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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 17:12

Ces habitations figurent déjà sur le plan Lerouge de 1767 et  présentent en effet des caractéristiques architecturales pouvant remonter à la seconde moitié du XVIIIe siècle.

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Il s’agit d’un long bâtiment de plain-pied, ne disposant que d’un étage de combles et s’étirant sur près de dix travées, pour regrouper  trois logements distincts inscrits dans un même alignement. Une série de petites fenêtres à arc surbaissé ajoure la façade. Les maçonneries en moellons de pierre calcaire étaient peut-être initialement recouvertes d’enduit car certains encadrements de baie présentent encore des traces résiduelles de peinture blanche. La tuile mécanique a remplacé le chaume en couverture. Plusieurs huisseries anciennes peuvent dater du XIXe siècle.

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Ces bâtiments semblent désaffectés ; faut-il craindre un remaniement qui ferait perdre à cet ensemble son intégrité, voire une éventuelle destruction ?

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Ce groupe de maisons présente pourtant de l’intérêt car il est représentatif d’un type d’habitat modeste, destiné aux journaliers et aux classes les plus pauvres, qui coexistait à Valognes avec les grandes demeures de l’aristocratie. Ce quartier abritant jadis de nombreuses carrières de pierre calcaire, il se pourrait que ces maison aient été édifiées pour des ouvriers carriers.

JD oct.2012

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 13:18

Cette maison à boutique est située à l’aplomb du pont Sainte-Marie et borde, côté ouest, la rivière du Merderet. Selon les recherches effectuées par l’association « les Amis de Valognes » ( Valognes, Un siècle de commerce et d'artisanat, t. I, p.90, s.d.), elle aurait appartenu depuis le XVIe siècle à la famille Frollant, puis entra par héritage en possession d’Hervé Frigot, teinturier, cité dans un acte de 1697. En 1780 Louis Frigot, qui possédait la charge de conseiller du roi, lui avait succédé.

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Localisation sur le plan Lerouge, 1767

L’édifice comporte deux étages carrés et un étage de comble, reposant sur un rez-de-chaussée à usage commercial.

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La façade est entièrement recouverte d’un enduit couvrant, sauf au niveau du rez-de-chaussée, laissant ainsi apparaître une grosse pièce de chêne formant linteau sur l’ouverture de l’ancienne boutique. Le mur pignon donnant sur la rivière est équipé de latrines en encorbellement. Il est aussi muni de plusieurs chaînes de fixation suspendues en l'air, dont l’usage se rapporte probablement à la vocation artisanale de cette ancienne teinturerie.

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Détail de la façade postérieure

La façade postérieure, enclavée dans une petite cour, est traitée en pierre de taille calcaire et présente une étoite aile en retour le long de la rivière. L’aspect des fenêtres à linteaux clavés ainsi que d’autres éléments architecturaux visibles à l’intérieur de la construction (escalier tournant à double noyau et cheminée) permettent d’en situer la construction dans le troisième quart du XVIIe siècle. La façade sur rue a été remaniée dans les premières décennies du XXe siècle, à l’occasion d’un ré-haussement de la construction ayant conduit à absorber les fenêtres de combles, initialement placées en chien assis, dans l’élévation actuelle. L’aspect initial de la façade est visible sur plusieurs cartes postales anciennes, antérieures à ce remaniement.

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Aperçu de la façade sur une carte postale ancienne, vers 1900-1905 

La maison du n°14 de la rue des Religieuses offre un bel exemple de demeure urbaine. Elle présente en particulier l’intérêt d’avoir conservé son enduit de façade du début du XXe siècle ainsi que ses dispositions intérieures du XVIIe siècle.  On peut regretter en revanche le traitement brutal du rez-de-chaussée, qui nécessiterait un habillage plus harmonieux.

J.D oct. 2012

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 10:22

Carnot (rue)

Le 3 juin 1763, François Rouxel, avocat et le sieur Joseph Rouxel, sieur des Chesnays, lieutenant du premier chirurgien du roi, vendaient à Charles-Antoine Le Trésor d’Ellon et son frère Jacques-Louis Le Trésor de Marchésieux, un corps de logis rue Sicquet comprenant une demeure avec cour et dépendances, ainsi que deux jardins potager.

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Localisation de l'hôtel du Trésor d'Ellon sur le plan Lerouge, 1767

L'hôtel reste ensuite dans la famille jusqu'en 1813, date à laquelle Anne-Louise Le Trésor, fille de Charles-Antoine Le Trésor d’Ellon et épouse civilement séparée de monsieur Anne-Etienne Michel Turgot, le revend à Jean-Baptiste François Lacauve, marchand à Bayeux (Cf. Journal de l'arrondissement de Valognes). Anne-Louis le Trésor eut pour fils Louis-Félix Etienne Turgot, officier légitimiste, membre conservateur de la chambre des pairs puis ministre et diplomate sous Napoléon III.

Le 4 juin 1824, la propriété est cédée par François Lacauve à Louis-Pierre-Charles de Clamorgan. Né en 1770, Charles de Clamorgan servit deux ans (1787-1788) dans la marine royale avant d'entreprendre une formation d'avocat. Engagé dans les Dragons en 1793, il fut ensuite lieutenant (1808) puis capitaine (1809) de la garde nationale. Nommé juge de paix en 1811, il devint maire de Valognes en 1815, et parvint durant les Cent jours à contenir les débordements royalistes qui secouaient la ville. De nouveau maire en 1826, c'est lui qui fut chargé d'acceuillir en aout 1830 le roi Charles X en route vers l'exil. Promu chevalier de la légion d'honneur en 1829, il devint ensuite sous-préfet de l'arrondissement de Valognes et décéda le 25 juillet 1839. La propriété est aussitôt revendue au département de la Manche par son neveu, Paul-Emile Clamorgan, avocat, pour devenir la Sous-Préfecture de l'arrondissement de Valognes. 

