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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 12:29

 

Géographie physique

Le territoire de la commune du Valdecie occupe le flanc nord d'un relief qui s'atténue progressivement depuis le sud, au lieu-dit le Haut de la Ferrière situé à 113 m d'altitude, vers cours de la rivière de Scye qui le borde au nord. Les limites de ce territoire sont assez nettement dessinées par son cadre géographique, puisque, outre la rivière Scye, il est bordé par les ruisseaux de Renon à l'ouest, et du Brécourt à l'est. Côté sud, ces frontières sont plus indécises, prenant conjointement appuis sur d'anciennes routes (ancien chemin dit de Bricquebec à Fierville et chemin dit de Barneville) et sur la ligne de crête des reliefs. La situation administrative de la commune, détachée de Barneville et rattachée depuis seulement 1950 au canton de Bricquebec, est indicative de sa situation un peu marginale, aux confins de plusieurs territoires constituant jadis d'importants domaines féodaux (seigneuries de Barneville, Bricquebec et Néhou-Saint-Sauveur).

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Le Valdecie sur la carte de Tardieu, XVIIIe siècle

 

Géographie historique : la forêt

La première occurrence référencée concernant la paroisse du Valdecie est comprise dans une charte de confirmation des possessions qu'y détenait l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, datant des environs de 1090. Il y est indiqué que le dénommé Guillaume fils d’Hastench avait fait don à l'abbaye d'un quart de la forêt de Sie (silva Segie) avec l'accord de Néel le Vicomte, seigneur de Saint-Sauveur. Dans la seconde moitié du XIe siècle, les sources écrites ne mentionnent donc pas ce territoire sous le nom du Val de la Scye, comme l'usage s'imposera ensuite, mais sous celui de Forêt de Scye. Vers 1170, d'après une charte du roi Henri II Plantagenêt, on sait que le Valdecie était désormais qualifié du titre de domaine (villa) et qu'il possédait, une église et un moulin. Ce dernier servant naturellement à moudre les céréales cultivées sur la paroisse, c'est que les terres cultivées avaient gagné du terrain et, comme partout ailleurs, la population s'était accrue. En 1689, la carte de Mariette de la Pagerie montre encore l'ensemble de cette paroisse recouvert par les vestiges du "Bosq de la Haye", qui s'étendait aussi sur la commune voisine de Saint-Pierre-d'Arthéglise. Il semble que ce bois de la Haye ait donné son nom au territoire de la Haye-d'Ectot, anciennement nommé la Haye-Barneville (Haya Barneville). Il formait un vaste massif forestier, attenant au nord avec les forêts de la baronnie de Bricquebec, et vers l'est avec celles de la baronnie de Néhou. Les lieux-dits "le Buisson" qui figure sur le cadastre ancien, ou "la Chênaie", visible sur la carte IGN, constituent les toponymes les plus évocateurs de cette ancienne situation forestière. Une portion seulement des anciens bois taillis a subsisté, au centre de la paroisse, sur les pentes situées derrière l'église et le vieux presbytère.

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La Valdecie sur la carte de Mariette de la Pagerie, 1689

 

Les landes

Au début du XIXe siècle, le cadastre ancien atteste surtout l'importance des landes, issues du défrichement et de l'exploitation excessive de ces anciennes forêts, qui dominaient toutes les hauteurs de la commune, depuis le manoir de Gouix jusqu'à la Croix Pelletier et descendait jusqu'aux abords de l'église paroissiale. L'actuelle route départementale 242, allant de l'église au manoir de Gouix, portait encore, en 1826, le nom de "voie de la lande du Valdecie". D'après un aveu rendu en 1749, et en vertu d'usages immémoriaux, les habitants du Valdecie étaient coutumiers aux landes du Bosc de la Haye, situées pour l'essentiel sur la paroisse voisine de Saint-Pierre-D'Arthéglise, et qui dépendaient en indivision des seigneuries du Breuil et de Sortosville-en-Beaumont. Ils devaient pour cela acquitter une redevance de dix œufs, une corvée de charrue et le paiement d'une taxe de deux deniers par bête. Maintenues jusqu'à la Révolution, la communauté des habitants du Valdecie sur ces landes fut supprimée suite à un procès intenté en 1822 par la commune de Saint-Pierre-D'Artheglise. Les quelques portions de terrains communaux de la lande du Bosq de la Haye demeurées sur le territoire communal du Valdecie furent vendues entre 1889 et 1899. Les archives départementales de la Manche conservent un plan des terrains mis en vente, daté du 14 mars 1889. Curieusement cependant, d'après une déclaration rendue en 1584, les habitants du Valdecie, n'auraient possédé aucune terre en commun, ni landes, ni marais, sur leur propre paroisse.

A propos de cette commune, Charles de Gerville décrivait en 1819, A poor thin soil, wretched roads, every thing poor and miserable. Exposé au nord, bien moins fertile que le côté opposé de la rivière, aux Perques, où le soleil du midi à toute sa force. Le fait est qu'aujourd'hui encore, les terres du Valdecie demeurent essentiellement vouées à la pâture, tant en raison du caractère argileux des sols et de l'abondance des écoulements d'eau, que par leur pente souvent prononcée.

