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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 11:40
Tamerville, église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption

Le cimetière de Tamerville aurait, selon Charles de Gerville, livré au XIXe siècle de nombreux sarcophages en « tuf » de Sainteny, indices de l’existence d’une nécropole du haut Moyen-âge établie sur le site[1]. Plus rien n’en subsiste aujourd’hui, sinon quelques fragments en remploi visibles dans les maçonneries de l’église, où l’on remarque également d'assez nombreux morceaux de briques, d’origine probablement antique.

Le patronage de la paroisse appartenait initialement aux seigneurs du lieu, titulaires du « vieux » fief de Tamerville[2]. Lors de la rédaction du pouillé du diocèse de Coutances, vers 1270, Guillaume de Tamerville percevait les deux tiers des dîmes tandis que le prêtre desservant en recevait la troisième part[3]. A la mort de Roger de Tamerville, survenue vers 1330, ces droits et revenus ecclésiastiques furent partagé entre ses quatre héritières, puis, à la suite des mariages et de donations effectuées par ces dernières, se trouvèrent divisés entre les seigneuries de Tamerville, de Chiffrevast et de la Brisette (à Montaigu), et l’abbaye du Vœu de Cherbourg[4]. Il apparaît ensuite que les d’Anneville, ayant hérité du fief de Chiffrevast et acquis la seigneurie de Tamerville, parvinrent à récupérer à leur seul profit la position de principal patron. Les monuments funéraires de Guillaume d’Anneville (1538-1587) et d’autres des membres de la famille en conservent le souvenir dans l’église. Le relief héraldique du fronton de la façade arborait, avant la Révolution de 1789, le blason du sire de Chiffrevast.

Vouée à Notre-Dame-de-L'Assomption, cette église est placée sous la protection secondaire de saint Mayeul, abbé de Cluny (c. 910-994). Le choix d’un tel patron spirituel traduit peut-être l’existence d’un lien particulier entre la paroisse de Tamerville et la grande abbaye bourguignonne (qui possédait en Cotentin le prieuré de Saint-Come-du-Mont), mais la nature de ce lien demeure indécise. L’origine du culte de saint Sulpice, auquel est consacrée la chapelle nord de l’église, reste également mystérieuse[5]. Notons simplement que le saint en question pourrait aussi bien désigner l'évêque de Bayeux du IXe siècle, martyrisé en 844 à Livry (14), plutôt que l’évêque de Bourges du VIIe siècle, qui s'est imposé finalement.

L’église de Tamerville a de longue date retenu l'attention des archéologues et des amateurs d'architecture, en raison surtout de son remarquable clocher d'époque romane[6]. Il en existe une belle illustration de John Cell Cotman, dessinée en 1818, lors de son premier séjour en Cotentin et reproduite dans ses Architectural Antiquities of Normandy[7]. L’édifice fut aussi dessiné et publié en 1889 par l'architecte Victor Ruprich-Robert, puis insérée en photographie dans l’édition de la Normandie Monumentale et Pittoresque d’Emile Travers (Le Havre, 1899)[8].

Cette tour est placée contre la première travée du chœur, du côté sud, et prend appuis en rez-de-chaussée sur le volume quadrangulaire d'une chapelle annexe vouée à saint Jean. Elle affecte à partir du second niveau un plan octogonal, qui se développe en élévation sur deux étages élancés d'égales hauteurs. L'ensemble est coiffé d’une flèche charpentée, couverte en lauses de schiste. La construction présente un parement soigné, constitué de pierre de taille calcaire de moyen appareil, et s’agrémente, à chaque niveau, d’arcatures aveugles et de baies en plein cintres ornées de motifs géométriques. Tandis que les deux grands arcs du mur sud du rez-de-chaussée présentent pour voussures de simples tores, les arcatures du premier étage sont ornées de dents de scie et les fenêtres du second, de frètes crénelées. La jonction entre chacun des huit pans coupés de la tour est adoucie par une fine colonnette d’angle, qui courre jusqu’à l’aplomb de l'un des modillons, plus saillant, soutenant la corniche. Sur la façade sud, une colonne engagée faisant fonction de contrefort sépare les deux hautes fenêtres au sol du rez-de-chaussée et étaye ensuite la face aveugle du premier étage.

Le répertoire varié des modillons de la corniche et des chapiteaux ornant chacun des arcs vient enrichir encore la plastique murale, si soigneusement élaborée, du clocher de Tamerville. Sur l’un des chapiteaux du rez-de-chaussée, où Auguste Montier croyait reconnaître un seigneur de la paroisse faisant l’aumône à un pauvre, figure plus probablement une allégorie de l’avarice, avec un personnage debout gratifiant d’une main un mendiant assis, tout en cachant de l’autre un objet (miche de pain ?) derrière son dos. Les autres chapiteaux extérieurs du clocher ne présentent aucun décor figuratif mais des corbeilles lisses à godrons, ornements géométriques et volutes végétales. Sur cette partie de l'église, les modillons offrent principalement des variations autour de masques anthropomorphes, plus ou moins grimaçant et monstrueux. On y rencontre aussi un oiseau aux ailes déployées, un trio de figurines nues, d'intéressantes têtes animales aux larges yeux en amende et aux mâchoires becquées ou dentelées, crachant ou mordant des serpents…

Couverte intérieurement d’une voute d’arêtes, la chapelle Saint-Jean "des cloches" ouvre sur la première travée sud du chœur par un arc à double voussure supporté par des colonnes engagées sur dosseret, coiffées de chapiteaux sculptés. Ce sont des corbeilles assez massives en calcaire blanc, où l'on distingue pour ornements : un masque humain à la barbe bifide coiffé d'un bonnet ; un couple de masques imberbes dont les oreilles s’étirent pour former des volutes d’angles ; des oiseaux aux ailes déployées ; une sorte de ruban horizontal noué en volutes aux deux angles.

En dépit de son apparente homogénéité, l’architecture du clocher de l’église de Tamerville soulève visiblement un certain nombre de questions archéologiques : comment expliquer en particulier l’existence d’un grand arc surbaissé obstrué ouvrant initialement dans le mur occidental de cette chapelle ? Celui-ci est coiffé d'un larmier oblique marquant la ligne de toiture d’une construction en appentis disparue venant s’y accoler. Placés en bonne connexion avec les maçonneries de la tour, cette ancienne porte et ce larmier apparaissent en revanche difficilement compatibles avec la structure de la nef romane qui existe aujourd’hui. Les traces de polychromie médiévale recouvrant intérieurement l'encadrement de cette ancienne ouverture, la structure même de cet arc surbaissé et les traces de layage oblique caractéristiques des claveaux qui le constituent indiquent bien cependant son appartenance à la construction du XIIe siècle. La seule option disponible consiste à mon sens à identifier cet arc comme le vestige d'un étroit porche occidental, qui ouvrait directement depuis le cimetière vers la chapelle sous clocher, et formait ainsi une sorte de vestibule. A l'aplomb de cette hypothèse, on peut relever qu'une ouverture de remplacement fut aménagée ultérieurement en reperçant les maçonneries abritées sous l'un des deux arcs, initialement aveugles, du mur sud (La date de cette intervention peut se situer aux environs du XVe ou XVIe siècle). L'absence de traces d'une autre porte romane ouvrant sur le chœur conforte aussi cette lecture, dans la mesure où il était d'usage, dans les églises de cette période, de dissocier de l'accès des fidèles, donnant sur la nef, un second accès séparé vers le chœur et réservé au prêtre.

