Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 12:41

Cycle de formation en direction

des animateurs de TAP

 

La chanson traditionnelle en Cotentin

 

            Il existe encore, en bien des mémoires, des chansons traditionnelles tant en Cotentin quand dans le reste de la Normandie. Celles-ci ont passé les siècles jusqu’à nous, se transmettant dans les familles par le bouche à oreille. Délaissées depuis les années 1950 au profit des nouveaux répertoires diffusés par la radio, puis la télé, elles seraient tombées dans l’oubli si différentes associations, dont La Loure, ne s’étaient pas attachées à les recueillir et les sauvegarder. Au-delà, se pose l’enjeu de la transmission de ces chansons. Non pas par devoir mémoriel mais parce qu’elles sont un formidable matériau, qui plus est très bien adapté au jeune public.

 

            Chansons drôles, tristes ou ludiques, leurs thématiques se prêtent bien à des oreilles d’enfant quand on sait choisir son répertoire (car certaines chansons, avec des doubles niveaux de lecture, sont clairement plus tournées vers le public adulte !). Le fait qu’elles soient aussi associées à certains usages (chants de marche, de danse…) facilite leur approche pédagogique avec les enfants.

 

 

Un cycle de formation autour de la chanson traditionnelle

 

Objectifs :

  • appréhender et comprendre le monde des chansons traditionnelles
  • permettre à des enfants de découvrir une facette du patrimoine oral local
  • approcher des techniques pédagogiques pour transmettre ces répertoires

 

Contenu :

  • acquisition d’un répertoire de chansons traditionnelles et découverte des spécificités de celles-ci
  • travail sur les techniques vocales propres au chant traditionnel
  • au travers d’usages traditionnels de la chanson (marche, danse…), approche de pédagogies pour intéresser les enfants à la démarche
  • identification des ressources pour acquérir son propre répertoire

 

Formateur :

  • Yvon Davy : historien, collecteur, musicien, chanteur, il dirige l’association La Loure qu’il a contribué à fonder. Très bon connaisseur des chansons traditionnelles de Normandie et du monde francophone, il anime régulièrement des ateliers et stages de chant traditionnel.

 

Calendrier :

  • la formation est programmée sur un cycle de 5 séances s’échelonnant du mardi 24 février 2015 jusqu’au 24 mars 2015, de 10h00 à 13h00.
  • La formation dans les locaux du Pays d’Art et d’Histoire La Parcheminerie - 21, rue du Grand Moulin 50700 Valognes

 

Public :

  • guides conférenciers du Pays d’Art et d’Histoire intervenant dans le cadre des TAP
  • autres animateurs temps libre et intervenants intéressés par la démarche

 

Conditions :

  • la formation est gratuite, sur inscription préalable
  • l’inscription à la formation vaut engagement à la suivre dans son intégralité

 


 

L’association La Loure

 

 

            L’association La Loure, fondée en 1998, œuvre à recueillir, sauvegarder et valoriser les chansons, musiques et traditions orales sur l’ensemble de la Normandie (les deux régions administratives). Elle conduit des enquêtes de terrain un peu partout à travers la région auprès des personnes, souvent âgées, encore dépositaires de ces répertoires et savoirs. Elle révèle ensuite auprès d’une diversité de publics les formidables ressources et richesses de ce patrimoine oral au travers d’animations (veillées, randonnées chantées, bals, bals pour enfants…), formations (cours, stages de chant et pratiques instrumentales, formation à la conduite de l’enquête orale…) ou éditions (CD, ouvrages, recueils de répertoire, expositions…). En 2012, La Loure a également créé la base du patrimoine oral de Normandie pour rendre progressivement accessibles à tous les sources des traditions chantées (http://normandie.patrimoine-oral.org/).

         

            En 2014, La Loure a lancé l’opération Cotentin – Mémoire en chansons pour sauvegarder et valoriser les riches répertoires de chansons encore présents dans la presqu’île. Elle a, à cette fin, développé un partenariat spécifique avec le Pays d’art et d’histoire Le Clos du Cotentin et obtenu le concours de la Communauté de Communes du Cœur du Cotentin.

 

            L’association est soutenue par les Régions et DRAC de Basse et Haute-Normandie, les départements de la Manche, du Calvados, de l’Orne, de la Seine-Maritime et de l’Eure et par les villes de Vire et Fécamp. Elle est conventionnée avec les archives de la Manche et travaille étroitement avec une diversité de Musées et d’acteurs patrimoniaux et musicaux en région. Elle est par ailleurs Pôle Associé de la Bibliothèque Nationale de France pour son travail de mise à disposition des documents recueillis autour des traditions orales de Normandie.

 

 

Contact : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin (tel. 02 33 95 01 26 / pah.clos.cotentin@wanadoo.fr)

 

 

 

Mettre les chansons traditionnelles au cœur des temps d’accueil périscolaires
Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 16:13
Actualité des recherches archéologiques sur la cité romaine d'Alauna (Valognes)

Alauna - Résultats du programme de recherches archéologiques 2014

Laurent PAEZ-REZENDE, Laurence JEANNE et Caroline DUCLOS

En juillet 2014, s’est déroulée la deuxième campagne de sondages sur l’agglomération gallo-romaine d’Alleaume, à Valognes (Alauna). Une vingtaine de tranchées ont été réalisées sur les 15 hectares, entre le plateau de la Victoire, le jardin archéologique des thermes et les abords du manoir du Castelet. Elles avaient pour objectifs de reconnaitre la présence et la nature des vestiges sur ce secteur nord de la ville, d'estimer plus finement son étendue et d’évaluer la densité de son occupation. Comme l'année dernière, les résultats se sont avérés particulièrement concluants.

Des résultats probants

A commencer par la confirmation que la ville d’Alauna est bien construite selon les règles générales appliquées en matière d'urbanisme antique, à savoir un réseau orthogonal de rues qui s'appuie sur deux grandes artères principales et structurantes : un axe nord-sud, dit cardo maximus et un axe est-ouest, dit decumanus maximus.

Ainsi, les sondages 2014 ont permis de révéler deux nouveaux tronçons de ce decumanus maximus. Le premier mis au jour dans les prairies des écuries Taranis, mesure 11 m de large et dispose d'une chaussée en galets. On y observe des réparations et des recharges en mortier ainsi que de profondes ornières creusées par le passage répété des charriots (cf photos). La chaussée, plutôt réservée au véhicule et animaux de transport, est bordée de chaque côté par un trottoir couvert par un portique. Le second tronçon, situé plus près du théâtre, a révélé un agencement de grosses dalles calcaires reposant sur un lit compact de moellons en calcaire très usés. (Cf photos). Cet aménagement imposant, de type voie dallée, est le deuxième exemple découvert en Basse-Normandie, après celle de la médiathèque de Lisieux. Il s’agirait d’un deuxième état de fonctionnement de la voie, exprimant peut-être la volonté d’embellir l’accès principal du théâtre.

D'autres voies, parallèles et perpendiculaires à ces deux axes majeurs, ont également été mises en évidence cette année. Elles viennent ainsi étoffer le plan du réseau des rues et le découpage des quartiers (insulae), révélés depuis 2012.

Dans certains de ces nouveaux espaces, on distingue les traces des maçonneries de plusieurs habitations qui disposent d'un plan complexe et compartimenté. Mais la plupart des pierres de ces bâtiments ont été récupérées, confirmant que l’ensemble du site a servi de carrière à ciel ouvert, dès son abandon et pendant plusieurs siècles. Ces habitations ont livré des fragments de vases en céramique, des verreries (flacons,…) et de nombreux objets en bronze (bague, fibules, charnières de coffres, clavette de roue, compas, monnaies,…). Cependant, sur les pentes situées entre les thermes et le théâtre, à l’approche des sources, il n’existe aucune trace de construction. Si les terrains sont bien traversés par des rues qui s’intègrent au quadrillage de la ville, ils sont simplement découpés, à l’aide de fossés, en parcelles non construites.

Une découverte majeure

En bordure ouest de la ville, près d’un four situé un peu à l’écart des habitations, plusieurs fragments de moules en terre cuite ont été collectés. Il s'agit de plaques présentant des lignes de cupules régulières, utilisées pour couler des flans en bronze (lentilles de bronze brut). Ces éléments attestent de la présence d’un atelier de bronzier. Par ailleurs, ces moules sont souvent associés à la production de monnaies ; les flans étaient frappés à froid avec des coins gravés (cf photos). Si plusieurs exemplaires de ces moules ont déjà été collectés en Gaule ou en Bretagne romaine, il n’a jamais été formellement établi qu’il s’agissait d’ateliers monétaires.

La chronologie

Grace au mobilier collecté cette année, notamment céramiques et monnaies, la chronologie du fonctionnement de la ville antique s’est enrichie et continue d’être précisée. En l'état, l’occupation gauloise, timidement repérée en 2013, s’affirme davantage sur le nord de la ville, avec de nouvelles traces livrant de la céramique caractéristique des IIe - début Ier s. av. J.-C. Cependant, la liaison avec les premiers pas de l’agglomération antique durant la période augustéenne (fin du Ier s. av. J.-C. - début du Ier s. ap. J.-C.), est loin d’être confirmée.

Les mieux établies, sont les phases de grand développement et de prospérité de la ville, situées entre le milieu du Ier s. et le début du IIIe s.

Tout comme le démarrage, le déclin et l’abandon de la ville sont encore mal documentés ; ce processus est toutefois enclenché dès le milieu du IIIe siècle.

Enfin, le petit hameau médiéval (fin XIIIe - XIVe s) découvert au bord des thermes lors des fouilles de T. Lepert (1989-1992), a été étoffé cette année par de nouvelles traces d’habitations, plus éloignées le long de la Rue de la Victoire, ainsi qu’un four de potier qui a livré des milliers de fragments de vases .