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Orphelin, Paul Emile de Clamorgan (1796-1876) fut élevé par son oncle et eut à Valognes une jeunesse tumultueuse, prenant part en particulier à des manifestations anticléricales et à des profanations de sépultures. Avocat libéral, engagé très jeune en politique, il  fut le principal agent électoral d'Alexis de Tocqueville dans l'arrondissement de Valognes. Ayant vendu la demeure de son oncle, il résida ensuite à l'hôtel d'Anneville du Vast, rue des Capucins, et épousa en 1843 Louise Amélie Chevrel.

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Désaffectée en 1926, la sous-préfecture de Valognes fut entièrement rasée lors des bombardements américains de juin 1944. Il figure cependant sur plusieurs cartes postales du début du XXe siècle ainsi que sur différents plans de ville.

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Placé dans le retrait d’une étroite demi-lune, un grand portail charretier abrité sous un fronton courbe donnait accès à l’avant-cour. L’édifice imposait une façade monumentale et austère, rigoureusement campée entre deux énormes chaines d’angles formant des sortes d’ailerons très théâtraux. 

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L'élévation de l'édifice était composée de sept travées organisées autour d'un faux avant-corps central en légère saillie, souligné par des pilastres doriques reposant sur un dosseret en bossage, et surmonté d'un fronton triangulaire. Un escalier en fer à cheval à rampes d’appuis en fer forgé donnait accès aux pièces de l'étage noble, placées sur un rez-de-chaussée semi-enterré. Un étage d'attique abritant des chambres occupait le troisième niveau de la construction.

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Façades antérieure et postérieure, cartes postales anciennes, vers 1900

 

(J. Deshayes/ S. Javel, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin)

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:13

11, rue des Capucins

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L'édifice sur une carte postale du début du XXe siècle

La maison situé au n° 11 de la rue des Capucins constituait initialement une dépendance de l’hôtel Ernault de Chantore et figure probablement parmi les différentes acquisitions effectuées à la fin du XVIIe siècle par Bertin Claude Jobard, sieur des Valettes, pour constituer l’assise foncière de sa propriété.  La trace de percements, incluant une porte et d'anciennes fenêtres à meneaux obstruées, ouvrant jadis sur la façade postérieure de l'édifice, dans le jardin de l'hôtel de Chantore, confirme cette hypothèse.

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Etat actuel après transformation en logement

Entre le 29 septembre 1813 et le 29 septembre 1814, Sainte Marie-Madeleine Postel vint occuper cette demeure, louée à son intention par l’abbé Cabart, avec les membres de la communauté encore naissante des Sœurs des écoles chrétiennes de la Miséricorde. Sœur Rosalie, née Anne Tostain, entrée en religion en 1811, y décéda dans des conditions assez misérables le 14 mai 1814. L’édifice est converti en chapelle commémorative, dédiée à sainte Marie Madeleine Postel  à la demande de E. Rabec, chanoine honoraire, curé de Valognes qui obtient une autorisation de l’évêque en date du 11 novembre 1912. Dans le dernier quart du XXe siècle, la chapelle est de nouveau transformée en logement. La demeure est restée depuis propriété des sœurs de l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui revinrent à Valognes en 1854 pour administrer l’infirmerie et la lingerie du collège de la ville. De 1856 à 1923, les Sœurs des écoles chrétiennes de la Miséricorde dirigèrent également un établissement gratuit d’enseignement, au quartier du Gravier.

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La chapelle commémorative avant sa suppression,

carte postale du début du XXe siècle

J. Deshayes, octobre 2012


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 19:10

14, Rue de l'officialité (ensemble disparu)

 

Il existait au cœur du Valognes d’avant-guerre un ensemble imbriqué de propriétés regroupées autour d’une vaste cour, qui ouvrait au nord par un passage couvert donnant sur la rue de l’Officialité, presque au chevet de l’église Saint-Malo, et s’étendait au sud jusqu’à la rivière du Merderet, sur les arrières de l’actuel Musée des vieux métiers (hôtel de Thieuville). Le nom usuel sous lequel les vieux valognais connaissaient cet ilot apparaît déjà en 1751 dans un document  mentionnant la « cour vulgairement depuis plusieurs années appelée la cour aux gendres ». Cette mention fait directement référence aux frères Nicolas et René Legendre, nés à Teurthevillle-Bocage, qui exerçèrent à Valognes la profession d'ébéniste, architecte et entrepreneurs durant le premier tiers du XVIIIe siècle. On devait en particulier à Nicolas Legendre la construction de l'un des bâtiments de l'hôpital de la ville et la réalisation des très belles stalles de choeur de l'église Saint-Malo. Nicolas fut le père de Jean-Gabriel Legendre, né à Valognes le 30 décembre 1714, qui fit une brillante carrière d'ingénieur du roi en charge de la généralité de Châlons (cf. sur ce personnage article de la revue VAL'AUNA du premier semestre 2013). La "Cour Legendre" abrita aussi la librairie des imprimeurs Clamorgan et la maison familiale du médecin Félix Vicq d’Azir.