La face orientale de cette chapelle sous clocher est marquée par une étroite excroissance formant une sorte de chœur très réduit à chevet plat, initialement percée d’une petite fenêtre axiale. Le raccord maladroit et manifestement assez bouleversé de cet appendice avec le mur sud du chœur s'explique ici par des modifications plus tardives, documentées par des sources écrites [9]. Ce petit retrait qui abrite un autel secondaire, ouvre intérieurement par un grand arc à décor de chevrons attestant bien son appartenance à la structure romane [10]. Les peintures résiduelles qui en recouvrent les maçonneries sont en revanche postérieures au XIIe siècle.

Hormis son beau clocher octogonal, l’église Notre-Dame de Tamerville a aussi conservé du XIIe siècle les volumes de son chœur à chevet plat, profond de deux travées, et de sa nef unique de trois travées. Malgré le percement postérieur de plusieurs fenêtres et l’adjonction d’une nouvelle façade, précédée d'une travée entière de nef, au milieu du XVIIIe siècle[11], cet édifice a conservé ses modillons d’origine ainsi que ses contreforts plats et, côté nord, les encadrements de ses fenêtres obstruées. Une élégante porte romane aux voussures ornées d’étoiles creuses ouvre dans la seconde travée de la nef du côté sud. Deux autres claveaux à étoiles creuses et un petit bloc orné d'une croix en médaillon sont maladroitement intégrés aux maçonneries adjacentes à ce portail. Ces éléments pourraient faire songer à des remplois mais apparaissent pourtant bien liés à la construction d'origine.

Le grand arc triomphal ouvrant vers le chœur est intégralement préservé. Il repose sur des colonnes engagées à chapiteaux dont l'un, côté sud, présente un cavalier sonnant du cor et poursuivant un cerf. Ce thème est assez fréquent dans la sculpture romane[12] mais l’on a voulut reconnaitre ici l’image d’un seigneur de la paroisse exerçant son droit de chasse "à cor et à cry". Les quelques résidus de polychromie encore visibles sur certains chapiteaux nous rappellent que cette architecture était initialement peinte de couleurs vives, que d’autres strates postérieures son venues recouvrir ensuite, avant d’être elles-mêmes blanchies ou décapées.

Bien qu'elle se signale par la qualité de ses parements et de son ornementation sculptée, cette église présente une structure architecturale qui demeure assez peu élaborée ; Son chœur charpenté à chevet plat apparaît nettement moins structuré qu'en nombre d'églises romanes du Cotentin, souvent dotées d'absides circulaires en cul-de-four et voutés de croisées d'ogives. L'invention constructive du maître d'œuvre s'est principalement concentrée sur ce "morceau de bravoure" que constitue le haut clocher octogonal. Avec sa silhouette claire et sa flèche (que je crois avoir été initialement couverte de tuiles rouges), il offrait de loin un signal aisément identifiable, et orientait le voyageur se dirigeant, depuis la cité ducale Valognes, vers les ports de Barfleur ou de Saint-Vaast-la-Hougue. La force visuelle d'un tel attribut se trouvait sans doute d'autant mieux soulignée que les églises du Cotentin étaient encore peu nombreuses, au XIIe siècle, à véritablement posséder une tour de clocher. L'exemple de l'église Saint-Martin d'Octeville, sur les hauteurs de Cherbourg, où se rencontre un autre exemple de tour octogonale naissant d'une base carrée, nous rappelle toutefois que l'expérience n'était pas entièrement isolée à l'intérieure de la presqu'île. D'autres clochers octogonaux ont également été bâtis au XIIe siècle à Cosqueville et aux Pieux, mais à une date légèrement postérieure.

Le décor sculpté de Tamerville possède lui aussi des éléments de comparaison assez nombreux en Cotentin, mais il ne semble pas davantage pouvoir être attribué à tel ou tel des ateliers de sculpteurs romans identifiés dans la région. Le détail des différents chapiteaux à décor de grosses volutes en amende, le volume des corbeilles tronconiques au profil écrasé et le traitement des modillons à masques humains traduisent une forme de filiation avec l'abbatiale de Lessay, mais plusieurs jalons intermédiaires nous échappent manifestement. Pour les modillons et chapiteaux à décor animalier, les meilleurs comparaisons doivent être recherchées dans l'église de Saint-Germain de Barneville et dans celle Saint-Martin d’Octeville, déjà citée, mais elles ne concernent au final que des motifs isolés. Conformément à ce qu'estimait Auguste Montier en 1899, cette architecture semble pouvoir être attribuée à une date proche de 1140, entre 1130 et 1145 environ, à une époque qui fut marquée, partout en Normandie, par une intense activité constructive en matière d'édifices religieux.

(Julien DESHAYES, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, mars 2014).

[1] Charles de GERVILLE, Voyages archéologiques dans la Manche (1818-1820), Edition annotée par le Dr. Michel GUIBERT, Saint-Lô, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, vol. I, 1999, p. 401-404.

[2] Il faut distinguer les seigneurs de Tamerville des seigneurs de Chiffrevast et corriger sur ce point les remarques de Charles de Gerville qui attribuait indûment le patronage de l’église et sa construction aux de Chiffrevast.

[3] Lépold DELISLE, « Livre noir du diocèse de Coutances (1251-1279) », Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XXIII, Paris, 1894, p.518-519. La famille de Tamerville possédait également le patronage de l’église de Fresville, que Guillaume de Tamerville abandonna en 1253 aux moines de Saint-Sauveur-le-Vicomte (cartulaire, n°133 et n°345). Son successeur, Herbert de Tamerville, fit ensuite d’autres donations de rentes sur cette paroisse (id. n°134).

[4] H. 3635, 29 janvier 1370 : « Donation faite aux religieux par demoiselle Agnès de Tamerville, fille de feu Richart de Tamerville, jadis escuier (…) d’un noniesme des dixmes des bleds de la paroisse de Tamerville, ensemble avec le tiers du droit de patronage de l’église dudit lieu ». Mentionne également « la baille et fieffe (…) faicte en l’an 1336 par quatre demoiselles, filles et héritières de Roger (sic pour Richard ?,) de Tamerville ».

[5] Les vitraux posés en 1889 dans la chapelle saint Sulpice se rapportent à l’évêque de Bourges mais cela est peut-être dû à un oubli de l’identité du saint. Sulpice est également vénéré à Sainte-Mère-Eglise, ancienne exemption du diocèse de Bayeux. Le fait qu’il existe aussi à Fresville une chapelle Saint-Sulpice, auprès d’une église dont le patronage revenait pour partie à la famille de Tamerville, constitue peut-être un indice, permettant d’expliquer ce culte par une dévotion particulière des seigneurs de la paroisse.

[6] Touchée par la foudre en 1955, celle-ci a fait l’objet d’une restauration partielle de ses parties sommitales sous la direction de l’architecte Yves-Marie Froidevaux. Le tonnerre l’avait déjà frappé en 1752.

