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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 15:31

Jeudi 17 février prochain à 18h30, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (service de la Communauté d’agglomérations du Cotentin) propose une conférence richement illustrée consacrée aux « Figures d’anges dans l’art du Cotentin ».

Cette intervention ouvre un nouveau cycle de conférences d’histoire de l’art, entièrement voué en ce début d’année à l’héritage issu de nos petites églises rurales. Au nombre de quatre, ces conférences se tiendront au sein de l’abbaye Sainte Marie-Madeleine Postel de Saint-Sauveur, équipée à cet effet d’un espace tout à fait adapté.

Le thème de la première conférence nous conduira à évoquer un sujet artistique d’une immense prolixité. Depuis les sculptures romanes aux vitraux de l’après guerre, il n’est en effet guère d’église du Cotentin qui se trouve dépourvue de représentations angéliques.  Ces messagers divins, omniprésents dans les textes bibliques,  ont connu chez nous comme ailleurs une fortune artistique incomparable. Tantôt  associés au sacrifice d’Abraham, au thème de l’Annonciation ou à celui de la Résurrection, ils parviennent aussi à s’imposer dans quantité d’autres scènes religieuses sans pourtant apparaître dans les textes correspondants (Fuite en Egypte, Baptême, Crucifixion...). En tant que symboles et marqueurs du sacré, ces créatures ailées accompagnent régulièrement les figurations de la Vierge et de saints et prolifèrent sur les grands retables de l’âge Classique. C’est que, tantôt musiciens, porteurs de luminaires, de phylactères, d’encensoirs ou d’armoiries, les anges ajoutent à leur signification sacramentelle d’évidentes qualités ornementales, auxquelles nos artistes se sont montrés particulièrement  sensibles. Le conférencier (Julien Deshayes) s’efforcera d’en présenter chacune des déclinaisons, en retenant, pour le plaisir de l’oeil, les plus belles créations parvenues jusqu’à nous...

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 2 € pour les étudiants.

Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans un sou ce mois-ci

Durée d’environ 1h.

 

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

Tél : 02.33.95.01.26/ pah.clos.cotentin@lecotentin.fr

http://closducotentin.over-blog.fr/

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 15:12

Jeudi 17 février 2022, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une visite guidée du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Centre du pouvoir des Néel, premiers vicomtes du Cotentin, le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte a également joué un rôle déterminant lors de la guerre de Cent ans, à l’époque du bouillant chevalier Geoffroy d’Harcourt.

L’édifice conserve une partie de son enceinte fortifiée, flanquée de tours et dominée par un imposant donjon, édifié au XIVe siècle par le roi Edouard III d'Angleterre. La visite permet d’accéder aux étages du donjon et de découvrir l’intérieur du « logis Robessart ».

Rendez-vous à 15h dans la cour du château

Vendredi 18 février, le Pays d'art et d'histoire propose une visite guidée du château de Bricquebec.

Fondé sous le règne de Guillaume le Conquérant, le château de Bricquebec fut l'une des plus puissantes places fortes du Cotentin médiéval. Il a conservé son haut donjon polygonal et abrite une impressionnante salle seigneuriale d’époque romane. L’ensemble est compris dans une vaste enceinte flanquée de tours et protégé par deux portes fortifiées. C’est dans ce cadre exceptionnellement préservé que s’est écrit, durant plusieurs siècles, le destin des grandes familles qui ont possédé cette seigneurie. Du légendaire scandinave Anslech à Louis d’Estouteville, le vaillant défenseur du Mont-Saint-Michel, ce sont plus de cinq cent ans d’histoire qui nous sont donnés à découvrir.

Rendez-vous à 15h dans la cour du château

Samedi 19 février le Pays d'art et d'histoire propose ce une visite consacrée aux hôtels particuliers et à la vie aristocratique dans le Valognes de l'ancien Régime.