 

Les voies de communication

La commune est traversée du nord au sud par la route menant de Bricquebec à Portbail, entre le pont Saint-Paul franchissant la Sye et la Croix Pelletier. Au niveau de la Croix Pelletier, cet axe routier se prolongeait jadis jusqu'à la chaussée des Pierrepont via Besneville et Neuville-en-Beaumont. Il s'agit manifestement d'une ancienne voie antique, menant initialement depuis Coutances jusqu'à la Hague. A l'époque médiévale, la portion de cette route comprise entre Bricquebec à Neuville formait l'une des branches de la "carrière Bertran", une route seigneuriale placée sous le contrôle des barons de Bricquebec. Ces derniers en faisaient chaque année effectuer la visite par leurs vassaux, pour s'assurer de son bon entretien. Dans un aveu rendu en 1456, il déclarent notamment "et peuvent mes hommes visiter lesd. Carrières (Bertran), les tauxer en amende en cas de deffault et eux présentz sont condamnez les négligens de réparer lesd. carrières et amender le meffaict sous quelque justice ou jurisdiction qu'ils soient ".

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Le pont des Perques

Cette portion de route est également mentionnée dans un aveu de la seigneurie de Barneville, sous le nom de "grand chemin du pont Saint-Paul rendant à Pierrepont" et formait l'une des limites de la "banlieue de Barneville", dont l'accès donnait lieu au paiement d'un droit de travers. Jean Barros rapporte notamment le cas de Martin le Vast, qui, le 18 décembre 1541, fut contraint de payer deux écus d'amende "pour demeurer quitte de ses droits de coutume sur 22 moutons poursuivis et arrêtés en la paroisse du Val de Sye pour n'en avoir pas payé ledit droit de coutume, en passant au pont Saint-Paul en ladite paroisse dans la banlieue de Barneville". Ce péage était supprimé une semaine par an, lors de la tenue de la foire de Saint-Paul-des-Sablons (commune aujourd'hui démembrée et intégrée à Baubigny).

 

Eglise paroissiale Notre-Dame

La première mention de l'église est contenue dans un acte de confirmation des possessions de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte octroyé en 1103 par l'évêque Richard de Coutances. Ce document indique que l'église du Valdecie, avec ses revenus et ses dîmes, venaient alors d'être donnés à l'abbaye par Roger, prêtre de Saint-Pierre-d'Arthéglise, en échange d'une rente de cinq sols par an, jusqu'à sa mort. En 1156, une autre charte épiscopale confirme conjointement à l'abbaye de Saint-Sauveur les églises de Saint-Pierre d'Artheglise (ecclesiam Sancti Petri de Archeto ecclesia) et de Sainte-Marie du Valdecie (de Valle Segia), avec toutes ses dîmes, les terres de l'aumône et ses revenus. Cette concession fut accordée le jour de la dédicace de l'église de Fierville-les Mines, en présence du prieur de la Taille et des seigneurs de Carteret et de Barneville.

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Eglise paroissiale Notre-Dame

Vers 1170, une pancarte de confirmation de l'ensemble des possessions de l'abbaye, octroyée par le roi Henri II Plantagenêt, porte de nouveau mention de l'église Sainte-Marie-du-Valdecie, avec ses revenus et le quart du domaine et du moulin (Ecclesiam Sancte Marie de Valle Segie cum pertinentiis suis et quartam partem ejusdem ville, cum quarta parte molendini). Vers le milieu du XIIIe siècle, le Livre Noir de la cathédrale de Coutances indique bien à nouveau que l'église du Valdecie (Ecclesia Sanctae Mariae de Valle) était sous le patronage de l'abbaye de Saint-Sauveur, et précise que l'intégralité des dîmes de la paroisse étaient perçues par le curé. En 1332, le Pouillé du diocèse confirme ces informations, et mentionne explicitement que le curé y possédait un manoir presbytéral avec vingt vergées de terre.

 En 1205, malgré les actes précis mentionnant sa donation antérieure au profit de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la propriété de l'église (alors qualifiée de chapelle) du Valdecie fut, conjointement à celle de l'église de Saint-Pierre-d'Arthéglise, prétendue par le prieuré de la Taille, situé à la Haye-d'Ectot. L'affaire fut jugée en cour de Rome, qui reconnut l'abbé de Saint-Sauveur comme son légitime patron ecclésiastique. Cependant, les revendications du prieuré de la Taille faisaient selon toute vraisemblance bel et bien référence à une situation de dépendance antérieure. D'après l'analyse que l'on peut proposer de ces sources écrites, il apparaît en effet que la paroisse du Valdecie fut, comme sa voisine de Saint-Pierre-d'Arthéglise, constituée à l'intérieur d'une vaste entité forestière, qui s'étendait aussi sur Fierville et la Haye-d'Ectot. Hors, on sait également que le prieuré de la Taille, avant d'entrer dans la seconde moitié du XIIe siècle en possession de l'abbaye Notre-Dame du Vœu de Cherbourg, avait été précédé par un ermitage, dit "le châtelet du frère Archer". Il y a quelque raison d'estimer que c'est par l'action de cet ermitage, et peut-être du fait de frère Archer lui-même, que se sont initialement développés les sanctuaires de ce secteur. C'est d'ailleurs plutôt de ce frère Archer que d'un scandinave du nom de Arnketill que la paroisse Sancti Petri de Archeti ecclesia semble tenir son nom. Bien que mal connu encore, le rôle exercé par ces ermitages dans l'encadrement religieux des populations rurales du Cotentin et pour le développement des sanctuaires paroissiaux implantés dans les zones forestières fut vraisemblablement tout à fait décisif.

