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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 10:39

Selsoif

Aux origines du village de Selsoif

Selon une ancienne légende, le nom de ce village isolé au cœur des marais, aurait pour origine une aventure survenue à Dame Létiticie, châtelaine de Saint-Sauveur au XIIe siècle, qui, s'étant perdue dans la forêt lors d'une partie de chasse, croyait devoir y mourir de soif. Ayant invoqué la protection de la Vierge, elle y vit jaillir une source où se désaltérer et fit alors le vœu de fonder en ce lieu un sanctuaire, que l'on nomma dès lors Selsoif.

Etymologiquement, le nom de Selsoif dériverait plutôt, selon certains auteurs, du latin "cella suavis", c'est-à-dire une sorte de résidence monastique, ou plutôt un prieuré "suave", lieu agréable et sain.  Selon une autre orientation, il semble en fait que la terminaison en "soif"  anciennement orthographié "suef" soit dérivée du latin Sylva, la forêt, ce que viennent corroborer plusieurs textes médiévaux évoquant la forêt qui occupait jadis ce site.

A l'époque du duc Guillaume le Conquérant, les moines de l'abbaye de Saint-Sauveur avaient en effet reçus en don de Néel le Vicomte, seigneur du lieu, le droit de percevoir le revenu des forêts et des marais de Selsoif, ainsi que celui d'y mettre leurs troupeaux a pâturer. On leur donna aussi le droit d'y ramasser du bois sec pour leur chauffage, ainsi que du bois de construction, pour construire leurs habitations. Disparue aujourd'hui, l'ancienne forêt de Selsoif fut entièrement défrichée au cours du Moyen âge.

PATURAGE

C'est également aux moines de l'abbaye voisine que le baron de Saint-Sauveur concéda au XIe siècle l'église Notre-Dame-de-Selsoif.  Bien que situé à l'intérieur de la paroisse de Saint-Sauveur, cet édifice religieux était bien une véritable église, servant de lieu de culte, de baptême et d'inhumation, pour les habitants des environs. L'édifice actuel, à plan en croix latine, conserve encore, à l'intérieur du chœur, de beaux éléments architecturaux d'époque romane. Comme l'indique une inscription, la chapelle sud fut en revanche construite en 1543 par le dénommé Gallopin, avocat du roi. La chapelle nord appartient sans doute à une date très voisine mais la nef a subit d'importantes modifications à une époque beaucoup plus récente. La construction du clocher, implanté en façade, ainsi que l'insertion de la sacristie ne datent que du XIXe siècle. Parmi les œuvres visibles dans cette église, il convient de signaler les belles sculptures de la Vierge à l'enfant et de sainte Catherine, datant toutes deux du XIVe siècle, ainsi qu'une statue de saint Claude et un saint Sébastien en bois du XVIe siècle. La croix du cimetière, ornée des figures de la Vierge et du Christ crucifié, porte la date de 1761.

 

Comme une île au cœur des marais

 La principale originalité de ce village - qui, outre les habitations regroupées autour de l'église est en fait composé de plusieurs hameaux et écarts - tient à sa situation quasi insulaire, au cœur des vastes marais de la Douve et du Gorget qui l'enserrent de part et d'autre. En 1828, ne soulignait-on pas que Selsoif "forte seule de près de 600 âmes, très éloignée de l'église paroissiale et dont la communication est très difficile en hiver par les grandes quantités d'eau qui la traverse en tous les points" avait besoin d'une école particulière ?

Avec son église et son école, la population de Selsoif constituait bien une communauté distincte, consciente de son identité particulière. Elle possédait en outre, pour son propre usage, la jouissance collective de 120 hectares de landes et de marais, qui assuraient une part non négligeable de sa subsistance. En premier lieu, ces terrains offraient de vastes zones de pâture, permettant non seulement d'y nourrir - comme encore aujourd'hui - des troupeaux de vaches et de chevaux, mais aussi des moutons (liés par paires), des cochons (au groin percé d'un anneau), ou des oies (porteuse d’un carcan en bois de 33 cm) ! Les petites cueillettes, celle du rots pour couvrir les habitations, celle de la tourbe et des bouses servant au chauffage, ou encore celles du sable, des pierres et des herbes à litière, représentaient aussi des activités importantes. La pêche dans la rivière Douve alimentait les tables en poissons d'eau douce et la chasse aux oiseaux, parfois illicite, apportait un extra apprécié.

Selsoif maison

maison en masse au village de Selsoif

Beaucoup des maisons de Selsoif se signalent par leur architecture traditionnelle en "masse", dont les murs sont essentiellement formés de levées de terres mêlées de paille. Seuls les rares habitations de quelques propriétaires aisés étaient ici bâtis en pierre. Partout supplanté par l'ardoise, la tuile ou la tôle, le chaume régnait jadis en maître sur ces édifices.

 

Julien DESHAYES

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 15:56

Valognes-hotels-particuliers 9181

Rue Léopold Delisle

 Le terrain sur lequel est construit l’hôtel de Bascardon appartenait initialement au domaine du presbytère. Le 13 septembre 1730, Louis François de Bernière de Sainte-Honorine, curé de Valognes, en bailla une portion au profit de Marie Françoise de Mailly, veuve de François Félix de Lestourmy de Joinville. Le 24 décembre 1743, Marie Françoise de Mailly revendait pour 9 300 livres à Marie Anne le Berceur de Fontenay, veuve de Jacques-Antoine de Saint-Simon, un édifice désormais bâtit sur ce terrain. Cette construction se composait « d’une maison à usage de plusieurs caves, les salles, cabinets et greniers dessus, les escaliers pour en faire l’exploitation, puits, remises et autres aistres, cour et jardin ».

Bascardon détail 01

Le 6 thermidor an 13, Georges Antoine Dancel de Quinéville, héritier de Marie Anne Le Berceur, vivant sur place depuis au moins 1786, revendait la propriété à Marie Louise Charlotte Elisabeth Catherine d’Hauchemail, veuve de André Alexandre Etard de Bascardon.  L'acte de vente décrit « un corps de logis composé de cuisine, office, laverie, cave, cavot, bûcher, écurie, remise, salle à manger, salon de compagnie, chambres à coucher, boudoirs, cabinets, chambres en mansarde, greniers, cour et jardin ».

 

Catherine d’Hauchemail décéda dans cette demeure en 1824, où son inventaire après décès fut dressé le 22 janvier. Ce document mentionne au nombre des pièces d'habitation un salon, une salle à manger ainsi qu'un grand nombre de chambres. L’inventaire des livres indique que le cabinet situé près du perron du jardin abritait une importante bibliothèque. L’hôtel devait être soigneusement meublé car l’ensemble du mobilier fut évalué à 13 700 livres. Le fils de Mme d'Hauchemail, Louis Michel Alexandre Etard de Bascardon, né en 1778, marié le 10 mai 1800 avec Marie-Henriette de Chivré, châtelain de Saint-Martin-le-Hébert, hérite alors de la propriété, qu’il met imméditament en location, le 31 janvier 1824, au profit de Frédéric Antoine Faivre. La famille Etard de Bascardon a laisé son nom à la propriété.

 

 Valognes-hotels-particuliers 9146

L'édifice, flanqué à droite d'un portail monumental donnant accès à la cour, présente une élévation sur rue formée de six travées ordonnancées, coiffée de fenêtres de combles à pignon. L'étage noble, nettement plus élevé que les autres niveaux d'habitation, est ajouré de grandes fenêtres ornées de tables d'appuis et reliées par des chaînes verticales aux ouvertures cintrées du rez-de-chaussée. Celui-ci présente un parement en pierre de taille calcaire que prolongeait initialement, sur le reste de la façade, un enduit couvrant aujourd'hui disparu.

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Julien DESHAYES et Stéphanie JAVEL, 2004

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 15:46

Rue de l'Officialité (édifice détruit)

Anneville

Façade sur rue de l'hôtel d'Anneville, d'après une carte postale ancienne, vers 1900

Deux actes respectivement datés de 1641 et de 1655 mentionnent l'existence d'un édifice situé rue de l'Officialité, à l'emplacement du futur hôtel d'Anneville, et appartenant alors au sieur de Sottevast. Le 18 avril 1679 cette propriété est vendue par Robert-Arthur de Couvert, seigneur d’Auderville, à Guillaume Pouchin, écuyer, sieur du Cornez. Le 27 mai 1691 ce dernier la revend, pour la somme de 3 160 livres, à messire Bon-Thomas Castel, marquis de Saint-Pierre-Eglise. Le 8 décembre 1695 Charles-Claude de Bréauté rachète l'édifice - qui était probablement nouvellement construit - pour 6000 livres. Le 22 juin 1697, l'hôtel est acquis par Guillaume-Eustache d'Anneville, chevalier, seigneur de Chiffrevast, Anneville et Saint-Vaast, qui y réside jusqu'à sa mort en septembre 1700. Il passe ensuite par héritage en possession de son fils aîné, Bon Thomas d’Anneville seigneur et patron du Vaast, né en 1697, époux de sa cousine Barbe d'Anneville en 1715, décédé au château de Saint-Pierre-Eglise en mai 1729.  Jean-François d'Anneville, son successeur, né à Valognes le 7 mai 1726, marié en 1746 à Marie-Anne Jacqueline de Camprond, fut page puis officier du roi et décéda à Valognes en 1792.  La famille d'Anneville, l'une des plus importantes familles nobles du Cotentin, resta propriétaire de cet hôtel jusqu'en 1841. Ce dernier a malheureusement été détruit lors des bombardements alliés de juin 1944.