Au cours du XVIIIe siècle, le "Petit Versailles normand" est marqué par un phénomène sans précédent de multiplication des hôtels particuliers, édifiés par une aristocratie de plus en plus nombreuse. Ces résidences urbaines, écrins d’une société brillante, partageant son temps entre les réceptions, les jeux, les danses, les vibrantes discussions et les intrigues mondaines, se substituent alors aux demeures médiévales qui les ont précédées. Pour reprendre les mots de l'intendant Foucault, il n'y a point alors de ville, dans toute la Normandie, "où tant de gentilshommes fassent leur demeure". En 1698, on y dénombre près d'une centaine de maisons de noblesse, en majorité les résidences d'hiver de châtelains de villages avoisinants. Valognes acquiert dès lors, une belle réputation, qui fera dire à Lesage, dans sa pièce de théâtre Turcaret : "Savez-vous bien qu’il faut trois mois de Valognes pour achever un homme de cour"…

La découverte de cette époque fastueuse sera conduite par un guide conférencier du Pays d'art et d'histoire.

Rendez-vous à 15h place du château

Dimanche 20 février prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une visite guidée de l’Abbaye Sainte Marie-Madeleine Postel de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Fondation bénédictine datant du règne de Guillaume le Conquérant, l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte avait déjà largement périclité avant la Révolution de 1789, qui lui porta le coup de grâce de la confiscation. Bientôt transformé en carrière, l’édifice aurait totalement disparu s’il n’avait été relevé de ses ruines à l’initiative de sainte Marie-Madeleine Postel et de sa congrégation encore naissante, venues s’y établir en 1832. Dès 1838, les travaux étaient engagés, et furent menés par la Mère supérieure avec une énergie d’autant plus surhumaine que celle-ci avait déjà dépassé à cette date les 80 printemps ! Egalement liée à l’action de l’architecte et tailleur de pierre François Halley, la reconstruction de l’abbaye de Saint-Sauveur devait susciter en son temps l’admiration de nombreux contemporains, dont le plus célèbre des enfants du Pays, l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly. Cette œuvre matérielle, reflet de l’extraordinaire puissance spirituelle de la mère bâtisseuse, contribua aussi à définir le destin posthume de sa fondatrice : béatifiée en 1908 Marie-Madeleine fut canonisée en 1925 et apparaît aujourd’hui comme l’une des saintes les plus populaires du département la Manche. 

Rendez-vous sur place à 15h

Les tarifs sont de 4 € pour les adultes,

2 € pour les étudiants et les personnes sans emploi.

Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans un sou...

 

Informations (en semaine) :

Tel. 02 33 95 01 26

Courriel : pah.clos.cotentin@lecotentin.fr

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 10:11
Le territoire de Morville se trouvait compris au Moyen-âge dans l’immense massif de la forêt de Brix, qui s’étendait depuis Cherbourg et Saint-Pierre-Eglise au nord, jusqu’à Hémevez et Lieusaint au sud. Celle-ci recouvrait une partie de la Hague et du Val-de-Saire et venait à Morville au contact des domaines forestiers des puissants seigneurs de Néhou et de Bricquebec. « Ainsi disait-on au siècle dernier qu’on pouvait aller de Cherbourg au-delà de Montebourg sans voir la lumière sous l’épaisse voûte de verdure des bois qui se succédaient» (A. Fagart, Les Anciennes forêts du Cotentin, 1881).