 

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La cour aux Gendres et la maison Lerouge, plan de 1767

 

Le 18 septembre 1718, les frères Nicolas et René Legendre passaient un accord avec l’imprimeur Joachim Clamorgan pour l’acquisition commune d’un corps de logis appartenant antérieurement à Thomas le Coutre, sieur de Sauxmesnil, situé « dans la bourgeoisie de Valognes, au grand-carrefour dudit-lieu ». Chacun des deux contractants s’attribuait ainsi une portion distincte d’un immeuble avec boutique donnant sur la rue, passage couvert, escalier, puits et autres dépendances sur l’arrière de la propriété, en maintenant la cour dans leur jouissance commune. Deux ans plus tard, le 19 janvier 1720, l’inventaire après décès de René Legendre était dressé dans la partie d’habitation revenant à sa veuve, Louise Moysi. Ce document est assez décevant car il ne mentionne à l’intérieur de la salle et de l’unique chambre du défunt aucun outil, ouvrage ou autre élément se rapportant à son activité professionnelle. L’atelier des Legendre devait bien cependant occuper une partie de l’édifice car un nouvel acte notarié, passé le 15 janvier 1722 pour régler leur succession, évoque « les immeubles, biens et outils qui appartenaient en commun à Nicolas et René Legendre, frères ». Il semble, à la lecture d’autres transactions, que cet atelier occupait une « maison nouvellement rétablie » située non sur la rue mais sur l’arrière de la cour commune. La propriété de ce lot passa ensuite aux héritières de René, les demoiselles Marie et Anne Legendre, qui s’en séparèrent le 2 mars 1747 au profit de François Chaulieu, avocat et bourgeois de Valognes.



 

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La "Maison Lerouge" et la Cour aux Gendres par Lepeuple, 1924 (coll. archives de la Manche)

 

A la mort de Nicolas, survenue le 8 décembre 1730, l’autre part d’héritage des frères Legendre fut en revanche transmise à son fils aîné, Jean(-Gabriel), alors âgé de 16 ans. Le 18 mai 1739, parvenu à la majorité et se présentant comme « bourgeois de Caen », le futur ingénieur de la Généralité de Châlons cédait son lot à Jean Vicq sieur de Valemprey et au sieur Felix Vicq. La portion d’immeuble acquise par le sieur de Valemprey fut revendue en 1756, par sa veuve, Marie Gaucher, au profit de Guillaume Corval, marchand. L’acte de vente stipule que « laditte veuve venderesse » intervenait comme « acquéreur du sieur Legendre, ingénieur ». Le 1er juillet 1774 Félix Vicq d’Azir (le père du médecin de Marie-Antoinette) revendait l’autre part au sieur Corbin de l’Epine. La propriété comportait alors « deux salles sur la rue avec boutiques, un vestibule entre les deux, deux chambres au premier étage, des combles couverts d’ardoise, un cabinet avec balcon sur la cour et un escalier ». Elle fut rachetée le 4 janvier 1776, par le sieur Orange, qui ne tarderait pas en entrer en conflit avec les héritiers Clamorgan, ses voisins, pour des problèmes de mitoyenneté. Au début du XIXe siècle, les cinq filles du sieur d’Orange exerçait dans l’ancienne demeure des Legendre une activité de mercerie. En 1806, l’une des sœurs amputa cet héritage en cédant sa part à Baptiste Laurent Despinose, receveur des contributions de Valognes.

La « Cour aux Gendre » comprenait encore d’autres bâtiments situés en fond de parcelle, au contact de la rivière. L’un d’eux appartenait au milieu du XVIIIe siècle à Michel Pinel, avocat. En 1774, le fils de Michel Pinel, Guillaume Pinel sieur de Falaize, revendait ce bien à l’abbé Charles Louis d’Hauchemail, propriétaire de l’hôtel dit « de Thieuville », pour en agrandir les dépendances. Un autre corps de logis compris dans cet ensemble, appartenait en 1780 au sieur Lerouge. Jacques Lerouge, époux de Françoise Pottier, avait été fermier des greffes du tribunal de Valognes puis procureur au bailliage. Il apparaît encore en 1786 dans un recensement de la population valognaise avec la mention « ancien procureur ». Parmi les jeunes clercs passés par son étude figure en particulier Jean-Baptiste Lecarpentier, devenu célèbre en tant que délégué de la Convention nationale durant la période révolutionnaire

 

 

 

J. Deshayes

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:18

Poterie (rue de)

En 1735 Jean-Jacques Le Forestier, seigneur de Clayes, constituait l'assise foncière de la propriété par l'achat de deux lots, provenant d'une vente consentie respectivement par Jeanne Gréard et Bernardin Félix Auger, seigneur de Mesmont. La part cédée par ce dernier se consistait en une portion de maison nouvellement "réédifiée par le seigneur de Mesmont". En 1749, Alexandre et François Le Forestier d'Ozeville, frères et héritiers de Jean-Jacques Le Forestier, revendent cette propriété à Charles-Louis Heurtevent, sieur de la Haulle, conseiller du roi et lieutenant criminel au baillage de Valognes, qui augmente encore la propriété d'une nouvelle portion de maison riveraine. En 1761, un édifice rassemblant les deux propriétés antérieures, est vendu dans sa totalité à Anne-Hilarion Costentin de Tourville, "comte de Tourville, seigneur et patron de Vauville, Pierreville, Bazan, Coutainville, Anneret, Crux, Semilly, le Val, Condé, la Molière, le Mesnil-Vaudon et autres lieux, ancien lieutenant de vaisseau, chevalier de l'ordre de Saint-Louis" pour un montant de 16 000 livres. L'acte de vente nous indique que le bâtiment contenait à cette date "cuisine, cellier, écuries, remises, salles, cabinet de compagnie, chambres et greniers". En 1766, une transaction passée avec le sieur Liénard, propriétaire de l'auberge voisine du Grand-Turc, permet au comte de Tourville de mieux délimiter sa cour, en supprimant une écurie qui y faisait enclave.