 

Anneville-Lerouge-copie-1.JPG

L'hôtel d'Anneville sur le plan Lerouge, 1767

Lors de la vente effectuée en mai 1691, l'édifice comprenait un petit corps de logis sur rue, avec salle, cuisine et office en rez-de-chaussée, chambres et greniers au dessus. Une cour abritant "de vieilles écuries" et un jardin potager occupaient l'arrière de la propriété. Un procès de voisinage opposant Bon-Thomas Castel à Jacques Barbou de Plainmarest, propriétaire de l'hôtel Pontas-Duméril, fait état, l'année suivante, de travaux entrepris par le nouvel acquéreur. Cette construction comprenait l'aile en retour, édifiée contre le mur formant séparation entre les deux propriétés.

photo-ancienne-cote-cour.jpg

Aperçu de la façade sur cour sur une photo de famille datant de la fin du XIXe / début du XXe siècle

La description fournie par l'inventaire après décès du sieur d'Anneville, le 20 septembre 1700, atteste bien que l'édifice avait été à cette date considérablement agrandi. Il comprenait désormais deux étages d'habitation, avec au moins six pièces de service en rez-de-chaussée (cuisine, laverie, celliers, office…), une "haute salle", trois chambres et un cabinet, au premier étage, trois autres chambres avec cabinet ou vestibule au second. Les communs édifiés dans la cour comprenaient notamment une remise à carrosse et une écurie. Un second inventaire après décès, dressé en mars 1729 suite au décès de Bon Thomas d’Anneville seigneur et patron du Vaast, décédé au château de Saint-Pierre Eglise, apporte de nouvelles précisions sur la distribution de l'hôtel. Il mentionne notamment la chambre du seigneur d'Anneville, située au premier étage, qui ouvrait sur la cour par deux croisées et était précédée par une antichambre accessible depuis l'escalier. La grande salle, donnant sur la rue, se trouvait sur le palier opposé et était suivie de deux autres chambres, l'une abritant cinq portraits de famille et la seconde étant située "sur la grande porte d’entrée de ladite maison". L'étage supérieur abritait notamment la chambre de la veuve et son cabinet, ainsi que "la chambre sur la haute salle où couchaient les enfants et les domestiques". Au nombre des pièces de service du rez-de-chaussée sont citées la cuisine, la buanderie, un grand cabinet, plusieurs celliers et une cave à vin. L'écurie servait aussi de logement au dénommé Laurent Lelong, palefrenier.

CPA-Anneville-copie-2.jpg

Aperçu de la façade arrière - avec aile en retour édifiée en 1692 - de l'hôtel d'Anneville,

carte postales ancienne, détail

 

Valognes-hotels-particuliers 1867

Partie ancienne subsistante de l'aile des communs (1692)

En 1785, Jean-François d'Anneville augmente la propriété d'une maison attenante comprenant "un petit salon, une cuisine à la suite, un cellier au derrière, avec les chambres, greniers et escaliers d'accès, le tout couvert en ardoise, un jardin potager de cinq perches avec une buanderie sur le Merderet". Le plan Lerouge de 1767 permet de distinguer le corps de logis principal, édifié sur la rue, et son aile en retour. Les cartes postales anciennes antérieures à juin 1944, montrent une élévation sur rue du XVIIIe siècle, se composant de six travées et de trois niveaux d'élévation. La porte cochère surmontée d'un arc en plein-cintre, permettant l'accès à la cour, était décalée sur la gauche de la façade. Les baies du rez-de-chaussée se distinguaient par leurs chambranles moulurés tandis que les fenêtres du premier étage étaient coiffées d'un simple linteau cintré et de celles du second étage d'un linteau droit. Les combles étaient éclairés par des lucarnes reportées aux deux extrémités latérales de la toiture. Cette aile sur rue comprenait deux étages d'habitation édifiés sur un rez-de-chaussée abritant les communs. Côté cour, elle conservait des percements datant de la Renaissance, indiquant la reprise d'un édifice antérieur. Le rez-de-chaussée de l'aile en retour, à usage de communs, est partiellement préservé.

 

H-d-Anneville18-7-1948.jpg

La reconstruction de l'hôtel d'Anneville après la seconde guerre mondiale

On aperçoit les écuries subsistantes en rez-de-chaussée de l'aile en retour

 

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Stéphanie JAVEL et Julien DESHAYES, 2004

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 15:30

 

7, rue des Capucins

L'hôtel dit d'Anneville-du-Vast fut édifié par Pierre Bourdet, bourgeois de Valognes, qui avait acquis en 1725 une petite maison couverte de paille située à son emplacement. Il semble que la construction de l'hôtel était achevée à la mort de Pierre Bourdet, dont l'inventaire après décès fut rédigé le 10 avril 1738. Cette propriété a appartenu de 1757 à 1771 à Françoise-Catherine Laisney du Gravier, puis, de 1771 à 1804 à Marguerite de Camprond, veuve de Charles de Sainte-Mère-Eglise. De 1804 à 1841, il est en possession de la famille d'Anneville-du-Vast, qui n'y réside pas mais laisse son nom à la propriété. Entre 1820 et 1836, il est loué par les deux demoiselles Eulalie et Charlotte Simon de Touffreville, rebaptisées « Mlles de Touffredelys » dans le roman de Barbey d'Aurevilly intitulé Le Chevalier des Touches. C'est en effet dans cet hôtel que Barbey d'Aurevilly situe une partie de son roman. Depuis environ 1843 jusqu'en 1915 l'hôtel est loué à la famille de Clamorgan. Selon l'abbé Canu, "C'est dans cet hôtel  d'Anneville, au salon du premier étage, qui conserve encore ses belles boiseries, que Madame Clamorgan attendait, assise dans son fauteuil, vêtue de noir et la tête couverte d'une voilette, les artistes locaux, musiciens et chanteurs, qui venaient souvent donner chez elle un concert, à son jour". L'édifice aurait ainsi accueilli le violoniste Armand Royer, ami intime de Jules Barbey d'Aurevilly, qui entretint lui-même des relations amicales avec la famille de Clamorgan.

L'inventaire après décès de Pierre Bourdet, daté du 10 avril 1738, précise que l'édifice comprenait une cuisine, un salon et un cellier en rez-de-chaussée, ainsi que deux chambres et un cabinet installés dans chacun des niveaux supérieurs. L'hôtel possédait aussi une cour, une laverie et une écurie, dont le plafonnement était encore en cours de construction. L'acte de vente du 21 juillet 1757 n'apporte pas d'autre précision notable sur l'état de l'édifice ou sa distribution.

Cet hôtel présente une façade sur rue composée de cinq travées régulières, dont l'élévation, intègre deux étages carrés et un niveau de combles. Le parement est traité en moyen appareil de pierre de taille calcaire, piqueté pour recevoir un enduit aujourd'hui supprimé. La porte d'entrée est décalée en position latérale. Les baies du rez-de-chaussée sont à linteaux cintrés tandis que les baies des deux niveaux supérieurs se signalent, côté rue, par leurs linteaux délardés ondulés. La façade postérieure, beaucoup plus austère, est édifiée en simple moellon.

 

L'hôtel d'Anneville-du-Vast est inscrit sur la liste supplémentaire des Monuments historiques depuis mars 2012.

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 Stéphanie JAVEL et Julien DESHAYES, 2004

 

Hôtel d'Anneville du Vast
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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 12:22

VISITES GUIDEES POUR GROUPES

Ces visites sont prévues pour une durée de 1h30 à 2h00 environ. Pour le confort du groupe il est généralement préférable d'en limiter la participation à trente personnes. Chaque édifice ou période majeure de l'histoire locale peut se donner ainsi à découvrir, en compagnie d'un guide conférencier agréé, diplomé par le ministère de la culture. Selon vos attentes, en fonction de vos choix et de vos préférences, nous pouvons élaborer avec vous un itinéraire thématique adapté à votre demande. 

Tarif et conditions de réservation : Il est préférable de réserver une quinzaine de jours avant votre visite, en nous contactant soit par téléphone (02.33.95.01.26), soit par Email (pah.clos.cotentin@wanadoo.fr). Nos guides sont en mesure de proposer des interventions en langue anglaise, en allemand et en espagnol. Le tarif forfaitaire pour un groupe est actuellement de 85 euros (changement intervenu en janvier 2014).

