en la ville de Cherbourg", pour moins de 2000 livres, était constitué par une modeste demeure nécessitant "un besoin pressent de réparations". Le second lot, comportant notamment un cabinet de compagnie, deux chambres et six cabinets, fut cédé le 13 mars 1761, pour la somme beaucoup plus élevée de 12 000 livres. S'ajoutait encore à cet ensemble une troisième maison, située de l'autre côté de la rue des Capucins, achetée le 12 avril 1763 à Pierre François Vaultier, menuisier, pour la somme de 2000 livres. L'intégralité de la propriété est revendue le 19 août 1768 par Hervé Charles François de Thieuville, héritier de Jean François de Thieuville, à Madeleine de Pittebout de Graffard. Le corps de logis principal abritait désormais "une cuisine, deux offices, cave et deux caveaux, une écurie servant actuellement de bûcher, une grande porte cochère, une écurie, salle à manger, cabinet de compagnie, quatre chambres, six cabinets, les greniers dessus étant le tout de fond en comble couvert en pierre d’ardoise". Etaient également compris dans cette vente "les meubles meublants", composés notamment par des tapisseries en velours de "treich" jaune, une cheminée de marbre, les dessus de porte des cabinets de compagnie, de la salle à manger et des chambres, les glaces des dessus de cheminées, et un poêle de potier.

En 1801, l'hôtel est racheté aux héritiers de Madelaine Pittebout par Bonne Jeanne Marguerite Vauquelin, épouse d’Anonyme Anquetil de Baudreville, ce dernier ayant laissé son nom à la propriété.

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L'hôtel de Baudreville sur un dessin aquarellé exécuté vers 1920


Stéphanie Javel et Julien Deshayes

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 11:49

1, rue Henri Cornat et 7, place du Château.

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Par acte du 31 décembre 1757, Louis Marnière de Sainte-Honorine, curé de Valognes, vendait à Guillaume Leballois un terrain situé à l'angle de la place du château et de la rue Thurin (actu. Henri Cornat), moyennant une rente de 31 livres 50 sols. Les immeubles édifiés sur ce terrain par M. Leballois passent par héritage à sa fille, Mme Legoupil, née Leballois, puis à la fille de cette dernière, Mlle Pauline Legoupil, qui épousa Julien de Clamorgan. L'aile donnant sur la place Henri Cornat apparaît sur le plan Lerouge de 1767, dans une zone partiellement soumise à alignement. L'édifice est également documenté par plusieurs plans de la place du château, dressés dans le cadre des projets d'aménagement urbain entrepris au cours des années 1770. Il figure également en élévation sur une vue de la place du château antérieure à la Révolution française.

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Vue animée de la place du château de Valognes, vers 1780

Un plan de 1775 indique notamment que cette demeure, appartenant alors au sieur Legoupil, avait été "bâtie depuis peu et sur un plan qu'on lui avoit donné". Il semble donc que le commanditaire se soit conformé aux plans exécutés par les ingénieurs du roi pour l'aménagement de la nouvelle place. La baie d'axe de la façade donnant sur la place du château porte la date de 1760. L'observation du bâtiment, et en particulier de la façade arrière sur jardin, permet de déceler la trace d'une structure, vraisemblablement antérieure à la seconde moitié du XVIIIe siècle, remaniée et intégrée au bâtiment actuel. L'édifice, endommagé lors des bombardements américains de juin 1944 a été restauré après guerre.


 

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L'hôtel Marnière de Sainte-Honorine. Détail d'un plan d'aménagement de la place du château levé vers 1771-1775

L'édifice est constitué de deux ailes perpendiculaires délimitant une cour intérieure. Le corps de logis donnant sur la place du château est édifié sur un niveau de sous-sol voûté à usage de cave, supportant un rez-de-chaussée surélevé abritant les pièces de service et un étage carré. La travée centrale est occupée par un escalier tournant à mur d'échiffre. L'aile donnant sur la rue Henri Cornat est précédée d'une petite cour plantée d'arbres. Sa façade se signale par l'alternance irrégulière des baies du rez-de-chaussée, traitées en grandes ouvertures, à la manière de devantures de boutiques, ou en fenêtres étroites. Sur les deux façades, les baies du rez-de-chaussée et les fenêtres pendantes de l'étage en surcroît sont couvertes d'arcs segmentaires, tandis que les baies de l'étage carré sont à linteau droit. Ce traitement différencié des baies de l'étage et du rez-de-chaussée est une constante des demeures valognaises du XVIIIe siècle. Un bandeau horizontal court à hauteur d'assise des baies de l'étage. Tandis que la façade donnant sur la place est recouverte d'un enduit, la façade sur rue présente un parement en pierre de taille calcaire.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 17:49

