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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 11:11

rue Carnot (édifice disparu)

Jean Lefèvre, seigneur du fief de Haupitois à Lieusaint, était en possession de cet hôtel aux environs de 1600. Il fut l'époux de Marguerite de Ravalet, décapitée à Paris, pour inceste avec son frère Julien, le 2 décembre 1603. Hervé Lefèvre hérite en 1641 de la propriété de son père et y décède en 1692. L'édifice reste dans la famille Lefèvre jusqu'en 1749, date du mariage de Marie-Anne Lefèvre avec Hervé-Charles de Thieuville. Il passe en 1786 à la marquise de Thiboutot, née de Thieuville. L'hôtel est racheté par la ville en 1829 et abrite la sous préfecture jusqu'en 1836. Il accueillera ensuite la perception de Valognes et le Cercle Catholique. En 1902, il est vendu au banquier Georges Lepetit, qui loue une partie de l'édifice à l'imprimerie du "Journal de Valognes", édité jusqu'en 1944.

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Façade sur rue d'après une photographie du début du XXe siècle

L'ensemble a été entièrement détruit lors des bombardements alliés de juin 1944. Seule une grille de garde corps d'un balcon donnant sur la rue a été préservé Cet élément figure aujourd'hui parmi les collections du Musée de l'eau de vie et des vieux métiers de la ville de Valognes.

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L'hôtel après destruction, en juin 1944

L'hôtel visible sur les anciennes photographies présentait principalement des élévations datant du XVIIIe siècle. L'ordonnance des fenêtres coiffées d'arcs cintrés de l'étage noble et le grand portail d'entrée ouvrant sur les jardins indiquaient cette période. Côté rue, plusieurs vestiges de l'édifice antérieur subsistaient toutefois : porte fenêtre coiffée d’un fronton triangulaire dans le style de la "seconde Renaissance Cotentinaise" et haut mur médiéval en pierre de taille dans lequel avait intégré le portail lui-même. La date portée de 1599, relevée jadis sur sur la porte cochère, se rapportait probablement à cette phase ancienne de la construction. Une série de mémoires d'artisans, relative à des travaux de second œuvre, atteste probablement l'achèvement de la rénovation de l'édifice aux alentours de 1785. Vers 1791, l'inventaire après décès du marquis de Thieuville donne une idée de l'importance de cette propriété. Il énumère conjointement la chambre de Marie, la chambre de monsieur le Comte d’Octeville, la chambre des demoiselles, la chambre de madame la marquise de Thiboutot, la chambre de monsieur le marquis, la chambre de madame la comtesse d’Octeville et les chambres des gens. Il cite également plusieurs cabinets, deux gardes robes et l'antichambre de Madame. Ce document distingue également l'écurie du maître et celle des étrangers.

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Façade sur rue, dessin de l'entre-deux guerres

D'après le témoignage de Mademoiselle Le Bouteiller "lorsque l'on franchissait le porche, on pénétrait dans une vaste cour prolongée par un jardin en terrasse auquel on accédait par un perron d'une dizaine de marches. Cour et jardin étaient bordés sur la gauche d'un bâtiment en équerre. La porte d'honneur surmontée d'un arc en anse de panier reposant sur des chapiteaux corinthiens s'ouvrait au rez-de-chaussée sur un vestibule d'où s'élevait un bel escalier en pierres de Valognes orné d'une rampe en fer forgé. Le rez-de-chaussée était réservé aux domestiques. L'étage noble, aux vastes pièces habillées de superbes parquets Versailles était éclairé par de hautes fenêtres à petits carreaux".