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LISTE SOMMAIRE DES THEMES DE VISITE :

Les Thermes romains d'Alauna à Valognes

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Valognes, 2000 ans d'histoire

L'ancienne abbaye bénédictine royale de Valognes

Valognes au temps de Gilles de Gouberville

Le musée régional du cidre, le musée de l'eau de vie et des vieux métiers

L'église d'Alleaume et son quartier 

Un guide nommé Barbey d'Aurevilly à Valognes

Le château de Bricquebec

Maugendre

Bricquebec au Moyen âge

Bricquebec au fil des lettres                                                                     

Ballade "petit patrimoine" de Bricquebec

L'église Notre Dame de l'Assomption de Bricquebec

Le château de Saint -Sauveur-le-Vicomte

Saint-Sauveur 01

 

Un guide nommé Barbey d'Aurevilly à Saint-Sauveur-le-Vicomte

L'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte

Abbaye5

Paysage et patrimoine au pays des marais

Saint-Sauveur-le-Vicomte au Moyen âge

L'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Sauveur-le-Vicomte

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EXCURSIONS A LA JOURNEE OU A LA DEMI-JOURNEE

L'équipe du Pays d'art et d'histoire peut mettre en place à votre demande des thématiques d'excursion sur une journée entière ou une demi-journée. Nous sommes à votre écoute pour élaborer avec vous l'itinéraire correspondant à votre attente. La préparation de ces sorties pouvant nécessiter un certain délai, merci cependant de nous solliciter au moins quinze jours à l'avance... Le coût d'une excursion à la journée est 360 € et celui des excursions à la demi-journée est de 180 € (durée de 4h00 environ).

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QUELQUES THEMES D'EXCURSION :

L'art roman du Clos du Cotentin

Joyaux d'architecture gothique en Clos du Cotentin

Châteaux et forteresses du Clos du Cotentin 

La guerre de Cent ans en Clos du Cotentin

 Manoirs et belles demeures du Clos du Cotentin 

Au pays de Jules  Barbey d'Aurevilly

La légende dorée du Clos du Cotentin

Sur les traces de Gilles de Gouberville, gentilhomme campagnard du Cotentin de la Renaissance

(.../)

Bricq Biblioth-que Nationale en visite dans la cit- du Donj

 

LES CONFERENCES EN SALLE

L'équipe du Pays d'art et d'histoire est en mesure de proposer des conférences en salle richement illustrées, soit dans nos propres locaux, soit en se déplaçant auprès d'autres établissements. Le tarif habituel de ces interventions est de 100 euros. Lorsque leur mise en place nécessite un temps de préparation important, ce tarif peut toutefois faire l'objet d'ajustements.

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LISTE SOMMAIRE DES THEMES DE CONFERENCE :

 Le Cotentin des vikings

 Le Cotentin du duc Guillaume le Conquérant

 La légende dorée du Clos du Cotentin (Culte des Saints et récits hagiographiques)

 L'art roman du Clos du Cotentin

 Les châteaux du Cotentin à l'époque médiévale

 Les fortifications de la guerre de cent ans en Cotentin

 Les manoirs et logis nobles du Cotentin à l'époque médiévale

 Art et architecture de la Renaissance en Cotentin

 Demeures du Cotentin à l'époque classique

 Une histoire des forêts du Clos du Cotentin

 Une histoire des marais du Clos du Cotentin

 Une histoire des routes et chemins du Clos du Cotentin

 Une histoire des abbayes du Clos du Cotentin

 Une histoire des moulins du Clos du Cotentin

(.../)

 

Compo clochers

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 18:07
gravure 01

La cité antique d’Alauna est connue par deux mentions, l’une sur la table de Peutinger, l’autre dans l’Itinéraire d’Antonin, documents datant tous deux du IIIe siècle de notre ère. La ville appartenait alors au territoire de la tribu gauloise des Unelles, correspondant à peu près à celui du diocèse de Coutances. Ultime étape d’un itinéraire reliant directement le Mans (Suidinum) à la mer de la Manche, Alauna constituait l’un des jalons d’une route commerciale menant vers la Cornouaille britannique. Son nom s'est conservé dans celui de l’ancienne paroisse d’Alleaume, aujourd’hui l’un des faubourgs de la ville de Valognes.

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Extrait de la Table de Peutinger. Alauna figure dans l'angle en haut à gauche.

Longtemps assimilé aux vestiges d'un ancien château, le site d'Alauna a été identifié et commencé d'être fouillé en 1695 par le père Dunod, jésuite et missionnaire royal, aidé par l’Intendant Foucault, collectionneur passionné d’antiques. Objet d'une vaste polémique, ces premières fouilles ont donné lieu à plusieurs publications et à de multiples commentaires tout au long du XVIIIe siècle. Pour avoir défrayé les chroniques érudites, cet engouement des savants n'empêcha pas toutefois les propriétaires des terrains occupés par les vestiges antiques d'en entreprendre la destruction. Lorsque le valognais Charles Duhérissier de Gerville, le fondateur de l'archéologie française, débute en 1811 de nouvelles recherches, les thermes avaient essuyés des tirs d'artillerie et le théâtre était en train de perdre ses derniers gradins, vendus comme pierre à chaux. 

 Alauna, thermes

Gravure ancienne illustrant les fouilles et les observations menées au XVIIe siècle sur les thermes romains

Outre le bâtiment des thermes, les recherches archéologiques menées depuis trois siècles ont permis de dégager de nombreuses structures maçonnées éparses, dont l’interprétation demeure problématique. Si l’emplacement bien attesté du théâtre à gradins reste discernable, on s'interroge encore sur la fonction d'un long fragment de muraille, visible dans une pièce de terre voisine, identifié sans certitude tantôt aux vestiges d'un  hôtel des monnaies ou à ceux d'un castrum. L'hypothèse de l'existence d'un fanum antique sous la petite chapelle romane de la Victoire a également été soutenue par certains érudits locaux. Depuis les études de Charles de Gerville, plusieurs éléments du tracé de la voirie urbaine ont également été repérés, ainsi que l'emplacement présumé du forum. Si les structures observables et les indices archéologiques concernant de grands édifices publics sont donc relativement nombreux, les traces d'habitat et d'installations domestiques demeurent en revanche étonnamment rares.

 

Les monnaies découvertes lors des différentes fouilles archéologiques offrent aujourd'hui l'un des meilleurs éléments d'approche pour évaluer la période d'occupation du site. Ont été recensées des monnaies dont les dates d'émission s'étalent de l'époque Gauloise (potin Baïocasse, vers 70-60 av. J.C.) à celle de l'empereur Constance II (324-325 ap. JC). Cette amplitude chronologique coïncide avec la période ultime d'occupation du site, dont on situe aujourd'hui l'abandon au IVe siècle de notre ère.

Alauna, thermes 2

Vue axonométrique des vestiges conservés

 

Selon l'analyse de Thierry Lepert, et en dépit du silence des sources écrites, il est probable qu’Alauna, principal relais local de l’itinéraire d’Antonin, ait occupé le rang de capitale des Unelles durant le Haut Empire. Ce n'est qu'ensuite que le centre administratif du territoire se serait déplacé à Crociatonum (Saint-Comes-du-Mont/Carentan ou plutôt Sainte-Mère-Eglise), traduisant un repli stratégique vers la base du Cotentin. Cosedia (Coutances), rebaptisée Constancia sous l’empereur Constance, n’aurait enfin acquis son statut de capitale qu’à l’extrême fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle. Site de hauteur, siège de garnison, c’est elle qui offrait alors les meilleures qualités défensives. L’érection de Coutances au rang de chef lieu de Cité coïnciderait aussi avec la fortification de Coriallo, l’actuelle Cherbourg, où des fouilles archéologiques ont révélé les vestiges d’un castrum du bas Empire. A Valognes, il faudra ensuite attendre le règne du duc Guillaume le Conquérant pour observer un véritable renouveau.

Julien Deshayes

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LIEN : UNE TETE ANTIQUE DECOUVERTE A VALOGNES

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 17:33

 ill.2 la chapelle avant restauration

La chapelle de l'ancien hôtel-Dieu avant restauration

I – HISTOIRE DE LA FONDATION

La fondation de l’hôtel Dieu de Valognes remonte en l’an 1497. L'initiative en revient à Jean Lenepveu, prestre, bourgeois manants habitant du lieu, qui fit à cet effet don d'une maison et mesnage contenant deux vergées ou viron rüe Levesque bornez par laditte rüe, le douy et le clos du Gisors. Cette propriété étant tenue en fief de l'abbaye Notre-Dame-du-Vœu de Cherbourg, Lenepveu dû reconnaître qu'il serait lui-même fondateur et administrateur de l'établissement sa vie durant, mais que l'abbé détiendrait ensuite le droit de nommer à sa tête l'un des chanoines de son abbaye. Cette fondation fut d'emblée placée sous la dépendance de l'ordre des hospitaliers du Saint-Esprit de Rome, également en charge des hôtels Dieu de Saint-Lô et de Coutances.