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Si l’usage touristique consistant à désigner Valognes sous le titre de « petit Versailles normand » ne constitue qu’une invention journalistique récente, il est vrai cependant que bien peu d’autres villes de France sont marquées d’une aussi profonde emprunte aristocratique. Toustain de Billy la considérait au XVIIe siècle comme la Cour du Cotentin et l’estimait la plus polie, la plus spirituelle de la Basse-Normandie. Robert de Hesseln, en 1771, relevait qu’il n’y avait point alors de ville dans toute la généralité de Caen, tant de gentilshommes fassent leur demeure. Ce phénomène de concentration nobiliaire possède des origines très lointaines. Au temps du duché de Normandie, Valognes fut un lieu de pouvoir important, siège d’une résidence ducale abritant plusieurs juridictions laïques et ecclésiastiques. C’est ici que fut rédigé au XIIIe siècle le « très ancien coutumier de Normandie ». C’est à Valognes également que le célèbre sire de Gouberville exerçait sous Henri II son office de lieutenant des eaux et forêts. Le renforcement progressif des administrations royales, la multiplication des charges juridiques, conduira au cours des XVIIe et XVIIIe siècles à accentuer toujours d’avantage son statut de capitale du Clos du Cotentin, au point d’y rassembler une bourgeoisie et une noblesse de robe tout à fait considérables. Un recensement effectué en 1766 faisait apparaître, aux côtés de 50 nobles « de plein droit », la présence de 47 officiers exemptés d’impôt résidant dans la ville. La vieille aristocratie terrienne, délaissant pour l’hiver ses manoirs ruraux, manifestait dans le même temps un attrait toujours croissant pour cette vie mondaine que procurait la jouissance d’un hôtel urbain. A noter que, offrant par devoir son sang pour servir à la guerre, cette noblesse militaire alimenta la ville d’un contingent non négligeable de veuves. Gestionnaires audacieuses et commanditaires exigeantes, ces dames ont largement contribué à soutenir ici l’investissement immobilier. On leur doit indiscutablement, avec les hôtels Pelée de Varennes, de Bascardon ou de Quierqueville, certaines des constructions les mieux agencées et les plus novatrices de leur époque.

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L'hôtel Pelée de Varennes, façade sur cour

A l’échelle d’une cité de moins de 10 000 âmes, ces demeures nobles occupaient naturellement une emprise tout à fait considérable. La multiplication des hôtels particuliers a largement contribué à définir la physionomie de Valognes, aussi bien en venant investir de nouveaux terrains et en densifiant ainsi le tissu urbain préexistant, qu’en recouvrant et en modifiant la structure du bâti antérieur. Au nombre des parcelles loties au cours des XVIIe et XVIIIe siècles figurent en premier lieu d’anciennes propriétés ecclésiastiques, domaine de l’archidiacre, portions de l’ancien manoir des évêques de Coutances puis terrains du presbytère, cédés pour y édifier notamment les hôtels de Carmesnil, de Pontas-Duméril ou Marnière de Sainte-Honorine. La concession de terrains relevant initialement de la couronne de France y permit par ailleurs la construction des hôtels de Touffreville et Folliot de Fierville, associés tous deux à de vastes enclos boisés. Le plus couramment toutefois la construction de ces demeures résultait de l’acquisition et du rassemblement de plusieurs parcelles déjà loties, concentrées le long des principaux axes viaires. Les bâtisseurs les plus ambitieux organisaient la destruction du bâti antérieur et pouvaient ainsi placer la demeure noble en retrait de la rue, entre cour et jardin, selon le modèle convenu des hôtels à la française. Les principaux édifices de la rue de Poterie, l’hôtel de Vauquelin et l’hôtel Pelée de Varennes, protégés tous deux par des portails monumentaux, appartiennent à cette typologie. A Grandval-Caligny, l’aile de communs reliant le corps de logis principal au bâtiment donnant sur la rue des Religieuses supporte une élégante terrasse avec garde-corps à balustres, courant devant un haut mur écran orné d’ouvertures feintes. Ce goût théâtral du trompe-l’œil architectural se retrouve dans la cour du Mesnildot-de-la-Grille qui abrite derrière sa demi-lune close d’un portail en ferronnerie de suggestifs effets de symétrie. A l’hôtel de Beaumont, la très vaste surface de terrain investie par la construction a permis également de placer l’édifice entre une cour fermée de grilles ouvragées et de vastes jardins à la française.