Julien Deshayes et Stéphanie Javel

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 10:55

75, rue de Poterie

L'édifice situé au 75 de la rue de Poterie fit en 1578 l'objet d'un achat, effectué par François Marmyon de la Voutte, bourgeois marchand de Valognes, au dénommé Jean Guiffard, qui le tenait lui même d'une acquisition antérieure, faite en 1565 auprès de Michèle Vautier. En 1582, ce premier lot fut augmenté par François Marmyon d'une petite maison à usage de grange contigüe à la sienne. Un siècle plus tard, en 1678, l'ensemble est revendu par les héritiers de François Marmyon à Adrien Clerel de Sortosville, qui le cède en 1685 à Hervé Leroux, sieur de Giberprey (issue d’une famille originaire de la paroisse de Tocqueville anoblie en 1466). En 1746, Suzanne et Françoise Leroux, les deux filles et héritières du sieur de Giberprey, vendent à Nicolas Levaillant de Basmesnil, avocat au parlement de Normandie, "deux maisons ou grand corps de logis se tenant ensemble couvert d’ardoise l’un à porte cochère se consistant en un office, cuisine, laverie, salon, cellier, appentis et écuries, les chambres et greniers dessus étant, l’autre maison à usage de salle, chambre, et greniers dessus, un petit aistre en forme d’appentis au côtes pendantes derrières icelle, les cours et issues au derrière et un jardin potager au bout des cours fermé de muraille ". Cette demeure est restée ensuite en possession des héritiers de M. Levaillant jusqu'en 1857, date de sa vente à M. et Mme Duquesne. Revendue en 1880 à M. Guillemin, puis en 1907 à M. et Mme Boudillet, elle appartient depuis 1973 à la famille Beaugrand.

 Nous ignorons le lien unissant cette propriété à Monsieur d'Heu, officier portant entre 1750 et 1779 le titre de Commissaire des guerres, qui lui a usuellement laissé son nom. Dans L'état général des gentilshommes de Valognes dressé en  1778, ce dernier est mentionné comme étant veuf avec un enfant à charge et cinq domestiques à son service. En 1780,  Monsieur d'Heu est encore signalé dans la capitation des nobles au nombre des habitants de la rue de Poterie, mais il semble qu'il fut seulement locataire de l'édifice, et non son propriétaire. Nous ne maintenons ici l'appelation d'hôtel d'Heu qu'en raison de la tradition orale dont nous avons hérité, mais il est évident que la référence à M. de Giberprey, son commanditaire présumé au XVIIIe siècle, serait plus légitime.

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Façade sur rue

La façade sur rue de l'hôtel est entièrement traitée en pierre de taille calcaire. Elle se compose de huit travées, superposant un rez-de-chaussée percé de baies à linteau cintré et un premier étage de fenêtres à linteau droit, séparés par un bandeau horizontal. L'étage de combles est éclairé par trois lucarnes à fronton. Le porche du passage cocher menant vers la cour est reportée à l'extrémité gauche de la façade. Selon des critères stylistique, il semble que cette façade puisse être datée soit de l'extrême fin du XVIIe siècle, soit des toutes premières années du siècle suivant. L'attribution de la commande reviendrait donc au sieur de Giberprey, qui avait acheté l'édifice en 1685.

L'élévation postérieure de l'édifice a préservé l'essentiel de ses dispositions des XVIe et XVIIe siècles. Elle se signale en particulier par une imposante tour d'escalier circulaire et par plusieurs fenêtres à meneaux ou à simple croisillon. Le maintien des dispositions d'époque Renaissance détermine également la distribution des espaces intérieurs, avec grande salle de plain-pied et accès à l'étage par un escalier en vis logé dans la tour hors-oeuvre. Une cheminée avec écusson héraldique martelé, a également été préservée dans la salle du rez-de-chaussée. Le sommet de la tour d'escalier abrite une fuie à pigeons, ouvrant par une petite fenêtre à encadrement saillant et pierre d'envol.

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Façade sur cour

Le petit bâtiment de commun bordant actuellement la cour du côté droit ne figure pas sur les plans anciens, qui montrent en revanche, à son emplacement, un escalier extérieur tournant à deux volées et un repos. Cet escalier a depuis été déplacé au centre du mur de soutènement du jardin en terrasse, qui se situe en nette surélévation par rapport à la cour et occupe tout l'arrière de la propriété. L'aile gauche, abritant une charreterie composée de deux grandes arcades en plein-cintre, apparaît en revanche sur les plans du XVIIIe siècle. L'hôtel d'Heu possède également un logement en dépendance, installé dans une petite maison du XVIIe siècle, avec fenêtres à meneaux (partiellement restaurées), donnant sur la rue de Poterie.