Jean Lenepveu était le confesseur de Jeanne de France, comtesse de Roussillon, dame de Mirebeau et de Valognes, fille naturelle de Louis XI et veuve de l’amiral Louis de Bourbon. Soucieux d’asseoir plus solidement sa fondation, il obtint de cette dernière le don d'une acre de terre ou environ pour la fondation de l’hôpital, église, maison Dieu et cimetière, située dans le Clos du Gisors, attenantes à son propre ménage. En retour cependant, Jeanne de France exigea de se faire reconnaître fondatrice dudit hôpital et maison Dieu, et le privilège de pourvoir et présenter au gouvernement dycelle en lieu et place de l'abbé de Notre-Dame-du-Vœu. Elle demanda aussi à ce qu'elle-même, ainsi que son défunt époux et les membres de sa famille, soient participants à tous les biens, messes, prières et oraisons dites dans la chapelle. Le contrat de donation que la dame de Valognes fit établir en date du 28 janvier 1499, précise encore que cet établissement serait édifié sous l'honneur et révérence de Nostre Dame et de toutte la cour céleste, et stipule que son cimetière serait commun à tous les bourgeois et habitans dudit Vallongnes a y estre inhumez et ensépulturez. Jean Lenepveu se voyait par le même acte reconnu prieur, administrateur et gouverneur de la nouvelle fondation. Il avait pour charge d'employer les revenus dont il disposait à la construction des bâtiments  ainsi qu'à sustenter, recueillir, loger et alimenter les pauvres personnes qui illec viendront et affluront. L’autorisation de bâtir la chapelle fut octroyée le 15 août 1499 par Geoffroy Herbert, évêque de Coutances. Cette création se vit en outre soutenue par les principaux notables de la ville, tels le sieur Jallot qui fit don de vitraux, Guillaume le Tellier, baron de la Luthumière, Robert d'Anneville, seigneur de Chiffrevast, ou Gautier de Ricarville, capitaine de Valognes.

ILL

L'hôtel Dieu sur le plan Lerouge de 1767

Dans la typologie de ce type d'établissements, l'ancien hôtel Dieu de Valognes offre un exemple tardif de fondation urbaine. Son édification, entreprise à l'extrême fin du XVe siècle, se situe encore dans le mouvement de reconstruction qui fait suite à la guerre de Cent ans. En 1433, Thomas de Clamorgan, vicomte de Valognes, n'hésitait pas à faire savoir que Valognes n'avait alors ni Hôtel Dieu ni religion ! En tant qu'institution charitable, le nouvel établissement remplaçait d'ailleurs une ancienne maladrerie, attestée au XIIIe siècle sur la paroisse voisine de Lieusaint, en bordure de l'ancienne voie romaine, et dont la chapelle avait été "terrée à néant". Mais cette fondation s'inscrivait aussi dans une phase importante du développement de la ville, dont le tissu urbain, auparavant très lâche, tendait alors à se densifier. Au Moyen âge, la villa de Valognes est principalement formée d'une juxtaposition de grands domaines ruraux et de hameaux dispersés, étendus sur un vaste territoire. Au delà du petit noeud serré des habitations regroupées autour de l'église paroissiale, au pied du manoir ducal, le bourg proprement dit s'y étire principalement le long de l'actuelle rue des Religieuses et de la rue de la Poterie, dans le fléchissement d'un axe routier menant de la baie des Veys au port de Barfleur. L'évolution postérieure de la ville, qui ne possédera jamais d'enceinte défensive ni d'autres limites que celle de ses croix de franche bourgeoisie, mettra longtemps à atténuer cette physionomie très diluée. L'amorce d'un nouvel essor se surtout fait sentir à partir du XVe siècle, avec le tracé de nouvelles rues, les premières mentions d'hôtels particuliers, le renouveau des constructions religieuses. En 1468, quelques années avant la fondation de l'hôtel-Dieu, l'implantation d'un couvent de cordeliers avait déjà engendré, au sud-ouest de la ville, l'assèchement de marais et accéléré le développement de la voirie. Mais, lors de sa construction, l'hôtel Dieu, situé au point de franchissement d'un passage à guet, jouxte le chemin tendant de Valognes à Yvetot, se trouvait encore aux marges du bourg médiéval.

L'acte primitif de fondation daté du 25 février 1497 précise que cet hôtel Dieu avait pour destination de recueillir, nourrir et gouverner les pauvres personnes, pèlerins, passants et autres nécessiteux et indigents et accomplir les œuvres de miséricordes. Sa vocation est également précisée dans la permission donnée à sa création par le général l'ordre des hospitaliers, le 5 octobre 1497, qui lui assigne une fonction ad recipiendum pauperes transeuntes et infirmos ut ibidem de morte prima Capita reclinent, et orphanos projectos, et infantes bastardos. Le contrat établi par Jeanne de France en date du 28 janvier 1499, mentionnant uniquement le devoir de sustenter, recueillir, loger et alimenter les pauvres personnes qui illec viendront et afflurontreste plus évasive. Il ne spécifie plus notamment la définition d'un usage destiné aux pèlerins.

7chapelle etage

Les fenêtres du chevet de la chapelle (avant restauration).

Quelles que fussent les véritables applications de la vocation charitable de l'établissement - sur lesquelles nous sommes malheureusement très mal renseignés - il est indéniable que celui-ci répondait aussi aux attentes religieuses de la population Valognaise. Sans avoir le titre d'église paroissial, sa chapelle tenait manifestement le rang d'un sanctuaire de proximité qui, comme le ferait au XVIIe siècle la nouvelle abbaye des dames bénédictines, attirait à ses offices de nombreux fidèles. La fonction funéraire qui lui fut assignée par Jeanne de France allait dans le sens d'une telle appropriation, et cela justifie aussi l'importance des proportions de l'église proprement dite.

En 1687, lors de la construction d’un nouvel hôpital, les habitants du quartier se mobiliseront d'ailleurs contre la désaffectation de l'édifice. Ils en entreprendront, à leurs frais, la restauration et la chapelle sera alors des mieux réparée et décorée. Il n’empêche que l’autorisation d’y maintenir les offices ne sera, finalement, pas accordée. Passé la Révolution, l’édifice devient un casernement militaire, puis, peu avant 1880, est affecté à un dépôt d’étalon. Il abrite depuis 2002 le centre culturel de la ville de Valognes.

      chapelle cour avant

Flanc nord de la chapelle avant restauration

II – ANALYSE SOMMAIRE DU BÂTI

Les bâtiments de l'ancien hôtel-Dieu regroupent aujourd'hui une aile sur rue et une chapelle formant retour, située sur l'arrière du bâtiment, au milieu d'une cour. L'aile sur rue a été entièrement remaniée au XIXe siècle et ne présente plus aujourd'hui de lisibilité apparente des structures anciennes. Sa façade intègre cependant un puits médiéval, conjointement accessible depuis l'intérieur du bâtiment et ouvert sur la voirie publique. Pour le reste, l'intérêt archéologique de cette élévation tient surtout aux fragments de pierres tombales en remploi et une inscription ancienne, maintenue en dépit des travaux de réaffectation de l'édifice en haras. Ecrite en caractères gothiques, celle-ci porte quatre vers rimés : "Vous qui passez devant ce lieu / Elargissez vous de vos biens / Il est constant pour Hôtel Dieu / De sustenter pauvres Chrétiens".

 

L’analyse de la chapelle révèle une évolution complexe, depuis la mise en chantier de l'édifice, à l'extrême fin du XVe siècle, jusqu’à l’installation du haras au XIXe siècle. Aucune trace d'habitat ou de structures maçonnées antérieures à cette chapelle n'a été observée à l'intérieur des zones prospectées. Dans sa construction initiale, celle-ci paraît avoir fait l’objet d’au moins deux campagnes de construction successives, marquant une progression d'est en ouest.  Achevé cet édifice était conjointement accessible par un portail ouvrant à l'ouest, dans l'axe de la façade sur rue, par un second grand portail latéral ouvrant du côté sud, et par au moins deux porte latérales donnant côté nord, sur la cour et le cimetière. La multiplication des accès pourrait, comme on l'a évoqué précédemment, traduire différentes phases successives d'aménagement de l'édifice. Mais ceci est également indicatif d'une organisation relativement complexe des circulations, dont la distribution visait manifestement à garantir conjointement l'accès vers la rue, la cour sud, le cimetière et l'aile nord des bâtiments annexes.

Cette chapelle était initialement charpentée et paraît avoir été couverte, dans sa phase primitive de construction, par une couverture en tuiles.