Synthèse et perspectives

Sur ces trois années de recherches, notre connaissance de l'organisation urbaine et de la chronologie d'Alauna ne cesse de progresser et même de se renouveler. Mais il est encore un peu trop tôt pour être affirmatif sur le rôle que jouait la ville dans l’organisation de l’Empire romain, ou pour se lancer dans des estimations de population. La nature des vestiges n’est pas encore définie et leur densité est loin d’être uniforme ou homogène. D’ailleurs, la découverte de secteurs « vides » amène déjà d’autres questions : s’agit-il de parcelles prédestinées à l’agrandissement de la ville et jamais construites ? Peut-on envisager l’existence de parcelles cultivées ou de jardins mis en réserve à l’intérieur du périmètre urbain ? Ces terrains laissés vierges de construction et d’activités polluantes servaient-ils à préserver la potabilité de la ressource en eau qui desservait au moins les thermes ?

Une chose est sure, Alauna est loin d’avoir livré tout ses secrets et les années de recherches à venir promettent de nouvelles surprises… et aussi de nouvelles questions.

Pour tenter d’avancer sur toutes ces problématiques, une troisième campagne de sondages est d’ores et déjà programmée pour juillet 2015. Plusieurs recherches et analyses complémentaires vont également être lancées cette année (datations au Carbone 14, étude des moules à flans en bronze, analyse comparative du métal composant le flan en bronze découvert dans l’atelier et celui des monnaies trouvées sur le site) ou programmées pour 2015 (projet de recherche destiné à localiser les nécropoles).

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 15:31
Orglandes, église Notre-Dame

La vita de saint Ermeland et les origines de la paroisse d’Orglandes

La paroisse d’Orglandes est citée dans un récit hagiographique du VIIIe siècle, la Vie de saint Ermeland (Vita Ermelandi)[1], relatant le séjour et le miracle que fit en Cotentin ce moine de l’abbaye de Fontenelle, fondateur de l’abbaye d’Aindres, à une date qui se situe entre la fin du VIIe et au début du VIIIe siècle. Ce texte précise que le saint, venu en Cotentin pour les affaires de son abbaye, fut invité à diner avec quelques disciples chez un riche propriétaire du nom de Launus. Là, il aurait transformé de l'eau en vin pour subvenir aux besoins d'une foule nombreuse d’invités et de pèlerins venus à sa rencontre, avant de se retirer dans sa propre demeure, située dans le domaine d'Orglandes ("Domini post refectionem ad propriam domum quae est in villa quae dicitur Orglanda, reversus est"). Un autre épisode survenu lors du séjour d’Ermeland à Orglandes se rapporte au vol commis par un paysan d’un flacon ( ? Labulum) que le saint portait sur sa selle, mais que le voleur dut restituer en raison de la brûlure que se mit aussitôt à lui causer cet objet. L’intérêt du récit est surtout de préciser que le flacon, une fois restitué, demeura ensuite exposé dans l’église du bienheureux apôtre Pierre, dans la cella d’Orglandes (quod in testimonium vsque in præsens perseuerat, pendens in oratorio beati Apostoli Petri in Orglanda cella, vbi hoc gestum est). Ce document contient ainsi de façon explicite mention d’un petit établissement monastique, dépendant probablement de l’abbaye d’Aindres, qui était établi au VIIIe siècle sur la paroisse d’Orglandes. Le culte de saint Ermeland trouva probablement à s’y développer par la suite autour de la mémoire de ses miracles, et de ce fameux flacon, devenu une sorte de relique ou brandea.

Le culte de saint Ermeland a laissé une empreinte assez importante en Cotentin, en particulier aux Moitiers-en-Bauptois, ainsi qu’à Boutteville, où se tenait une foire le jour de la fête du saint (18 octobre), à Sottevast et au Plessis-Lastelle, où subsistent les bâtiments d’un ancien prieuré Saint-Ermeland, à Vauville ou certaines traditions lui attribuent la fondation de l’ancien prieuré Saint-Michel du Mont. A Orglandes même existait, selon Charles de Gerville, une fontaine Saint-Herbland, située « près de Rouville, en un lieu nommé Launay», que nous n’avons pas su retrouver. Nulle autre trace en revanche dans l’église paroissiale, vouée à Notre-Dame, ni parmi les autres sanctuaires attestés sur la commune. Une hypothèse intéressante consisterait plutôt à rattacher le récit relatif au miracle de saint Ermeland à la paroisse limitrophe de Gourbesville, vouée elle aussi au saint abbé d’Aindres. Ce domaine fit, en 1060, l’objet d’une donation au profit de l’abbaye Saint-Père de Chartres[2], également récipiendaire, depuis le début du XIe siècle, d’anciens domaines monastiques mérovingiens situés au Ham et à Saint-Jean-de-la-Rivière[3]. Implantée au contact étroit du manoir seigneurial de Gourbesville, pratiquement intégrée aux dépendances de celui-ci, cette église ne pourrait-elle avoir été édifiée sur le site même de la résidence du riche Launus, censée elle-même, comme nous l’avons vu, s’être trouvée non loin de la cella d’Orglandes ? L’église de Gourbesville offrirait auquel cas un bel exemple d’ancien sanctuaire domanial d’époque Franque, devenu paroisse à l’époque ducale.

A Orglandes même, l’Abbé Lecanu en 1839[4] puis J. M. Renault dans l’Annuaire du Département de la Manche de 1870[5], ont signalé une chapelle vouée à Saint-Pierre, susceptible donc de correspondre à l’oratoire de la cella d’Orglandes mentionné dans la vita du saint. Malheureusement aucun des deux auteurs ne fournit les sources de son attestation, ni la localisation de ce sanctuaire disparu.

L’église Notre-Dame ne semble pas avoir conservé en élévation de maçonneries antérieures au XIIe siècle. Elle présente en revanche plusieurs briques et fragments de briques en remploi, manifestement romaines, ainsi que des morceaux de calcaire coquillier provenant très vraisemblablement de sarcophages du haut Moyen-âge, visibles aussi bien éparpillés dans les murs qu’affleurant dans le sol du cimetière. Dans les maçonneries de la nef, au bas de la troisième travée du côté sud, nous avons également repéré un bloc de pierre calcaire où apparaissent sur une surface très corrodée de petites folioles en méplat que nous pensons sculptées de main d’homme. Le détail est minuscule, presque insignifiant, mais il appartient manifestement à une date antérieure au XIIe siècle.

Signalons aussi que l’actuelle route départementale 24 qui passe au chevet de l’église reprend le tracé d’une voie romaine importante et bien attestée, qui reliait Cosedia (Coutances) et Crociatonum (Sainte-Mère-Eglise ?) au sud, à Alauna (Valognes), au nord. Cette voie romaine croise à cet emplacement précis le tracé de l’ancienne « carrière Bertran », une route menant depuis le secteur de Surtainville et du port de Diélette vers la baie des Veys qui dépendait au Moyen-âge de la baronnie de Bricquebec.

Il faut encore souligner qu’Orglandes constituait sous l’ancien Régime le chef de l’un des doyennés du Cotentin, héritage probable d’une institution territoriale antérieure à l’époque ducale. Le nom même d’Orglandes, déjà attesté comme nous l’avons vu au VIIIe siècle, serait selon François de Beaurepaire issu d’un hydronyme pré-latin se rapportant donc à une rivière et ayant la particularité de former frontière ou limite entre deux territoires distincts[6]. Difficilement explicable d’après la géographie de la commune actuelle, cette explication trouve en revanche un sens beaucoup plus précis dès lors qu’elle est envisagée à l’échelle du territoire qui formait le doyenné d’Orglandes dans son ensemble. S’étendant de Négreville, Yvetot-Bocage et Magneville au nord jusqu’à Rauville-la-Place et Picauville au sud cette entité territoriale se trouve en effet nettement délimitée par l’Ouve et le Merderet, les deux rivières les plus conséquentes de la presqu’île du Cotentin.

Orglandes offre en résumé un site particulièrement sensible en termes de continuité d’occupation, et exerça probablement durant le haut Moyen-âge un rôle structurant à l’échelle des territoires environnants. Le maintien de son appellation d’époque pré-normande suggère pour le moins que cette prééminence ne fut pas entièrement effacée lors des bouleversements provoqués aux IXe et Xe siècles par l’arrivée de colons scandinaves.

L’église Notre-Dame

La paroisse d’Orglandes était initialement de patronage laïc. Lors de la rédaction du premier pouillé, ou « Livre Noir » du diocèse de Coutances, vers 1251-1280, les revenus de la dîme se trouvaient ainsi partagés entre deux seigneurs locaux Richard de Saint-Germain et Richard d’Orglandes. Cette situation évolue dans le premier tiers du XIVe siècle, lorsque le chapitre de la cathédrale de Coutances, soucieux probablement d’augmenter ses ressources, profitant aussi semble t-il du morcellement des droits hérités de Richard d’Orglandes, opère une série d’acquisitions dans la paroisse. En 1322, Jean d’Orglandes fit don à cet établissement de la dixième part des dimes qu’il avait en sa possession puis, par achat du 4 juillet 1328, le chapitre récupérait un autre tiers de dîmes, acquis de Guillaume d’Orglandes[7]. Le 16 octobre 1330, d’autres ayant droits cédaient encore en complément une autre part (le neuvième) de dimes[8]. L’abbaye des prémontrés de Blanchelande était également possessionnée à Orglandes au XIIIe siècle[9].