 

Julien Deshayes et Stéphanie Javel,

avec de notables apports historiques résultant des recherches de Mme Beaugrand.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 10:22

Place du Calvaire (édifice disparu)

Les premiers propriétaires connus, qui furent probablement les constructeurs de l'hôtel, sont les membres de la famille Saint-Simon, attestée à Valognes depuis la fin du XVIIe siècle. En 1713, Jacques-Antoine Malo de Saint-Simon (1687-1735), chevalier, seigneur de Saint-Simon, de la Fière et de Bretteville-sur-Ay, avait en effet acheté un terrain de 12 à 15 toises pour l'agrandissement de sa maison et dépendances, place des vieilles halles. Né à Valognes le 15 novembre 1687 de l'union de Bon-Antoine de Saint-Simon, chevalier, seigneur de Saint-Simon et de Marie-Suzanne Lefèvre de Sortosville (morte en couche après sa naissance), Jacques-Antoine Malo épousa en 1703 Marie-Anne le Berseur, fille du marquis de Fontenay. En raison d'une relation de consanguinité au 4e degré, ce mariage fut annulé et dut être renouvellé, avec dispense du pape, le 20 novembre 1705.

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Plan de la place des Capucins vers 1770 avec indication de l'hôtel d'Harcourt

 

En 1735, à la mort de Jacques-Antoine Malo de Saint-Simon, l'hôtel valognais est transmis à sa  fille et unique héritière, Marie-Henriette de Saint-Simon, née à Valognes le 19 juin 1709, mariée cette même année 1735 avec François-Charles Dancel, seigneur de Quinéville. Dix année plus tard, le 11 mai 1745, elle revendait la propriété au prix de 19 210 livres à Jacques d'Harcourt, seigneur et marquis d'Olonde. L'édifice se consistait alors "en cuisine, offices, laverie, caves, cavots, salles, grand cabinet et autres aistres, un escalier, grande cour, écurie, remises, petite cour y joignant, jardins potager et bosquet au bas de l’un desdits jardins situé place des vieilles halles, jouxte et butte à la place des vieilles halles, au sieur Dursus seigneur de Varouville, la veuve Dubois du Saussey, aux Capucins, pont Secouret, au sieur d’Arqueville Simon, et à la voye tendant des vieilles halles à ladite rivière du pont Secouret".

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L'hôtel D'Harcourt sur le plan Lerouge de 1767

A la mort du marquis d'Harcourt, décédé à Valognes le 11 mars 1767, la propriété demeura en possession de sa veuve, Mme Elisabeth Charlotte de Maillart, qu'il avait épousé en 1740. Bien que fort agée, cette dernière traversa douloureusement les évènements de la période révolutionnaire ; arrêtée en 1794 elle fut décrite par le comité de surveillance comme "une femme fière et hautaine, une aristocrate enragée, ayant toujours chez elle des rassemblements de nobles et correspondant sans cesse avec les émigrés". Selon l'abbé Adam (Etude sur la ville de Valognes, p. 162), "on avait d'ailleurs découvert à son domicile une paire de pistolets anglais à secret et une croix de Saint-Louis, double preuve de son incivisme et de son esprit contre-révolutionnaire". Au début du XXe siècle, l'hôtel devient l'école libre des garçons, dite école Saint-Malo, détruite en 1944.