Morville sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

En tant qu’usagers de cette forêt, les habitants de Morville y jouissaient d’un droit de libre pâture, de coupe et de cueillettes. A l’automne, ils y lâchaient leurs troupeaux de vaches et de cochons lors des assemblées du « panage », où chaque animal était décompté, marqué et fer et taxé au profit du trésor royal. De même qu’il existait depuis l’époque ducale de grandes porcheries ou larderies spécialisées dans la production des salaisons, on trouvait aussi en forêt de Brix des vaqueries, rassemblant plusieurs dizaines de bêtes élevées pour la viande, le lait et le cuir.
La collecte du bois mort, sec ou gesant, permettait aux morvillais de se chauffer durant l’hiver et ils pouvaient aussi prélever chaque année une certaine quantité de chêne (le quesne) et de hêtre (le fou) « pour eux amesnager », c’est à dire pour construire et entretenir leurs maisons. La coupe du raim poignal - des branches encore vertes n’excédant pas en diamètre ce que le poing peut tenir - leur servait à tresser des plessis, pour clore et protéger les champs cultivés. Les fougères et les bruyères étaient également récoltées, surtout pour fournir la litière des étables.

Bibliothèque nationale de France, fonds Gaignières. Un bucheron.

L’emprise que la forêt exerçait dans la vie quotidienne des habitants de Morville se manifeste surtout de nos jours par des traces qui appartiennent au domaine de la culture et de l’imaginaire. Il est notamment remarquable de trouver, sur la frange occidentale de la commune, une chapelle Saint-Pair présentant tous les caractères des anciens ermitages forestiers. Saint Pair, saint moine du VIe siècle, fondateur de l’abbaye de Sesciac puis évêque d’Avranches, est également le protecteur de l’église paroissiale, dont il se partage le patronage céleste avec saint Antoine, un autre anachorète attiré durant sa vie par l’expérience de la « fuite au désert ». Tandis que saint Pair n’eut qu’une influence locale, saint Antoine (né en 251 en Egypte) jouissait partout d’une immense popularité. Il incarne le modèle même du saint ermite soumis à une rude discipline, l’archétype du vénérable solitaire tel que l’on retrouve aussi dans les romans des chevaliers de la Table Ronde. On sait d’ailleurs que l’un des plus anciens textes connu des aventures de Lancelot, où se déploie tout l’imaginaire médiéval de la forêt arthurienne, a été diffusé en Europe à partir d’un manuscrit que possédait au XIIe siècle le chevalier Hugues de Morville, dont le manoir familial avoisine l’église.

Statue de saint Antoine et son cochon, terre cuite de Sauxmesnil, XVIIIe s

Autre saint vénéré ici, saint Hubert (+ 727)  est figuré dans l’édifice sous la forme d’un chasseur agenouillé en prière devant un cerf portant un crucifix sur le front. Il offre un nouvel exemple de célèbre saint forestier qui, converti par cette vision divine, choisit de se retirer dans la solitude d’un désert boisé.

Haut-relief représentant saint Hubert en chasseur et la vision du cerf, pierre calcaire, début du XVIe siècle.

Portons encore attention à la statue en pierre polychrome de saint Joseph accompagné de Jésus enfant, représenté à Morville sous l’aspect d’un charpentier muni d'une lourde hache à long manche. Son outil est sans doute semblable à ceux qu’ont utilisé des générations de morvillais pour couper « le quesne et le fou » auxquels ils avaient droit dans la forêt de Brix.

Saint Joseph et l'Enfant Jésus. Groupe sculpté, XVIe siècle.

On relèvera pour conclure que la charpente « à chevrons formant fermes » qui couvre l’église, datant comme celle-ci du début du XIVe siècle, est à ce jour la plus ancienne connue dans la presqu’île du Cotentin.

Morville. Charpente à chevrons formant fermes de la nef de l'église Saint-Pair

 

(J. Deshayes. Texte rédigé pour le bulletin communal de Morville, septembre 2021)

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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 11:58
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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 10:23

Haut lieu de pèlerinage de la chrétienté médiévale, monastère célèbre, l’abbaye du Mont-Saint-Michel possédait, comme la plupart des grandes églises fréquentées par les pèlerins, un important trésor de reliques. Patiemment constitué au cours des siècles, ce trésor d’orfèvrerie était exposé et présenté par les moines aux pèlerins, venus de toute l’Europe, dans l’église abbatiale, jusqu’à sa destruction officielle pendant la Révolution Française. François Saint-James a reconstitué l’histoire de ce trésor oublié. En recherchant les témoignages et les descriptions, il a même réussi à retrouver quelques « reliques », perdues depuis la Révolution. C’est cette histoire oubliée et ces reliques qu’il présentera lors de cette conférence.