L’édifice s’impose au visiteur par la monumentalité de sa tour de clocher, accolée du côté nord à la dernière travée orientale de la nef, qui présente des contreforts plats à ressauts et de petites baies cintrées d’époque romane. Abritant sous un arc un autel orienté, la chapelle située au rez-de-chaussée de cette tour ouvre sur la nef par un arc de profil légèrement brisé qui repose sur des chapiteaux cylindriques à feuilles lisses pouvant dater du dernier tiers du XIIe siècle. Toute la partie haute de la tour, avec son couvrement en bâtière et ses hautes baies gothiques apparaît avoir été remaniée au XVe siècle. Une inscription en caractères gothique visible sur la face occidentale (Ex labore et diligentia M. Johannis le Tellier … loci maiori, 1613) se rapporte manifestement à une intervention architecturale postérieure, financée par le dénommé Jean Letellier. Une autre date portée de 1749, visible sur cette même face ouest de la tour, indique probablement une autre campagne de travaux. Plus énigmatique toutefois est une autre inscription, plus ancienne, qui figure en partie basse du mur oriental du clocher, probablement en remploi, mêlé avec quelques claveaux sculptés d’étoiles creuses d’époque romane. On y discerne sans certitude les caractères suivants, écrits en lettres capitales : « LIX BV. DO ».

L’enclos paroissial qui environne l’église conserve une très belle croix de cimetière du XIIIe siècle, sans doute la plus ancienne du Cotentin, formée d’un faisceau de colonnettes à efflorescence végétale, sommées d’un croisillon portant la figure du Crucifié.

La petite porte sud, ouvrant sur la nef, est coiffée d’un tympan roman, montrant l’image du Christ en gloire, siégeant dans une mandorle, bénissant d’une main et tenant de l’autre le livre des évangiles. Il est entouré des symboles des quatre évangélistes (le Tetramorphe), puis de saint Pierre et saint Paul. Comme l’indique l’attribut du livre, commun à chacune des figures, cette représentation intemporelle du Christ ressuscité, se voulait aussi un manifeste de l’autorité de l’église et de ses ministres, s’affirmant pour héritiers de la parole biblique. Le style de cette œuvre, de même que les autres éléments romans visibles dans l’église d’Orglandes, apparaissent indicatifs d’une période déjà assez avancée, non antérieure aux années 1150-1160 environ.

Cet édifice roman a déterminé le plan de l’église actuelle mais il a subi d’importants remaniements à des époques postérieures. L’arc triomphal séparant la nef et le choeur, présentant un profil nettement brisé, a été conservé dans son état du XIIe siècle et présente plusieurs chapiteaux sculptés, où se remarque des godrons, des formes végétales stylisées et un couple de femmes enlacées, illustration probable du thème de la Visitation. Le chœur à chevet plat de trois travées est voûté de croisées d’ogives reposant sur des colonnes à chapiteaux végétaux du XIIIe siècle, dont la fine ciselure évoque le modèle de la cathédrale de Coutances.

Lors de sa visite d’inspection du 21 aout 1759 (Dr. Guibert, Les églises du département de la Manche, vol. I, p. 618), l’archidiacre du Cotentin remarquait : « L’extérieur de l’église nous a paru en assés (sic) bon état. L’intérieur est fort propre. La contretable est neuve, le cœur bien lambrissé et les autres autels de l’église décorés fort proprement. Il y a suffisamment de vases sacrés, de livres et d’ornements. Les fonds (sic) baptismaux sont bien fermés ».

A la Révolution, selon le curé Edouard Marguerie (1831-1882) « L’église fut dévastée par une horde de misérables envoyés de Montebourg. Les cloches furent enlevées, les statues presque toutes mutilées ou brisées, les registres et les ornements publiquement brulés ».

Après 1836, la nef, devenue trop petite pour la population du village (alors en expansion en raison de l’ouverture de carrières de pierre calcaire) est prolongée vers l’ouest de 7,50 m. Une date portée indique pour ces travaux le millésime de 1846. L’ancienne façade, avec sa grande fenêtre divisée par des meneaux bifurqués et son portail orné à la clé d’un bel ange tenant un phylactère (XVe siècle), fut alors démontée et remontée plus à l’ouest, au devant de cette nouvelle travée. Cette façade présente aussi un une statue en fonte de saint Barbe, placée sur une console au dessus du portail, qui constitue pour sa part une addition de la fin du XIXe siècle.

En 1819, Charles de Gerville remarquait « les colonnes de la nef destinées à porter une voute qui n’a point été faite ». En 1889, un plafond de bois est de fait encore mentionné sur la nef, le voutement actuel n’ayant été réalisé qu’en 1890, comme l’atteste une date portée sur l’une des clefs de voûte de la structure néo-gothique actuelle. Cette restauration de la fin du XIXe siècle est également signalée par une inscription commémorative de la consécration du 24 avril 1892, effectuée par Mgr Germain, en présence de M. Cadic, maire.

(Julien Deshayes, mai 2014)

[1] Vita Ermelandi, éd. W. LEWISON, MGH, SRM 5, Hanovre-Leipzig, 1910, p. 674-710 ; Bruno JUDIC, "Quelques réflexions sur la Vita Ermelandi", Revue du Nord, t. 86, 2004, p. 499-510.

[2] Marie FAUROUX, Recueil des actes des ducs de Normandie de 911 à 1066, MSAN, t. XXXVI, Caen, 1961, n°147, p. 328-340.

[3] M. GUERARD, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Père-de-Chartres, Paris, 1840, t. I, cap. III, p. 108-115

[4] Abbé LECANU, Histoire des évêques de Coutances depuis la fondation de l'évêché jusqu'à nos jours, Coutances, 1839, p. 533

[5] J.M. RENAULT, "Notes historiques et archéologiques sur les communes de l'arrondissement de Valognes", Annuaire du Département de la Manche, 42e année, Saint-Lô, 1870, p. 28

[6] François de BEAUREPAIRE, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, 1986, p. 172 et p. 114

[7] Julie FONTANEL, Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, Saint-Lô, Archives départementales de la Manche, 2003, n° 143.

[8] Julie FONTANEL, op. cit., n°

[9] DUBOSC, Inventaire sommaire des Archives de la Manche, H. 517-519.

Le doyenné d'Orglandes sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689) ; tympan roman de la porte sud; tour de clocher; vue intérieure depuis la nef.
Le doyenné d'Orglandes sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689) ; tympan roman de la porte sud; tour de clocher; vue intérieure depuis la nef.
Le doyenné d'Orglandes sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689) ; tympan roman de la porte sud; tour de clocher; vue intérieure depuis la nef.
Le doyenné d'Orglandes sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689) ; tympan roman de la porte sud; tour de clocher; vue intérieure depuis la nef.

Le doyenné d'Orglandes sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689) ; tympan roman de la porte sud; tour de clocher; vue intérieure depuis la nef.

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 11:40
Tamerville, église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption

Le cimetière de Tamerville aurait, selon Charles de Gerville, livré au XIXe siècle de nombreux sarcophages en « tuf » de Sainteny, indices de l’existence d’une nécropole du haut Moyen-âge établie sur le site[1]. Plus rien n’en subsiste aujourd’hui, sinon quelques fragments en remploi visibles dans les maçonneries de l’église, où l’on remarque également d'assez nombreux morceaux de briques, d’origine probablement antique.

Le patronage de la paroisse appartenait initialement aux seigneurs du lieu, titulaires du « vieux » fief de Tamerville[2]. Lors de la rédaction du pouillé du diocèse de Coutances, vers 1270, Guillaume de Tamerville percevait les deux tiers des dîmes tandis que le prêtre desservant en recevait la troisième part[3]. A la mort de Roger de Tamerville, survenue vers 1330, ces droits et revenus ecclésiastiques furent partagé entre ses quatre héritières, puis, à la suite des mariages et de donations effectuées par ces dernières, se trouvèrent divisés entre les seigneuries de Tamerville, de Chiffrevast et de la Brisette (à Montaigu), et l’abbaye du Vœu de Cherbourg[4]. Il apparaît ensuite que les d’Anneville, ayant hérité du fief de Chiffrevast et acquis la seigneurie de Tamerville, parvinrent à récupérer à leur seul profit la position de principal patron. Les monuments funéraires de Guillaume d’Anneville (1538-1587) et d’autres des membres de la famille en conservent le souvenir dans l’église. Le relief héraldique du fronton de la façade arborait, avant la Révolution de 1789, le blason du sire de Chiffrevast.

Vouée à Notre-Dame-de-L'Assomption, cette église est placée sous la protection secondaire de saint Mayeul, abbé de Cluny (c. 910-994). Le choix d’un tel patron spirituel traduit peut-être l’existence d’un lien particulier entre la paroisse de Tamerville et la grande abbaye bourguignonne (qui possédait en Cotentin le prieuré de Saint-Come-du-Mont), mais la nature de ce lien demeure indécise. L’origine du culte de saint Sulpice, auquel est consacrée la chapelle nord de l’église, reste également mystérieuse[5]. Notons simplement que le saint en question pourrait aussi bien désigner l'évêque de Bayeux du IXe siècle, martyrisé en 844 à Livry (14), plutôt que l’évêque de Bourges du VIIe siècle, qui s'est imposé finalement.

L’église de Tamerville a de longue date retenu l'attention des archéologues et des amateurs d'architecture, en raison surtout de son remarquable clocher d'époque romane[6]. Il en existe une belle illustration de John Cell Cotman, dessinée en 1818, lors de son premier séjour en Cotentin et reproduite dans ses Architectural Antiquities of Normandy[7]. L’édifice fut aussi dessiné et publié en 1889 par l'architecte Victor Ruprich-Robert, puis insérée en photographie dans l’édition de la Normandie Monumentale et Pittoresque d’Emile Travers (Le Havre, 1899)[8].