[7] Vol. I, Londres, 1822, pl. XVII.

[8] A. MONTIER, « L’église de Tamerville », dans : La Normandie Monumentale et Pittoresque, le Havre, 1899, p. 232-233. Cf. également J.M. RENAULT, « Notes historiques et archéologiques sur les communes de l’arrondissement de Valognes, Annuaire de la Manche, 1867, p. 54-59 ; Lucien MUSSET, Normandie romane, La Pierre-qui-Vire, 1967, vol. I, p. 47 ; Marie-Hélène SINCE, « Art roman dans l’est du Cotentin », Art de Basse-Normandie, n°68, 1976, p. 26-27. Si la description de l’édifice et sa datation, vers 1140, apparaissent satisfaisant, Montier ainsi que Charles de Gerville attribuent à tort le financement de la construction aux seigneurs de Chiffrevast, qui n’en détinrent pourtant le patronage qu’à compter du XIVe siècle.

[9] Une arcade qui avait été ouverte entre la tour et le chœur pour rendre l’autel visible, fut rebouchée en l’an 1900 (cf. source de la Conservation des Antiquités et objets d’art de la Manche, d’après les archives épiscopales de Coutances). Lucien MUSSET supposait pour sa part que la souche de plan carré du clocher avait « dû subir de nombreux remaniements avant de porter les étages octogonaux qu’elle reçut sans doute vers le milieu du XIIe siècle » (Normandie romane, op. cit., p. 47). Au vu des observations précédentes je renonce à me ranger à l'analyse du brillant historien et considère plutôt que l'ensemble de cette tour, chapelle basse comprise, est issu d'une seule phase de construction, qui se situe plutôt vers 1120-1140 qu'à une date postérieure.

[10] Si elle ne se rapporte pas plutôt à la chapelle nord, vouée à saint Sulpice depuis une date inconnue, la mention qui est donnée dans le pouillé de 1332 d’une chapelle sise à l’intérieur du cimetière pourrait peut-être se rapporter à cette petite construction. Cf. Auguste LONGNON, « Pouillés de la province de Rouen », Recueil des historiens de la France, Paris, imprimerie nationale, 1893, p. 293.

[11] Selon les rapports de visites archidiaconnales, l’extension occidentale de la nef et la construction d’une nouvelle façade était déjà envisagée en 1721 et fut réalisée peu avant 1752. Par testament du 1er janvier 1746, le curé J.B. Groult fit une donation pour aider au financement de cette extension. Les nouvelles fenêtres auraient été percées entre 1730 et 1752.

[12] Représenté en particulier dans la nef de l’église Sainte-Croix de Saint-Lô.

Tamerville, église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption
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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 12:20
LE MANOIR DES PERQUES (50) : Un exemple de logis médiéval en Clos du Cotentin

I - Données historiques

L’histoire de la seigneurie des Perques n’a, à ma connaissance, jamais été écrite. Les données disponibles, très éparpillées, font ressortir des informations souvent complexes, sinon contradictoires.

La seigneurie appartenait au début du XIIIe siècle à Guillaume des Perques (Willermo de Perchis), seigneur du lieu. D’après le registre des fiefs de Philippe Auguste, rédigé vers 1220, suite à la conquête de la Normandie, nous savons que « la dame des Perques » (domina Des Perches) possédait alors ce manoir, valant un tiers de fief chevalier, en dépendance de la baronnie de Bricquebec. Selon toute vraisemblance, cette « dame des Perques », aura, par mariage, apporté en dot ce domaine à la famille de Méautis. A la fin du XIIIe siècle, c’est en tout cas cette dernière qui était en possession du fief. En aout 1292, Guillaume de Méautis, chevalier, abandonnait à Robert Bertran le manoir des Perques, « avec toute la droiture, la seigneurie et la justice et appartenances dudit manoir »[1], en échange du domaine du Homme (auj. L’Île-Marie, Picauville). L’ampleur du domaine du Homme, siège d’un ancien château ducal associé à un bourg et des foires, indique manifestement que ce manoir des Perques, situé à proximité immédiate du château de Bricquebec, revêtait pour la famille Bertran un intérêt considérable. Une close du contrat d’échange précisait que Guillaume de Méautis s’engageait à rétrocéder chaque année une somme de 40 sous tournois « por le surcroiz des rentes de l’échange dessus-dit ». Le manoir des Perques reste ensuite en possession de la famille Bertran jusque au milieu du XIVe siècle.

Vers 1353, en pleine guerre de Cent ans, Jeanne Bertran[2], devenue l’unique héritière des domaines familiaux suite au décès de son père et de ses deux frères, faisait passer la baronnie de Bricquebec et le manoir des Perques en possession de la famille de Guillaume (VI) Paynel, son époux. Trois fils étant nés de ce mariage, c’est l’aîné, Guillaume (VII) Paynel[3], qui, à la mort de son père (1361), hérita du domaine ainsi que de la baronnie de Hambye. Le 4 octobre 1400, ce dernier devait ainsi conjointement hommage au roi pour la baronnie de Bricquebec et la seigneurie des Perques. Après la mort de Guillaume, survenue en 1402, il apparaît que le manoir revint à son frère cadet, Bertrand Paynel, chevalier, qui détenait lui-même le domaine d’Olonde. Selon toute vraisemblance il passe ensuite à son fils, Jacques Paynel, puis, après 1450 à sa petite fille, Philippe Paisnel, qualifiée du titre de « dame d’Olonde, Sortosville et des Perques ». Ayant épousé Guy de Mareuil en 1471, celle-ci résidait aux Perques dans la seconde moitié du XVe siècle[4]. En 1492 encore, Philippe Paisnel et Guy de Mareuil son époux sont signalés en possession de ce domaine[5]. Philippe Paisnel aurait ensuite transmis la terre de Perques à sa fille, Jeanne de Mareuil, vivant dans les années 1530-1540. De son mariage avec Guy de Montpezat, cette dernière eut pour héritière Jeanne de Montpezat qui, dans les années 1550 soutint un procès contre les dames d’Estouteville, pour des affaires de coupes de bois. Ces différentes personnes, ayant contracté des alliances dans des provinces éloignées, ne résidaient probablement guère sur place. Au mieux, peut-être, y firent-elles quelques visites.

Par la suite, à une date qui se situerait vers 1555, la terre des Perques est revendue à la famille Lepigeon, originaire de Quettetot, qui connaîtra au siècle suivant une ascension sociale tout à fait remarquable[6]. En 1686, Jean Lepigeon la mettait en vente au profit du dénommé Lemarchand, mais, par droit de « retrait féodal », l’un de ses cousins parvint à s’en ressaisir et ses descendants resteront en sa possession jusqu’à la veille de la Révolution, période durant laquelle le manoir est finalement revendu à une famille de laboureurs. En l’an XII (1804), le manoir des Perques est revendu par François Perignon, notaire à Paris, au dénommé Auguste Mesnil.