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L'hôtel d'Harcourt, devenu école Saint-Malo, sur une carte postale du début du XXe siècle

Un grand portail permettait l'accès à la cour, bordée à gauche par le corps de logis, ayant un simple plan quadrangulaire. La façade principale, enduite, était composée de sept travées et de deux niveaux d'élévation séparés par un bandeau horizontal. Les baies du rez-de-chaussée coiffées d'un linteau cintré avec une clef non sculptée, se distinguaient de celles du premier étage, couvertes d'un simple linteau droit. La toiture à croupes, ne possédait pas de lucarnes. Au vu des sources écrites disponibles, il semble que cette construction puisse être datée des années 1720-1730 environ, et attribuée en conséquence à M. Jacques-Antoine Malo de Saint-Simon.

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Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:55

32, Rue des Religieuses

L'hôtel Grandval-Caligny est établi sur un terrain constitué entre 1671 et 1691, par acquisition progressive de plusieurs parcelles partiellement loties. L'acquéreur, Pierre Fourneyron, originaire d'Auvergne, était receveur des tailles de l'élection de Valognes. En 1708, Michel-Vincent Fourneyron, son fils, revend une propriété constituée de "trois corps de logis, sis rue Aubert, entretenant ensemble" à Adrien Morel, seigneur de Courcy, gouverneur de Valognes. La construction du corps principal entre cour et jardin, et de l'aile sur rue, abritant un logement en dépendance, apparaît postérieure à cette vente.

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Façade sur les jardins

Anthénor-Louis Hue de Caligny, gendre du seigneur de Courcy, hérite de la propriété en 1752. Il habitait déjà l'hôtel au lendemain de son mariage, en 1745, et achète en 1749 diverses maisons longeant la rue des religieuses, au sud du logis. L'extension du corps de logis entre cour et jardin, par l'adjonction d'un pavillon, lui revient. La construction des écuries et remises surmontées d'une terrasse à balustres, qui forment l'aile basse reliant le corps sur rue et le corps principal entre cour et jardin, est probablement contemporaine de cette adjonction. En 1871, Stanislas de Grandval vend l'hôtel à Jacques le Souhaity, brasseur de bière, qui y installe une brasserie. En 1877, ce dernier revend la propriété à Pierre Maréchal propriétaire de l'hôtel de voyageurs "du Louvre", qui s'en sépare à son tour, en 1912, au profit de maître Pierre Fauvel, avoué. De 1871 à 1887 une partie de l'hôtel est louée par l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly, qui y rédige une partie de son recueil de nouvelles "Les Diaboliques".

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Façade de l'aile sur la rue des Religieuses, carte postales ancienne, vers 1900

L'hôtel de Grandval-Caligny est constitué d'un corps de logis de plan rectangulaire entre cour et jardin, relié par deux ailes basses à un second corps sur rue. L'accès à la cour d'honneur se fait depuis la rue par un passage couvert traversant le logement en dépendance. L'élévation sur cour du corps principal se divise en neuf travées ordonnancées, établies sur trois niveaux, avec au centre un large avant-corps de trois travées couronné par un fronton triangulaire. La même ordonnance règne sur les deux niveaux de la façade sur jardin. Le rez-de-chaussée sur cour correspond à un étage de soubassement, permettant de rattraper le dénivelé provoqué par le surplomb du jardin. Le rez-de-chaussée surélevé, de plain-pied avec le jardin, supporte un étage carré et un niveau de comble habitable, éclairé par des lucarnes.

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Galerie de liaison établie entre les deux ailes et séparant la cour d'honneur de l'arrière-cour

Côté sud, le corps de logis entre cour et jardin est accolé à un pavillon rectangulaire de trois travées, qui lui a été adjoint au milieu du XVIIIe siècle. Ce pavillon fait face à une basse-cour, reportée en position latérale, séparée de la cour d'honneur par l'une des ailes basses. Très sobre côté cour, ce pavillon présente en revanche, face au jardin, une belle élévation en pierre de taille, avec baies de rez-de-chaussée en plein cintre à clefs sculptées. Les deux ailes basses latérales abritent en rez-de-chaussée des communs, à usage d'écuries et de remises. Elles supportent des terrasses à balustres, doublées sur l'arrière de hauts murs aveugles décorés de fausses baies. Il s'agit d'une mise en scène très théâtrale, qui contraste avec la sobriété du corps de logis principal. Le corps sur rue se signale essentiellement par son avant corps central, de la largeur d'une travée, à épais refends en bossage. La porte cochère ouvrant au centre de cet avant-corps est dominée par un balcon à garde-corps en ferronnerie placé face à une haute porte fenêtre. En partie supérieure, un petit étage attique sous fronton triangulaire fait saillie à hauteur de la toiture d'ardoise.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:49