Cette tour est placée contre la première travée du chœur, du côté sud, et prend appuis en rez-de-chaussée sur le volume quadrangulaire d'une chapelle annexe vouée à saint Jean. Elle affecte à partir du second niveau un plan octogonal, qui se développe en élévation sur deux étages élancés d'égales hauteurs. L'ensemble est coiffé d’une flèche charpentée, couverte en lauses de schiste. La construction présente un parement soigné, constitué de pierre de taille calcaire de moyen appareil, et s’agrémente, à chaque niveau, d’arcatures aveugles et de baies en plein cintres ornées de motifs géométriques. Tandis que les deux grands arcs du mur sud du rez-de-chaussée présentent pour voussures de simples tores, les arcatures du premier étage sont ornées de dents de scie et les fenêtres du second, de frètes crénelées. La jonction entre chacun des huit pans coupés de la tour est adoucie par une fine colonnette d’angle, qui courre jusqu’à l’aplomb de l'un des modillons, plus saillant, soutenant la corniche. Sur la façade sud, une colonne engagée faisant fonction de contrefort sépare les deux hautes fenêtres au sol du rez-de-chaussée et étaye ensuite la face aveugle du premier étage.

Le répertoire varié des modillons de la corniche et des chapiteaux ornant chacun des arcs vient enrichir encore la plastique murale, si soigneusement élaborée, du clocher de Tamerville. Sur l’un des chapiteaux du rez-de-chaussée, où Auguste Montier croyait reconnaître un seigneur de la paroisse faisant l’aumône à un pauvre, figure plus probablement une allégorie de l’avarice, avec un personnage debout gratifiant d’une main un mendiant assis, tout en cachant de l’autre un objet (miche de pain ?) derrière son dos. Les autres chapiteaux extérieurs du clocher ne présentent aucun décor figuratif mais des corbeilles lisses à godrons, ornements géométriques et volutes végétales. Sur cette partie de l'église, les modillons offrent principalement des variations autour de masques anthropomorphes, plus ou moins grimaçant et monstrueux. On y rencontre aussi un oiseau aux ailes déployées, un trio de figurines nues, d'intéressantes têtes animales aux larges yeux en amende et aux mâchoires becquées ou dentelées, crachant ou mordant des serpents…

Couverte intérieurement d’une voute d’arêtes, la chapelle Saint-Jean "des cloches" ouvre sur la première travée sud du chœur par un arc à double voussure supporté par des colonnes engagées sur dosseret, coiffées de chapiteaux sculptés. Ce sont des corbeilles assez massives en calcaire blanc, où l'on distingue pour ornements : un masque humain à la barbe bifide coiffé d'un bonnet ; un couple de masques imberbes dont les oreilles s’étirent pour former des volutes d’angles ; des oiseaux aux ailes déployées ; une sorte de ruban horizontal noué en volutes aux deux angles.

En dépit de son apparente homogénéité, l’architecture du clocher de l’église de Tamerville soulève visiblement un certain nombre de questions archéologiques : comment expliquer en particulier l’existence d’un grand arc surbaissé obstrué ouvrant initialement dans le mur occidental de cette chapelle ? Celui-ci est coiffé d'un larmier oblique marquant la ligne de toiture d’une construction en appentis disparue venant s’y accoler. Placés en bonne connexion avec les maçonneries de la tour, cette ancienne porte et ce larmier apparaissent en revanche difficilement compatibles avec la structure de la nef romane qui existe aujourd’hui. Les traces de polychromie médiévale recouvrant intérieurement l'encadrement de cette ancienne ouverture, la structure même de cet arc surbaissé et les traces de layage oblique caractéristiques des claveaux qui le constituent indiquent bien cependant son appartenance à la construction du XIIe siècle. La seule option disponible consiste à mon sens à identifier cet arc comme le vestige d'un étroit porche occidental, qui ouvrait directement depuis le cimetière vers la chapelle sous clocher, et formait ainsi une sorte de vestibule. A l'aplomb de cette hypothèse, on peut relever qu'une ouverture de remplacement fut aménagée ultérieurement en reperçant les maçonneries abritées sous l'un des deux arcs, initialement aveugles, du mur sud (La date de cette intervention peut se situer aux environs du XVe ou XVIe siècle). L'absence de traces d'une autre porte romane ouvrant sur le chœur conforte aussi cette lecture, dans la mesure où il était d'usage, dans les églises de cette période, de dissocier de l'accès des fidèles, donnant sur la nef, un second accès séparé vers le chœur et réservé au prêtre.

La face orientale de cette chapelle sous clocher est marquée par une étroite excroissance formant une sorte de chœur très réduit à chevet plat, initialement percée d’une petite fenêtre axiale. Le raccord maladroit et manifestement assez bouleversé de cet appendice avec le mur sud du chœur s'explique ici par des modifications plus tardives, documentées par des sources écrites [9]. Ce petit retrait qui abrite un autel secondaire, ouvre intérieurement par un grand arc à décor de chevrons attestant bien son appartenance à la structure romane [10]. Les peintures résiduelles qui en recouvrent les maçonneries sont en revanche postérieures au XIIe siècle.

Hormis son beau clocher octogonal, l’église Notre-Dame de Tamerville a aussi conservé du XIIe siècle les volumes de son chœur à chevet plat, profond de deux travées, et de sa nef unique de trois travées. Malgré le percement postérieur de plusieurs fenêtres et l’adjonction d’une nouvelle façade, précédée d'une travée entière de nef, au milieu du XVIIIe siècle[11], cet édifice a conservé ses modillons d’origine ainsi que ses contreforts plats et, côté nord, les encadrements de ses fenêtres obstruées. Une élégante porte romane aux voussures ornées d’étoiles creuses ouvre dans la seconde travée de la nef du côté sud. Deux autres claveaux à étoiles creuses et un petit bloc orné d'une croix en médaillon sont maladroitement intégrés aux maçonneries adjacentes à ce portail. Ces éléments pourraient faire songer à des remplois mais apparaissent pourtant bien liés à la construction d'origine.

Le grand arc triomphal ouvrant vers le chœur est intégralement préservé. Il repose sur des colonnes engagées à chapiteaux dont l'un, côté sud, présente un cavalier sonnant du cor et poursuivant un cerf. Ce thème est assez fréquent dans la sculpture romane[12] mais l’on a voulut reconnaitre ici l’image d’un seigneur de la paroisse exerçant son droit de chasse "à cor et à cry". Les quelques résidus de polychromie encore visibles sur certains chapiteaux nous rappellent que cette architecture était initialement peinte de couleurs vives, que d’autres strates postérieures son venues recouvrir ensuite, avant d’être elles-mêmes blanchies ou décapées.

Bien qu'elle se signale par la qualité de ses parements et de son ornementation sculptée, cette église présente une structure architecturale qui demeure assez peu élaborée ; Son chœur charpenté à chevet plat apparaît nettement moins structuré qu'en nombre d'églises romanes du Cotentin, souvent dotées d'absides circulaires en cul-de-four et voutés de croisées d'ogives. L'invention constructive du maître d'œuvre s'est principalement concentrée sur ce "morceau de bravoure" que constitue le haut clocher octogonal. Avec sa silhouette claire et sa flèche (que je crois avoir été initialement couverte de tuiles rouges), il offrait de loin un signal aisément identifiable, et orientait le voyageur se dirigeant, depuis la cité ducale Valognes, vers les ports de Barfleur ou de Saint-Vaast-la-Hougue. La force visuelle d'un tel attribut se trouvait sans doute d'autant mieux soulignée que les églises du Cotentin étaient encore peu nombreuses, au XIIe siècle, à véritablement posséder une tour de clocher. L'exemple de l'église Saint-Martin d'Octeville, sur les hauteurs de Cherbourg, où se rencontre un autre exemple de tour octogonale naissant d'une base carrée, nous rappelle toutefois que l'expérience n'était pas entièrement isolée à l'intérieure de la presqu'île. D'autres clochers octogonaux ont également été bâtis au XIIe siècle à Cosqueville et aux Pieux, mais à une date légèrement postérieure.

Le décor sculpté de Tamerville possède lui aussi des éléments de comparaison assez nombreux en Cotentin, mais il ne semble pas davantage pouvoir être attribué à tel ou tel des ateliers de sculpteurs romans identifiés dans la région. Le détail des différents chapiteaux à décor de grosses volutes en amende, le volume des corbeilles tronconiques au profil écrasé et le traitement des modillons à masques humains traduisent une forme de filiation avec l'abbatiale de Lessay, mais plusieurs jalons intermédiaires nous échappent manifestement. Pour les modillons et chapiteaux à décor animalier, les meilleurs comparaisons doivent être recherchées dans l'église de Saint-Germain de Barneville et dans celle Saint-Martin d’Octeville, déjà citée, mais elles ne concernent au final que des motifs isolés. Conformément à ce qu'estimait Auguste Montier en 1899, cette architecture semble pouvoir être attribuée à une date proche de 1140, entre 1130 et 1145 environ, à une époque qui fut marquée, partout en Normandie, par une intense activité constructive en matière d'édifices religieux.

(Julien DESHAYES, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, mars 2014).

[1] Charles de GERVILLE, Voyages archéologiques dans la Manche (1818-1820), Edition annotée par le Dr. Michel GUIBERT, Saint-Lô, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, vol. I, 1999, p. 401-404.

[2] Il faut distinguer les seigneurs de Tamerville des seigneurs de Chiffrevast et corriger sur ce point les remarques de Charles de Gerville qui attribuait indûment le patronage de l’église et sa construction aux de Chiffrevast.

[3] Lépold DELISLE, « Livre noir du diocèse de Coutances (1251-1279) », Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XXIII, Paris, 1894, p.518-519. La famille de Tamerville possédait également le patronage de l’église de Fresville, que Guillaume de Tamerville abandonna en 1253 aux moines de Saint-Sauveur-le-Vicomte (cartulaire, n°133 et n°345). Son successeur, Herbert de Tamerville, fit ensuite d’autres donations de rentes sur cette paroisse (id. n°134).