Le bâtiment, situé contre le flanc sud de la chapelle, correspond à une adjonction effectuée dans un second temps. Au XVIIe siècle, toute la chapelle a été remaniée et modernisée, notamment par la construction d’un voûtement sur croisées d’ogives. Au XIXe siècle, l’édifice a été de nouveau profondément remanié. La façade occidentale a été abattue et reprise selon un tracé différent. Le volume intérieur a été plafonné et cloisonné par des boxes à chevaux. Au cours de ces travaux, de nombreuses pierres de tailles – sépulture, autel, autres éléments de la construction – ont été démonté.

 

Les travaux engagés en 2002 à l’intérieur de la chapelle, dans le cadre de l’aménagement du centre culturel de la ville de Valognes, ont entraîné la suppression des cloisonnements établis au XIXe siècle lors de la création des boxes à chevaux du haras. Ces travaux ont également déterminé le piquetage des anciens enduits intérieurs, la reprise partielle des maçonneries, et ont affecté les niveaux de sols de l’édifice. Des tranchées ont été percées à l’intérieur de la chapelle et des travaux de terrassement ont été entrepris dans la cour située sur le flanc nord, à l’emplacement de l’ancien cimetière, attesté par les sources écrites et les plans anciens de Valognes. L’implication archéologique de ces travaux concerne aussi bien les parties en élévation que les sols anciens, qui ont livrés plusieurs éléments liés à l’affectation primitive du bâtiment.

Julien Deshayes

 

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Le choeur de la chapelle, vue axiale (avant restauration)

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXE : compte rendu des observations menées sur l'édifice lors des fouilles effectuées en 2002.

1 – L'architecture de la chapelle

            1a : deux phases de construction pour la nef

La chapelle se compose d’un long vaisseau unique, ouvrant à l'est sur un chœur polygonal à trois pans. La lecture des élévations permet de restituer une division de la nef en cinq travées de baies, délimitées par d'épais contreforts. L’observation détaillée du bâtiment révèle également une zone de rupture des maçonneries, à peu près au milieu de la nef. Cette rupture est repérable aussi bien sur le mur nord que sur le mur sud de l’édifice. Extérieurement, la rupture correspond à un changement du type d’appareillage. Tandis que les deux travées occidentales sont traitées en pierre de taille de moyen appareil régulier, les travées orientales sont édifiées en petit moellon. L’ouverture d’une tranchée de fondation située assez exactement au niveau de cette zone de rupture n’a révélé aucune fondation au sol. En conséquence, il semble s’agir d’une reprise correspondant à un arrêt provisoire du chantier, entre deux phases de construction sans doute assez rapprochées l’une de l’autre. Conformément à un usage fréquemment identifié depuis l'époque romane dans l'architecture religieuse, il est vraisemblable que ce chantier aura progressé d'est en ouest, privilégiant d'abord le chœur liturgique avant de développer sa capacité d'accueil des fidèles.

            1b – façade occidentale

Le piquetage des enduits a permis de faire apparaître à l’extrémité ouest du mur nord, le tracé d’un contrefort appartenant à la façade de l’ancienne chapelle, situé à un mètre quarante en retrait par rapport à la façade actuelle. Le décaissement des sols entrepris dans cette partie du bâtiment a également engendré le dégagement des assises de l’ancien mur de façade correspondant. Ce mur d’une épaisseur d’environ 1 mètre a été découvert à 52 cm sous le niveau de sol. Un bandeau formant débord de 10 cm, et marquant probablement un niveau de sol ou d’assise de pavement était visible sur sa face interne, à une profondeur de 75 cm. En partie nord, la surface de mur découverte était en grande partie composée de carreaux de pavement en pierre de taille. Probablement s’agit t’il de remplois, mais le motif de cet aménagement reste énigmatique. L'existence d'un seuil de portail d'entrée ouvrant au centre de cette façade peut se déduire de l'usure des pierres de pavement recouvrant une portion de ces fondations. La largeur précise de cette ouverture n'est pas déterminée, mais on peut toutefois affirmer que celle-ci atteignait pour le moins 1m20. La façade occidentale de l’ancienne chapelle a été détruite au XIXe siècle, pour être reprise et intégré selon un tracé oblique correspondant à l’alignement de la rue. Il est vraisemblable que l'inscription en vers remployée dans le bâtiment accolé, reconstruit à la même période, provienne de cette façade.

            1c – Insertion du voutement.

L'édifice conservait avant travaux des traces encore très lisibles de son ancien voûtement sur croisées d'ogives. Sur les murs gouttereaux et à l'intérieur du chevet, les maçonneries présentaient des revêtements d'enduit blancs à la chaux, indiquant le rythme des travées que déterminait la portée des voûtes. En partie haute de la nef des supports composés d'impostes moulurées placées sous la retombées des nervures recevaient chacune trois colonnes engagées. La répartition des voûtains ne respectant pas l'espacement des baies gothiques, il apparaissait clairement que ce voûtement constituait une insertion postérieure à la phase de construction initiale. L'ornementation appliquée à la sculpture des supports apparaissait en outre représentative de l'architecture classique de la seconde moitié du XVIIe siècle. On peut en conséquence, de manière assez fiable, attribuer cette reprise architecturale aux travaux de modernisation documentés en 1687. Dans sa conception primitive, la chapelle de l'hôtel Dieu de Valognes était un édifice charpenté.

            1d – Un chœur surélevé

Dans l'ensemble de la nef, un niveau de sol médiéval a été identifié à 70 cm au dessous du niveau de sol actuel. En revanche le niveau le plus bas des sols d'occupation du chœur est repérable à 10 cm de profondeur seulement. Il devait donc exister un décalage d'environ 60 cm entre le niveau du chœur et celui de la nef. L’hypothèse d’un chœur surélevé, initialement accessible par quelques marches parait de ce fait devoir être proposée.

1 e – Traces de polychromie

L’encadrement du portail latéral découvert lors du grattage du mur sud de la chapelle présente des traces de peinture noire, appliquée directement sur la pierre calcaire. D’autres traces résiduelles de polychromie avaient pu être observées précédemment en partie haute du chœur, aux ébrasements des fenêtres datant de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Il est vraisemblable que l’ensemble de la chapelle ait reçu, dans son état d'achèvement primitif, un décor peint. Ce dernier fut recouvert d'un badigeon blanc au XVIIe siècle, et fut nécessairement endommagé lors de la réaffectation de l’édifice au XIXe siècle. La suppression des enduits lors des travaux de 2002 a provoqué la disparition des derniers vestiges de ce décor.

 

2 - Percements et circulations

            2a – portail occidental

 Les observations effectuées au niveau des soubassements de l'ancien mur de façade permettent de localiser un portail occidental donnant accès à la chapelle depuis l'ancienne rue Levesque. Cette ouverture faisait pour le moins 1 m 20 de largeur.

            2b - portes latérales

Deux portes latérales sont visibles sur la façade nord de la nef, l'une située à hauteur de la première travée occidentale, et la seconde ouvrant dans la quatrième travée. Toutes deux sont coiffé d'un arc appareillé et dotées d'encadrements chanfreinés, détails représentatifs des constructions datant de la fin du XVe ou du XVIe siècle.

Deux autres portes, situées côte à côte, ouvraient également à hauteur de la première et deuxième travée sud de la nef. Toutes deux se sont trouvé condamnées lors de l'ouverture d'un nouveau portail, simplement coiffé d'un linteau en bois, au XIXe siècle. Le tracé surbaissé de leurs arcs oriente vers une datation postérieure au XVIe siècle.


            2c – Le grand portail sud

Le piquetage du mur sud de la nef a notamment permis de dégager l’encadrement d’une porte en arc brisé d’environ 3 mètres d’ouverture, dotée de piédroits chanfreinés à doubles ressauts (ill. 4). Cette porte est surmontée par une dalle gravée portant une inscription latine versifiée en caractère gothique. Celle-ci n’a pas encore été interprétée, si ce n’est la première ligne : Hic est pauper domus …, dont le contenu évoque évidemment la fonction d’accueil de l’ancien Hôtel Dieu[15]. D’après les observations effectuées sur les structures murales de l’édifice, il apparaît que ce portail sud ouvrait jadis directement sur l’extérieur de la chapelle, et devait être précédé par un porche avec une toiture charpentée à deux pans. Les traces d’arrachement du larmier du porche disparu se devinent encore dans les maçonneries externes de l’édifice.     