II - Architecture

L’analyse architecturale de cet ensemble nécessiterait un important travail d’études archéologiques. Le potentiel médiéval y est tout à fait considérable. Le manoir des Perques constitue l’un des plus notables exemples d’édifice civil de cette période subsistant dans notre région. A signaler, sommairement :

  • Le corps de logis orienté nord-sud, avec vestiges de peintures murales du XIIIe siècle sur le mur pignon sud, correspondant à une grande salle de plain-pied sous charpente apparente lambrissée. Ce logis fut remanié dans la première moitié du XIVe siècle en vue de l’adjonction d’un étage supplémentaire qui n'a probablement jamais été achevé.
  • Un corps de logis en bas de cour, côté sud. Bâtiment sur deux niveaux avec vestiges pouvant dater des XIIIe et XVe siècles. Une photographie du début des années 1960 (communiquée par M. Jean Barros) montre une porte d'étage en arc brisé soigneusement moulurée et reposant sur des colonnettes à chapiteaux, aujourd'hui disparue. Ce bâtiment résidentiel semble identifiable à l'ancienne camera ou chambre seigneuriale. L'association d'une grande salle de plain-pied sous charpente apparente et d'une chambre seigneuriale sur cellier est conforme à la typologie des "Hall and chamber block" anglo-normands. D’après le cadastre ancien, une chapelle semblait attenante à ce corps de logis.
  • A l'est, un autre corps de bâtiment arasé, dont ne subsiste que le niveau de soubassement, constitué de caves, réparties en 14 cellules voûtées disposées de part et d’autre d’un couloir central orienté est-ouest Ce bâtiment abrite aussi un lavoir et est accolé à un ancien puits. La présence de si vastes caves est probablement à mettre en relation avec la production vinicole qui se faisait sur le domaine, sur les parcelles immédiatement attenantes à ce bâtiment.
  • Un vestige d’ancien portail charretier et autres bâtiments ruinés.
  • Une série de jardins en terrasse pouvant, selon la tradition, avoir abrité des vignes.

D’après un acte de vente de 1686, le domaine comprenait une maison manable plus deux bâtiments à usage de grange et d’écuries. L’ensemble était alors en mauvais état, les bâtiments subsistants étant couverts de paille et nécessitant réparation. Outre les bâtiments, l’ensemble se composait aussi de cent vergées de terre divisées en quinze parcelles.

La maison d’habitation actuelle située au centre de l’ancienne cour manoriale ne fut édifiée qu’au XIXe siècle. Elle est postérieure au cadastre de 1824, sur laquelle elle ne figure pas.

III - Le fief de Bricquebec

Si l’essentiel de la paroisse dépendait du manoir du lieu, une petite portion relevait directement en revanche de la baronnie de Bricquebec. C’est ce second domaine qui est déclaré dans un certain nombre d’aveux rendus par les maîtres de la baronnie. Il correspondrait à l’édifice situé auprès de l’église. C’est cette propriété qui est notamment déclarée dans un aveu rendu en 1723 par le marquis de Matignon, citant parmi d’autres biens : « Item nous appartient un domaine situé en la paroisse et sous la prévôté des Perques consistant premièrement dans le domaine non fieffé du manoir, terre et seigneurie des Perques, se consistant en trois tènements, le premier appelé tènement du manoir sur lequel les maisons et masures dudit manoir sont assises ». Le même document mentionne également « La ferme des Perques », probablement une sorte de métairie dépendante du manoir « située paroissse dudit lieu, au midi et à une lieue de Bricquebec, est composée de deux chambres à feu, un cabinet au dessus, un grenier, une grange, un appentis un pressoir, une boulangerie un cellier, plusieurs étables cours et jardins ». Celle-ci était alors affermée à Germain Pigeon. L’aveu précise aussi que la rivière de Scye passe près de cette ferme.

IV - Organisation paroissiale

Comme nombre de paroisses des environs, Les Perques relevaient principalement de l’autorité des puissants barons de Bricquebec. La paroisse constituait en particulier une « prévôté » de la baronnie, sorte d’unité territoriale administrative permettant la gestion des taxes, rentes, déclarations d’aveux et autres impositions juridiques et administratives. Les habitants, en tant que resséants de la baronnie, étaient soumis à la haute justice du lieu. Comme il se doit, les habitants des Perques étaient – comme ceux des paroisses avoisinantes – tenus au devoir de guet et garde du château de Bricquebec (cf. « Les vassaux de la baronnie sont tenus de faire la garde sur les tours du château et de venir au cri du seigneur pour lui prêter main forte en cas d’allarmes et de fair el e métier d’homme d’armes sous le commandement du capitaine du château » - aveu 1723). En compensation, ils étaient dispensés de guet et gardes sur les côtes du littoral. Ils étaient coutumiers des forêts de Bricquebec, ayant droit d’y mettre leurs bestiaux au panage et d’y prélever du bois de chauffage. En compensation, ils étaient soumis à plusieurs services (cf. dossier forêts).

V - Rivière

Les barons de Bricquebec possédaient en intégralité la rivière de Scye. Nul ne pouvait, sans leur autorisation, y établir de moulins, pêcheries ou autres établissement. Les habitants des Perques étaient tenus au curage de la rivière. Curieusement, aucun moulin n’est identifié sur cette commune.

VI - Le pont du Parc

Le pont du Parc tient manifestement son nom de la proximité immédiate de l’ancien parc seigneurial, réserve de chasse close de palis dépendant du manoir. Il se situe sur une ancienne route médiévale, qui longeant le manoir des Perques, allait de Bricquebec à Barneville, via Saint-Pierre d’Artheglise et la Haye-d’Ectot. Bien qu’aucun texte ne le précise, le franchissement de ce pont donnait manifestement à un péage imposé par les seigneurs de Barneville, similaire à celui qui était exigé au Pont Saint-Paul et au Pont de Malassis. Le pont actuel, à deux arches, est un ouvrage ancien, datable du XVIe ou du XVIIe siècle.

VII - Voirie

L’autre chemin, passant auprès de l’église des Perques et se rendant au pont Saint-Paul pour passer au Valdecie, est connue pour sa part depuis l’époque médiévale comme l’une des portions de la « Carrière Bertran », route seigneuriale placée sous la juridiction des barons de Bricquebec. Chaque année, les habitants étaient associés au vicomtage, tournée d’inspection visant à s’assurer du bon maintien et de verbaliser d’éventuels empiètements sur cette route.

Julien DESHAYES, 1998

[1] Bréart, cartulaire, n°66.

[2] Fille de Robert Bertran, connétable de France, une figure majeure de cette période. Cf. B. de la Grassière, « Le chevalier au Vert Lion »…

[3] Guillaume VII Paisnel fut une figure militaire importante durant la période de la guerre de Cent ans. Cf. notamment Charly Guilmard « Les Paisneaux.. », p. 79 sq.

[4] GUILMARD (Charly), Les Paisneaux mes ancêtres, p. 73.

[5] Info orale J. LEPETIT-VATTIER

[6] Information orale J. LEPETIT-VATTIER.

Les Perques sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Les Perques sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Manoir des Perques, relevé des peintures de l’ancienne salle seigneuriale (J. Deshayes, 1998)

Manoir des Perques, relevé des peintures de l’ancienne salle seigneuriale (J. Deshayes, 1998)

Le manoir et l’église des Perques sur le cadastre de 1824

Le manoir et l’église des Perques sur le cadastre de 1824

Vestiges de l'ancienne chambre seigneuriale sur cellier, vers 1960

Vestiges de l'ancienne chambre seigneuriale sur cellier, vers 1960

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 16:01
VISITES GUIDEES EN COTENTIN

La compétence de professionnels du patrimoine

Le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin propose un riche programme de visites guidées et d'excursions à la journée ou à la demi-journée, pour découvrir les richesses du patrimoine et les grands événements de l'histoire mais aussi les talents et savoir faire des producteurs et des artisans locaux.