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Hôtel Grandval-Caligny, façade sur jardin

La majorité des hôtels valognais relève toutefois de partis plus modestes, se contentant de reprendre l’assise des édifices qui ont précédé, voir de n’y apporter que des modifications superficielles. Avec sa façade sur rue ordonnancée à la mode du XVIIIe siècle répondant à une façade sur jardin avec tour d’escalier et fenêtres à meneaux d’époque Renaissance, l’hôtel d’Heu est représentatif d’une forme minimale d’interventionnisme architectural. Place des Capucins, l’hôtel de Baudreville se signale également par sa façade à faux avant-corps et fronton de style classique accolée d’une petite tour d’escalier médiévale.

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Hôtel de Baudreville, dessin aquarellé, vers 1920

Quelle que fut l’ambition de leur parti architectural, la plupart de ces nouveaux hôtels vinrent donc se substituer à des maisons à boutiques et à des ateliers d’artisans, vestiges d’une prospérité mise à bas par la suppression des anciennes franchises commerciales dont jouissait la ville, par l’augmentation des impôts et par les crises du règne de Louis XIV. Tout en stimulant le mécénat religieux et en suscitant le développement du commerce de luxe, la fortune nobiliaire du Valognes d’ancien Régime a également provoqué une forme d’étouffement de sa vigueur économique. Lorsqu’en 1695 l’administration municipale précise sur ses registres que « Le bourg de Vallongnes est composé en la meilleur et la plus grande partie de noblesse originaire du lieu et aultres qui s’y sont tenus », qu’il « en vient encore tous les jours de la campagne pour y demeurer » et que ceux-ci, plus nombreux qu’à Caen ou Rouen, y « font plus du tiers de la bourgeoisye », ce n’est pas pour s’enorgueillir de cette situation mais bien plutôt pour se plaindre d’un manque dramatique de ressources financières. Puisque les nobles ne payaient point l’impôt, leur présence en si grand nombre, la pression immobilière qu’ils faisaient peser, représentaient pour la ville un manque à gagner considérable. L’échec du projet de création d’une grande place royale qui, sur l’emplacement du château médiéval démoli par Louvois, devait célébrer le renouveau de la cité, résulte principalement de cette pénurie.

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Plan d'aménagement de la place du château au XVIIIe siècle

Devenue au XIXe siècle la « ville des spectres » chère au ténébreux Jules Barbey d’Aurevilly, Valognes comptait encore, jusqu’aux bombardements américains de la Libération, près de 80 hôtels particuliers, dont 44 subsistent aujourd’hui. Cet héritage, qui coexiste avec d’importants vestiges de thermes antiques, de nombreux édifices religieux et deux musées municipaux, représente une part essentielle de l’identité patrimoniale de la ville, également marquée en profondeur par l’architecture et l’urbanisme de la Reconstruction. L’entretien et la valorisation de ce patrimoine résulte en premier lieu de l’implication des propriétaires concernés. Grace aux efforts de Madame des Courtils et de l’association qu’elle a constituée, l’hôtel de Beaumont propose notamment l’ouverture au public de ses jardins, de ses salons et de leur riche mobilier du XVIIIe siècle. A Grandval-Caligny, les appartements dans lesquels Barbey rédigea ses Diaboliques sont également accessibles aux visiteurs.