            2d – Deux portes jumelles ouvrant dans le sanctuaire

A l’extrémité orientale du mur sud de la chapelle, deux portes jumelles, plus modestes que le portail précédemment évoqué, ont également été conservées (ill.6). Il s’agit d’ouvertures en plein cintre qui ont été murées, sans doute lors de la destruction d'un bâtiment adossé, avec lequel elles communiquaient initialement. La fonction et la date de ces percements ne sont pas assurées. Le système de dédoublement des portes pourrait correspondre à la desserte d’une sacristie, qui aurait ainsi ouvert immédiatement sur le chœur liturgique. La nature des maçonneries de ces ouvertures, comportant apparemment plusieurs pierres de remplois, suggère un aménagement fait à l’économie. Deux niveaux de seuil différents, correspondant respectivement à chacune de ces deux portes, ont été identifiés, la porte la plus orientale se trouvant à -15 cm et sa voisine à – 30 cm. Ce décalage de niveaux s’explique par la surélévation du chœur que nous avons évoquée précédemment, les portes jumelles s'étant manifestement situées à l’intérieur de l’emmarchement de l’escalier. Les travaux ont également permis de dégager un lavabo d'autel avec étagère abrité sous un arc en accolade à l'intérieur du chœur de l'édifice.


3 - Bâtiments accolés à la chapelle

3a – Le bâtiment sud

 A une date non définie, le portail sud a été intégré à un bâtiment adossé contre le flanc de la chapelle. L’addition de cet édifice accolé a également occasionné l’obstruction de deux hautes baies à lancette ouvrant initialement sur la façade sud de la chapelle, de part et d’autre du grand portail latéral. Ce nouveau bâtiment, immédiatement associé au sanctuaire, est encore visible sur le plan de la ville de Valognes édité par Lerouge en 1767. Il s’agissait manifestement d’une construction sur deux niveaux, disposant à l’étage d’un hagioscope, sorte de judas permettant de voir l’autel situé en contrebas, dans le chœur de la chapelle (ill. 5). Ce dispositif était potentiellement destiné à des malades contagieux ou incapables de se déplacer, à qui l'on permettait ainsi de suivre les offices sans se mêler aux autres fidèles. La disparition de cette aile sud, détruite au XIXe siècle, ne permet pas d'en évaluer précisément la date de construction. Divers indices externes permettent cependant de la placer antérieurement aux travaux de réhabilitation effectués à la fin du XVIIe siècle à l'intérieur de la chapelle. 

3b – L'aile sur rue

 Une baie en lancette obstruée a été identifiée lors des travaux de 2002 sur la première travée occidentale de la nef, du côté nord. Il est évident que cette ouverture n'a jamais pu fonctionner en connexion avec l'aile de bâtiment sur rue qui, à ce niveau, prend appuis contre la chapelle. Cette analyse est également confortée par la présence d'une porte obstruée à encadrements chanfreinés et arc en plein cintre située sous l'appui du mur de ce bâtiment. En terme de phasage relatif, ce corps de bâtiment correspond bien, pour partie au moins, à une adjonction postérieure à l'aménagement de la chapelle. Si il reste vraisemblable que la maison de la rue Levesque offerte en 1497 par le fondateur a pu subsister de ce côté-ci de la chapelle, cette dernière devait donc, initialement, se trouver en retrait, et non au contact direct du sanctuaire.


4 – Sépultures et structures au sol

Le décaissement du sol de l’ancienne chapelle a entraîné la mise au jour de deux pierres tombales. La première, située près du portail mis à jour sur le mur sud de la nef, appartenait à une certaine Roberde Flay ( ?), en son vivant femme de Guillaume Jallot, bourgeois de Valognes, qui décéda en janvier 1628. La seconde pierre tombale se trouvait dans l’axe de la nef, à peu près au centre de l’édifice. Elle présente une graphie plus ancienne en caractères gothiques très usés, qui n’ont pas été déchiffrés. Cette pierre tombale est fragmentaire, la pointe ayant été brisée lors de son remploi en fondation sous un poteau établi au XIXe siècle.

Les travaux de prospections ont permis d’observer que cette pierre tombale n’était pas en place. Elle recouvrait une fosse de 80 centimètres cube environ, entièrement remplie d’une succession de lits de dalles calcaire formant cinq niveaux de pavement successifs. Cet aménagement correspond à l’assise de fondation des poteaux insérés au XIXe siècle pour supporter le plafonnement établi afin de créer un étage résidentiel à l’intérieur de la chapelle. Sous un second poteau, d’autres fondations du même type ont été observées. Parmi les structures en remploi se trouvaient les fragments d’une large dalle avec bordure à chanfreins et cavets, que nous avons identifié comme une ancienne table d’autel.

Tout le sol de la chapelle est truffé d’ossements humains qui, pour la plupart, semblent fragmentaires et ne paraissent plus correspondre à des sépultures en place. Deux squelettes complets ont été identifiés et fouillés. L’un  à - 85 cm de profondeur, exactement axé face au grand portail sud évoqué ci-dessus (décubitus dorsal, tête à l’ouest, sans mobilier), l’autre à l’extérieur de la chapelle, entre les deux contreforts de la dernière travée nord-est de la nef. Plusieurs clous et fragments de cercueil en bois ainsi que les vestiges d’un textile de couleur noire, largement décomposé, recouvrant le corps étaient associé à cette sépulture, qui reposait sur un sol naturel de plaquettes de pierre calcaire.

La profondeur des niveaux de sols comprenant des débris osseux atteint jusqu’à 80/90 centimètres de profondeur à l’intérieur de la chapelle. Les sols bouleversés par les travaux en cours comprenaient aussi de nombreux fragments de couverture en schiste, provenant de toute évidence de l'effondrement de la toiture de l’ancienne chapelle. Quelques fragments de tuiles, certain avec trou de fixation à deux tenons et d’autres avec bourrelet de calage, ont également été ramassés sur le site. Il s'agit probablement des témoignages les plus anciens de la couverture du bâtiment primitif.

Par endroit, le sol de la chapelle a également conservé un pavement en « carreau d’Yvetot » encore en place. L’organisation de ce pavement était en particulier visible à l’extrémité ouest de l’édifice, où son tracé suivait la limite de l’ancienne façade occidentale, avant sa reconstruction du XIXe siècle.

 

5 - Autres éléments mis à jour lors des travaux

Parmi les autres éléments mis à jour, les ouvriers ont découvert une dalle à inscription qui, retournée, formait l’appuis d’une fenêtre percée au XIXe siècle dans le mur nord de la chapelle. Cette dalle ne constitue que la moitié de l’inscription primitive. Malheureusement forée pour y fixer des barreaux de fenêtres, puis brisée lors du démontage récent, cet élément nous est parvenu dans un état lacunaire. L’inscription est en caractères gothiques, très soignés. En couronnement de l’inscription se trouvait un buste d’ange tenant le cadre du texte à la manière d’un phylactère. Cet élément peut être daté de l’extrême fin du XVe siècle ou du tout début du XVIe siècle. Il s’agissait manifestement d’une épitaphe. 

Une grosse dalle d’emmarchement provenant de l’escalier de l’aile nord a également révélé, lors du démontage, la présence d’inscriptions en caractères gothiques. Il s’agit manifestement d’un fragment de pierre tombale réemployé au XIXe siècle.

D’autres fragments de pierres tombales sont visibles en remploi sur l’élévation est du bâtiment du haras. Le linteau de l’une des fenêtres percée au XIXe siècle est notamment constitué d’une dalle funéraire de la fin du moyen âge gravée de caractères gothiques. Il est manifeste que l’aménagement du haras a occasionné la récupération d’un grand nombre de pierres de tailles provenant des constructions médiévales ou d’anciennes sépultures. Le pillage en règle mené au XIXe siècle explique aussi le caractère très bouleversé des sols anciens de la chapelle.

L'aspect des supports en pierre formant l'assise des poteaux de bois divisant les boxes à chevaux du haras installé au XIXe siècle dans la chapelle présentaient une forme octogonale et une taille relativement soignée. Il est vraisemblable qu'il s'agissait là aussi de remploi provenant d'une construction antérieure. L'hypothèse selon laquelle il s'agirait de bases ayant servi à soutenir les piliers d'une galerie de circulation mérite d'être soulevée. Auquel cas, ces éléments permettent d'envisager la question d'une structuration de l'espace de la cour, entre la chapelle et d'autres bâtiments annexes.

 


 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 16:04

SSvte église 027

I - Architecture

D'après des éléments issus du cartulaire de l'abbaye, édités par Delisle, il semble que l'église St-Jean, initialement située à l'intérieur du château des barons de Saint-Sauveur, se soit déplacée entre la fin du XIe siècle et le premier tiers du XIIe siècle à son emplacement actuel. Tandis qu'un texte des environs de 1190 mentionne une église paroissiale située "in (suo) dominio", la pancarte de 1136 fait clairement référence au don d'une prairie située "sous la nouvelle église"  (sub nova ecclesia Sancti Salvatoris). Il est à ma connaissance très rare de posséder des informations aussi précises concernant l'origine d'un édifice paroissial. Le transfert des fonctions curiales depuis l'ancienne chapelle castrale vers un nouvel édifice offre en outre un jalon intéressant concernant l'histoire de l'ensemble du bourg, qui, de fait, s'est intensément développé pendant cette période, autour du château et le long de la route de Portbail.