[4] H. 3635, 29 janvier 1370 : « Donation faite aux religieux par demoiselle Agnès de Tamerville, fille de feu Richart de Tamerville, jadis escuier (…) d’un noniesme des dixmes des bleds de la paroisse de Tamerville, ensemble avec le tiers du droit de patronage de l’église dudit lieu ». Mentionne également « la baille et fieffe (…) faicte en l’an 1336 par quatre demoiselles, filles et héritières de Roger (sic pour Richard ?,) de Tamerville ».

[5] Les vitraux posés en 1889 dans la chapelle saint Sulpice se rapportent à l’évêque de Bourges mais cela est peut-être dû à un oubli de l’identité du saint. Sulpice est également vénéré à Sainte-Mère-Eglise, ancienne exemption du diocèse de Bayeux. Le fait qu’il existe aussi à Fresville une chapelle Saint-Sulpice, auprès d’une église dont le patronage revenait pour partie à la famille de Tamerville, constitue peut-être un indice, permettant d’expliquer ce culte par une dévotion particulière des seigneurs de la paroisse.

[6] Touchée par la foudre en 1955, celle-ci a fait l’objet d’une restauration partielle de ses parties sommitales sous la direction de l’architecte Yves-Marie Froidevaux. Le tonnerre l’avait déjà frappé en 1752.

[7] Vol. I, Londres, 1822, pl. XVII.

[8] A. MONTIER, « L’église de Tamerville », dans : La Normandie Monumentale et Pittoresque, le Havre, 1899, p. 232-233. Cf. également J.M. RENAULT, « Notes historiques et archéologiques sur les communes de l’arrondissement de Valognes, Annuaire de la Manche, 1867, p. 54-59 ; Lucien MUSSET, Normandie romane, La Pierre-qui-Vire, 1967, vol. I, p. 47 ; Marie-Hélène SINCE, « Art roman dans l’est du Cotentin », Art de Basse-Normandie, n°68, 1976, p. 26-27. Si la description de l’édifice et sa datation, vers 1140, apparaissent satisfaisant, Montier ainsi que Charles de Gerville attribuent à tort le financement de la construction aux seigneurs de Chiffrevast, qui n’en détinrent pourtant le patronage qu’à compter du XIVe siècle.

[9] Une arcade qui avait été ouverte entre la tour et le chœur pour rendre l’autel visible, fut rebouchée en l’an 1900 (cf. source de la Conservation des Antiquités et objets d’art de la Manche, d’après les archives épiscopales de Coutances). Lucien MUSSET supposait pour sa part que la souche de plan carré du clocher avait « dû subir de nombreux remaniements avant de porter les étages octogonaux qu’elle reçut sans doute vers le milieu du XIIe siècle » (Normandie romane, op. cit., p. 47). Au vu des observations précédentes je renonce à me ranger à l'analyse du brillant historien et considère plutôt que l'ensemble de cette tour, chapelle basse comprise, est issu d'une seule phase de construction, qui se situe plutôt vers 1120-1140 qu'à une date postérieure.

[10] Si elle ne se rapporte pas plutôt à la chapelle nord, vouée à saint Sulpice depuis une date inconnue, la mention qui est donnée dans le pouillé de 1332 d’une chapelle sise à l’intérieur du cimetière pourrait peut-être se rapporter à cette petite construction. Cf. Auguste LONGNON, « Pouillés de la province de Rouen », Recueil des historiens de la France, Paris, imprimerie nationale, 1893, p. 293.

[11] Selon les rapports de visites archidiaconnales, l’extension occidentale de la nef et la construction d’une nouvelle façade était déjà envisagée en 1721 et fut réalisée peu avant 1752. Par testament du 1er janvier 1746, le curé J.B. Groult fit une donation pour aider au financement de cette extension. Les nouvelles fenêtres auraient été percées entre 1730 et 1752.

[12] Représenté en particulier dans la nef de l’église Sainte-Croix de Saint-Lô.

Tamerville, église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption
Tamerville, église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption
Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 12:20
LE MANOIR DES PERQUES (50) : Un exemple de logis médiéval en Clos du Cotentin

I - Données historiques

L’histoire de la seigneurie des Perques n’a, à ma connaissance, jamais été écrite. Les données disponibles, très éparpillées, font ressortir des informations souvent complexes, sinon contradictoires.

La seigneurie appartenait au début du XIIIe siècle à Guillaume des Perques (Willermo de Perchis), seigneur du lieu. D’après le registre des fiefs de Philippe Auguste, rédigé vers 1220, suite à la conquête de la Normandie, nous savons que « la dame des Perques » (domina Des Perches) possédait alors ce manoir, valant un tiers de fief chevalier, en dépendance de la baronnie de Bricquebec. Selon toute vraisemblance, cette « dame des Perques », aura, par mariage, apporté en dot ce domaine à la famille de Méautis. A la fin du XIIIe siècle, c’est en tout cas cette dernière qui était en possession du fief. En aout 1292, Guillaume de Méautis, chevalier, abandonnait à Robert Bertran le manoir des Perques, « avec toute la droiture, la seigneurie et la justice et appartenances dudit manoir »[1], en échange du domaine du Homme (auj. L’Île-Marie, Picauville). L’ampleur du domaine du Homme, siège d’un ancien château ducal associé à un bourg et des foires, indique manifestement que ce manoir des Perques, situé à proximité immédiate du château de Bricquebec, revêtait pour la famille Bertran un intérêt considérable. Une close du contrat d’échange précisait que Guillaume de Méautis s’engageait à rétrocéder chaque année une somme de 40 sous tournois « por le surcroiz des rentes de l’échange dessus-dit ». Le manoir des Perques reste ensuite en possession de la famille Bertran jusque au milieu du XIVe siècle.

Vers 1353, en pleine guerre de Cent ans, Jeanne Bertran[2], devenue l’unique héritière des domaines familiaux suite au décès de son père et de ses deux frères, faisait passer la baronnie de Bricquebec et le manoir des Perques en possession de la famille de Guillaume (VI) Paynel, son époux. Trois fils étant nés de ce mariage, c’est l’aîné, Guillaume (VII) Paynel[3], qui, à la mort de son père (1361), hérita du domaine ainsi que de la baronnie de Hambye. Le 4 octobre 1400, ce dernier devait ainsi conjointement hommage au roi pour la baronnie de Bricquebec et la seigneurie des Perques. Après la mort de Guillaume, survenue en 1402, il apparaît que le manoir revint à son frère cadet, Bertrand Paynel, chevalier, qui détenait lui-même le domaine d’Olonde. Selon toute vraisemblance il passe ensuite à son fils, Jacques Paynel, puis, après 1450 à sa petite fille, Philippe Paisnel, qualifiée du titre de « dame d’Olonde, Sortosville et des Perques ». Ayant épousé Guy de Mareuil en 1471, celle-ci résidait aux Perques dans la seconde moitié du XVe siècle[4]. En 1492 encore, Philippe Paisnel et Guy de Mareuil son époux sont signalés en possession de ce domaine[5]. Philippe Paisnel aurait ensuite transmis la terre de Perques à sa fille, Jeanne de Mareuil, vivant dans les années 1530-1540. De son mariage avec Guy de Montpezat, cette dernière eut pour héritière Jeanne de Montpezat qui, dans les années 1550 soutint un procès contre les dames d’Estouteville, pour des affaires de coupes de bois. Ces différentes personnes, ayant contracté des alliances dans des provinces éloignées, ne résidaient probablement guère sur place. Au mieux, peut-être, y firent-elles quelques visites.

Par la suite, à une date qui se situerait vers 1555, la terre des Perques est revendue à la famille Lepigeon, originaire de Quettetot, qui connaîtra au siècle suivant une ascension sociale tout à fait remarquable[6]. En 1686, Jean Lepigeon la mettait en vente au profit du dénommé Lemarchand, mais, par droit de « retrait féodal », l’un de ses cousins parvint à s’en ressaisir et ses descendants resteront en sa possession jusqu’à la veille de la Révolution, période durant laquelle le manoir est finalement revendu à une famille de laboureurs. En l’an XII (1804), le manoir des Perques est revendu par François Perignon, notaire à Paris, au dénommé Auguste Mesnil.

II - Architecture

L’analyse architecturale de cet ensemble nécessiterait un important travail d’études archéologiques. Le potentiel médiéval y est tout à fait considérable. Le manoir des Perques constitue l’un des plus notables exemples d’édifice civil de cette période subsistant dans notre région. A signaler, sommairement :

  • Le corps de logis orienté nord-sud, avec vestiges de peintures murales du XIIIe siècle sur le mur pignon sud, correspondant à une grande salle de plain-pied sous charpente apparente lambrissée. Ce logis fut remanié dans la première moitié du XIVe siècle en vue de l’adjonction d’un étage supplémentaire qui n'a probablement jamais été achevé.
  • Un corps de logis en bas de cour, côté sud. Bâtiment sur deux niveaux avec vestiges pouvant dater des XIIIe et XVe siècles. Une photographie du début des années 1960 (communiquée par M. Jean Barros) montre une porte d'étage en arc brisé soigneusement moulurée et reposant sur des colonnettes à chapiteaux, aujourd'hui disparue. Ce bâtiment résidentiel semble identifiable à l'ancienne camera ou chambre seigneuriale. L'association d'une grande salle de plain-pied sous charpente apparente et d'une chambre seigneuriale sur cellier est conforme à la typologie des "Hall and chamber block" anglo-normands. D’après le cadastre ancien, une chapelle semblait attenante à ce corps de logis.
  • A l'est, un autre corps de bâtiment arasé, dont ne subsiste que le niveau de soubassement, constitué de caves, réparties en 14 cellules voûtées disposées de part et d’autre d’un couloir central orienté est-ouest Ce bâtiment abrite aussi un lavoir et est accolé à un ancien puits. La présence de si vastes caves est probablement à mettre en relation avec la production vinicole qui se faisait sur le domaine, sur les parcelles immédiatement attenantes à ce bâtiment.
  • Un vestige d’ancien portail charretier et autres bâtiments ruinés.
  • Une série de jardins en terrasse pouvant, selon la tradition, avoir abrité des vignes.