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Gastron Pastré, couverture pour une édition des diaboliques, 1921 

L’obtention du label de « Ville d’art et d’histoire » en 1992, puis, depuis 2001, le développement avec Bricquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin, soutiennent la volonté municipale de faire vivre et partager ce patrimoine à travers des visites guidées, des conférences et des ateliers destinés aux enfants. Les mesures de protection au titre des Monuments historiques, concernant actuellement quatre de ces hôtels urbains (hôtel de Beaumont, classé ; hôtels de Grandval-Caligny, Blangy et Thieuville, inscrits), attestent par ailleurs l’intérêt porté à ces édifices par les services de l’Etat. En plus de ces protections déjà anciennes, il apparaît aujourd’hui qu’une dizaine d’hôtels pourraient encore être proposée à l’inscription, aussi bien pour les façades et toitures que pour certains jardins et éléments d’aménagements intérieurs. Engageant actuellement une réflexion sur la mise en place d’une ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), la municipalité souhaite aujourd’hui proposer une prise en charge plus attentive et mieux concertée de ce patrimoine architectural. 

 

Julien Deshayes

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 17:39

9, rue des Capucins

 

L'histoire de l'hôtel de Chantore illustre, par sa complexité et l'enchevêtrement des transactions diverses qui ont présidé à sa construction, un phénomène représentatif de la constitution de certaines demeures valognaises du XVIIIe siècle.

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L'hôtel Ernault de Chantore sur le plan Lerouge de 1767. Les lignes vertes délimitent l'emprise supposée de la propriété au XVIIIe siècle. Les lignes rouges délimitent la propriété actuelle.

L'assise foncière de la propriété est formée entre mai et septembre1701 par Bertin-Claude Jobard, prêtre, sieur des Valettes, qui réunit alors une "vieille masure" ainsi que plusieurs maisons achetées à deux propriétaires distincts. En 1705, ce dernier revend l'ensemble à Marie Suzanne de Gouberville, qui en fait bénéficier son héritière, Françoise de Gouberville, épouse de Nicolas Le Danois, notaire à Portbail. S'étant séparée d'avec son mari, Françoise de Gouberville revend  (pour 2250 livres) la propriété, le 16 février 1719, à Madeleine Plessard, épouse de feu Louis de Marcadé, écuyer, seigneur de Sigosville et Saint-Martin-le-Hébert, qui en effectua l'achat en tant que "prête nom" pour son neveu et héritier, Jean-François Osber. Les archives notariales précisent alors que la construction, entreprise par Nicolas Le Danois, ayant longtemps été laissée inachevée, était entièrement à reprendre : "icelui bâtiment étant gâté par les pluies (n'est) ce présent utile que pour les matériaux qui peuvent y être et en les démolissant". Le nouvel acquéreur, Jean-François Osber (1676-1739), était seigneur du fief d'Agneaux, sur la paroisse de Brucheville et du fief du Val, à Chef-du-Pont. Il avait épousé en 1698 Marie-Bonnaventure Plessard, héritière de la seigneurie de Saint-Martin-le-Hébert. Il tenta de poursuivre les travaux, qu'il mena jusqu'à la charpente, avant de céder à nouveau l'édifice, le 26 avril 1728, à Anne Durevie, héritière de la seigneurie de Sotteville et veuve de Guillaume Beaudrap, sieur de la Prunerie (1664-1726), "pour être icelle maison achevée de bâtir et construire". L'acte de vente précise encore que "laquelle maison ledit seigneur d’Agneaux avait élevé d’en par le cordon et même fait élever la charpente de moitié d’icelle, fait couvrir d’ardoise et fait venir beaucoup de pierres en carreau pour en achever le bâtiment". Ces différentes sources écrites permettent donc de dater la construction entre 1720 et 1730 environ, et d'en attribuer l'essentiel à ce commanditaire.