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L'hôtel de Tourville sur le plan Lerouge, 1767

Anne-Hilarion Costentin de Tourville était le petit neveu du célèbre amiral de Tourville, dont il portait également les prénoms. Il avait épousé en 1754 Elizabeth-Madeleine de Camprond, fille du seigneur de Sottevast, et décéda à Valognes le 10 mai 1773. Le Comte de Tourville étant mort sans descendance, la propriété passe alors à son neveu, Charles-César du Mesnildot, qui la rétrocède immédiatement pour le prix de 20 000 livres à Elizabeth-Madeleine de Camprond. L'hôtel est ensuite transmis en héritage à Marie-Jacqueline de Camprond, sa soeur (veuve de Jean-François d'Anneville de Chiffrevast), qui en octobre 1796 (24 messidor an V) revend la propriété à Jean-François Vauquelin. En 1833, l'édifice est vendu par la famille Vauquelin à Sophie Leperon de la Fossardière, épouse de Claude-Antoine Premont, juge au tribunal de Valognes. En 1850 il est acheté par Appoline Jobelin, veuve de Louis-Florentin Buhot, la mère du peintre et aquafortiste Felix Buhot. A sa mort, en 1854, l'hôtel est acquis par la famille Abaquesné de Parfouru, qui le conserve jusqu'en 1918, puis passe à Arthur Fauvel, greffier au tribunal, et est enfin racheté en 1939 par Charles Simpson, décédé en juin 1944 de blessures infligées par les bombardements américains.

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Deux aperçus partiels de la façade sur rue, d'après des cartes postales anciennes, vers 1900

 

La façade sur rue en pierre de taille, était composée de sept travées et de trois niveau d'élévation. Une porte cochère située à l'extrémité gauche de la façade ouvrait sur le jardin. Le rez-de-chaussée comprenant les pièces de service, était surmonté de deux étages nobles. Un bandeau horizontal soulignait le deuxième étage. Les baies étaient coiffées d'un linteau cintré, orné d'une clef sculptée. L'hôtel de Tourville a été intégralement détruit lors des bombardements américains de juin 1944.

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Passage couvert de la chasse Greville, accolée au mur pignon sud de l'hôtel de Tourville,

par Felix Buhot, vers 1880.

J. Deshayes 2012

(d'après les notes de Mlle Lebouteiller et compléments de recherche effectués par Stéphanie Javel)

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 11:04

13, rue de l'Officialité (édifice disparu)

 Hôtel d'Ourville, Charles Jouas 1942

Façade sur jardin de l'hôtel d'Ourville par Charles Jouas, 1942

L'hôtel d'Ourville appartenait au début du XVIIIe siècle à Charles Adrien Félix de la Houssaye, marquis d'Ourville, sieur de Pontrilly, et demeura dans sa postérité jusqu'au début du siècle suivant. En 1778, Paul-Hyacinthe de la Housssaye (1708-1780), officier aux gardes françaises et Chevalier de Saint-Louis y employait quinze domestiques. Un inventaire levé la même année précise que l'édifice comprenait alors trois grands corps de logis regroupés autour d'une cour, et abritait un salon de compagnie, une salle à manger, sept chambres, trois appartements, cuisines, offices et autres communs ainsi qu'un jardin orné d'une grotte. Passé par héritage en 1780 à Ambroise-Gabriel-Charles de la Houssaye, l'hôtel est transmis en 1782 aux deux filles de ce dernier, Ambroisine-Marie et Henriette-Louise-Adélaïde. La maison reste alors en jouissance de leur grand-mère, la marquise d'Ourville, née Ambroisine Doynel, jusqu'à son décès survenu en 1793. En 1805, la propriété est revendue au profit de Nicolas Lecroisey, docteur à Valognes.

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L'hôtel d'Ourville sur le plan Lerouge, 1767

En 1816, l'hôtel, comprenant "une maison de maitre composée d'une cuisine, une laverie, double offices et deux cabinets au rez-de-chaussée, un salon de compagnie avec antichambre (...), une salle à manger avec un poêle en faïence (...), quatre chambres à coucher sur l'aile gauche de cette maison, un cabinet de toilette et une armoire à quatre panneaux en garde-robe, deux autres chambres à l'aile droite (...) et les greniers faisant le comble couverts en pierre ; plusieurs escaliers servant à l'accession desdits appartements, écuries, remises, caves cour, puits, porte cochère sur la rue et une autre cour à fumier", ainsi que des jardins et autres dépendances, est acquis par le docteur Bernard Blény, pour la somme de 12 000 francs. La veuve du docteur Blény, s'étant installée en 1829 dans l'hôtel Saint-Rémy, rue des Religieuses, loue ensuite l'hôtel d'Ourville, qui abrite en particulier, à partir de 1837 la "Chambre de lecture de Valognes". En 1842, elle revend l’édifice à la ville de Valognes, pour y installer l'Ecole des Frères de la doctrine chrétienne. Les frères firent alors construire une aile sur le jardin pour abriter les salles de classes. "L'école ouvrit ses portes à la rentrée de 1845 et ne comptait pas moins de 270 élèves d'après le procès verbal du 16 février suivant" (note de Mlle Lebouteiller). En 1892, l'école des Frères était remplacée par une école communale. L'édifice a été détruit par les bombardements alliés de juin 1944.