En 1751, l'archidiacre René-Jean Debordes du Plantis, en visite au Valdecie, signalait que l'église ne nécessitait pas de réparations urgentes. Seules de petites portions de la couverture de la nef et la fermeture des fonts baptismaux étaient à réparer. En 1758, le même ecclésiastique demandait que la décoration des autels se trouvant dans la nef soit refaite. Ces travaux n'avaient pas été réalisés en 1783 puisque l'archidiacre écrivait alors "Les deux petits autels de la nef sont dans un état indécent, étant vieux et malpropres. Nous les interdisons dès à présent et nous deffendons d'y célébrer la Ste messe jusqu'à ce qu'ils aient été remis dans un état de décoration convenable". Lors de la même visite, il était également constaté un risque d'effondrement de l'arcade séparant le chœur et la nef. Il fut ordonné en conséquence la suppression du campanile que cet arc supportait, ainsi que la construction d'un nouveau clocher. Ces travaux furent bien réalisés puisque, le 25 mai 1819, Charles de Gerville signalait que l'église avait "naguères un petit campanilier central auquel on vient de substituer un clocher au Nord, entre chœur et nef". Une lettre adressé en 1821 à l'évêque de Coutances par les membres du conseil de la fabrique indique que l'église avait besoin de réparations, les lambris de l'autel tombant en morceaux et la sécurité même des paroissiens étant menacée ; avec une orthographe pour le moins hésitante, ils notaient alors : "Lons est pas ensurté dans Leglise". En 1825, une lettre de l'abbé Jean-Nicolas Hennequin rapporte que "dans la nuit du 25 au 26 décembre une tempête a exercé les plus affreux ravages sur notre église. Tout le comble du chœur a été renversé, le lambris a été brisé, la chaire et les bancs du chœur écrasés et les murs gravement endommagés et en partie détruits. L'autel et toute la partie saillante de la contretable a été froissée et même écrasée par la chute des pierres et de la boiserie".

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Portail occidental (première moitié du XIVe siècle)

L'église actuelle a été largement transformée et remaniée au fil des siècles. Le seul vestige médiéval visible dans l'édifice correspond au portail occidental, encadré de chapiteaux sculptés de motifs végétaux, pouvant dater du XIVe siècle. Le chœur et la nef paraissent avoir été rebâtis dans le courant du XVIe siècle, voir au début du siècle suivant. Sur le flanc sud du chœur, au sommet du mur extérieur, se remarque un cadran solaire en pierre calcaire, daté par inscription de 1771.

La plupart des éléments du mobilier et de la statuaire conservé dans l'église appartient à la fin du XIXe siècle. L'autel majeur enpierre calcaire, orné d’un relief représentant la Nativité entre saint Pierre et saint Paul, est daté par inscription de 1879. Les statues de saint Vincent, patron secondaire de la paroisse, de sainte Thérèse de Lisieux, de saint Joseph et saint Antoine de Padoue sont des productions en plâtre relativement récentes. La plus belle pièce de statuaire est une Vierge à l'Enfant en pierre calcaire de la fin du Moyen âge. Celle-ci est représentée debout, couronnée, portant l'enfant Jésus dans se bras. De manière originale, le petit garçon a les jambes croisées et repose sur le bras droit de sa mère. A signaler également, plusieurs épitaphes insérées dans les murs de la nef. Quatre d'entre elles appartiennent à des membres de la famille de Launoy (Jean de Launoy, décédé en 1585, Jean de Launoy, fils de Jean, décédé en 1587, Gilles de Launoy, mort en 1626, Roberge de Launoy, morte en 1603). Les de Launoy ne sont pas référencés comme nobles, mais ils occupèrent probablement des charges auprès du siège de tabellionnage (ancêtre du notariat) établi sur la paroisse. C'est à cette famille qu'appartenait un théologien et historien célèbre en son temps, qui fut docteur en Sorbonne et écrivit au XVIIe siècle plusieurs traités remarqués de ses contemporains. Figurent également l'inscription funéraire de Michel La Niepce, curé de la paroisse, décédé en 1597, et celle de Pierre Durel des Orailles de Néhou, décédé le 7 mai 1624.

 

Une personnalité originaire du Valdecie : Jean de Launoy

L'historien Jean de Launoy, né au Valdecie le 21 décembre 1603, décédé à Paris le 10 mars 1678, autrement connu sous le nom de Johanni Launoii Constantiensis, est une figure originale du XVIIe siècle. Surnommé "le dénicheur de saints", il a consacré l'essentiel de ses travaux à dénoncer le caractère non historique des vies de saints honorés par l'église catholique. Pour cette raison, le curé de saint Eustache de Paris disait de lui : "Quand je rencontre le docteur de Launoy, je le salue jusqu'à terre, et ne lui parle que le chapeau à la main et avec bien de l'humilité, tant j'ai peur qu'il ne m'ôte mon saint Eustache qui ne tient à rien !" Jean de Launoy est cité par Voltaire parmi les philosophes du siècle de Louis XIV qui contribuèrent "à dessiller les yeux du peuple sur les superstitions qu'il mêle toujours à sa religion". Les nombreux ouvrages, aujourd'hui oubliés, de J. de Launoy ont été réunis sous ce titre : J. I.aunoii opera omnia, Coloniae Allobrogum (1731).