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Façade sur rue

L'hôtel fut ensuite transmis en héritage à l'un des fils d'Anne Durevie, François-Eléonor de Beaudrap (dit aussi Eliodor, Léonor...), né en 1702, écuyer, sieur d'Ouessey, Colomby, le Buisson (à Réville), Gonneville (à Néhou) et Saint-Maurice, qui épousa en 1743 Marie-Françoise Madeleine Denise du Mesnildot (décédée à Valognes en 1786). Il résidait à Valognes lors de son décés, survenu le 19 septembre 1763. Son inventaire après décés mentionne l'existence à cette date d'une bibliothèque relativement fournie, contenant surtout des ouvrages de dévotion, mais aussi de droit, d'histoire, ainsi que des traités techniques (mathématiques, artillerie...), un peu de littérature (Corneille, Racine, Boileau, Don Quichote, Gil Blas) et un livre de Rousseau. La propriété passe ensuite à deux des filles de M. de Beaudrap : Angélique-Françoise de Beaudrap, dite "Mademoiselle d'Oessé" (également orthographié d'Ouessey ou d'Ouessay), née en 1748, qui décéda dans la demeure familiale en 1810, et Catherine Françoise Julie, dite "Mademoiselle du Fournel", également décédée à Valognes en 1812. La demoiselle D'Ouessey figure en 1778 en tant que veuve sur une liste des nobles résidant à Valognes. Elle employait à cette date cinq domestiques (deux hommes et trois femmes) en son hôtel et y logeait quatre enfants, probablement ceux des domestiques. Impliquée dans une sorte de cabale nobiliaire contre M. de Colleville, maire de Valognes, elle refusa la même année de se soumettre aux réquisitions de la municipalité, visant à fournir le gîte aux hommes de troupe stationnés dans la ville. Outre la propriété de la rue des Capucins, les deux soeurs étaient aussi propriétaires indivis des fiefs d'Oessé en Colomby, du fief de Malassis au Vrétot, de la terre du Fournel en Saint-Maurice, et du château de Caillemont à Saint-Georges-de-la-Rivière. 

 

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Jonction des deux ailes du côté de la cour

Durant la Révolution, les demoiselles de Beaudrap furent semble t-il assez gravement inquiétées. En mars 1793, la demoiselle d'Ouessey dû produire une attestation de résidence, pour prouver qu'elle n'avait point pris le parti de l'émigration. Malgré cela, les deux soeurs subirent manifestement une période de détention puisque l'année suivante, lors des célébrations du 26 messidore an II (14 juillet 1794), un acte signé du représentant du peuple Lecarpentier mentionne "deux tonneaux de cidre pris chez les citoyennes Douessay, mises en arrestation par nos ordres, pour servir à la célébration de la fête civique". Loin cependant de céder aux pressions, la demoiselle d'Ouessey aurait durant ces années troubles caché un prêtre réfractaire, en sa demeure de la rue des Capucins, et y faisait antérieurement célébrer des offices par des prêtres insermentés. La demoiselle du Fournel déclarait de son côté, en mars 1795 (le 28 ventôse an III), que "conformément au décret de la Convention nationale relatif à la liberté des cultes, elle est dans le dessein de faire dire la messe chez elle toute fois et quante que l'occasion  se trouvera". Bien qu'elles n'aient manifestement jamais quitté la France, ce n'est qu'en 1801 que les soeurs de Beaudrap furent radiées de la liste des émigrés. Le 17 vendémiaire de l'an XI (9 octobre 1802), la demoiselle du Fournel achetait à Marie Louise Charlotte Elisabeth Catherine d’Hauchemail, veuve d’André Alexandre Etard de Bascardon, l'hôtel dit de Thieuville, situé rue Pelouze. Par testament du 12 novembre 1811, elle léguait l'ensemble de son héritage à ses cousins, Pierre François de Beaudrap, seigneur de Sotteville, et Madeleine-Thérèse-Bonaventure de Beaudrap. Elle avait auparavant constitué une rente de 1200 francs au profit des pauvres de plusieurs communes du Cotentin, et se signala également par sa générosité envers les églises des environs.

Le 25 janvier 1823, l'hôtel est revendu par ces derniers à Hervé-Marie-Pierre-Thomas-Casimir Ernault de Chantore, qui lui a laissé son nom. Né à Avranches en 1772, ancien chevalier de Saint-Louis, seigneur et patron de Bacilly et de la Haye-Comtesse, M. Ernault de Chantore émigre en 1791 et sert comme Dragon dans l'armée de Condé. Une pièce envoyée par Lecarpentier, commissaire de la République, à l'accusateur public du tribunal révolutionnaire le mentionne en 1793 au nombre des nobles du district "prévenus d'aristocratie et de conspiration".