D’après un acte de vente de 1686, le domaine comprenait une maison manable plus deux bâtiments à usage de grange et d’écuries. L’ensemble était alors en mauvais état, les bâtiments subsistants étant couverts de paille et nécessitant réparation. Outre les bâtiments, l’ensemble se composait aussi de cent vergées de terre divisées en quinze parcelles.

La maison d’habitation actuelle située au centre de l’ancienne cour manoriale ne fut édifiée qu’au XIXe siècle. Elle est postérieure au cadastre de 1824, sur laquelle elle ne figure pas.

III - Le fief de Bricquebec

Si l’essentiel de la paroisse dépendait du manoir du lieu, une petite portion relevait directement en revanche de la baronnie de Bricquebec. C’est ce second domaine qui est déclaré dans un certain nombre d’aveux rendus par les maîtres de la baronnie. Il correspondrait à l’édifice situé auprès de l’église. C’est cette propriété qui est notamment déclarée dans un aveu rendu en 1723 par le marquis de Matignon, citant parmi d’autres biens : « Item nous appartient un domaine situé en la paroisse et sous la prévôté des Perques consistant premièrement dans le domaine non fieffé du manoir, terre et seigneurie des Perques, se consistant en trois tènements, le premier appelé tènement du manoir sur lequel les maisons et masures dudit manoir sont assises ». Le même document mentionne également « La ferme des Perques », probablement une sorte de métairie dépendante du manoir « située paroissse dudit lieu, au midi et à une lieue de Bricquebec, est composée de deux chambres à feu, un cabinet au dessus, un grenier, une grange, un appentis un pressoir, une boulangerie un cellier, plusieurs étables cours et jardins ». Celle-ci était alors affermée à Germain Pigeon. L’aveu précise aussi que la rivière de Scye passe près de cette ferme.

IV - Organisation paroissiale

Comme nombre de paroisses des environs, Les Perques relevaient principalement de l’autorité des puissants barons de Bricquebec. La paroisse constituait en particulier une « prévôté » de la baronnie, sorte d’unité territoriale administrative permettant la gestion des taxes, rentes, déclarations d’aveux et autres impositions juridiques et administratives. Les habitants, en tant que resséants de la baronnie, étaient soumis à la haute justice du lieu. Comme il se doit, les habitants des Perques étaient – comme ceux des paroisses avoisinantes – tenus au devoir de guet et garde du château de Bricquebec (cf. « Les vassaux de la baronnie sont tenus de faire la garde sur les tours du château et de venir au cri du seigneur pour lui prêter main forte en cas d’allarmes et de fair el e métier d’homme d’armes sous le commandement du capitaine du château » - aveu 1723). En compensation, ils étaient dispensés de guet et gardes sur les côtes du littoral. Ils étaient coutumiers des forêts de Bricquebec, ayant droit d’y mettre leurs bestiaux au panage et d’y prélever du bois de chauffage. En compensation, ils étaient soumis à plusieurs services (cf. dossier forêts).

V - Rivière

Les barons de Bricquebec possédaient en intégralité la rivière de Scye. Nul ne pouvait, sans leur autorisation, y établir de moulins, pêcheries ou autres établissement. Les habitants des Perques étaient tenus au curage de la rivière. Curieusement, aucun moulin n’est identifié sur cette commune.

VI - Le pont du Parc

Le pont du Parc tient manifestement son nom de la proximité immédiate de l’ancien parc seigneurial, réserve de chasse close de palis dépendant du manoir. Il se situe sur une ancienne route médiévale, qui longeant le manoir des Perques, allait de Bricquebec à Barneville, via Saint-Pierre d’Artheglise et la Haye-d’Ectot. Bien qu’aucun texte ne le précise, le franchissement de ce pont donnait manifestement à un péage imposé par les seigneurs de Barneville, similaire à celui qui était exigé au Pont Saint-Paul et au Pont de Malassis. Le pont actuel, à deux arches, est un ouvrage ancien, datable du XVIe ou du XVIIe siècle.

VII - Voirie

L’autre chemin, passant auprès de l’église des Perques et se rendant au pont Saint-Paul pour passer au Valdecie, est connue pour sa part depuis l’époque médiévale comme l’une des portions de la « Carrière Bertran », route seigneuriale placée sous la juridiction des barons de Bricquebec. Chaque année, les habitants étaient associés au vicomtage, tournée d’inspection visant à s’assurer du bon maintien et de verbaliser d’éventuels empiètements sur cette route.

Julien DESHAYES, 1998

[1] Bréart, cartulaire, n°66.

[2] Fille de Robert Bertran, connétable de France, une figure majeure de cette période. Cf. B. de la Grassière, « Le chevalier au Vert Lion »…

[3] Guillaume VII Paisnel fut une figure militaire importante durant la période de la guerre de Cent ans. Cf. notamment Charly Guilmard « Les Paisneaux.. », p. 79 sq.

[4] GUILMARD (Charly), Les Paisneaux mes ancêtres, p. 73.

[5] Info orale J. LEPETIT-VATTIER

[6] Information orale J. LEPETIT-VATTIER.

Les Perques sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Les Perques sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Manoir des Perques, relevé des peintures de l’ancienne salle seigneuriale (J. Deshayes, 1998)

Manoir des Perques, relevé des peintures de l’ancienne salle seigneuriale (J. Deshayes, 1998)

Le manoir et l’église des Perques sur le cadastre de 1824

Le manoir et l’église des Perques sur le cadastre de 1824

Vestiges de l'ancienne chambre seigneuriale sur cellier, vers 1960

Vestiges de l'ancienne chambre seigneuriale sur cellier, vers 1960

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 16:01
VISITES GUIDEES EN COTENTIN

La compétence de professionnels du patrimoine

Le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin propose un riche programme de visites guidées et d'excursions à la journée ou à la demi-journée, pour découvrir les richesses du patrimoine et les grands événements de l'histoire mais aussi les talents et savoir faire des producteurs et des artisans locaux.

Labellisé depuis plus de dix ans par le ministère de la Culture, le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin regroupe dix guides conférenciers agréés et un animateur du patrimoine actifs tout au long de l'année, réactifs pour répondre à vos désirs de découverte, de connaissance et de rencontre.

Des visites sur mesure

Ces visites, accompagnées par des guides conférenciers agrées, développent des regards et des thématiques diversifiées. Elles peuvent être choisies parmi nos suggestions ou être élaborées selon les projets de chacun : groupes, individuels, réceptionnistes, professionnels du tourisme. Dans chaque cas nous nous mettrons à votre disposition pour bien comprendre vos attentes et partager ainsi notre connaissance approfondie du territoire et nos réseaux de compétences.

Pour exemples de sorties à la journée ou à la demi-journée, voici quelques unes des thématiques de circuits proposées sur simple réservation :

- Le Cotentin des Vikings : parcours des sites emblématiques de la présence scandinave qui a forgé, plus que partout ailleurs en Normandie, l'identité culturelle de la presqu'île du Cotentin.

- La légende dorée du Clos du Cotentin : Légendes populaires, fontaines guérisseuses, pierres sacrées ou statues miraculeuse, souvent oubliées du profane, jalonnent les chemins encaissés du Clos du Cotentin.

- Trésors du Cotentin médiéval : Châteaux-forts, bourgs médiévaux, chapelles, églises, abbayes ou manoirs, le Cotentin, jadis porte de l'Angleterre, fourmille de trésors insoupçonnés.

- Châteaux et fortifications de la guerre de Cent ans en Clos du Cotentin

- Manoirs et merveilles de la Renaissance

- Noblesse Valognaise et merveilles du Grand siècle

- Au Pays des Diaboliques et de l'Ensorcelée : Promenade littéraire avec Jules Barbey d'Aurevilly

- Au pays de la pomme et du cidre

- (...)

En option, les apéros-cidre ou des goûters normands peuvent être intégrés à ces circuits, sur simple demande.

Contact :

- par téléphone au 02 33 95 01 26 (en semaine), demander Réjane.

- ou par courriel : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

Tarifs : forfaits pour groupes, jusqu'à 50 personnes maximum, pour interventions de 1h30 à 2 heures (85 euros), circuits à la journée (360 euros) ou à la demi-journée (180 euros).

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 18:56
La Cour à Rauville-la-Place

Le Manoir de la Cour se situe dans la partie septentrionale de la commune de Rauville-la-Place (50), non loin de l’actuelle route de Saint-Sauveur-le-Vicomte à Valognes, auprès du hameau Saint-Clair, de sa fontaine et de sa chapelle guérisseuse.

Siège de la principale seigneurie de Rauville, ce fief appartenait primitivement aux barons de Néhou. Au XIIIe siècle, la propriété passe de la famille des Reviers-Vernon à la famille de Clamorgan puis aux du Fou (Jeanne du Fou fut la mère de Gilles de Gouberville). Par mariage, elle entre au début du XVIIe siècle en possession de la famille du Hecquet, à qui elle appartiendra jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Le logis manorial est formé de deux ailes perpendiculaires faisant face, côté nord, a une cour agricole avec pressoirs, étables, remises, fenil, charreterie et vestiges d’un ancien porche. La façade nord du logis conserve des éléments datant de la seconde moitié du XVe siècle. Elle comporte en particulier des ouvertures à larges chanfreins et un escalier en vis assez archaïque, logé dans une tour rectangulaire, située à la jonction de deux ailes perpendiculaires. Il subsiste également, côté sud, un vestige de l’ancien portail d’entrée, doté d’un beau décor végétal et d’une inscription en caractères gothiques.