15, rue de Wéléat

Cet hôtel fut édifié par Jean-Jacques Folliot, seigneur de Fierville, sur une parcelle de l'ancien domaine du Gisors, dit "enclos de Sainte-Suzanne" qu'il avait achetée le 14 juin 1693. La construction, commencée en 1720 est terminée dès 1722. Vendu en 1840 par Robert Lefèvre de la Grimonnière à Ernestine Malbec de Briges, la propriété se composait alors d' « une maison de maître comprenant cuisine, salles, chambres, greniers sous le comble, couverture en ardoise; la cour et les bâtiments en dépendant; le jardin potager sis au derrière de la dite maison ».

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Portail charretier ouvrant sur le parc

L'hôtel Folliot de Fierville est constitué d'un corps de logis de plan massé, entouré d'un parc et précédé d'une cour. L'habitation possède un rez-de-chaussée surélevé établi sur un étage de soubassement, un étage carré et un étage de comble. L'ensemble de la façade est traité en pierre de taille calcaire. Les angles de l'édifice sont soulignés par des chaînes d'angles en bossage. Les cinq travées de la façade sur cour s'ordonnent autour d'un faux avant-corps central large d'une travée, délimité par des jambes en bossage et couronné par un fronton triangulaire avec pierre armoriale. La porte d'entrée accessible par un important perron de six marches, possède un linteau cintré tandis que les autres baies sont à linteau droit. La façade sur jardin, comprend un total de sept travées organisées autour d'un avant-corps central à fronton triangulaire. Cette construction, l'un des rares édifices valognais à présenter un corps massé double en profondeur, évoque les modèles diffusés par les recueils d'architecture de Pierre Bullet et François Blondel. Dans la région, il possède des équivalents aux châteaux de Tourville, de la Bretonnière ou de Carneville.

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Façade antérieure

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:28

23, rue de Poterie (édifice détruit)

L’histoire de cet hôtel disparu lors des bombardements de la libération demeure largement méconnue. Il appartenait dans le dernier quart du XVIIIe siècle, au dénommé Jacques-Charles Nicolas Le Bienvenu Dutour, inscrit au n°23 de la rue de Poterie lors du recensement de 1786. Ce dernier figure également parmi les habitants de cette rue sur le Rôle de la capitation des nobles, exempts et privilégiés rédigé en 1780. Né à Valognes en 1761, Dutourps était issu d’une famille établie en ville depuis au moins le début du XVIIe siècleIl possédait un office de Conseiller du roi et exerçait la charge de Lieutenant de police. Il fut en 1789 l’un des représentants du bailliage de Valognes chargé de la rédaction des cahiers de Doléance. Ayant semble t-il passé la Révolution sans trop de soucis, Nicolas Dutourp fut ensuite maire de Valognes, charge qu’il exerça de 1800 à 1807. Il est inscrit en 1802 parmi les cents citoyens les plus lourdement imposés de la ville. En 1813, il contribua par un don de 4457 francs à l’établissement des sœurs de Saint-Vincent de Paul, venues s’établir dans l’hôtel de Thieuville. Il avait épousé en 1783 Marie Elisabeth Frigoult, originaire d’Houesville, dont il eut un fils, René, qui fit une carrière militaire. Sont également cités, dans un acte daté du 29 avril 1843, ses trois enfants et héritiers : Marcel-Stanislas, conseiller du roi à Caen, Jules-Victor Amédée, demeurant à Valognes, et Marie-Françoise Alexandrine le Bienvenu du Tourp, épouse de Gabriel-Charles Louis Hamelin d’Ectot, ancien procureur demeurant à Saint-Vaast.