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Inscription funéraire d'Hervé Ernault de Chantore sur sa sépulture du cimetière Saint-Malo

Il épouse en 1805 Bonne Hue de Caligny, fille de Anthénor-Louis Hue de Caligny, constructeur pour partie de l'hôtel de Grandval-Caligny, et vint alors résider à Valognes. "Il était encore sous la surveillance de la police en 1808 mais en 1810 et 1813, les autorités locales louent son attachement au gouvernement impérial et la considération dont il jouissait dans la société" (Y. Nédèlec, 1985). Sa fortune atteignait sous le premier Empire 4000 livres de revenus fonciers, pour des terres étendues en Cotentin aux communes de Neuville-au-Plain, Huberville, Sortosville et Saint-Germain-de-Tournebut, faisant de lui la 13e fortune de Valognes. Son attachement à la monarchie est toutefois illustré par un épisode survenu lors du séjour que le duc de Berry fit à Cherbourg à son retour d'exil, en avril 1814 : "On lui présenta un de ses anciens camarades de l'armée de Condé, M. de Chantort (sic), qu'il reconnut en lui déclarant "Votre blessure à la main est-elle guérie ?" (cité par J.P. Busson, Rev. Manche,1960). Pour rétribution de sa fidélité, il fut en 1815 nommé capitaine de cavalerie de la garde royale. Elu conseiller municipal en 1818 il devint en 1826 conseiller d'arrondissement de Valognes. Lors du départ en exil de Charles X et de son séjour à Valognes dans la nuit du 14 au 15 aout 1830, plusieurs membres de la suite royale sont hébergés dans la demeure de la rue des Capucins : Messieurs de Damas, de Barante et de la Villate. En raison de son attachement aux Bourbons, M. de Chantore refuse de prêter serment à Louis Philippe. En 1833 il figure avec sa famille parmi les soutiens actifs de la duchesse de Berry. L'acte de vente de 1823 établi en sa faveur mentionne "une grande maison sise à Valognes rue du Bourg-Achard ou des Capucins, composée de deux grands corps de logis dont un sur le devant de la dite rue accédé par une porte cochère, l'autre donnant sur la cour et faisant l'angle droit avec le précédent, de deux cours, jardins haut et bas et d'un petit jardin à la suite". A la mort d'Hervé de Chantore, survenue à Valognes le 10 août 1859, le mobilier de son hôtel est vendu, puis, en 1868, la propriété est acquise par la communauté des soeurs du Refuge de l'abbaye Notre-Dame de Charité de Caen, qui y réside jusqu'en 1871. Revendu alors à M. Jacques Jeanne, l'hôtel est acquis en 1917 par M. Charles Lucas, époux de Marguerite Fenard, et demeure aujourd'hui dans sa descendance. Cinq bombes sont tombées en 1944 sur la propriété mais elles n'ont gravement endommagé que les murs du jardin.

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Détail d'une carte postale ancienne, vers 1910

 

Le nom d'Ernault de Chantore, le souvenir peut-être de Marie-Rose Adrienne (1812-1838), la fille d'Hervé de Chantore, a probablement inspiré Jules Barbey d'Aurevilly pour le personnage de Delphine de Cantor, héroïne malheureuse de la nouvelle des Diaboliques intitulée "Le Bonheur dans le Crime". Selon certains auteurs, la figure du baron de Fierdrap, l'un des protagoniste du "Chevalier des Touches", aurait semblablement été inspiré à l'écrivain par M. François Eléonor de Beaudrap, cité précédemment comme propriétaire de l'édifice mais, selon le témoignage de Barbey lui-même dans une lettre à Trébutien du 3 novembre 1855, c'est en fait Thoms François de Beaudrap, le frère d'Eléonor, qui aurait nourri son inspiration. Enfin, d'après une autre tradition, Jules Barbey d'Aurevilly se serait aussi appuyé sur le souvenir d'un évènement survenu dans cet hôtel durant la Révolution pour la scène finale du "Chevalier des Touches", faisant apparaître Aimée de Spens se dénudant en sa chambre, devant l'une des fenêtres du rez-de-chaussée, afin de détourner du héro l'attention des soldats républicains. Dans la version "historique", une patrouille de bleus venue perquisitionner l'hôtel pour y trouver un prêtre réfractaire caché par Mademoiselle d'Oessé aurait surpris, par la fenêtre, la demoiselle à son bain (cette dernière, étant alors âgé d'environ 45 ans, n'avait plus cependant la fraîcheur que Barbey prète à Aimée de Spens).