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Vierge à l'Enfant, XVe siècle

 

Ancien presbytère

Le Presbytère du Valdecie est déjà signalé en 1332 dans le Pouillé du diocèse de Coutances. Les bâtiments forment un ensemble de trois édifices regroupés autour d'une cour et abritant respectivement le logis, le pressoir à cidre et la grange, ainsi qu'une remise formant retour. Un puits est installé à l'entrée de la cour. Le cadastre de 1826 montre qu'il existait aussi un petit édicule, peut-être une boulangerie, à l'intérieur du jardin situé sur l'arrière du logis presbytéral.

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L'église et le presbytère sur le cadastre de 1826

Tous ces bâtiments sont édifiés en plaquettes de grès local, avec des apports de pierre calcaire des environs de Valognes ou de granit de la région des Pieux, pour les encadrements de portes ou autres éléments structurants de la construction.

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Ancien presbytère, détail de maçonneries médiévales

 Le logis presbytéral comprend encore des éléments de maçonneries pouvant dater de la première moitié du XVe siècle, voire du XIVe siècle, mais il a fait l'objet d'un remaniement important vers le milieu du XVIIe siècle. A cette date, furent notamment installés une belle fenêtre à meneaux moulurés en quart de rond, ainsi qu'une grande cheminée servant à chauffer la salle. De nouvelles reprises effectuées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle on occasionné l'extension du logis vers le nord, ainsi que la reprise de la plupart des percements de la façade. C'est également durant cette période que fut probablement installé l'escalier droit intérieur situé dans l'axe de la porte d'entrée principale. Ces travaux sont documentés par deux inscriptions gravées sur des pierres insérées dans les maçonneries de la façade. La première, inscription, sur la partie gauche de la façade porte "fait aux frais de Mes Pierre Le Boisselier curé et (les) paroissiens 1760" et surmonte le dessin d'un calvaire surmontant un cœur. Elle date la reprise et l'extension de la travée sud du bâtiment. La seconde inscription, logée sur une pierre en forme d'écu insérée dans la partie droite de la façade précise : "cette côtière a été faite en 1776". 

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Ancien prebsytère, inscription commémorative de la construction avec date portée de 1760

D'après le témoignage de Monsieur Ribet, dont les parents possédaient déjà cette habitation au début du XXe siècle, la grange était encore traditionnellement désignée sous le nom de "grange à dîmes". Le pressoir attenant comprend une partie saillante servant à loger l'extrémité du "princeux", ainsi qu'un axe vertical ancré dans une poutre, qui servait de soutien aux roues du tour à piler. Cet édifice conserve l'essentiel de ses dispositions d'origine, et se signale par la qualité de la mise en œuvre des maçonneries, intégralement édifiées en assises régulières de petites plaquettes de grès brun soigneusement débitées et liées à l'argile. Les mêmes caractéristiques constructives se retrouvent sur une portion du mur pignon du logis presbytéral, en connexion avec une petite fenêtre chanfreinée en pierre calcaire, datant de l'époque médiévale.

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Pressoir de l'ancien presbytère

 

Fiefs seigneuriaux

Une charte de confirmation des biens de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, datant des environs de 1090, indique la donation d'un quart de la forêt de Sie par un dénommé Guillaume fils d’Hastench. Vassal des barons de Saint-Sauveur, ce dernier serait donc le premier seigneur attesté sur cette paroisse. C'est semble t-il le domaine seigneurial de ce dernier qui, demeuré dans la mouvance de la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, fut en 1378 confisqué pour forfaiture sur Jean Tesson, et fit en 1394 l'objet d'une évaluation par Robert Blondel, vicomte de Valognes. Celui-ci est encore déclaré parmi les fiefs dépendant de Saint-Sauveur en 1528 et il était tenu en 1534 par les hoirs Jean Morisse, puis en 1683 par Charles Pigace, sieur de Gonneville et du Valdecie. En 1576 Guillaume Yvelin rendait aveu pour son fief du Valdesye tenu de la baronnie Saint-Sauveur-le-Vicomte, quart de fief de haubert avec extension à Saint-Pierre-d’Artheglise et Saint-Jean-de-la-Rivière (A.3491). En 1712, le fief de Tilly, tenu par François Yvelin, est cité parmi les dépendances de la seigneurie de Saint-Sauveur. En 1754 le fief de Tilly était en possession de M. de Querqueville (A. 4043), puis en 1756 de la Dame de Querqueville (A. 4066). En 1776 il appartenait à nouveau à un M. de Querqueville (A 4084) puis en 1779 à Michel Godreuil, acquéreur de M. de Querqueville. J'ignore où se trouvait le siège de cette seigneurie.

 La donation effectuée par Guillaume fils d'Hastench au XIe siècle est à l'origine du fief ecclésiastique que l'abbaye de Saint-Sauveur détenait également au Valdecie. L'abbaye obtint également, dans la seconde moitié du XIIe siècle, le don d'une vergée de pré, qi lui fut donné par un dénommé Richard, neveu de Jean, du consentement de Guillaume Avenel. Le fief e l'abbaye fut vendu en 1586 par les moines au profit d'un dénommé Lequeurray. Il passera ensuite à la famille de Briroy, puis aux d'Harcourt. Le 22 octobre 1667, il était en possession de Guillaume d'Harcourt, seigneur et patron de Fierville et du Valdecie, qui fondé au droit de l'abbaye de Saint-Sauveur par engagement, le possédait encore en 1683.