L'édifice était entre les deux guerres la propriété de Jean Villault-Duchesnois, qui fut nommé sous-préfet de Valognes en 1897 puis en devint sénateur en 1927. Villault-Duchesnois et mort dans son hôtel lors des bombardements de juin 1944 et repose au cimetière Saint-Malo.

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L'hôtel Dutourp d'après une carte postale ancienne

Cet hôtel, situé au bas de la rue de Poterie, présentait une façade sur rue de cinq travées, ordonnancées autour d’un étroit corps central à fronton triangulaire, balcon à l’italienne et fenêtres à clés ornées de motifs rocailles. Edifié sur trois niveaux plus un étage de comble, l’édifice présentait une élévation particulièrement soignée. Il possédait sur l’arrière une longue aile en retour, une tour hors-oeuvre de forme quadrangulaire et des jardins qui s’étendaient jusqu’aux fossés du château (détruit en 1688).

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Vue de la cour de l'hôtel Dutourp peu avant sa destruction, huile sur toile de Maurice Pigeon

Julien Deshayes

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En 1603, un dénommé Le Bienvenu rendait aveu au roi pour une propriété sise à Valognes (DUBOSC, A 3783). Nicolas Le Bienvenu est cité dans en 1719 dans un acte du notariat de Valognes.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:14

43, rue de Poterie

En 1722, Jean-François Lecocq sieur de la Bonterie reçut une somme de 630 livres « qu'il a déclaré employer pour lui aider à faire parachever un corps de logis qu'il a fait construire ». Ce corps de logis était jouxté par la famille Hamon (hôtel de Carville) et la chasse des fauconniers (actuelle rue de Loraille). Le 26 mars 1771, Georges Le Cocq de Reuville revendait l'hôtel, hérité de son père, à Marie-Charlotte Viel de Lignières. En 1778 Madame de Lignières, veuve et sans enfants, résidant dans son hôtel de la rue du Gravier, employait cinq domestiques à son service. Durant la période révolutionnaire, la demeure de Mme de Lignières fut le cadre de nombreux offices célébrés par des prêtres non assermentés.

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Hôtel Dursus, façades sur cour

L’hôtel Dursus, endommagé lors des bombardements américains de 1944, présente aujourd’hui une façade sur rue datant de la Reconstruction. Sur l’arrière subsiste une aile en retour bordant une cour fermée de hauts murs. La façade postérieure a conservé un enduit couvrant à décor de faux appareil orné d’un bandeau ponctué de rosaces, courant au dessus des linteaux des fenêtres de l’étage.

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Hôtel Dursus, détail de l'enduit couvrant de la façade postérieure

 

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 17:02

24, avenue Félix Buhot

L'hôtel de Louvières a été construit entre 1774 et 1776 en bordure de la nouvelle route royale de Cherbourg, dont le tracé résultait alors d'aménagements récents. L'acquisition du terrain, acheté au dénommé René Mitaine, bourgeois de Valognes, par Thomas-François-Michel Despierres, seigneur et patron de Louvières fit l'objet de trois contrats successifs, passés les 19 juillet 1774, 17 avril 1776 et 13 décembre 1778. L'acte de vente de 1774 indique que « Lesdits seigneurs et dame de Louvières se somment et s'obligent de faire bâtir sur ledit terrain une maison de la façon qu'ils jugeront à propos ». La construction de l'hôtel semble en effet immédiatement consécutive à ce premier achat car, lors de la vente du 17 avril 1776, il est bien précisé que le terrain acquit jouxtait le pignon d'une maison « récemment faite construire par ledit seigneur et la dame de Louvières ». Dans « L'état général des gentilshommes de Valognes » dressé en 1778, Monsieur de Louvières, habitait cette propriété, où il est recensé avec ses trois enfants et ses trois domestiques.