 

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Hôtel d'Ourville, la salle de classe construite entre 1842 et 1845,

carte postale ancienne, vers 1900

Mlle Le Bouteiller donnait de l'hôtel d'Ourville la description suivante : « Au centre, au fond de la cour, s'ouvrait la porte d'honneur. Une légère saillie du bâtiment, encadrée de bossages et surmontée d'un fronton triangulaire, la mettait en valeur. Deux portes, aux angles, utilisées pour les services, équilibrait cette façade. Les ailes étaient occupées par les communs. L'ensemble comportait un rez-de-chaussée, un étage et des combles éclairés par des lucarnes "en chien assis". Face au Merderet, sur l'autre façade, un escalier à double volée menait des appartements d'apparat au jardin, tandis qu'à l'opposée de cet escalier une tour carré mettait une note pittoresque ».

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Felix Buhot, détail d'une tour d'escalier de l'hôtel d'Ourville, 1884

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Tour d'escalier de l'hôtel d'Ourville, carte postale ancienne, vers 1900

Cette tour carré fut représentée en 1884 par Félix Buhot, avec pour légende "Pavillon et tourillon dans la cour d'entrée de la maison actuelle des frères de la Doctrine chrétienne, rue de l'Officialité". L'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly s'est inspiré du Docteur Blény, l'un des propriétaires de l'édifice, pour l'un des personnages de sa nouvelle "A un diner d'athées", publiée dans le recueil Les Diaboliques.

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Aperçus de la façade sur la rue de l'Officialité, cartes postales anciennes, vers 1900

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L'hôtel d'Ourville sur un plan d'urbanisme de la Reconstruction.

J. Deshayes (d'après notes Lebouteiller et fonds André Chastain)

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:53

28, rue des Religieuses (Accueil/ Restauration : Lien)

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Les nombreux vestiges d'époque médiévale et Renaissance visibles parmi les bâtiments de l'hôtel du Louvre attestent l'ancienneté de son implantation. Sa première mention en tant qu'auberge remonte au 25 aout 1707, date de l'assassinat de Guillaume de Hennot, écuyer, qui résidait alors sur place. Le 8 novembre de la même année, est relaté dans les sources judiciaires l’arrestation "au milieu de la ville de Valognes" de Nicolas Samuel, sieur de Basmond, notaire royal et apostolique, qui, condamné pour "fausseté bien prouvée" fut conduit aux prisons de la ville. On apprend alors que l’huissier "s’étant présenté à la porte des prisons, ayant même frappé et appelé inutilement le concierge qu’on voyait par la fenêtre, il fut réduit d’autant plutôt à conduire Basmond à l’hôtellerie du Louvre que Basmond faisoit des signes à ses amis qui passoient dans la rue, et au peuple qui s’attroupoit, et faisoit craindre quelque émotion". A la suite, est relatée l’intervention de Jean René de Cussy, noble local de quelque envergure et commandant de la garnison du lieu, qui accompagné de soldats et "sous prétexte d’y rendre visite au sieur de Senecey, gentilhomme de ses amis qui y logeoit", y organisa une sorte de coup de main contre les représentants de la justice, l’un d’eux se trouvant même percé à la cuisse d’un coup d’épée, et serait parvenu ainsi à libérer le sieur de Basmond, "son homme d’affaire". (cf. René GUILLARD, Histoire du Conseil du Roy depuis le commencement de la Monarchie, Paris, 1718, p. 796 et suivantes).

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En 1719 est à nouveau cité "la maison où pend l’enseigne le Louvre", lieu de résidence de Jean-Baptiste Morgan, conseiller du roi. L'édifice est ensuite régulièrement mentionné lors de ventes ou d’inventaires après décès (en 1726, 1744, 1770, 1793 …). Outre une auberge, le Louvre abritait depuis le XVIIIe siècle un relais de diligence et un relais de poste aux chevaux. L'appellation "Hôtel du Louvre" est commune à un grand nombre d'autres relais de poste, sur tout le territoire français. Leur origine pourrait remonter à l'institution même du service des postes royales, sous le règne de Louis XI.

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On relate que Marie Dorothée Desprez, veuve de Richard Marguerie et héritière en 1781 de la charge de maître des postes, y cacha à la Révolution plusieurs prêtres réfractaires. Elle fut sur le tard une proche du médecin Félix Vicq d'Azir, qui déclarait dans un acte du 22 mai 1795 vivre chez elle "mais seulement pour y résider, y boire et manger à titre de pensionnaire". Notons qu'il s'agit ici du père du célèbre Vicq d'Azir, qui fut membre de l'Institut et médecin personnel de la reine Marie-Antoinette.