Historien de l’art, François Saint-James est depuis plus de trente ans conférencier à l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Il viendra présenter le fruit de ses recherches dans les archives, les caves et les greniers du célèbre rocher.

Société d’archéologie et d’histoire de la Manche. Section de Valognes. B.P. 122. 50700 VALOGNES.  societearcheologie.valognes@gmail.com

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 12:12

Des espaces végétalisés

Ainsi que le rappelait le regretté Dr Michel Guibert dans son étude sur Les Eglises du département de la Manche au XVIIIe siècle, le cimetière de jadis "est un véritable champ où pousse l'herbe et celle-ci est vendue chaque année". Le profit des ventes revenait en général à la fabrique et servait ainsi à financer des travaux d'entretien sur l'église, où à des achats de livres et de mobilier destinés au culte. On y trouvait également des arbres, qui pouvaient être coupés et utilisés pour les réparations de l'église ou, lorsqu'il s'agissait de pommiers, produisaient des récoltes destinées à la vente.

Néhou, église Saint-Georges. Parmi les arbres cimetière se distingue encore un pommier.

Certaines chansons de Normandie ont conservé le souvenir de ces anciens cimetières plantés de pommiers, tel ce petit couplet, recueilli jadis du côté de Verneuil :

            « On plante des pommiers ès bords

            Des cimetières près des morts,

            C’est pour nous remettre en mémoire

            Que ceux dont là gisent les corps

            Comme nous ont aimé boire »

On est frappé, lorsque l'on contemple les belles représentations de l'église de Gréville-Hague par Jean-François Millet, de constater le caractère très peu minéral du cimetière : seule la croix du calvaire se détache sur l'herbe de l'enclos.

Jean-François Millet, l'église de Gréville, vers 1870-1875.

Les dessins et cartes postales anciennes antérieures aux années 1950 offrent encore une vision très végétale des cimetières du Cotentin, similaire en définitive à la tradition qui s'est préservée en Angleterre, et en fait le charme romantique.

Vasteville, le cimetière pendant la coupe des foins, carte postale vers 1900

Pour celui d'Alleaume, nous possédons plusieurs cartes postales anciennes et des gravures du milieu du XIXe siècle qui attestent son caractère très naturel.  Non seulement l’herbe croissait abondamment parmi les tombes, mais des arbres y poussaient. Noter toutefois que des sujets d'ornement - des résineux le plus souvent - se sont déjà substitué au cours du XIXe siècle aux arbres fruitiers.

L'église d'Alleaume vers 1840 (coll. particulière)

Rappel : Ce cimetière est celui qui possède, pour le département de la Manche, le plus grand nombre de tombes protégées au titre des Monuments historiques.

L'église d'Alleaume vers 1910, carte postale ancienne

A Sottevast, à Huberville, à Jobourg... partout on est frappé de voir, sur les cartes postales du début du XXe siècle, des sépultures encore rares émergeant des hautes herbes, parmi lesquelles d'étroits sentiers permettent de cheminer. Souvent les églises ne sont pas encore dotées de gouttières, et des talus végétalises placés en pied de mur servent à repousser et absorber les eaux de pluie. L'obsession hygiéniste contemporaine pour la "propreté", le bitume et les marbriers bretons n'avaient pas encore triomphé du vivant. Aujourd'hui la mise en application de la loi du "Zéro phyto" conduit les communes à repenser la place du végétal dans leurs cimetières. Le CAUE de la Manche leur apporte en ce domaine de précieux conseils (lien).