Labellisé depuis plus de dix ans par le ministère de la Culture, le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin regroupe dix guides conférenciers agréés et un animateur du patrimoine actifs tout au long de l'année, réactifs pour répondre à vos désirs de découverte, de connaissance et de rencontre.

Des visites sur mesure

Ces visites, accompagnées par des guides conférenciers agrées, développent des regards et des thématiques diversifiées. Elles peuvent être choisies parmi nos suggestions ou être élaborées selon les projets de chacun : groupes, individuels, réceptionnistes, professionnels du tourisme. Dans chaque cas nous nous mettrons à votre disposition pour bien comprendre vos attentes et partager ainsi notre connaissance approfondie du territoire et nos réseaux de compétences.

Pour exemples de sorties à la journée ou à la demi-journée, voici quelques unes des thématiques de circuits proposées sur simple réservation :

- Le Cotentin des Vikings : parcours des sites emblématiques de la présence scandinave qui a forgé, plus que partout ailleurs en Normandie, l'identité culturelle de la presqu'île du Cotentin.

- La légende dorée du Clos du Cotentin : Légendes populaires, fontaines guérisseuses, pierres sacrées ou statues miraculeuse, souvent oubliées du profane, jalonnent les chemins encaissés du Clos du Cotentin.

- Trésors du Cotentin médiéval : Châteaux-forts, bourgs médiévaux, chapelles, églises, abbayes ou manoirs, le Cotentin, jadis porte de l'Angleterre, fourmille de trésors insoupçonnés.

- Châteaux et fortifications de la guerre de Cent ans en Clos du Cotentin

- Manoirs et merveilles de la Renaissance

- Noblesse Valognaise et merveilles du Grand siècle

- Au Pays des Diaboliques et de l'Ensorcelée : Promenade littéraire avec Jules Barbey d'Aurevilly

- Au pays de la pomme et du cidre

- (...)

En option, les apéros-cidre ou des goûters normands peuvent être intégrés à ces circuits, sur simple demande.

Contact :

- par téléphone au 02 33 95 01 26 (en semaine), demander Réjane.

- ou par courriel : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

Tarifs : forfaits pour groupes, jusqu'à 50 personnes maximum, pour interventions de 1h30 à 2 heures (85 euros), circuits à la journée (360 euros) ou à la demi-journée (180 euros).

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 18:56
La Cour à Rauville-la-Place

Le Manoir de la Cour se situe dans la partie septentrionale de la commune de Rauville-la-Place (50), non loin de l’actuelle route de Saint-Sauveur-le-Vicomte à Valognes, auprès du hameau Saint-Clair, de sa fontaine et de sa chapelle guérisseuse.

Siège de la principale seigneurie de Rauville, ce fief appartenait primitivement aux barons de Néhou. Au XIIIe siècle, la propriété passe de la famille des Reviers-Vernon à la famille de Clamorgan puis aux du Fou (Jeanne du Fou fut la mère de Gilles de Gouberville). Par mariage, elle entre au début du XVIIe siècle en possession de la famille du Hecquet, à qui elle appartiendra jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Le logis manorial est formé de deux ailes perpendiculaires faisant face, côté nord, a une cour agricole avec pressoirs, étables, remises, fenil, charreterie et vestiges d’un ancien porche. La façade nord du logis conserve des éléments datant de la seconde moitié du XVe siècle. Elle comporte en particulier des ouvertures à larges chanfreins et un escalier en vis assez archaïque, logé dans une tour rectangulaire, située à la jonction de deux ailes perpendiculaires. Il subsiste également, côté sud, un vestige de l’ancien portail d’entrée, doté d’un beau décor végétal et d’une inscription en caractères gothiques.

L’ensemble du logis a été largement reconstruit dans la première moitié du XVIIe siècle, sans doute par Raoul du Hecquet, propriétaire du fief à partir de 1605. Le plafond de l’ancienne grande salle du rez-de-chaussée fut alors abaissé, pour aménager au premier un étage noble de plus vaste ampleur. Dans le même temps un escalier droit rampe-sur-rampe a été intégré à l’intérieur du bâtiment et l’ensemble de la façade sud a été remaniée pour devenir la façade principale de l’édifice. L’inversion de l’orientation de la façade principale a permis à la Cour de Rauville de se détourner des communs agricoles, pour privilégier la vue sur les jardins, qui se trouvaient antérieurement sur l’arrière du logis. Cette façade sud, percée de baies surmontées de frontons triangulaires en calcaire d’Yvetot-Bocage, offre une belle ordonnance, caractéristique des édifices civils de cette période dans le Cotentin.

La chapelle, petit édifice indépendant situé près de la pièce d’eau, a été bénie en 1675.

Sur la cheminée de la nouvelle salle haute du XVIIe siècle a été peint un paysage représentant la rivière d’Ouve et les ruines du château de Néhou. La présence de cette représentation semble pouvoir se justifier par des circonstances historiques précises. La famille du Hecquet s’esten effet trouvée, dans le premier tiers du XVIIe siècle, en conflit avec une autre famille noble de Rauville pour le droit de patronage de l’église paroissiale. Parmi les arguments invoqués pour la défense de leurs intérêts, les du Hecquet insistèrent tout particulièrement sur le fait qu’ils se considéraient comme les successeurs et représentants légitimes du patron fondateur de l’église, Richard de Reviers (+ 1107), et sur les liens de dépendance vassalique qui unissaient la Cour de Rauville à l’ancienne baronnie de Néhou.

La Cour de Rauville appartient aujourd’hui à madame Tardif, à qui l’édifice doit une soigneuse restauration, ayant permis l’aménagement de plusieurs chambres d’hôtes.

(Julien Deshayes, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, 2013).

Orientations bibliographiques : Hervé du HECQUET de RAUVILLE, La Maison du Hecquet et les seigneuries de Hautteville et de Rauville, Paris, 1915 ; Remy VILLAND, « Rauville-la-Place. Notes pour servir à l’histoire d’une commune du canton de Saint-Sauveur-le-Vicomte », dans : Publications multigraphiées de la Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, fasc. 36, 1979, p.8-11.

Façade nord, détail de la tour d'escalier médiévale

Façade nord, détail de la tour d'escalier médiévale

Peinture de la cheminée de la salle haute, détail, le château de Néhou (aujourd'hui disparu)

Peinture de la cheminée de la salle haute, détail, le château de Néhou (aujourd'hui disparu)

Détail de l'ancien portail charretier, avec inscription et date portée non déchiffrées par l'auteur de ces lignes

Détail de l'ancien portail charretier, avec inscription et date portée non déchiffrées par l'auteur de ces lignes

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 15:14
Le château de Sainte-Colombe, Cotentin

I - Données historiques

Une terre, dite "tenemento Michaelis Pigois cum quadra pisceria" fit en 1229 l'objet d'une donation de Richard de Reviers au profit de l'abbaye de Montebourg. Lors du partage de la baronnie de Néhou, en 1283, l’un des lots comportait une rente à percevoir sur le moulin du seigneur de Sainte-Colombe, alors dénommé Jean de Saussey : "si aura sur le moulin messire Jehan de Sausey à sainte collombe douze cartiers de fourment".