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Note de frais de Jules Barbey d'Aurevilly, pour deux mois de coiffure et de produits cosmétiques, adressée à l'hôtel du Louvre

On dispose pour le XIXe siècle de nombreuses précisions sur la vie de cet établissement et sa clientèle. En aout 1830 il hébergea notamment la garde particulière du roi Charles X, logé dans une demeure voisine, lors de son départ vers l’exil. Alexis de Tocqueville y établit son bureau de campagne lors des élections législatives, de 1837 à 1848, et y tenait ses permanences de député. Son hôte le plus célèbre reste toutefois Jules Barbey d'Aurévilly, qui y séjourna en 1871 puis y déjeuna régulièrement de 1872 à 1887. L’écrivain s’est directement inspiré du lieu pour situer le décor d'une nouvelle de son recueil Les Diaboliques intitulée "Le Rideau cramoisi". Nous avons conservé certaines de ses notes de frais, indiquant un net penchant pour le rhum en carafe… La réputation culinaire de l’hôtel du Louvre est du reste soutenue par divers témoignages : En 1854, l’anglais John Murray écrivait, dans son Handbook for Travellers in France : "Valognes. Hôtel du Louvre, kept by M. Guetté, one of the best cooks in France". L’appréciation est confirmée par un autre guide de voyage, indiquant la même année que le Louvre était alors "renommé pour sa bonne cuisine et ses andouillettes, dites andouillettes de Valognes" (Guide classique du voyageur en France et en Belgique, Paris, 1854).

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La cuisine a conservé une cheminée monumentale datant de la Renaissance

La façade comprend trois niveaux d’élévation plus un étage de combles et se développe tout en longueur, sur un total de treize travées ordonnancées. En position latérale, au bas bout de l’édifice, une haute porte cochère mène vers la cour des communs, qui abrite des écuries, un très vaste hangar à diligences et d'autres dépendances. Si la façade sur rue constitue une élévation homogène, caractéristiques des grandes demeures valognaises de la fin du XVIIIe siècle, l’analyse de l’édifice permet toutefois d’identifier les vestiges de deux constructions antérieures, initialement distinctes.

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Le raccord entre ces deux entités primitives est marqué côté rue par un net décrochement et s’observe aussi dans la structure interne du bâtiment. La partie droite conserve un escalier droit datant du  milieu du XVIIe siècle et intégrait initialement un passage couvert ouvrant côté rue par une porte massive, d’aspect médiéval. La partie droite, étendue sur neuf travées, est cependant celle qui présente les éléments architecturaux les mieux préservés et les plus anciens. Elle présente encore, côté cour, sa tour cylindrique d'escalier en vis, dont la toiture en poivrière couverte de lauses de schiste abrite une petite volière à pigeons. Plusieurs éléments datant de la même période - cheminée monumentale de la cuisine,  consoles prismatiques soutenant les poutres et portes à encadrements chanfreinés - subsistent à l’intérieur de l’édifice et permettent d’identifier une phase d’occupation remontant au second tiers du XVIe siècle.

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Façade sur cour, avec escalier en vis logé dans une tour circulaire

A l’étage, toutes les chambres ont en revanche été réaménagées au XVIIIe siècle. Elles ont conservé pour certaines leur cheminée et leurs boiseries de style Louis XV, en particulier la chambre n°4, qui fut dit-on occupée par Barbey d’Aurevilly.

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La salle de restauration et la salle de bar du rez-de-chaussée ont été entièrement refaites dans les premières décennies du XXe siècle, suite probablement à un incendie survenu en 1885 (Dans un courrier du 21 février 1885 adressé à Mme de Bouglon, Barbey indique que l’hôtel avait subi, cette année là, un important incendie, provoqué semble t-il par les éclairages au gaz de M. Maréchal, propriétaire des lieux ; Correspondance générale, vol. IX, Paris, 1989, p. 141). Le décor de miroirs couvrants fut ensuite complété, dans la petite salle, par un ensemble de panneaux peints sur toile signé de la main d’Alice Courtois, décoratrice parisienne qui dessina également l’ameublement. Ces panneaux peints datant des années 1920 figurent des monuments du patrimoine local (gare maritime de Cherbourg, Grand Quartier de Valognes, Cour de Flottemanville-Bocage…).

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D’autres vestiges d’habitats anciens sont visibles parmi les communs, à l’intérieur de la cour, où plusieurs ailes et corps de bâtiment forment un ensemble complexe et très enchevêtré. On distingue en particulier, au nombre de ces dépendances, un vaste hangar à diligence du XIXe siècle, affecté aujourd’hui à un usage de garage. Deux boxes à chevaux, jointifs, abritaient les étalons servant à tracter l’omnibus de l’hôtel, avec lequel on faisait jadis la navette jusqu’à la gare de chemin de fer.

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boxes à chevaux et ancien hangar à diligences

A l’étage du hangar subsistent un séchoir à linge, avec ses claustras en bois, ainsi que l’ancienne sellerie, pratiquement intacte. La serre située sur l’arrière des écuries a perdu en revanche son vitrage et son ancien chauffoir. Ces différentes constructions, partiellement édifiées en brique, semblent de peu postérieures à 1885.

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ancienne sellerie    

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Remises

L'hôtel du Louvre est inscrit au titre des Monuments historiques depuis mars 2012.