 Un troisième fief seigneurial, connu d'ancienneté sous le nom de fief de Gouy, relevait pour sa part du domaine royal de Carentan. Valant ¼ de fief de haubert, ce dernier s'étendait aussi aux paroisses de Saint-Pierre-d'Arthéglise et de Saint-Jean-de-la-Rivière. Il était au XVIe siècle et au XVIIe siècle tenu par la famille Yvelin, portant pour armoirie un écu à trois roses posées 2 et 1 au chef chargé d'un lion. D'après le registre paroissial, on sait notamment que Françoys Yvelin, sieur du Valdescye, assiste le 12 juin 1612 au mariage de Louis Davy, sieur de Sortosville et de Gourbesville, en l'église du Valdecie. Jean Yvelin, son successeur, sera témoin, le 19 novembre 1629, du mariage de Antoine de Franquetot et de Catherine de Varroc, également mariés au Valdecie. En 1683, ce fief était entré en possession de Adrien du Saussey, qui était également seigneur et patron de Barneville. En 1746 il faisait partie du patrimoine de la famille Lepigeon. Son chef seigneurial correspond au manoir de Gouix, que nous n'avons pas visité. L'observation du cadastre ancien permet d'y relever la présence d'un colombier aujourd'hui disparu.

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Le manoir de Gouix sur sur le cadastre de 1826

Une enquête de noblesse effectuée en 1576 mentionne également sur la paroisse du Valdecie un dénommé Jean Coquet que les parr(oissiens) ont dit user dudit privilège sans savoir de quel droit, ainsi que Robert de Breuilly, que les paroissiens dirent également user du privilège de noblesse, mais j'ignore encore quels étaient les fiefs que ces familles possédaient. En 1666, Chamillart mentionne à nouveau comme noble sur cette paroisse Jean et Germain de Breuilly. Cette famille de Breuilly (portant pour armoiries d'azur au lion d'or armé lampassé et couronné de gueule au chef cousu de gueule plein) est connue ailleurs en Cotentin, notamment par la branche de seigneurs de Baudreville et de Saint-Nicolas-de-Pierrepont. Elle est encore présente sur la commune au XIXe siècle, et un dénommé de Breuilly figure également au nombre des hommes du Valdecie tués durant la guerre de 1914-1918

Enfin, le Valdecie comptait aussi des extensions des fiefs du Breuil, dont le chef se trouvait aux Moitiers-d'Allonne, du fief de Sortosville-en-Beaumont et du fief de la Vieille-Roquelle de Néhou.

Un dénommé Guillaume du Valdecie (Wuillelmo de Valcejo) est cité dans la seconde moitié du XIIe siècle, aux côtés de Guillaume de Morville et Guillaume de Reviers, comme témoin d'une donation concédée à l'abbaye de Saint-Sauveur par Guillaume fils de Rogon.

 

Ecarts et hameaux

La commune du Valdecie est principalement constituée de fermes et de hameaux isolés, désignés pour la plupart d'entre eux par le nom d'anciens propriétaires. L'église elle-même était encore, au début du XIXe siècle, un édifice esseulé parmi les landes. Au Hameau Launoy existait anciennement une étude notariale, qui avait remplacé un siège de tabellionage attesté depuis au moins le début du XVIIe siècle. Les épitaphes de plusieurs membres de cette famille de Launoy sont visibles dans l'église paroissiale. Une pièce de terre nommée l'Etude, ainsi que le lieu-dit Le Hameau au Clerc garderaient aussi le souvenir de l'ancien notariat du Valdecie. Comme nous l'avons indiqué, les lieux-dits le Buisson qui figure sur le cadastre ancien, ou la Chênaie, visible sur la carte IGN, sont des toponymes évocateurs de l'ancienne situation forestière de la commune. La Londerie (de Londe, terme issu de l'ancien scandinave et désignant un bois) qui a donné son nom au ruisseau des annes de la Londerie, et le chemin des Epinettes (cadastre 1826) pourraient contenir le même genre d'indication paysagère. Le lieu-dit les Aunettes, située en creux de vallée, est probablement un diminutif des aulnaies. Un moulin aurait existé au hameau Benoît, ce qui paraît un peu surprenant puisqu'aucun cours d'eau n'arrose ce point de la commune, situé à 94 mètres d'altitude : faut-il supposer qu'il s'agissait d'un moulin à vent ?

Julien Deshayes

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:44

 

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Etymologie : 

Selon François de Beaurepaire : le nom de Catteville désignerait la villa de Kati, nom de personne scandinave attesté dans le nord de l’Angleterre.

Selon Edouard le Héricher, à propos d’un hameau du même nom situé à Saint-Pair-sur-Mer, il pourrait plutôt provenir de castra/castre, du latin castrum : le domaine du château.

Selon le Comte de Bretton, il proviendrait du scandinave Kat : le chat (de fait juste comme nous arrivions à Catteville, l’autre jour, nous avons croisé un chat sur le borde de la route !)