En 1327, Jean du Saussay, seigneur de Golleville, déclarait tenir de l'abbaye de Montebourg la "terre Pigouys", située à Sainte-Colombe, dont dépendait une pêcherie. Il s'agit très manifestement du même domaine, qui semble t-il, prendra durablement ensuite le titre de "fief du Saussay", du nom de cette famille de propriétaires.

En 1416, Guillaume des Moulins obtenait un répit pour l'aveu du fief du Saussay situé à Sainte-Colombe, dont il avait hérité de son grand-père. Guillaume des Moulins n'ayant pas fait hommage au roi d'Angleterre lors de l'occupation militaire de la Normandie, le fief est remis en 1418 à Raoul Néville par Henry V (Sevestre, p.33 et p. 39). Le "fief du Sauchoy, appartenant à noble homme monsieur Raoul Neville, chevalier, seigneur d'Amondeville" est à nouveau cité dans un aveu rendu en 1440.

Le domaine revint ensuite à Guillaume des Moulins, qui était peut-être le fils et homonyme du précédent propriétaire. Dans un aveu rendu en 1456, il est signalé que "noble homme messire Guillaume des Moulins, chevalier, (...) tient le fief terre et seigneurie du Saussay, dont le chief est assis en la paroisse de Sainte-Colombe, et il y a manoir, demaines, moulin, pesquerie, coulombier, jardin, près, bois, et se reliefve par ung sixte de fief de haubert". Le dénommé Guillaume des Moulins, chevalier, seigneur de Sainte-Colombe, figure encore en 1463 dans la recherche de Montfaut. En 1473, Raoul des Moulins, son héritier, rendait aveu pour son fief du Saussey.

Par un biais qui n'est pas élucidé, la seigneurie entre ensuite en possession de la famille de la Vigne. En 1567, Jacques de la Vigne, seigneur du Saussay, passait ainsi transaction avec les habitants de Sainte-Colombe concernant l'exploitation des marais communaux. Il figure dans l'enquête de noblesse de 1576, comme "sieur du lieu (de Ste-Colombe), extrait d'ancienne et noble famille".

Un document de 1608 précise que le manoir du Saussey était encore "assis à motte" et possédait toujours un moulin et une pêcherie à anguilles. Cet aveu précise aussi que le titulaire de ce fief devait "un sergent armé au chasteau de Néhou par six jours en temps de guerre".

En 1663, les moines de Montebourg faisaient adjudication de leurs seigneuries de Golleville et de Sainte-Colombe au profit de Jacques de la Vigne, sieur du Saulcey. La famille de la Vigne renforçait ainsi son implantation sur la paroisse, mais, par une voie non identifiée (achat ?), leur domaine passe ensuite à la famille de Vamembras.

En 1698, Etienne de Vallembras (sic pour Vamembras), écuyer, seigneur de Segrie, rendait aveu pour le fief de Sainte-Colombe, "tel qu'anciennement mes prédécesseurs l'ont acquis de Messieurs les abbés et religieux de Montebourg". Le domaine consistait alors en "10 perches de terre où il y avait autrefois un manoir, colombier, moulin et autres édifices de présent en ruine". Il signalait également l'exercice d'un droit de moute sur les resséants du fief, la possession d'une garenne et d'un "droit de chasse à cors et à cry et tendre filets aux forests du roy". L'ensemble du domaine, d'une consistance de neuf acres est signalé fieffé, n'existant alors "point de domaine non fieffé". L'avouant signale enfin être "jouissant présentement du dit fief en vertu d'un contrat qui en a esté cy-devant fait à ses prédécesseurs (…) par contrat du 26 mars 1575".

La famille de Vamembras conserve la seigneurie de Sainte-Colombe jusqu'au décès d'Etienne, en 1720. Elle passe ensuite par héritage en possession de Joseph de Preaulx, cousin d'Etienne de Vamembras, qui la revendra dix ans plus tard. Les armoiries de la famille de Vamembras (d'azur au chevron de gueules accompagné de trois feuilles de chêne de Sinople) figurent à l'intérieur de l'église paroissiale.

Le 15 juin 1730, la seigneurie de Sainte-Colombe est acquise par Jeanne Foubert, veuve de Bernardin le Courtois, pour la somme de 43 000 livres. La famille Le Courtois conserve ensuite la propriété jusqu'à la fin du XIXe siècle (cf. pour cette période l'étude de Remy VILLAND, "inventaire du chartrier du château de Sainte-Colombe", Archives de la Manche).

Un acte du chartrier fait état des réparations entreprises en 1788 par l'architecte Hédouin Grandmaison sur le château (S. Javel, I, p. 132).

II - Aperçu architectural sommaire.

Le château est édifié en bordure de la rivière d’Ouve, à la lisière de la dépression marécageuse séparant les paroisses de Sainte-Colombe et de Néhou. Du château, il était jadis possible de voir la forteresse de Néhou, située à moins d'un kilomètre, remplacée depuis 1904 par une minoterie. Outre le château et la ferme en dépendance, le domaine actuel compte un vaste jardin potager fermé de murs en pierre et en terre, avec portail du XVIIIe siècle et petite orangerie. Subsiste également un petit bois jouxtant le potager au sud, et un édicule, anciennement à usage de buanderie, au nord.

a) Eléments Renaissance

Le château, ne comporte que deux niveaux d'habitation. Il se développe tout en longueur sur près de dix travées, augmentées à l'est d'un haut pavillon formé de trois étages portant sur un niveau de cave. L'observation du bâtiment permet de distinguer deux phases principales de constructions, venues modifier les dispositions d'un édifice médiéval antérieur. La première de ces deux phases d'aménagement se distingue uniquement en façade nord, où subsiste un alignement de très élégantes fenêtres Renaissance, éclairant l'étage résidentiel. Certains de ces percements paraissent avoir été partiellement refaits ou modifiés, mais le détail de leur ornementation, avec encadrement à fasces, consoles végétales et fronton triangulaires, tables échancrées, dénote une réalisation originale de très belle qualité. Des comparaisons de détail peuvent notamment être établies avec le château de Tourlaville ou le manoir de Graffard. La porte principale, desservie par un escalier extérieur en fer à cheval, est encadrée de pilastres à chapiteaux ioniques supportant un linteau orné de motifs géométriques et un fronton triangulaire. Cette architecture Renaissance exploite un principe d'élévation "en galerie", avec rez-de-chaussée à usage de service, et étage noble formé d'une série de pièces en enfilade. L'escalier droit intérieur, reporté en position latérale, et la cheminée de la cuisine, située en rez-de-chaussée, appartiennent à la même période de construction, qu’il convient manifestement d’attribuer à Jacques de la Vigne, signalé en tant que propriétaire du fief en 1567 et 1576.

b) Reprises du XVIIIe siècle

Les modifications du XVIIIe siècle ont principalement concerné la façade sud, orientée vers les marais. Les baies datant de cette période présentent un simple encadrement rectangulaire. Les ouvertures éclairant le rez-de-chaussée sont de petites fenêtres à linteau en arc surbaissé. L'ensemble de la distribution intérieure a été modifié, par insertion d'un couloir de circulation longitudinal. Cet aménagement nouveau a également occasionné l'insertion de structures de soutènement et de murs de partition au rez-de-chaussée. La plupart des cheminées des pièces d'habitations a été refaite à la même période. L'escalier en fer à cheval de la façade nord constitue probablement une adjonction contemporaine, et possède son symétrique sur la façade postérieure.