Julien Deshayes, 2012

Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 17:41

Rue de Poterie

En 1722 Jean René de Cussy, sieur d’Armanville, de Teurthéville Hague, de Nouainville, de Montfiquet et autres lieux, commandant pour sa Majesté « dans la ville et château de Valognes en Normandie», achetait un fonds constitué de trois boutiques jouxtant sa propriété, sur la rue de Poterie. Epoux en 1718 de Marie-Madeleine Varin, le sieur de Cussy avait été impliqué en 1707 dans une curieuse affaire d’évasion, qu’il avait organisée au profit du dénommé Nicolas Samuel, sieur de Basmond, notaire royal, son « homme d’affaire ». Condamné pour ces agissements, il fut assigné en cassation au versement d’une amende de 450 livres et fit même, semble t-il, quelques jours de prison. Cela ne semble pas avoir compromis sa carrière puisque Jean-René de Cussy d’Armanville est cité en 1736 au nombre des « portes épées » appointés de 500 livres de rente, devant figurer dans les cérémonies du Sacre et des funérailles royales. A son décès, survenu le 17 septembre 1737, la propriété de la rue de Poterie fut semble t-il transmise à son fils cadet Jean-René (II) de Cussy, né en 1694, tandis que l’ainé, Jean-Gabriel, héritait à Valognes d’une autre demeure, connue aujourd’hui sous le nom d’hôtel de Carmesnil.  L’inventaire après décès levé en cette occasion mentionne « la chambre neuve non enduite du côté du levant ayant vue sur le jardin», correspondant probablement à l’extension nouvelle de la demeure.

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Plan d'alignement de la rue de Poterie levé en 1768, détail

A son décès, survenu le 5 avril 1763, Jean René (II) de Cussy transmet la propriété à son fils aîné, François de Cussy, né à Valognes le 3 juin 1732 de son union avec Marguerite du Mesnildot. Seigneur de Nouainville et Teurtheville-Hague, conseiller du roi, maitre particulier des eaux et forêts du Cotentin, ce dernier est cité en 1778 parmi les nobles résidants de la rue de Poterie. Célibataire, il employait à cette date six domestiques à son service. En 1780, il cèdait une partie de la propriété en vendant à Guillaume Louis d’Arthenay un corps de logis jouxtant son hôtel de la rue de Poterie, composé de "plusieurs salles, avec porte cochère, (...) avec chambres et cabinets au-dessus" (cf. hôtel du Plessis de Grenadan)Au lendemain de la Révolution, en 1795, il vend le reste de la propriété à Louis-Bon-Charles de la Couldre de la Bretonnière pour la somme de 36 000 livres.

Né en 1741 à Marchésieux, Bon-Charles de la Couldre fit une brillante carrière militaire dans la marine, participa en particulier à la guerre d’indépendance des Etats-Unis d'Amérique, et fut le principal promoteur du développement du port de Cherbourg sous le règne de Louis XVI. Monarchiste et catholique convaincu, il fut enfermé à Valognes durant la Terreur et on sait également qu’il logeait en 1797, en son hôtel de la rue de Poterie, un prêtre non assermenté, Alexis-Nicolas Levaufre, employé pour l’éducation de ses enfants. Après sa mort, survenue à Paris en 1809, la propriété est restée dans la famille de la Couldre, jusqu’à sa vente, en 1887 à la ville de Valognes, par Armand de la Couldre (châtelain de Tourville). En 1889 la décision est prise par la municipalité d’y installer une école des filles et de construire des salles de classe à l'intérieur des jardins. L’édifice a été détruit lors des bombardements américains de 1944.

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Extension supposée (??) de la propriété sur le plan Lerouge de 1767

Le plan Lerouge de 1767 et un autre plan de la rue de Poterie levé en 1768 montrent un édifice relativement vaste, constitué d’un corps de logis entre cour et jardin, flanqué au devant de la façade de deux ailes, reliées sur la rue par une clôture en demi-lune. Par l’inventaire après décès de Louise-Marguerite de Cussy, sœur de François de Cussy, décédée en 1773, nous savons que l’aile sud « à main gauche en entrant » abritait à cette date la chambre de la défunte. Je suppose que l'aile nord, vendue en 1780, fut en revanche intégrée postérieurement à la propriété voisine.

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Détail d'une portion de la façade sur rue de l'hôtel de Cussy, d'après une carte postale ancienne

L’acte de vente passé en 1795 mentionne avec précision un grand escalier central donnant accès au jardin par le premier palier, ce qui indique qu’il existait un décalage de niveau entre le rez-de-chaussée semi-enterré, donnant sur la cour, et l’étage noble ouvrant sur le jardin. Deux escaliers de service complétaient la distribution, constituée d’écuries, de remises, cuisine et autres annexes en rez-de-chaussée, de deux salons, une salle à manger et neuf chambres à l’étage. Sont également signalés lors de cette vente les « tableaux, dessus de portes, tapisseries, baguettes, tringles, buffets à objets attachés et encadrés dans le lambry », cédés à l’acquéreur, tandis que les « glaces, tables de marbre et autres meubles meublant » furent conservés par le vendeur.

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Portail de l'hôtel du Cussy ouvrant sur la rue de Poterie, jouxte l'hôtel du Plessis de Grenadan,

qui englobe depuis 1780 l'une des ailes de l'édifice primitif

L’acte de vente passé en 1887 contient également de nombreuses informations sur cet hôtel, dont le jardin était à cette date équipé d’une serre, et qui couvrait une superficie importante de 54 hares.

 

J. Deshayes, 2012

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:10

36, rue de Poterie.