L’ensemble du logis a été largement reconstruit dans la première moitié du XVIIe siècle, sans doute par Raoul du Hecquet, propriétaire du fief à partir de 1605. Le plafond de l’ancienne grande salle du rez-de-chaussée fut alors abaissé, pour aménager au premier un étage noble de plus vaste ampleur. Dans le même temps un escalier droit rampe-sur-rampe a été intégré à l’intérieur du bâtiment et l’ensemble de la façade sud a été remaniée pour devenir la façade principale de l’édifice. L’inversion de l’orientation de la façade principale a permis à la Cour de Rauville de se détourner des communs agricoles, pour privilégier la vue sur les jardins, qui se trouvaient antérieurement sur l’arrière du logis. Cette façade sud, percée de baies surmontées de frontons triangulaires en calcaire d’Yvetot-Bocage, offre une belle ordonnance, caractéristique des édifices civils de cette période dans le Cotentin.

La chapelle, petit édifice indépendant situé près de la pièce d’eau, a été bénie en 1675.

Sur la cheminée de la nouvelle salle haute du XVIIe siècle a été peint un paysage représentant la rivière d’Ouve et les ruines du château de Néhou. La présence de cette représentation semble pouvoir se justifier par des circonstances historiques précises. La famille du Hecquet s’esten effet trouvée, dans le premier tiers du XVIIe siècle, en conflit avec une autre famille noble de Rauville pour le droit de patronage de l’église paroissiale. Parmi les arguments invoqués pour la défense de leurs intérêts, les du Hecquet insistèrent tout particulièrement sur le fait qu’ils se considéraient comme les successeurs et représentants légitimes du patron fondateur de l’église, Richard de Reviers (+ 1107), et sur les liens de dépendance vassalique qui unissaient la Cour de Rauville à l’ancienne baronnie de Néhou.

La Cour de Rauville appartient aujourd’hui à madame Tardif, à qui l’édifice doit une soigneuse restauration, ayant permis l’aménagement de plusieurs chambres d’hôtes.

(Julien Deshayes, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, 2013).

Orientations bibliographiques : Hervé du HECQUET de RAUVILLE, La Maison du Hecquet et les seigneuries de Hautteville et de Rauville, Paris, 1915 ; Remy VILLAND, « Rauville-la-Place. Notes pour servir à l’histoire d’une commune du canton de Saint-Sauveur-le-Vicomte », dans : Publications multigraphiées de la Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, fasc. 36, 1979, p.8-11.

Façade nord, détail de la tour d'escalier médiévale

Façade nord, détail de la tour d'escalier médiévale

Peinture de la cheminée de la salle haute, détail, le château de Néhou (aujourd'hui disparu)

Peinture de la cheminée de la salle haute, détail, le château de Néhou (aujourd'hui disparu)

Détail de l'ancien portail charretier, avec inscription et date portée non déchiffrées par l'auteur de ces lignes

Détail de l'ancien portail charretier, avec inscription et date portée non déchiffrées par l'auteur de ces lignes

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 15:14
Le château de Sainte-Colombe, Cotentin

I - Données historiques

Une terre, dite "tenemento Michaelis Pigois cum quadra pisceria" fit en 1229 l'objet d'une donation de Richard de Reviers au profit de l'abbaye de Montebourg. Lors du partage de la baronnie de Néhou, en 1283, l’un des lots comportait une rente à percevoir sur le moulin du seigneur de Sainte-Colombe, alors dénommé Jean de Saussey : "si aura sur le moulin messire Jehan de Sausey à sainte collombe douze cartiers de fourment".

En 1327, Jean du Saussay, seigneur de Golleville, déclarait tenir de l'abbaye de Montebourg la "terre Pigouys", située à Sainte-Colombe, dont dépendait une pêcherie. Il s'agit très manifestement du même domaine, qui semble t-il, prendra durablement ensuite le titre de "fief du Saussay", du nom de cette famille de propriétaires.

En 1416, Guillaume des Moulins obtenait un répit pour l'aveu du fief du Saussay situé à Sainte-Colombe, dont il avait hérité de son grand-père. Guillaume des Moulins n'ayant pas fait hommage au roi d'Angleterre lors de l'occupation militaire de la Normandie, le fief est remis en 1418 à Raoul Néville par Henry V (Sevestre, p.33 et p. 39). Le "fief du Sauchoy, appartenant à noble homme monsieur Raoul Neville, chevalier, seigneur d'Amondeville" est à nouveau cité dans un aveu rendu en 1440.

Le domaine revint ensuite à Guillaume des Moulins, qui était peut-être le fils et homonyme du précédent propriétaire. Dans un aveu rendu en 1456, il est signalé que "noble homme messire Guillaume des Moulins, chevalier, (...) tient le fief terre et seigneurie du Saussay, dont le chief est assis en la paroisse de Sainte-Colombe, et il y a manoir, demaines, moulin, pesquerie, coulombier, jardin, près, bois, et se reliefve par ung sixte de fief de haubert". Le dénommé Guillaume des Moulins, chevalier, seigneur de Sainte-Colombe, figure encore en 1463 dans la recherche de Montfaut. En 1473, Raoul des Moulins, son héritier, rendait aveu pour son fief du Saussey.

Par un biais qui n'est pas élucidé, la seigneurie entre ensuite en possession de la famille de la Vigne. En 1567, Jacques de la Vigne, seigneur du Saussay, passait ainsi transaction avec les habitants de Sainte-Colombe concernant l'exploitation des marais communaux. Il figure dans l'enquête de noblesse de 1576, comme "sieur du lieu (de Ste-Colombe), extrait d'ancienne et noble famille".

Un document de 1608 précise que le manoir du Saussey était encore "assis à motte" et possédait toujours un moulin et une pêcherie à anguilles. Cet aveu précise aussi que le titulaire de ce fief devait "un sergent armé au chasteau de Néhou par six jours en temps de guerre".

En 1663, les moines de Montebourg faisaient adjudication de leurs seigneuries de Golleville et de Sainte-Colombe au profit de Jacques de la Vigne, sieur du Saulcey. La famille de la Vigne renforçait ainsi son implantation sur la paroisse, mais, par une voie non identifiée (achat ?), leur domaine passe ensuite à la famille de Vamembras.

En 1698, Etienne de Vallembras (sic pour Vamembras), écuyer, seigneur de Segrie, rendait aveu pour le fief de Sainte-Colombe, "tel qu'anciennement mes prédécesseurs l'ont acquis de Messieurs les abbés et religieux de Montebourg". Le domaine consistait alors en "10 perches de terre où il y avait autrefois un manoir, colombier, moulin et autres édifices de présent en ruine". Il signalait également l'exercice d'un droit de moute sur les resséants du fief, la possession d'une garenne et d'un "droit de chasse à cors et à cry et tendre filets aux forests du roy". L'ensemble du domaine, d'une consistance de neuf acres est signalé fieffé, n'existant alors "point de domaine non fieffé". L'avouant signale enfin être "jouissant présentement du dit fief en vertu d'un contrat qui en a esté cy-devant fait à ses prédécesseurs (…) par contrat du 26 mars 1575".

La famille de Vamembras conserve la seigneurie de Sainte-Colombe jusqu'au décès d'Etienne, en 1720. Elle passe ensuite par héritage en possession de Joseph de Preaulx, cousin d'Etienne de Vamembras, qui la revendra dix ans plus tard. Les armoiries de la famille de Vamembras (d'azur au chevron de gueules accompagné de trois feuilles de chêne de Sinople) figurent à l'intérieur de l'église paroissiale.

Le 15 juin 1730, la seigneurie de Sainte-Colombe est acquise par Jeanne Foubert, veuve de Bernardin le Courtois, pour la somme de 43 000 livres. La famille Le Courtois conserve ensuite la propriété jusqu'à la fin du XIXe siècle (cf. pour cette période l'étude de Remy VILLAND, "inventaire du chartrier du château de Sainte-Colombe", Archives de la Manche).

Un acte du chartrier fait état des réparations entreprises en 1788 par l'architecte Hédouin Grandmaison sur le château (S. Javel, I, p. 132).

II - Aperçu architectural sommaire.

Le château est édifié en bordure de la rivière d’Ouve, à la lisière de la dépression marécageuse séparant les paroisses de Sainte-Colombe et de Néhou. Du château, il était jadis possible de voir la forteresse de Néhou, située à moins d'un kilomètre, remplacée depuis 1904 par une minoterie. Outre le château et la ferme en dépendance, le domaine actuel compte un vaste jardin potager fermé de murs en pierre et en terre, avec portail du XVIIIe siècle et petite orangerie. Subsiste également un petit bois jouxtant le potager au sud, et un édicule, anciennement à usage de buanderie, au nord.

a) Eléments Renaissance

Le château, ne comporte que deux niveaux d'habitation. Il se développe tout en longueur sur près de dix travées, augmentées à l'est d'un haut pavillon formé de trois étages portant sur un niveau de cave. L'observation du bâtiment permet de distinguer deux phases principales de constructions, venues modifier les dispositions d'un édifice médiéval antérieur. La première de ces deux phases d'aménagement se distingue uniquement en façade nord, où subsiste un alignement de très élégantes fenêtres Renaissance, éclairant l'étage résidentiel. Certains de ces percements paraissent avoir été partiellement refaits ou modifiés, mais le détail de leur ornementation, avec encadrement à fasces, consoles végétales et fronton triangulaires, tables échancrées, dénote une réalisation originale de très belle qualité. Des comparaisons de détail peuvent notamment être établies avec le château de Tourlaville ou le manoir de Graffard. La porte principale, desservie par un escalier extérieur en fer à cheval, est encadrée de pilastres à chapiteaux ioniques supportant un linteau orné de motifs géométriques et un fronton triangulaire. Cette architecture Renaissance exploite un principe d'élévation "en galerie", avec rez-de-chaussée à usage de service, et étage noble formé d'une série de pièces en enfilade. L'escalier droit intérieur, reporté en position latérale, et la cheminée de la cuisine, située en rez-de-chaussée, appartiennent à la même période de construction, qu’il convient manifestement d’attribuer à Jacques de la Vigne, signalé en tant que propriétaire du fief en 1567 et 1576.

b) Reprises du XVIIIe siècle

Les modifications du XVIIIe siècle ont principalement concerné la façade sud, orientée vers les marais. Les baies datant de cette période présentent un simple encadrement rectangulaire. Les ouvertures éclairant le rez-de-chaussée sont de petites fenêtres à linteau en arc surbaissé. L'ensemble de la distribution intérieure a été modifié, par insertion d'un couloir de circulation longitudinal. Cet aménagement nouveau a également occasionné l'insertion de structures de soutènement et de murs de partition au rez-de-chaussée. La plupart des cheminées des pièces d'habitations a été refaite à la même période. L'escalier en fer à cheval de la façade nord constitue probablement une adjonction contemporaine, et possède son symétrique sur la façade postérieure.