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façade sur rue de l'édifice actuel

Le 21 avril 1788, son fils et héritier, Philippe-Michel Despierres, vend l'hôtel à Pierre Varin, expert géomètre, pour la somme de 13 060 livres. Passée la Révolution, en 1801, les soeurs de Saint-Augustin y installent une école, mais, par manque de place, elles doivent quitter la propriété en 1806. Le 5 février 1823, l'hôtel entre en possession du général d'Empire, puis député et sénateur, Jacques-Félix Meslin (1785-1872). Félix Buhot, peintre et illustrateur connu notamment pour ses illustrations des romans de Jules Barbey d'Aurevilly, était le filleul du général Meslin. Il naît dans cette maison le 9 juillet 1847, puis, devenu orphelin, y réside sous la garde de son tuteur. L'édifice, détruit par les bombardements alliés de juin 1944, a été, après guerre, entièrement reconstruit à l'identique par l'architecte Le Bouteiller.

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Félix Buhot, détail de l'hôtel de Louvières sur une vue de la route de Cherbourg

L'hôtel de Louvières est constitué d'un corps de logis de plan massé double en profondeur. Les deux étages carrés qui en composent l'élévation prennent appuis sur un niveau de soubassement, éclairé côté jardin par une série de soupiraux. Les façades sont formées de cinq travées qui s'ordonnancent, du côté de la rue comme sur le jardin, autour d'un faux avant-corps central à fronton triangulaire. Côté rue, ce fronton triangulaire abritait initialement une pierre d'attente destinée à recevoir des armoiries qui n'ont jamais été sculptées. Les baies se signalent par leurs linteaux ondulés à clé saillante.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 12:14

34, rue de Poterie

Cette propriété fut vendue en 1697 par Guillaume Grip à Elisabeth du Chemin, veuve du seigneur de Tocqueville. Elle comprenait alors une maison avec cour et jardin, une autre petite maison et une écurie. Le 24 avril 1713, Jacques Gallien, héritier de Nicolas Gallien, vend à l'héritier d'Elisabeth du Chemin, Guillaume Clérel, sieur d'Auville, la moitié d'une maison située rue de Poterie, jouxtant au levant "la maison neuve dudit sieur acquéreur". L'hôtel avait donc été construit peu avant cette date. Le 6 nivôse an 14, Hervé Louis Bonaventure Clérel de Tocqueville revend cet hôtel à Bernard Henri Louis Hue de Caligny, propriétaire de l'hôtel de Grandval-Caligny, qui le cède le 1er mars 1811 à Eustache Mathieu Albert Molbec, sieur de Briges. Le 3 février 1820 l'hôtel de la rue de Poterie est racheté par Adrien Pelée de Varennes. Adrien-Marie Joseph Pelée de Varennes, né à Montargis le 18 septembre 1769, époux de Amélie Catherine Françoise Lesage, fut ingénieur ponts et chaussées, et devint en 1830 maire de Valognes. En 1827, ce dernier acquiert les maisons sur rue cachant la façade de l'hôtel, et fait construire l'entrée actuelle, flanquée de deux colonne et close par une grille en fer forgé.

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façade sur cour

L'hôtel de Varennes, édifié entre cour et jardin, en retrait de la rue de Poterie, présente un plan massé. La façade se compose de sept travées délimitées aux angles de l'édifice par des chaînages d'angle traités en bossage. L'élévation s'organise autour d'un avant corps central, large de trois travées, entouré de par et d'autre par deux travées. Cet avant-corps central parementé en pierre de taille, est renforcé aux angles par des pilastres et couronné par un fronton triangulaire percé d'un oculus. L'accès à la porte d'entrée se fait par un perron en fer à cheval dont le palier abrite une porte menant au sous-sol. Le traitement des ouvertures du rez-de-chaussée - la porte d'entrée coiffée en plein-cintre et les fenêtres à linteau cintré - se différencie des autres baies du premier étage, à simple linteau droit. Deux lucarnes éclairent le niveau des combles. A gauche de la façade sur cour une petite tour semi hors oeuvre renferme un escalier de service en vis. L'ensemble de l'édifice repose sur des caves voûtées destinées à abriter cuisine, laverie et cellier. L'édifice présente un plan double en profondeur, avec des pièces en enfilade au rez-de-chaussée tandis que le premier étage et les combles sont distribués grâce à un corridor central. Les combles renfermaient les chambres des domestiques.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