Ce nom pourrait aussi dériver du saxon Gate/Gatte : le passage étroit¨ la porte/le port (cf. lieu-dit la Gate et la Gaterie à Selsoif/ Hiégathe à Montmartin-en-Graignes, Sandgate, Houlgate, Gatteville…). Catteville, situé sur la route menant de Valognes et Saint-Sauveur vers Saint-Sauveur-de-Pierrepont constituait en effet lieu de passage resserré…

A propos de Catteville, Alfred Canel rapportait au XIXe siècle une tradition amusante :

« LES HUANS DE CATTEVILLE : Dans la Seine-Inférieure, nous avons les huans de Sahurs, qui, vraisemblablement, sont de la même famille que les huans de Catteville.— « Cela, nous écrit M. G. Mancel, voudrait-il dire les hibous, les chouettes de Catteville. ou bien les paysans de cette commune n'auraient-ils point été soumis au droit de huage, corvée par laquelle les habitants d'un lieu étaient forcés à crier pour faire fuir de son réduit l'animal que le seigneur voulait chasser ? Nous avons encore aujourd'hui, près Balleroy, dans la forêt de Cerisy, un endroit appelé la Fosse au huant. Cette petite vallée, dans laquelle je me suis promené cent fois, est un fourré très- épais et évidemment plutôt un lieu de chasse qu'une retraite à hibou ».

nota : L'un des lecteurs de ce blog, M. GUICHARD Jérôme, nous a adressé l'observation suivante : "L'une des origines probables du nom "les huants" de Sahurs est la suite: lorsque les habitants de Sahurs voulaient traverser la Seine, ils devaient souvent appeler le passeur qui se trouvait sur l'autre rive, en le hellant. D'où leur nom, les "huants de Sahurs".

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scène de "huée", dans le traité "Des deduiz de la chasse" de Gaston Phoebus (ed. 1510)

 

Eglise Saint-Ouen

Le patronage de l’église Saint-Ouen de Catteville fut donné pour moitié à l’abbaye de Saint-Sauveur dans le courant du XIIe siècle. L’autre portion restait un droit des rois de France ou, par concession, des engagistes de la fiefferme du lieu. Il s’agissait donc d’un cas de « patronage alternatif », donnant lieu à désignation du prêtre desservant, tantôt par l’abbé, tantôt par le seigneur. Cette situation de partage fit en 1264 l’objet d’un acte du roi Louis IX, reconnaissant que, ayant lui-même nommé pour curé Pierre aux Epaules, il reviendrait la prochaine foi à l’abbé de Saint-Sauveur de nommer son successeur.

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L’édifice actuel est issu de nombreuses phases de construction successives. La nef unique de trois travées est prolongée à l’est par un chœur à chevet plat. La tour de clocher est établie au nord et, côté sud, une chapelle latérale fut également ajoutée à une date inconnue. Les nombreux fragments de calcaire coquillier, dit « tuf de sainteny », visibles dans les maçonneries proviennent manifestement d’anciens sarcophages : ils sont l’indice d’une nécropole établie sur ce site depuis le haut Moyen âge (VIe-VIIe siècles). A l'analyse, il s'avère en outre que la base de la croix de cimetière, dont le croisillon n'est pas antérieur au XVIe siècle, est formé d'un chapiteau antique, provenant de toute évidence d'une construction romaine. Il est impossible malheureusement de déterminer où se situait cet édifice, qui était sans doute assez monumental.

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Chapiteau dorique monumental remployé en socle de la croix du cimetière

En dépit des nombreuses transformations subies par l’édifice, subsistent aussi quelques vestiges d’une construction romane : modillons à masques grimaçants, traces de contreforts plats et autres pierres de taille.

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modillon roman : l'avare

Le petit relief du Christ visible dans la chapelle du clocher, datant du XIIe siècle, provient de cette église primitive. Trônant et bénissant, entouré d’un oiseau, de feuilles et d’un fruit, ce Christ roman offre, par sa facture naïve, un symbole touchant de résurrection et de fécondité. La tour de clocher, éclairée au rez-de-chaussée par de hautes baies d’époque Renaissance, ne fut édifiée que vers la fin du Moyen âge. La chapelle de la Vierge qui lui répond au nord, est plus tardive encore et l’ensemble de l’édifice fut également remanié au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

En 1650, lors d’une de ses missions dans le diocèse de Coutances, saint Jean Eudes vint prêcher à Catteville.

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relief du Christ, XIIe siècle

Presbytère

Le presbytère de Catteville se trouve immédiatement au nord de l’église, attenant à l’enclos du cimetière. Il s’agit d’une belle demeure de la fin du XVIIIe siècle, aujourd’hui allouée par la commune à la société des HLM du Cotentin.

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Déjà attesté en 1251, cet édifice était conféré au prêtre, qui percevait aussi dans la paroisse une rente annuelle de 14 boisseaux de froment, un pain, dix poules et cent œufs. En 1332, ces rentes étaient passées à quinze boisseaux de froments, douze œufs, cent poules et six sols. Précision exceptionnelle, on apprend que le curé exerçait aussi un droit seigneurial sur plusieurs « résidents ». Pour administrer son bien, il bénéficiait des services d’un sénéchal et d’un prévôt, chargé de percevoir le « fouage » sur ses vassaux (impot perçu sur les "feux" ou foyers). En 1393 la cure était en jouissance de Pierre Galopin, qui rendait aveu au roi pour la maison presbytérale et quatre pièces de terre attachées au bénéfice ; ainsi que pour un huitième de fief noble dépendant du même bénéfice.