Les sources écrites permettent de déterminer que cette reprise est postérieure à la ruine du château, signalée dans l'aveu rendu par Etienne de Vamembras en 1698. L'indication de travaux engagés en 1788 sous la direction de l'architecte Hédouin Grandmaison fourni une indication potentielle - mais qui reste à être exploitée plus attentivement - concernant cette même phase d'aménagements.

c) Le pavillon latéral

Les modifications entreprises au XVIIIe siècle ont également affecté l'élévation de la structure en pavillon prolongeant l'édifice à l'est. Si l'ensemble des percements et la distribution de ce pavillon sont aujourd'hui le fruit de cette phase de travaux, il est manifeste cependant qu'existait déjà auparavant un bâtiment occupant le même emplacement et présentant une hauteur et un plan pratiquement identiques. Il en subsiste principalement la cave voûtée, éclairée par deux petits éguets largement chanfreinés, mais aussi l'un des conduite de cheminée, légèrement saillant, et la trace d'un bandeau horizontal délimitant les deux niveaux supérieurs. La liaison entre cette "tour" et le corps de logis principal est attestée par la subsistance d'anciens larmiers de toiture engagés dans les maçonneries. La porte du rez-de-chaussée, établie en communication avec les parties basses de l'aile principale est également en place. Sous réserve d'une analyse plus approfondie, ces divers éléments semblent attribuables à une date relativement haute, pouvant remonter à la première moitié du XVe siècle.

III - Conclusion provisoire

Le château de Sainte-Colombe a surtout retenu mon attention en raison de la qualité de son élévation d'époque Renaissance, qu'il convient d'intégrer au nombre des plus remarquables réalisations "italianisantes" de la presqu'île du Cotentin. L'adoption d'une élévation essentiellement horizontale, avec étage noble formé d'une succession de pièces en enfilade reposant sur un rez-de-chaussée à usage de service, est également indicatrice de la modernité de cet édifice dans le contexte de son époque. Datable du dernier quart du XVIe siècle, il constitue un jalon important, et à ma connaissance trop méconnu, pour l'étude de notre architecture régionale à l'époque de la Renaissance. L'approche historique concernant la personnalité de son commanditaire présumé, Jacques de la Vigne, mériterait à ce titre d'être développée.

L'archéologie - malheureusement bien délicate - du pavillon latéral me semble également digne de retenir l'attention. Il se pourrait en effet que le bâti "turriforme" ayant servi de base à l'aménagement du grand pavillon XVIIIe constitue le vestige d'une maison forte d'époque médiévale. Seule une analyse approfondie permettrait de mieux évaluer cette hypothèse.

Les aménagements apportées au château de Sainte-Colombe au XVIIIe siècle ont enfin l'intérêt d'être bien représentatifs des tendances architecturales de cette période : l'ouverture de la façade sud, en direction des jardins et des marais, traduit notamment le souci de jouir plus complètement de la beauté de l'environnement paysager. L'aménagement d'un couloir de distribution, venu doubler l'édifice en profondeur, constitue une adaptation aux nouvelles exigences de confort et de distinction des fonctions résidentielles.

Ces différents critères, associés à la qualité remarquable du site, contribuent indéniablement à la qualité de ce remarquable édifice. Le soin apporté par la famille Mauger à sa restauration puis à son entretien, aura permis d'en assurer la sauvegarde et doit, à ce titre, être amplement salué.

Julien Deshayes, 2004

(Une partie de cette étude précédemment inédite, a été reproduite - sans citation de source ni autorisation - par M. Jacques Lechevallier dans un ouvrage paru en 2010, consacré au canton de Saint-Sauveur-le-Vicomte)

Façade sud, d'après une carte postale ancienne.

Façade sud, d'après une carte postale ancienne.

Façade nord, détail de porte Renaissance

Façade nord, détail de porte Renaissance

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 16:56

En accord avec les propriétaires concernés et en partenariat avec la ville, le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin a entrepris, en 2012, l'installation d'une signalétique patrimoniale destinée à rendre plus accessible aux promeneurs le riche patrimoine des hôtels particuliers et autres monuments valognais.

P1000022

Plutôt qu'une signalétique historique et descriptive, notre choix s'est porté sur la réalisation de plaques de petites dimensions (18 x 24,5 cm), indiquant simplement leur nom et leur période de construction. L'idée est ainsi d'attirer l'attention sur ce riche patrimoine et de susciter la curiosité, sans intervenir trop visiblement dans un environnement urbain déjà saturé de signes et d'images. Le choix de plaques simples, relativement discrètes tout en restant immédiatement visibles, préserve ainsi notre patrimoine architectural de ce qui pourrait apparaître, sinon, comme une intrusion trop brutale.

Composition1-copie-1.jpg

Les dix premières plaques ont été aposées en janvier 2013 (hôtels de Carmesnil, d'Anneville-du-Vast, Dorléans, du Poerier de Portbail...), et une nouvelle commande est lancée pour une quinzaine de nouvelles plaques, actuellement en cours de réalisation.

Leur installation, effectuée grace à l'aide des services techniques de la ville, se fait en concertation avec les propriétaires concernés et avec l'aval de l'architecte départemental des batiments de France.

La conception et la réalisation des plaques a été confiée à une artisan potier établi à la Glacerie (Hameau ès Bruns), connue sous son nom d'artiste  XASO. Après une phase d'expérimentation, celle-ci est parvenue a développer une technique de lettrage et de cuisson adaptée à cette commande bien particulière.

Financée intégralement par le Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, cette démarche de valorisation du patrimoine valognais est soutenue par le Ministère de la Culture et le Conseil régional de Basse-Normandie.

RETOUR

 

 


Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article
26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:45

La maison située au n°64 de la rue de Poterie appartenait en 1778 à M. Pierre-Jean-François Bellot, sieur de Champeaux, ancien capitaine au régiment de Beauvais, qui avait épousé la même année Anne-Françoise Michel. Elle fut ensuite transmise à leur nièce, qui y résida jusqu’à sa mort, survenue le 4 mars 1827. Son héritier, Louis Constantin de Gouberville (1773-1848) récupère ensuite la propriété mais ne semble pas  avoir y résidé. A sa mort, la maison revient à sa fille, Caroline-Louis-Pauline de Gouberville, qui épousa François Gaspard Alfred de Libran (1805-1879), sous-préfet de Valognes. Le 20 juin 1857, ce dernier vend son bien à Delphine-Florence Le Trésor-de-la-Roque, qui le transmit ensuite à Charles-Claude le Trésor (informations communiquées par Mme Lemière).

Lerouge-1767.jpg

Détail du plan Lerouge, 1767

L’édifice figure sur le plan Lerouge de 1767 et semble - selon des critères stylistiques - attribuable à la première moitié du XVIIIe siècle. La façade sur rue, joliment maçonnée en pierre de taille calcaire, est composée de deux niveaux d’habitation et d’un étage de comble. Elle se développe sur une longueur de cinq travées régulières, avec porte d’entrée en position centrale. On retrouve ici la distinction habituelle à Valognes entre les fenêtres de rez-de-chaussée, coiffées d’arcs surbaissés, et les baies de l’étage à linteau droit. Deux fenêtres à fronton éclairent les combles. Malgré la qualité de sa mise en œuvre, cette façade sur rue était initialement destinée à recevoir un enduit couvrant.

Ill-01.jpg

Façade sur rue

Le plan de l’édifice est assez singulier car il se compose en profondeur de deux corps parallèles, placés l’un au devant l’autre et séparés de quelques mètres par l’espace d’une petite cour intérieure. Ces deux corps disjoints sont toutefois reliés par un couloir trasnversal et une cage d’escalier, placée en retrait face à la petite cour intérieure, servant à desservir les deux parties de la maison. Un jardin long et étroit (parcelle en lanière) se développe sur l’arrière.

P1010019.JPG

Détail de l'une des cheminées en calcaire d'Yvetot-Bocage

Cette demeure a conservé intérieurement plusieurs cheminées du XVIIIe siècle, des éléments de boiserie et l’une de ses alcôves. Une partie des combles aménagés a également conservé ses cloisonnements en structures légères (bois, enduits, argile). Sans s’inscrire dans la typologie des hôtels particuliers, il s’agit d’un exemple intéressant et bien préservé de maison valognaise de cette période. 

J. Deshayes, mars 2013

Repost 0
closducotentin.over-blog.fr
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de closducotentin.over-blog.fr
  • Le blog de closducotentin.over-blog.fr
  • : Ce site présente les actualités proposées par l'équipe du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Il contient également des dossiers documentaires consacrés au patrimoine et à l'histoire de Valognes, Bricquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte.
  • Contact