Le 29 janvier 1695, Hervé de Camprond, sieur de Sottevast, avocat au parlement de Normandie, achète à Guillaume Martin, sieur du Perron, président en l’élection de Valognes, « une maison à luy appartenant composée de sales, chambres, cabinets, greniers, écuries et le jardin le tout fermé de murs sise rue de Potterye ayant pour jouxte et butte la rue de Potterye». Le 18 avril suivant, il augmente cette première acquisition en achetant à Catherine et Anne Vaultier une seconde maison, voisine de la précédente, comprenant "salle, salette, cabinet, chambres, greniers, poulailler et escurie". L'acte de vente précise aussi « que ce qu’il y a de carreaux de pierre à bastir dans lesdites maisons et court demeurent audit sieur acquéreur ». Hervé de Camprond va donc réunir deux tènements initialement distincts pour constituer l'assise foncière du futur hôtel de Tanouarn.

Le 3 novembre 1727, son inventaire après décès recense les différentes pièces d'une vaste habitation, comprenant un rez-de-chaussée avec salle et cuisine, une laverie et un aistre à usage de boulangerie situé sous l'escalier, ainsi qu'un salon communiquant avec une petite chapelle et une autre salle. Le premier étage était alors occupé par trois chambres et deux cabinets. Il existait également un troisième niveau, avec une chambre avoisinant des greniers ainsi qu'un bâtiment en dépendance abritant un cellier et une écurie avec chambre à l'étage, occupée à cette date par le sieur d’Aigremont. Il ne s'agissait pourtant pas encore de l'hôtel dans sa forme achevée. Un accord de mitoyenneté conclu en 1736, nous apprend notamment que le sieur Guillaume de Camprond, héritier de la propriété, ayant pour projet de faire élargir sa maison pour en faire "un demy double", obtint de son voisin (hôtel de Vauquelin) l'autorisation de faire construire sur la totalité du mur mitoyen. L'inventaire des papiers de Guillaume de Camprond nous indique également qu'un marché fut passé en 1738 avec un maçon dénommé Samuel. L'année précédente, ce dernier avait déjà réglé un achat de pierre pour les travaux de construction à entreprendre.

Lorsque le 7 juin 1746, Madeleine Hervine de Camprond et son époux Charles François Léonor le Sage vendent l'hôtel, à Jean-Bonaventure de Beaudrap, sieur de Sotteville, l'édifice se composait désormais « d’un tènement de maisons, cour et jardin potager sis à Valognes consistant en une porte cochère et un vestibule servant d’entrée audit tènement, à main gauche en entrant dans la cour un cabinet de compagnie, une salle à manger, une autre salle, un escalier, une cuisine avec les offices, une remise, les chambres, cabinets et greniers et à main droite en entrant ladite cour, un vestibule, un escalier, un office, une cuisine, une remise, un autre office, les chambres, cabinets et greniers dessus. Au fond de la cour, deux écuries, deux celliers, chambres et greniers, une latrine et autres aménagements, le tout contenant une vergée ». Les travaux menés par Guillaume de Camprond avaient semble t-il consisté notamment en l'adjonction de deux ailes sur cour, visibles sur le plan Lerouge de 1767, et dans l'aménagement d'une porte cochère permettant d'y accéder.

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Détail du plan Lerouge, 1767

Un nouvel acte de vente, concédé en date du 28 mai 1790 par Pierre François de Beaudrap, au profit de François Charles Adrien Simon, vicomte de Carneville fait explicitement référence à cette cour bordée de "deux ailes avec porte cochère d’entrée".

Le 27 mai 1818 Romain Pezet, président du tribunal de Bayeux, acquiert l'hôtel qu'il cède à nouveau, le 27 novembre 1827, aux frères et soeurs du Hecquet. D'après l'abbé Adam, l'hôtel de Tanouarn, mis en location, aurait abrité la préfecture jusqu'en 1829, année de sa vente par les demoiselles du Hecquet de Rauville à Madame Marie-Henriette de Chivré, épouse de Louis Etard de Bascardon. Après la mort de ce dernier, le 15 août 1853, il passe en héritage à sa fille, « Madame la Comtesse Marie Euphrasie du Plessis de Grénédan », qui le revendit en juin 1854 à son parent, Anésime Etard de Bascardon. Décédé en 1863 ce dernier transmet l’hôtel à son neveu, Charles de Tanouarn, qui y mourra lui-même en octobre 1917. Il est alors vendu par ses ayants droit, le 19 mars 1918, à Eugène Bretel, riche industriel valognais, qui possédait déjà plusieurs hôtels voisins dans la rue de Poterie.

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Aperçu de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne, vers 1900

(derrière les éléphants !)

L'hôtel de Tanouarn, détruit lors de bombardements américains de 1944 a été entièrement reconstruit après guerre. Il se composait d'après le plan de 1767, d'une partie sur rue et de deux ailes en retour de chaque côté de la cour. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent une façade très sobre en moellons apparents, composée de neuf travées avec un faux avant-corps central à fronton délimité par des bossages. Une porte cochère surmontée d'un épais arc cintré ouvrait au centre de l'élévation. Les baies du rez-de-chaussée possédaient un linteau cintré tandis que celles de l'étage étaient à linteau droit. Un bandeau horizontal reliait l'appui des baies du premier étage. Il n'existait pas de lucarnes de comble. Seule subsiste aujourd'hui une aile ancienne située sur l'arrière du bâtiment, en bordure de la cour.

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Aperçu d'une portion de la façade de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne

S. Javel/J. Deshayes 2008

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