Les sources écrites permettent de déterminer que cette reprise est postérieure à la ruine du château, signalée dans l'aveu rendu par Etienne de Vamembras en 1698. L'indication de travaux engagés en 1788 sous la direction de l'architecte Hédouin Grandmaison fourni une indication potentielle - mais qui reste à être exploitée plus attentivement - concernant cette même phase d'aménagements.

c) Le pavillon latéral

Les modifications entreprises au XVIIIe siècle ont également affecté l'élévation de la structure en pavillon prolongeant l'édifice à l'est. Si l'ensemble des percements et la distribution de ce pavillon sont aujourd'hui le fruit de cette phase de travaux, il est manifeste cependant qu'existait déjà auparavant un bâtiment occupant le même emplacement et présentant une hauteur et un plan pratiquement identiques. Il en subsiste principalement la cave voûtée, éclairée par deux petits éguets largement chanfreinés, mais aussi l'un des conduite de cheminée, légèrement saillant, et la trace d'un bandeau horizontal délimitant les deux niveaux supérieurs. La liaison entre cette "tour" et le corps de logis principal est attestée par la subsistance d'anciens larmiers de toiture engagés dans les maçonneries. La porte du rez-de-chaussée, établie en communication avec les parties basses de l'aile principale est également en place. Sous réserve d'une analyse plus approfondie, ces divers éléments semblent attribuables à une date relativement haute, pouvant remonter à la première moitié du XVe siècle.

III - Conclusion provisoire

Le château de Sainte-Colombe a surtout retenu mon attention en raison de la qualité de son élévation d'époque Renaissance, qu'il convient d'intégrer au nombre des plus remarquables réalisations "italianisantes" de la presqu'île du Cotentin. L'adoption d'une élévation essentiellement horizontale, avec étage noble formé d'une succession de pièces en enfilade reposant sur un rez-de-chaussée à usage de service, est également indicatrice de la modernité de cet édifice dans le contexte de son époque. Datable du dernier quart du XVIe siècle, il constitue un jalon important, et à ma connaissance trop méconnu, pour l'étude de notre architecture régionale à l'époque de la Renaissance. L'approche historique concernant la personnalité de son commanditaire présumé, Jacques de la Vigne, mériterait à ce titre d'être développée.

L'archéologie - malheureusement bien délicate - du pavillon latéral me semble également digne de retenir l'attention. Il se pourrait en effet que le bâti "turriforme" ayant servi de base à l'aménagement du grand pavillon XVIIIe constitue le vestige d'une maison forte d'époque médiévale. Seule une analyse approfondie permettrait de mieux évaluer cette hypothèse.

Les aménagements apportées au château de Sainte-Colombe au XVIIIe siècle ont enfin l'intérêt d'être bien représentatifs des tendances architecturales de cette période : l'ouverture de la façade sud, en direction des jardins et des marais, traduit notamment le souci de jouir plus complètement de la beauté de l'environnement paysager. L'aménagement d'un couloir de distribution, venu doubler l'édifice en profondeur, constitue une adaptation aux nouvelles exigences de confort et de distinction des fonctions résidentielles.

Ces différents critères, associés à la qualité remarquable du site, contribuent indéniablement à la qualité de ce remarquable édifice. Le soin apporté par la famille Mauger à sa restauration puis à son entretien, aura permis d'en assurer la sauvegarde et doit, à ce titre, être amplement salué.

Julien Deshayes, 2004

(Une partie de cette étude précédemment inédite, a été reproduite - sans citation de source ni autorisation - par M. Jacques Lechevallier dans un ouvrage paru en 2010, consacré au canton de Saint-Sauveur-le-Vicomte)

Façade sud, d'après une carte postale ancienne.

Façade sud, d'après une carte postale ancienne.

Façade nord, détail de porte Renaissance

Façade nord, détail de porte Renaissance

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 16:56

En accord avec les propriétaires concernés et en partenariat avec la ville, le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin a entrepris, en 2012, l'installation d'une signalétique patrimoniale destinée à rendre plus accessible aux promeneurs le riche patrimoine des hôtels particuliers et autres monuments valognais.

P1000022

Plutôt qu'une signalétique historique et descriptive, notre choix s'est porté sur la réalisation de plaques de petites dimensions (18 x 24,5 cm), indiquant simplement leur nom et leur période de construction. L'idée est ainsi d'attirer l'attention sur ce riche patrimoine et de susciter la curiosité, sans intervenir trop visiblement dans un environnement urbain déjà saturé de signes et d'images. Le choix de plaques simples, relativement discrètes tout en restant immédiatement visibles, préserve ainsi notre patrimoine architectural de ce qui pourrait apparaître, sinon, comme une intrusion trop brutale.

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Les dix premières plaques ont été aposées en janvier 2013 (hôtels de Carmesnil, d'Anneville-du-Vast, Dorléans, du Poerier de Portbail...), et une nouvelle commande est lancée pour une quinzaine de nouvelles plaques, actuellement en cours de réalisation.

Leur installation, effectuée grace à l'aide des services techniques de la ville, se fait en concertation avec les propriétaires concernés et avec l'aval de l'architecte départemental des batiments de France.

La conception et la réalisation des plaques a été confiée à une artisan potier établi à la Glacerie (Hameau ès Bruns), connue sous son nom d'artiste  XASO. Après une phase d'expérimentation, celle-ci est parvenue a développer une technique de lettrage et de cuisson adaptée à cette commande bien particulière.

Financée intégralement par le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, cette démarche de valorisation du patrimoine valognais est soutenue par le Ministère de la Culture et le Conseil régional de Basse-Normandie.

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:45

La maison située au n°64 de la rue de Poterie appartenait en 1778 à M. Pierre-Jean-François Bellot, sieur de Champeaux, ancien capitaine au régiment de Beauvais, qui avait épousé la même année Anne-Françoise Michel. Elle fut ensuite transmise à leur nièce, qui y résida jusqu’à sa mort, survenue le 4 mars 1827. Son héritier, Louis Constantin de Gouberville (1773-1848) récupère ensuite la propriété mais ne semble pas  avoir y résidé. A sa mort, la maison revient à sa fille, Caroline-Louis-Pauline de Gouberville, qui épousa François Gaspard Alfred de Libran (1805-1879), sous-préfet de Valognes. Le 20 juin 1857, ce dernier vend son bien à Delphine-Florence Le Trésor-de-la-Roque, qui le transmit ensuite à Charles-Claude le Trésor (informations communiquées par Mme Lemière).