Huberville, l'église vers 1910, carte postale ancienne.

Huberville, l'église vers 1910, carte postale ancienne.

Enclos et clôtures

Les clôtures des cimetières étaient le plus souvent, comme celle des champs, des haies végétales plantées sur des talus. Dans certains villages subsistent encore des enclos formés de haies , comme par exemple à Hémevez (haies doubles) ou Morsalines.

Morsalines, l'église vers 1920, carte postale ancienne.

On a parfois recherché une origine celtique aux enclos de forme circulaire... Ce qui ressort de façon assez nette des données archéologiques disponibles est que les nécropoles mérovingiennes s'étendaient initialement bien au-delà de la clôture des cimetières actuels. La structuration des enclos dans la forme où ils nous sont parvenus fut sans doute un processus assez lent. Pour le XVIIe siècle, on discerne au contraire une tendance visant à élargir l'espace du "parvis", au devant de l'église. Cela devait contribuer à magnifier la façade occidentale et les processions qui y aboutissaient.

A noter que l'espace du cimetière constitue aussi ce qu'on nomme "l'enclos paroissial", qui est un espace clos, consacré et sacralisé par une liturgie de la dédicace, protégé des intrusions animales, en particulier des cochons susceptibles de déterrer les corps. Certains contenaient des ossuaires permettant de recycler les corps exhumés, d'autres des fontaines vouées à des saints et douées de vertus guérisseuses. Le cimetière de Montaigu-la-Brisette possède à la fois un ossuaire, une fontaine Saint-Martin réputée miraculeuse, et abrite encore la maison du "custos" ou sacristain. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on a souvent enterré d'anciennes statues, mises au rebut, dans le sol sacralisé des cimetières du Cotentin.

On y trouve aussi des autels extérieurs, servant pour les cérémonies des rogations, qui donnaient lieu à des processions parmi les tombes (bel exemple conservé à Fontenay-sur-Mer,). A Barneville, la tradition s'est conservée d'une "pierre des plaids" situés dans le cimetière, devant l'église, qui servait de lieu d'exercice de la justice seigneuriale.

Barneville, l'église Saint-Germain vers 1820. Bbh de Cherbourg, fonds Charles de Gerville

Lorsqu'il venait à Valognes, c'est au cimetière entourant l’église Saint-Malo que Gilles de Gouberville (1521-1578) tenait parfois ses rendez-vous et ses conversations. Ce cimetière urbain fut longtemps le seul jardin public de Valognes. Après la messe c'est aussi au cimetière que se faisaient les assemblées paroissiales, que l'on prenait des décisions concernant la communauté, recrutait ou réquisitionnait des hommes pour les corvées du roi ou les milices paroissiales. Pour Lieusaint et Saint-Floxel, il existe des mentions médiévales relatives aux marchands qui y tenaient leurs étals. En bref, le cimetière, comme aussi l'église, était  jadis un espace ouvert à de nombreux usages, y compris totalement profanes.  

Querqueville, le cimetière vers 1900, d'après une carte postale ancienne


Un exemple représentatif, le cimetière de Brix

A Brix, les nombreux pommiers qui entouraient l’église ont malheureusement été coupés au XIXe siècle, comme ceux de Sottevast, de Couville et de beaucoup d'autres communes. Tandis que leur floraison égayait au printemps le sommeil des défunts, les vivants procédaient vers la fin de l’automne à la vente aux enchères des fruits nouvellement cueillis. Comme le relate Claude Pithois, ces assemblées villageoises se tenaient auprès du grand échalier, prés du portail d’entrée du cimetière, après la messe du dimanche matin. Les recettes de la vente étaient ensuite versées au trésor de la fabrique, pour servir à l’entretien de l’église. 