Apports historiques de M. Michel Muller

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:44

33, rue des Religieuses

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La propriété sise au 33 rue des Religieuses a appartenu dans le premier tiers du XVIIIe siècle à Guillaume Hervé du Mesnildot, du droit de son épouse, Louise Leconte, qu'il avait épousé en 1722. Le 26 mars 1738, elle entrait, par voie de "clameur lignagière", en possession de Guillaume Erard Joseph Le Franc. Le 12 mars 1765, le fils de ce dernier, Alexandre André Louis Joseph le Franc, vendait son bien à Suzanne de Camprond, veuve de François de Sainte-Mère-Eglise, sieur de Banville. L'édifice, désigné comme étant "une grande maison sise rue Aubert", comportait alors salle, cuisine, office, vestibule, cave, chambres et greniers, buanderie, remise et cour. Il est également précisé dans l'acte de vente que l'édifice nécessitait des réparations. Le 30 août 1781, les trois filles de feue Suzanne de Camprond, revendent l'hôtel au dénommé Michel-Charles Etienne Godefroy. A une date inconnue, ce dernier revend la propriété à Amélie de Préfosse, qui, le 14 mars 1835, la cède à son tour à François-Louis-Auguste le Marois. Racheté le 18 décembre 1844 par Joseph Macé, l'hôtel est revendu le 13 décembre 1872 à monsieur Dagoury. C'est ce dernier qui a laissé son nom à l'hôtel. L'industriel Eugène Bretel se porta acquéreur de l'édifice en 1921. Il entrera par la suite en possession de monsieur Martin (24 juin 1933) et de madame Vidal (1946).

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Indépendamment des ventes successives de la maison d'habitation, plusieurs propriétaires se sont succédés au cours du XVIIIe siècle dans la propriété des dépendances, dont Ernault de Chantore, Bauquet de Grandval et Hue de Caligny. En 1786, les communs de l’hôtel Dagoury servaient d'écuries à monsieur de Caligny. Le 13 mai 1819, son héritier, Michel Bauquet de Grandval les revend à Jean-françois Doucet, qui y implante une brasserie destinée à la fabrication de bière. Celle-ci fonctionnera jusqu'en 1840. Ces dépendances ont été détruites lors des bombardements alliés de 1944. Elles se développaient autour du jardin situé sur l’arrière de la propriété et longeaient la rivière du Merderet.

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Détail des consoles soutenant le balcon de la façade sur rue

La façade sur rue de l'hôtel Dagoury est divisée en cinq travées et deux niveaux d'élévation. La travée centrale est encadrée de chaînes en bossages formant un faux avant-corps central. Au premier étage, une porte ouvre sur un balcon décoré d'un garde-corps en fer forgé dessinant des courbes et contre-courbes, et supporté par des consoles à volutes. Cet avant-corps central supporte une lucarne attique surmontée d'un fronton triangulaire avec pierre armoriale non sculptée. Les baies du rez-de-chaussée, couvertes d'un linteau cintré, se distinguent de celles du premier étage, coiffées d'un linteau droit. Des chaînes d'angle en bossage soulignent au niveau supérieur les angles de l'édifice. Trois lucarnes, assises de part et d'autre de la lucarne attique centrale, éclairent les combles. Ce vocabulaire architectural, commun à plusieurs autres demeures nobles valognaises, permet d'en situer la construction dans les premières décennies du XVIIIe siècle. La façade sur jardin, détruite lors des bombardements alliés de juin 1944, a été entièrement reconstruite dans les années 1950.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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