Il serait loisible, d’après les documents conservés, de dresser un liste partielle des prêtres de Catteville, en relevant des occurrences remontant jusqu’au XIIe siècle (cf. cartulaire de l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte).

 

 

La fiefferme de Catteville

Il semble que le chef de la fiefferme de Catteville puisse correspondre à l’actuelle propriété de la Cour, située non loin de l’église, ce terme désignant habituellement d’anciennes seigneuries dominantes, auxquelles étaient en particulier attachées des prérogatives judiciaires.

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La cour de Catteville sur le cadastre de 1829

Sous l’ancien régime, la paroisse de Catteville était pour l’essentiel partagée entre la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte et une seigneurie relevant du domaine royal. Ce dernier fief avait d’abord appartenu, au XIIe siècle, à la famille de Meri (ou de Mary), mais il fut confisqué par Philippe Auguste, probablement en raison de l’exil de son propriétaire, Raoul de Meri, qui préféra faire allégeance au roi d’Angleterre suite à la conquête française de la Normandie, en 1204. Par un décret royal datant du mois de novembre 1218, ce fief fut remis au dénommé Robert le Galois, sergent d’armes du roi de France, en récompense de ses services. Désormais qualifiée de « fiefferme », comme tout autre domaine directement affermé par le roi de France, la seigneurie de Catteville fut successivement engagée par la suite à divers propriétaires. Elle était administrée par l’autorité royale sous sa vicomté de Saint-Sauveur-Lendelin.

Nous savons que la fiefferme était engagée en 1434 au profit de Bertrand Cauvin. Ayant des extensions à Saint-Sauveur-le-Vicomte et à Saint-Germain-des-Vaux, sa possession donnait alors droit au patronage de la cure de Saint-Ouen de Catteville et à un droit de pêche dans « la rivière qui vient de la chaussée de Pierrepont par les marais et communes d'entre Doville et Catteville ». En 1438 elle appartenait à Jean Taurin, écuyer, qui consentit cette année la concession de plusieurs terres relevant de ce domaine au profit de particuliers. En 1533 la fiefferme de Catteville était engagée au profit de la famille Blondel, qui possédait aussi des terres à Aureville et Neuville-en-Beaumont et exerçait des offices judiciaires auprès de la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Elle restera en possession de ce domaine jusqu’à la fin du XVIIe siècle au moins. En 1553, Thomas Blondel menait une procédure pour se faire reconnaître le droit de nommer le curé de la paroisse. En 1587 puis en 1592, Jean Blondel et son frère Jacques sont signalés comme propriétaires. En 1640, Jean Blondel figure dans le Rôle de la noblesse du grand bailliage de Cotentin. Qualifié du titre de sieur de Catteville, il est alors tenu pour « povre ». En 1688 on trouve Henry et Thomas Blondel cités comme seigneurs de la fiefferme de Catteville.

        Autres propriétés

D’après un certain nombre de sources écrites rassemblées depuis le XVe siècle, jadis conservées aux archives départementales de la Manche, il apparaît que la paroisse de Catteville était divisée en une dizaine d’aînesses, terres roturières appartenant à des paysans relativement aisés, et constituant des dépendances tantôt de la fiefferme royale ou de la baronnie de Saint-Sauveur. Le nom de ces propriétés ayant généralement changé, pour prendre celui de leurs propriétaires successifs, aucune n’apparaît plus sur le cadastre actuel, ni même sur le cadastre ancien (1829). Certaines cependant peuvent être identifiées. On peut supposer par exemple que l’aînesse Guermont, déjà citée en 1438, et qui appartenait en 1527 à un sieur des Haulles, correspond à la ferme de la Haulle, encore visible sur le cadastre de 1829. La famille Hamelin avait acquis en 1562 le « fief Botterel », qui subsiste probablement aujourd’hui sous le nom de « l’Hamelinerie »… Le « fief Henry », cité en 1523, pourrait être l’ancien nom de l’actuel village au Tellier.

L’actuel hameau du Village au Tellier, situé à environ deux cents mètres de l’église paroissiale, tient en effet son nom d’une famille Le Tellier, citée parmi les habitants de Catteville depuis au moins l’an 1549, et qui y résidait encore à la fin du XVIIe siècle. Cette ancienne aînesse constituait une dépendance de la fiefferme. Il y subsiste deux belles maisons anciennes, constructions appartenant pour l’essentiel aux XVeet XVIe siècles qui se caractérisent par leurs portes en plein cintre à claveaux de grès, leurs petites fenêtres chanfreinées et leurs souches de cheminées très massives. Sans disposer des attributs d’une demeure noble ces édifices présentent une indéniable qualité architecturale. Parmi les anciennes dépendances, se remarque également une bâtisse en bauge ou masse, maçonnée en terre crue. Au XIXe siècle, l’école communale et la mairie sont venues s’établir à l’intérieur de ce hameau.
Catteville vieille école 01

 

Au nombre des familles anciennement implantées à Catteville, se signale également la famille Corbaran. Dès 1479, Richard Corbaran y possédait un domaine, et, au cours du siècle suivant, il apparait que ses descendants, Tristan et Eustache Courbaran y détenaient aussi bien le fief au Coquière que le fief Guillaume Hamelin et le fief es huit Parchonniers. En 1779, Guillaume Courbaran obtenait du duc d’Orléans autorisation de bâtir un moulin à vent, moyennant une rente de 6 boisseaux de froment. D’après le cadastre ancien, ce moulin à vent, déjà disparu en 1829, semble s'être situé juste au dessous du Village au Prince.