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Vestiges de décor peint dans l'ébrasement d'une fenêtre du XIIIe siècle

Il ne subsiste plus dans l'église aucun élément identifiable pouvant appartenir au XIIe siècle. L'essentiel de l'édifice actuel remonte au XIIIe, mais a fait l'objet d'une importante reconstruction durant la seconde moitié du XVe siècle, probablement après la guerre de Cent ans. La nef charpentée à bas-côté, éclairée par des fenêtres hautes, fut alors entièrement remaçonnée et dotée d'un voutement sur croisées d'ogives. Ces voutes ont rendu inutiles les anciennes fenêtres du vaisseau central, qui sont conservées mais n'éclairent plus aujourd'hui que les combles. D'autres vestiges du XIIIe siècle sont visibles dans le bras nord du transept, où la fenêtre ouvrant vers l'ouest est restée en place. Autour de cette baie se remarquent encore, intérieurement, des traces résiduelles d'un décor peint formant un faux appareil caractéristique du XIIIe siècle. Le mur pignon de ce bras de transept, doté d'un parement en pierre de taille, présente la trace de deux fenêtres anciennes que séparaient un contrefort central. Au XVe siècle, ces fenêtres ont été obstruées et le contrefort central a été réduit en hauteur, tandis que l'on installait une grande baie à remplages flamboyants. Le clocher latéral, côté sud, possède aussi, en partie haute, des fenêtres pouvant dater au XIIIe siècle. La façade en pierre de taille mérite également d'être observée en détail, car elle conserve plusieurs baies gothiques, ainsi que deux reliefs à motifs cruciformes, réutilisés au XVe siècle. Le  parement en pierre de taille qui distingue cette façade remonte très vraisemblablement à la première phase de construction gothique. Le choeur à chevet plat doit également appartenir au parti XIIIe, bien qu'il ait, lui aussi, subit des remaniements.

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Vue intérieure de la nef

Un obit conservé aux archives de la Manche fait référence à la chapelle fondée le 16 août 1476 et construite par Raoul Langlois, écuyer, à l'emplacement des fonts baptismaux. Aujourd'hui, les fonts baptismaux se trouvent dans la première travée du bas-côté nord de la nef, mais il ne s'agit peut-être pas de leur emplacement d'origine. Pour des raisons qui seraient un peu longues à expliquer, il est plus vraisemblable que la chapelle en question corresponde en fait à la chapelle située sous le clocher, côté sud, à la jonction du choeur et de la nef. Cette dernière possède encore l'une de ses belles fenêtres à remplages flamboyants, tandis que les autres ont été partiellement obstruées à une époque tardive.

L'élévation du choeur et de la nef du XVe siècle est bien représentative de l'architecture flamboyante du Cotentin dans la seconde moitié du XVe siècle. Le principe des grandes arcades dont les moulures viennent mourir dans l'épaisseur des colonnes sans l'intermédiaire de chapiteaux existait aussi à Saint-Malo de Valognes et se retrouve en de nombreuses constructions contemporaines.

La grande chapelle flanquant le choeur au nord, fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul, fut construite par la famille Desmaires entre 1609 et 1615. Son histoire est bien connue grâce aux travaux que André Dupont a consacré à cette famille de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui connue une importante fortune aux XVIe et XVIIe siècles. Par mariage, la chapelle appartint ensuite aux Harcourt, avant d'être pillée à la Révolution, puis remaniée et restaurée au XIXe siècle. Son architecture s'inspire encore de la tradition gothique, dont on a repris les baies à arc brisé, les contreforts et les larmiers. Il est même surprenant de trouver, à une date aussi tardive, des portes dont le linteau en accolade évoque encore le XVe siècle. Pour le reste, il n'est trop étonnant de constater un tel archaïsme, la référence au gothique ayant valeur de citation de ce que l'on considérait toujours comme étant l'architecture religieuse par excellence.

Au XIXe siècle aussi, on édifia la copie conforme de la chapelle Desmaires sur le flanc sud du choeur. Des inscriptions, à l'intérieur, en mentionne la construction, financée notamment par Bottin Desylles, et la consécration par l'évêque de Coutances.

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Les fonts baptismaux de style Renaissance

II - Mobilier

 De mémoire, je ne citerai très sommairement que quelques unes des nombreuses oeuvres de qualité qui décorent cette église :

- Le très beau Christ aux liens polychrome mérite une mention toute particulière, d'une part en raison de sa belle facture, d'autre part parce qu'il s'agit d'une statue exceptionnellement bien documentée. Nous savons en effet qu'il fut acheté à Rouen, l'an 1522, pour l'église abbatiale, puis transporté par voie de mer et sur canaux jusqu'à Saint-Sauveur-le-Vicomte.

- Le saint Jacques, avec bourdon et sacoche, est une oeuvre locale (pierre d'Yvetot-Bocage ?), datable du XVe siècle, voir du début du XVIe siècle.

- Les fonts baptismaux Renaissance, avec date portée de 1576, se signalent par leur décor de frise corinthienne et leur base à pattes ornées de mufles de lion. Ils portent les armoiries de la famille de Grimouville, qui fournit l'un de ses abbés à l'abbaye voisine.

- Le saint Jean-Baptiste et le saint Michel du choeur (XVIIe siècle), rappellent la double titulature de l'église. Ils furent peut-être commandés en même temps que le retable, en 1654.

 Saint-Sauveur-le-Vicomte, christ, 1522

Le Christ aux liens acheté à Rouen pour l'abbaye de Saint-Sauveur en 1522

 

Julien Deshayes

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 16:06

 

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L'église Notre-Dame vue depuis le donjon de Bricquebec

L’église primitive de Bricquebec, dont il subsiste encore de beaux vestiges d’époque romane, se trouvait dans le quartier dit « du village », auprès du croisement des anciennes routes menant de Valognes vers Portbail et Saint-Sauveur-le-Vicomte. L’édifice menaçant ruine, sa restauration s’avérant délicate et le goût pour la conservation du patrimoine n’étant alors partagé que par quelques rares esprits éclairés, le choix fut fait à la fin du XIXe siècle d’abandonner le vieux monument et de reconstruire un nouveau lieu de culte. Déjà défendue par l’abbé Couppey au milieu du XIXe siècle, cette idée mit cependant longtemps à s’imposer et fut à l’origine de conflits virulents. Les hameaux de l’Etang-Bertran et de Rocheville, bénéficiant de leur propre sanctuaire, ne souhaitèrent pas participer au financement de la nouvelle église. Ils obtinrent en cette occasion leur détachement de Bricquebec et leur érection en communes autonomes. Se heurtant à la réprobation d’une partie du conseil municipal, l’accomplissement du projet ne put se faire qu’en raison de l’extrême ténacité du curé de la paroisse, l’abbé Lebreton (1891-1906) qui, après avoir fait don du terrain, finança une partie de la construction.

 

bricquebec

Représentation en mosaïque de la nouvelle église sur la tombe de son constructeur, l'abbé Lebreton

La première pierre de la nouvelle église fut posée le 5 juin 1898 par Dom Vital Lehodey, abbé de la Trappe. Son ouverture au culte date du 29 avril 1900. L’architecte départemental chargé des travaux, nommé Pillioud, se conforma à un parti de construction de style néo-gothique, dans le goût qui prédominait en France depuis déjà le milieu du XIXe siècle. Il s’agit d’un exemple représentatif d’ « église de catalogue », reproduisant un modèle consacré d’édifice à tour de clocher en façade, chœur à déambulatoire et chapelle d’axe.

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L'église nouvelle sur une carte postale du début du XXe siècle

Le matériau de construction initialement prévu par l’architecte était le grès local. C’est le curé de la paroisse qui préconisa l’emploi d’un parement en calcaire, et le paya de ses propres deniers. Digne héritier de la tradition des « curés bâtisseurs », l’abbé Lebreton fit également exécuter à ses frais la construction de la chapelle d’axe de l’église, dite « circata », à l’entrée de laquelle fut placée en son souvenir une dalle de mosaïque imitée des plates-tombes paléochrétienne.

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Intérieur de l'église

Intérieurement, l’édifice se signale par sa grande clarté, en partie due à l’emploi d’un calcaire très clair et en partie à l’emploi d’un vitrage en « grisaille » qui laisse amplement circuler la lumière. Faute de pouvoir se conformer au modèle des grandes églises à trois niveaux, l’architecte a établi à hauteur des fenêtres hautes une fausse galerie de circulation, donnant l’illusion d’un étage supplémentaire. La sculpture des chapiteaux, en partie inachevée, emploi un répertoire assez stéréotypé de formes végétales inspiré de modèles du XIIIe siècle.