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Illustration pour Le Chevalier des Touches par J. Thiney, 1938

(coll. musée Barbey d'Aurevilly)

L'hôtel de Chantore présente un plan en L avec corps de logis sur rue et une aile en retour délimitant sur l'arrière de l'édifice une cour pavée, accessible par un passage charretier. Un grand jardin en terrasse clos de murs soigneusement maçonnés se développe sur l'arrière du bâtiment. Bâti initialement à la périphérie du centre urbanisé de la ville, cet hôtel disposait jadis de vergers et de vastes prairies.

L'ensemble de la construction, édifié sur deux niveaux d'habitation et un étage de combles, prend assise sur un niveau de caves voutées formant soubassement. La façade sur rue se compose de six travées, ordonnancées autour d'un avant-corps central faiblement saillant, coiffé d'un simple fronton triangulaire. La porte d'entrée n'est pas logée à l'intérieur de cet avant corps mais se trouve décalée sur la droite, et la grande porte cochère ouvrant sur la cour occupe l'extrémité orientale de l'édifice. Conformément à un schéma de composition que l'on retrouve dans la plupart des hôtels valognais du XVIIIe siècle il existe une différence de traitement entre les fenêtres du rez-de-chaussée, coiffées d'arcs surbaissés, et celles de l'étage, à simple linteau droit. De longs bandeaux horizontaux placés à l'appuis des fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage soulignent l'horizontalité de cette façade et en font le principal ornement. Une suite régulière de petites lucarnes à pignon éclaire les combles, établis sous une toiture à pans brisés. Le parement de pierre calcaire est traité en petit appareil piqueté, initialement destiné à être recouvert d'un enduit de revêtement, dont subsiste, côté cour, quelques résidus. Comme le précise un acte daté de 1725, le puits adossé au mur de clôture de la cour est partagé en mitoyenneté avec l'hôtel d'Anneville-du-Vast. 

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Vestiges d'enduit au clou du XVIIIe siècle sur la façade postérieure

L'escalier principal, logé à la jonction des deux ailes de l'édifice, est précédé par un office et s'accède par un long couloir d'entrée. Elégamment suspendu dans les airs, il se compose de deux volées tournantes et présente une rampe en ferronnerie aux élégants motifs de courbes et de contre-courbes. A l'étage, il dessert distinctement un salon et une salle à manger donnant sur la rue, ainsi que la suite de pièces déployées dans l'aile sur le jardin, comprenant initialement une anti-chambre, une chambre puis un cabinet. Dans la courbe de l'escalier, un étroit emmarchement niché dans l'épaisseur du mur permet d'accéder à une chambre de comble habitable, équipée d'une belle cheminée à décor de stuc. Deux autres escaliers de service logés respectivement à l'extrémité de l'aile en retour et au centre de l'aile sur rue permettaient, depuis l'étage noble, un accès direct vers les écuries, les offices (cellier, lardier...) et les cuisines et du rez-de-chausée. Chambres et salons ont conservé l'essentiel de leurs lambris et huisseries d'origine, ainsi que des corniches en stuc ornées de modillons, de trophées musicaux et de putti.

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Détail de la corniche à modillons, "putti" et trophées d'instruments de musique du grand salon

 

La propriété voisine (n° 11 rue des Capucins), dissociée de la propriété à une date inconnue et en partie enclavée dans les jardins de l'hôtel de Chantore, abrita à partir de 1813 la communauté des soeur Marie-Madeleine Postel.

J. Deshayes (synthèse effectuée à partir des recherches archivistiques de Mlle Le Bouteiller, Stéphanie Javel, Geneviève Ceccaldi, Yves Nédèlec, Jean Barros, Jacques Lepetit-Vattier; Bruno Centorame) 

 

LIEN : Tilly artiste peintre (les "ateliers de Chantore")

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