Chaque année, à la saison des pommes, l’aubergiste de Brix installait son pressoir sur la place de l’église, pour y tirer son cidre. Badauds et clients pouvaient ainsi assister au pressage du marc, goûter au vert jus,  et s’assurer de la qualité des boissons, servies en abondance durant le reste de l’année. En Cotentin, lorsqu’on perçait un fut de cidre nouveau, il était d’usage, dit-on, de placer sur la porte des auberges un chapelet de pommes, afin de le faire savoir à chacun !

Bien qu’il n’abrite plus aujourd’hui de pommiers à cidre, le cimetière de Brix est toujours dominé par un imposant if, âgé dit-on de plus de 800 ans. Selon une légende locale, cet arbre fut planté ici sur la tombe d’un enfant, du temps dit-on du sire Adam de Brix, qui résidait au XIIe siècle dans le château voisin.

Brix, assemblée devant l'église. Carte postale ancienne, vers 1910
 

Rocheville, église "neuve" bâtie à l'extrême fin du XIXe siècle. La plantation d'arbres participait encore de l'aménagement des cimetières et des abords des églises.

 

J. Deshayes/Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Novembre 2017.

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2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 13:47

Parmi les questions récurrentes concernant les manoirs du Cotentin, celle de la coloration initiale de leurs huisseries revient particulièrement souvent.

Si le blanc commun - peu distinctif ni de la date ni du statut de l'habitat - se retrouve le plus habituellement dans notre environnement depuis le XVIIIe siècle, et si l'on fait fréquemment aussi le choix du rouge "sang de bœuf" sur les logis anciens, l'option de l'ocre jaune est plus rarement choisie.

Sans prétendre trancher la question, ni moins encore apporter à cette question une réponse universelle, il nous semble utile de signaler ici un cas assez intéressant de "fenêtre feinte", dotée d'un décor peint pouvant dater du premier tiers du XVIIe siècle environ. Cet exemple appartient à un manoir du secteur de la baie des Veys, à l'est de Carentan.

Les clichés joints montrent assez nettement la coloration choisie. Il ne s'agit donc pas dans ce cas d'une authentique huisserie en place, mais bien d'une représentation, uniquement partielle car adaptée aux seuls chassis de vitrage d'une fenêtre d'entresol, qui se trouve en outre partiellement gommée par la toiture d'un porche venue couvrir le perron donnant accès à la porte d'entrée.

Le fait même qu'il s'agisse ici d'une représentation, non d'une ouverture  réelle, me semble notable puisque l'on perçoit ainsi un modèle de fenêtre pour ainsi dire "idéale", telle qu'on a pu estimer qu'elle devait être dans l'absolu. Noter aussi la coloration bleutée censée figurer son vitrage.

Pour des époques plus tardives, surtout à partir du début du XVIIIe siècle, on retrouve assez souvent de semblables fenêtres feintes. L'exemple ci-dessous, visible dans un château du Plain-Cotentin, en offre une bel exemple, avec ses huisseries blanches à petit carreaux, et même son garde corps en ferronnerie...

Voici donc une problématique à approfondir... complémentaire de cette des enduits couvrants décoratifs, que nous avions abordée antérieurement sur ce même blog.

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 12:56

Pour suite au petit signalement que nous avions publié en fin de semaine dernière (http://closducotentin.over-blog.fr/2021/11/un-rituel-ancien-de-protection-des-maisons-contre-le-mauvais-sort-suite.html), notre très cher ami Valentin GIARD, connaisseur intime des  manoirs du Cotentin, nous indique avoir observé des brûlures volontaires sur des meubles anciens du Cotentin, en particulier des portes d'armoires. Philippe DELAROQUE ébéniste d'art établi à Saint-Sauveur-le-Vicomte, a également observé ce type de traces, particulièrement sur le mobilier des environs de Varanguebec et de la Haye-du-Puits (secteur du Cotentin connu s'il en est pour ses traditions de sorcellerie !). Valentin GIARD précise qu'il s'agissait ainsi de "dégager" la demeure de l'entité malfaisante ayant élu domicile dans un meuble ou une maison, le plus souvent dans un grenier. Il ajoute que ces rituels de dégagement par le feu sont encore réalisés de nos jours.