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Détail du plan Lerouge, 1767

L’édifice figure sur le plan Lerouge de 1767 et semble - selon des critères stylistiques - attribuable à la première moitié du XVIIIe siècle. La façade sur rue, joliment maçonnée en pierre de taille calcaire, est composée de deux niveaux d’habitation et d’un étage de comble. Elle se développe sur une longueur de cinq travées régulières, avec porte d’entrée en position centrale. On retrouve ici la distinction habituelle à Valognes entre les fenêtres de rez-de-chaussée, coiffées d’arcs surbaissés, et les baies de l’étage à linteau droit. Deux fenêtres à fronton éclairent les combles. Malgré la qualité de sa mise en œuvre, cette façade sur rue était initialement destinée à recevoir un enduit couvrant.

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Façade sur rue

Le plan de l’édifice est assez singulier car il se compose en profondeur de deux corps parallèles, placés l’un au devant l’autre et séparés de quelques mètres par l’espace d’une petite cour intérieure. Ces deux corps disjoints sont toutefois reliés par un couloir trasnversal et une cage d’escalier, placée en retrait face à la petite cour intérieure, servant à desservir les deux parties de la maison. Un jardin long et étroit (parcelle en lanière) se développe sur l’arrière.

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Détail de l'une des cheminées en calcaire d'Yvetot-Bocage

Cette demeure a conservé intérieurement plusieurs cheminées du XVIIIe siècle, des éléments de boiserie et l’une de ses alcôves. Une partie des combles aménagés a également conservé ses cloisonnements en structures légères (bois, enduits, argile). Sans s’inscrire dans la typologie des hôtels particuliers, il s’agit d’un exemple intéressant et bien préservé de maison valognaise de cette période. 

J. Deshayes, mars 2013

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 16:20

portrait de Charles de Gerville

Né en 1769 dans la famille des seigneurs de Gerville-la-Forêt, entre La Haye-du-Puits et Lessay, Charles de Gerville est un homme profondément attaché à l’Ancien Régime. Il accueille la Révolution avec hostilité et émigre en 1792 pour s’engager dans les armées du duc de Bourbon. Rapidement démobilisé mais proscrit, il passe une dizaine d’années en Angleterre où il se forme aux sciences naturelles et à l’étude des monuments auprès des savants britanniques. De retour en France, installé à Valognes en 1811, il se consacre à de vastes recherches locales sur les sols, la faune, la flore, les villes et voies antiques et les monuments du Moyen Âge. Parcourant infatigablement le département de la Manche, il visite entre 1817 et 1821 plusieurs centaines d’églises, et les fait volontiers découvrir aux érudits français et anglais. Il complète systématiquement ses observations de terrain en faisant dessiner les monuments les plus intéressants et en dépouillant les archives des établissements religieux et des familles aristocratiques du Cotentin. Cette méthode assez originale lui permet de préciser l’âge de nombreuses constructions et d’en reconnaître les particularités, ce qui fait de lui un pionnier de l’archéologie du bâti. On lui doit d’avoir introduit en français l’adjectif « roman » pour caractériser le style de l’architecture des XIe-XIIe siècles. Ses travaux, essentiellement publiés dans les mémoires des sociétés savantes normandes, lui valentplusieurs distinctions sous la Restauration. D’un caractère difficile – défaut qui ne s’arrange pas avec l’âge –, Gerville se met cependant peu à peu à l’écart du monde de l’érudition à partir des années 1830. Devenu presque aveugle, il meurt à Valognes en 1853, âgé de 83 ans. Si ceux qui se reconnaissent ses disciples ne sont guère nombreux, ses recherches ont eu une influence décisive dans la constitution d’une science nationale de l’archéologie monumentale.

Alexis DOUCHIN

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:41

Dans le cadre du cycle des conférences hivernales des Dimanches du Patrimoine, le pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce dimanche 20 janvier, une conférence intitulée « Armand Levéel, sculpteur Bricquebétais ».

AA

Armand Levéel est né à Bricquebec en 1821 de parents épiciers. Après des études mouvementées au Collèges de Valognes et de Cherbourg, son père l’expédie comme apprenti commis chez un commerçant de Rouen. Le métier l’ennuie et à 19 ans le voilà à Paris. « Paris et la vie de bohème à moi tout seul ». Après plusieurs petits métiers, il entre chez l’éditeur Fondeur Susse et côtoie tous les artistes de l’époque. Bien que ne rêvant pas de la vie d’artiste, il s’initie à la terre à modeler et rentre finalement dans l’atelier de Rude. Il apprend vite et se spécialise dans les sujets historiques. Il concourt dans les salons artistiques et prend part à la vie politique et révolutionnaire de son époque. Son caractère difficile et son franc parler lui fermeront des portes. Son œuvre majeure est la statue de Napoléon Ier à Cherbourg que va inaugurer Napoléon III en Août 1858. En septembre 1882 après 43 ans de séjour à Paris, il rentre dans sa maison du Maupas à Cherbourg. Il accepte le titre de conservateur du Musée Thomas Henry « conservateur gratuit ». Il s’éteint en Juillet 1905 laissant une œuvre considérable.

 Cette intervention, richement illustrée, sera animée par Claire Yvon, guide conférencière au Pays d’art et d’histoire. Elle débutera à 15h précises et se tiendra à la salle de la Gare à Bricquebec.

 

Tarif adultes = 4 €, étudiants = 1,50 € Gratuit enfants et chômeurs.

Pour tous renseignements complémentaires,

Contactez le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin au 02 33 95 01 26

pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

Informations également disponibles sur notre blog : http://closducotentin.over-blog.fr/

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 11:24

En 1765 cette demeure appartenait au dénommé Joseph Laisné. Un sieur Laisné, teinturier, est à nouveau cité en 1786 parmi les résidants de cette demeure, qui correspondait alors au n°12 de la rue des Religieuses. Selon le recensement de 1786, logeaient aussi à cette adresse la demoiselle Jourdain, la veuve Tolmer et le bureau du tarif.

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La façade sur rue comprend deux étages d’habitation et un niveau de combles, sur un rez-de-chaussée anciennement à usage de boutique, désormais transformé en garage. L’édifice est limité en largeur à deux travées ordonnancées, avec fenêtres coiffées d’arcs surbaissés au premier étage, fenêtres quadrangulaires à l’étage et fenêtres à pignon éclairant les combles. Un bandeau horizontal courre à l’appui des ouvertures du premier et du second étage. L’ensemble du parement en pierre calcaire est recouvert d’un enduit. Une étroite tour quadrangulaire adossée à la façade postérieure loge un escalier desservant les étages.

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Cette construction apparaît globalement attribuable au XVIIIe siècle mais l’aspect massif de la souche de cheminée et le principe de l’escalier hors-œuvre permettent de percevoir le maintien partiel d’une structure plus ancienne, pouvant remonter à l’époque de la Renaissance.

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Détail d'une carte postale ancienne, vers 1900

On peut regretter naturellement la substitution d’un garage aux anciennes boutiques du rez-de-chaussée et  la sècheresse des barres métalliques servant de garde corps devant les fenêtres sur rue, qui altèrent un peu la sobre élégance de cette maison ancienne.

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  • : Ce site présente les actualités proposées par l'équipe du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Il contient également des dossiers documentaires consacrés au patrimoine et à l'histoire de Valognes, Bricquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte.
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