Julien Deshayes

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 18:47

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 Aux origines de l'abbaye, la chapelle castrale des vicomtes du Cotentin

 La fondation de l'abbaye bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte fut précédée par celle d'une chapelle collégiale, établie peu avant l'an Mil par le vicomte Roger en son château de Saint-Sauveur. Cette collégiale rassemblait au milieu du XIe siècle neuf chanoines, pourvus de revenus provenant principalement des iles anglo-normandes. La suppression de cette communauté et son remplacement par des moines venus de Jumièges est traditionnellement datée de 1067. Cette substitution, motivée par l'aura spirituelle dont bénéficiaient alors les frères de l'ordre de saint Benoît, était également dictée par la volonté d'instituer, par l'intermédiaire des moines, une importante réforme des institutions religieuses. Il s'agissait aussi d'un acte politique, soutenu par le duc Guillaume, qui, en encourageant la restitution aux abbayes d'une partie des domaines que l'aristocratie s'était approprié, s'efforçait de limiter et de contrôler le pouvoir des seigneurs locaux.

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Sarcophage de la nécropole de l'ancienne chapelle castrale retrouvées au cours des fouilles menées en 2001 sous la direction de Gérard Vilgrain


La fondation de l'abbaye

Le déplacement de la communauté depuis la basse-cour du château vers son site actuel semble effectif vers 1080, date à laquelle Néel le Vicomte, baron de Saint-Sauveur, octroie de nouvelles donations à l'abbaye. Le commencement du chantier de la nouvelle église est probablement assez voisin de cette date, puisque c’est à ce même Néel qu’est attribuée dans un acte postérieur l’entreprise de la construction de l’abbaye. Une autre charte, précisément datée de 1104, permet de documenter une importante cérémonie effectuée à l'occasion de la donation à l’abbaye de l’église Saint-Martin de Grosville, en présence du vicomte Eudes et de son épouse, de l’évêque de Coutances et de l’abbé Bénigne, ainsi que de nombreux clercs, moines et seigneurs locaux. Sans être parfaitement explicite, cette cérémonie, incluant le dépôt symbolique de l’église nouvellement offerte sur l’autel de l’abbaye, apparaît indicative de l’achèvement d’une première étape du chantier, comprenant vraisemblablement la construction du chœur liturgique de l'église abbatiale. L’achèvement de l'édifice est attesté par un acte du cartulaire, daté des environs de 1165, faisant état de la dédicace de l’abbaye par Jourdain Tesson et son épouse, en présence de l’archevêque et de plusieurs évêques, abbés, clercs et laïcs rassemblés.

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Plan de l'église abbatiale par Danjoy

 

La construction romane

Lorsque la communauté bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte entreprend, vers la fin du XIe siècle, la construction de son église abbatiale, elle utilise des formules architecturales éprouvées, parvenues à leur pleine maturité, au gré d’expériences déjà nombreuses menées en d’autres abbayes du duché. L'étude des vestiges subsistants indique que le plan de l'édifice comprenait un chœur à abside flanqué de chapelles à chevet plat formant bas-côtés, augmentées de deux absidioles orientées, greffées sur les bras du transept. La tour dominant la croisée du transept, autre héritage de la construction romane, dominait l'étagement harmonieux des volumes du chœur et s'articulait avec une longue nef à bas-côtés. Cette nef comprenait une élévation à trois niveaux, superposant aux grandes arcades des parties basses un triforium aveugle et un étage de fenêtres hautes muni d’une galerie de circulation aménagée dans l'épaisseur du mur. D’après l’organisation des supports du mur sud de la nef - seule partie de l'édifice primitif conservée dans sa presque intégralité - il semble que le vaisseau central ait pu posséder initialement un voûtement sur croisées d’ogives. L'ensemble de ces différents éléments impose une comparaison privilégiée avec l'église abbatiale de Lessay, distante seulement d'une vingtaine de kilomètres. Outre l'adoption d'un plan similaire et le recours précoce au voûtement sur croisée d'ogives, les deux édifices présentent des points communs évidents, jusque dans le détail de leurs articulations et de leur décor sculpté. L'hypothèse de l'intervention d'un même architecte, ou d'une même équipe de bâtisseurs, dans la construction de ces églises qui étaient, sur un plan formel, presque des sœurs jumelles, mérite d'être proposée.

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Détail de l'élévation romane levé par Georges Bouet

Le cadre d'un idéal spirituel

Saint-Sauveur et Lessay obéissaient toutes deux à un parti architectural fondé sur une stricte géométrie de volumes géométriques simples et unifiés, régulièrement ordonnancés par une consonance rythmée d’arcs et d’arcatures. Dans l’esthétique bénédictine du XIe siècle, cette rigueur géométrique se faisait expression d’un ordre supérieur, celui d'une création divine conçue selon des lois numériques d’ordre et de mesure. Cet ordre était également reproduit dans la disposition des bâtiments monastiques, régulièrement organisée autour du cloître, enveloppe d’une vie selon la règle dont l'objectif visait à regagner, par la pratique assidue de la louange liturgique et de la lectio divina, l’état angélique perdu lors de la Chute. Participant de cet idéal monastique, l’architecture se voulait incarner, par sa clarté structurelle, l’harmonie intelligible des hiérarchies célestes. Mais ce microcosme d’une création restaurée n'eut été achevé si le décor sculpté n’y apportait, avec une sobriété propre aux édifices monastiques normands, son élément propre de diversité. L’alternance subtile des chapiteaux sculptés de godrons, de feuilles plates ou de corbeilles lisses couronnant les colonnes définit, au sein de cet espace unifié, une part indispensable de variété, tout comme la variété des individus constituant la communauté se devait d’être préservée dans l’union de la charité monastique.

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      Chapiteaux romans de la nef de l'église abbatiale

 

Destructions et renaissances

 Les importants dommages subis par l’abbaye ont, au cours des siècles, pratiquement gommé, pour le visiteur d’aujourd’hui, la perception du projet initial des bâtisseurs romans. Immédiatement voisine du château, qui fut un enjeu militaire considérable durant la guerre de Cent ans, l'abbaye eût en premier lieu à souffrir très directement de ce conflit. Une enquête menée en 1422 fait état de la ruine des bâtiments, condamnant les moines à dormir sur de la paille à l'intérieur l'église, elle-même partiellement détruite depuis 1375. La restauration est entreprise à partir de l'abbatiat de Etienne du Hecquet (1439-1444), auquel est attribué la reconstruction d'une chapelle dédiée la Vierge. Selon le père Lerosey, la réédification intégrale du chœur et la reprise des parties endommagées de la nef ne fut effectuée que sous l'abbatiat de Jean Caillot, entre 1451 et 1470. Ce chœur gothique flamboyant substitue à la calme horizontalité des parties romanes un élan monumental nouveau. L’abside à trois pans, très lumineuse, est éclairée par deux niveaux de fenêtres de hauteur croissante, produisant un net effet de verticalité. A l’extérieur, l’élancement de l’élévation est renforcé par de solides contreforts biais, hérissés de gargouilles et couronnés en leur sommet de balustrades ajourées. Cette belle construction gothique a souvent été comparée au chœur de l'église abbatiale du Mont-Saint-Michel. Elle doit être plus étroitement encore rapprochée de celui de l'église paroissiale Saint-Malo de Valognes, son contemporain, qui en reprend les principales dispositions.

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   Le chevet ré-édifié au XVe siècle

Abandonnée par les moines dès avant la Révolution Française, vendue après 1792 comme bien national, l'abbaye se voit ensuite transformée en carrière de pierre. L'état pitoyable dans lequel se trouvait l'édifice au début du XIXe siècle est documenté par des gravures romantiques, montrant l'abbatiale totalement éventrée, privée d'une bonne partie de sa façade et de l'intégralité du mur nord de la nef.

L'ensemble aurait probablement disparu aujourd'hui si Marie Madeleine Postel n'avait décidé, en 1832, de venir s'y établir avec sa communauté. Les restaurations menées sous son impulsion à partir de 1838, ont parfaitement su respecter la diversité des campagnes de constructions qui faisait la spécificité de l’église abbatiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte. A une époque où le renouveau du goût pour l’architecture médiévale dictait bien souvent des interventions trop systématiques, l’architecte François Halley, un "enfant du pays" au génie reconnu, a su faire preuve d’un rare pragmatisme. Si la verve de son inspiration, qui le conduisit à développer un décor sculpté riche et inventif, contraste avec la simplicité des ornements romans, sa compréhension des formes anciennes traduit, pour le reste, une intelligence remarquable de l’architecture médiévale. Nous avons souligné, dans une étude qui reste à paraître, combien cet « homme attardé tombé du ciel du Moyen Age » disposait en fait de solides références archéologiques. Puisées principalement dans l’atlas des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie de 1825 et de 1834 ainsi que dans les illustrations de l’Abécédaire d’archéologie et des Cours d'antiquités monumentales professé à Caen en 1830, les sources d’inspiration de François Halley illustrent de manière très vivante l’impact exercé en leur temps par les publications d’Arcisse de Caumont.

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Le chantier de la reconstruction figuré sur l'un des chapiteaux sculptés par François Halley

 

Julien DESHAYES, 2006

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