Gustave Bazire, intérieur normand (AD. 50, 150Num_088_001)

Monsieur Daniel BOUCARD, auteur bien connu de plusieurs publications sur les outils anciens et sur les symboles dans l'art populaire (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Boucard), nous signale ne rien avoir observé de similaire mais indique avoir découvert le squelette d'un chat en démontant la pierre d'âtre de la cheminée d'une demeure des XVIe-XVIIIe siècles située dans un écart de Montaigu-la-Brisette (50), portion de l'ancienne forêt de Brix.

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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 18:14
En quelques occasions, il m'a été donné d'observer des traces de flammes venues lécher les charpentes de vieilles demeures du Cotentin. Sans trop y prêter attention, j'en suis resté à l'idée qu'il devait s'agir de marques accidentelles, provoquées par un résidant imprudent, qui aurait posé là une bougie, à trop faible distance de la toiture.
Lors d'une récente excursion aux environs de Carentan, en compagnie de mon cher ami et mentor John McCormack, excellent archéologue du bâti et grand spécialiste des vieilles demeures des îles anglo-normandes, ce dernier a évoqué une autre interprétation. Selon lui en effet, la simple flamme d'une bougie ne produirait pas un tel effet. En outre, comment expliquer dans ce cas que l'on eut reproduit le même accident à plusieurs reprises, non seulement en divers points du même arbalétrier, mais aussi sur l'arbalétrier opposé de la même ferme de charpente ? Tout semble bien indiquer qu'il s'agit là en effet d'un processus volontaire...
L'explication qu'il en a lui-même reçu lors d'un séjour en Angleterre indiquerait que ces marques correspondent en fait à une sorte de rituel de protection de la demeure, visant à se garantir de quelque mauvais sort. La crainte des sorcières - créatures aptes comme on le sait à voler dans les airs - en serait plus précisément l'origine (!).
Bien que n'étant pas naturellement porté vers ce genre d'explications, force est de reconnaître que nous avions déjà rencontré, dans un autre contexte, des indices un peu similaire d'une forme de protection de la maison et de ses habitants par un rituel des plus énigmatiques : http://closducotentin.over-blog.fr/2018/11/magie-blanche-en-cotentin.html
La région de Carentan n'est en outre, comme on le sait par plusieurs sources des XVIIe et XVIIIe siècles, pas la moins pourvue du Cotentin en ce qui concerne les affaires de sorcières, de sabbat et autres récits de ce genre.
Si vous aviez vous-même observé des traces comparables, votre apport à ce petit dossier serait naturellement bienvenu...
J. Deshayes, novembre 2021

Pour suite au petit signalement que nous avions publié en fin de semaine dernière (Un rituel ancien de protection des maisons contre le mauvais sort ?), Valentin GIARD, connaisseur intime des  manoirs du Cotentin que nous avons le bonheur de compter parmi nos plus proches amis, nous indique avoir observé des brûlures volontaires sur des meubles anciens du Cotentin, en particulier des portes d'armoires. Philippe DELAROQUE ébéniste d'art établi à Saint-Sauveur-le-Vicomte, a également observé ce type de traces, particulièrement sur le mobilier des environs de Varanguebec et de la Haye-du-Puits (secteur du Cotentin connu s'il en est pour ses traditions de sorcellerie !). Valentin GIARD précise qu'il s'agissait ainsi de "dégager" la demeure de l'entité malfaisante ayant élu domicile dans un meuble ou une maison, le plus souvent dans un grenier. Il ajoute encore que ces rituels de dégagement par le feu sont encore réalisés de nos jours.

Gustave Bazire, intérieur normand (AD. 50, 150Num_088_001)

Monsieur Daniel BOUCARD, auteur bien connu de plusieurs publications sur les outils anciens et sur les symboles dans l'art populaire (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Boucard), nous signale ne rien avoir observé de similaire mais indique avoir découvert le squelette d'un chat en démontant la pierre d'âtre de la cheminée d'une demeure des XVIe-XVIIIe siècles située dans un écart de Montaigu-la-Brisette (50), portion de l'ancienne forêt de Brix.

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 17:30

Association des Acteurs du Patrimoine de la Manche

Journée technique de l’A.A.P.M 2021

L’Association des Acteurs du Patrimoine de la Manche reprend ses activités et vous invite à participer à la journée technique du patrimoine « patrimoine et écologie », le mardi 9 novembre 2021 au sein de l’auditorium des archives départementales de la Manche à Saint-Lô, dans le respect des conditions sanitaires en vigueur.

Programme

·         13h30 – Accueil et Présentation de l’après-midi

·         13h45 – Julien Deshayes, Pays d’Art et d’Histoire du Clos du Cotentin

L'architecture rurale du Cotentin à l'épreuve du concept contemporain d'écologie

« Pour qui s’intéresse au patrimoine architectural d’un territoire tel que le Cotentin, le concept contemporain d'écologie s’avère de toute évidence valide pour traduire tout ce qui, en lui, relève d’une dimension vernaculaire. Le bâti rural des époques préindustrielles est comme on le sait, par essence, lié à son terroir. Principalement tributaire des ressources géologiques et végétales de son milieu, il est organiquement déterminé par des logiques constructives privilégiant les « circuits courts ». La part considérable que représente la récupération des matériaux dans l’approvisionnement des chantiers rejoint par d’autres aspects la notion de « durabilité » et les enjeux de préservation des ressources. Dans l’implantation des édifices, la culture des bâtisseurs les conduisait à tenir étroitement compte de la nature des sols, aussi bien pour économiser les terres agricoles, se préserver des inondations ou assurer le bon écoulement des eaux pluviales. Soucieux de l'orientation du bâti vis-à-vis du soleil et des vents, ils savaient également, par les techniques mises en œuvre, garantir de bonnes qualités d'isolation aux constructions. Si chacun des innombrables édifices anciens qui jalonnent nos paysages marque une étape de l’anthropisation du territoire, l’impact de ceux-ci sur leur milieu s’avère infiniment plus limité qu’il ne l’est devenu à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque le développement des capacités de transport et l’industrialisation des moyens de production ont commencé d’induire une profonde acculturation des savoirs traditionnels (J. Deshayes/ Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin / université de Caen, CRAHAM, UMR 6273). »

 

·         14h45 – CAUE - (Thème à préciser)

 

·         15h45 – Flore Diradourian, conseillère paysagère d’Astredhor

1-      Présentation du programme Alt’cim.

La première partie sera orientée sur la présentation de la genèse du projet, ainsi que le choix des différents sites pilotes. On répondra à la question pourquoi ceux-là plutôt que d’autres et chaque site sera présenté avec ses spécificités.

Une seconde partie présentera rapidement les projets de végétalisation qui ont été implanté sur chaque site pilote.

2-      Les différentes modalités testées

Ensuite nous verrons plus dans le détail des modalités testées et leur mise en œuvre. Les modalités seront chacune détaillée :

-          Enherbement : manuel ou en hydro-seeding

-          Vivaces : en implantation mono-variétal ou pluri-variétal

-          Prairies fleuries : choix et méthode d’implantation

-          Les solutions prêtes à poser : tapis & fragments de sedums et tapis de vivaces

 (...).

·         16h45 Fin de la journée et restitution des interventions

 

Vous retrouverez ci-dessous le lien pour vous inscrire aux conférences, merci de transmettre vos réponses avant le 1/11/2021

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeJI4xKEFTuDK7Gm-y2BQKjx9CfbujvLbgKdu9P2B-duWPcTA/viewform?usp=pp_url

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