 

Routes

L’un des principaux axes routiers structurant de la commune est constitué par la départementale 215, qui, venant de Hautmesnil, rejoint la D.147 à l’église de Catteville. Sur le cadastre de 1829, ce chemin est qualifié du nom évocateur de « rue des charrières », indiquant qu’il était adapté au passage de véhicules à roues tirés par des animaux de trait. Il correspondait sans doute à un très ancien chemin tangueur, conduisant depuis Saint-Sauveur au havre de Denneville. C’est probablement ce chemin, en effet, qui est déclaré dans un aveu rendu en 1528 par le seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, stipulant :"item avons droit de cours de cheminage, depuis la porte de nostre dit chasteau par terre jusques à la mer, qui est appelé le chemin tangeur, auquel sont sujets les hommes de St-Sauveur, Catteville, Neuville, Pierrepont, Omonville et Denneville et Duquel chemin par défaut de réparation, de correction et amende nous appartient, de quels que fiefs ou seigneuries que les terres contigues d'icelui chemin soient tenues".

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La "rue des charrières" sur le cadastre de 1829

On signalera que l’accès à la mer, pour s’y approvisionner en tangue, était également accordé aux habitants de Catteville sur le havre de Saint-Lô-d’Ourville. En 1532, autorisation fut en effet donnée par les religieux de Lessay aux paroissiens de Saint-Sauveur-de-Pierrepont, de Canville, de Catteville et de Neuville "à prendre de la tangue pour l'usage et annoblissement de leur tere à la dicquerie de la baronnie d'Avarville". Ils étaient tenus pour cela de "faire mercher du marteau avec l'impression des armes des abbé et religieux la charrette, ou charettes, de quoy ils entendront lever et charrier les tangues", et au paiement d'un boisseau de froment par charrette.

En 1627, est aussi mentionné le « chemin de La Plesse au moulin de Neuville ». Cet itinéraire (actuelle D.147), coupant la paroisse du nord au sud permettait au-delà de rejoindre depuis Saint-Sauveur-le-Vicomte, la chaussée de Pierrepont.

Catteville (75)

Détail de la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

 En complément des informations précédentes, M. Benoit Canu, historien et guide conférencier, nous fait partager les observations suivantes : "Il existait (...) un chemin que la toponymie et l’archéologie tendent à signaler en travers de l’Anse de Cattevilledu Hamel à Ingrehou : une pièce d'archive de la série A (3380) mentionne en effet un « Ilet du vey », c’est-à-dire « du gué », ou « de l’Inguehou » que l’on peut donc situer à proximité de la ferme de ce nom, sur la butte voisine ; au XVIIIe siècle, la lande d’Inguehou y portait encore les vestiges d’une motte dite « château de Montauban », qui furent fouillés vers 1760 : des pièces y furent trouvées dans un mur. Son tracé pourrait subsister dans le parcellaire au-delà de La Chuque en direction de la Maison Egret, au nord-est et j’y verrai volontiers l’indice d’une voie reliant les deux St-Sauveur antérieure ou concurrente du chemin « tangueux » et du passage par la chaussée du moulin de Neuville ; un embranchement vers l’est menait, via Beaumont, jusqu’à Hautmesnil".

Rivières

Catteville est bordé par la rivière de la planche Saint-Jean, formant séparation avec Taillepied, qui délimite la commune sur sa frange occidentale depuis le lieu-dit Les moulineaux (sur Saint-Sauveur) jusqu’au Pont-d'Alleaume. A l'ouest puis au sud de la commune, ce cours d'eau prend ensuite la dénomination de "rivière du moulin de Neuville" et se prolonge jusqu'en bordure du marais. Voici d'autres compléments donnés par M. Benoit Canu à propos du tracé de cette rivière : "Le moulin et sa chaussée passés, elle se déporte sur son canal de fuite puis oblique sur un fossé qui la ramène à la rivière, laquelle, limitrophe alors de Saint-Sauveur-de-Pierrepont, reçoit la rivière de Neuville (ou ruisseau de la Planche Varon ou du Petit Marais) et en prend le nom. Quittant le Petit Marais pour le grand marais de Doville, la rivière conflue dans le bras nord du Gorget qui sépare Doville de Catteville puis de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Dite aussi rivière de la Sangsurière ou de Pierrepont, voire des Gîtes, ou encore Fil de Gorges, cette frontière s’avère d’autant moins naturelle que, d’une part, à une époque inconnue, à des fins de drainage et de clôture, son cours fut à la fois dédoublé et déporté et que, d’autre part, le marais que ces bras ceinturent, bien que cadastré sur Doville, est propriété indivise de Catteville, Doville, Saint-Nicolas et Saint-Sauveur-de-Pierrepont".

Plus loin vers l’est, la limite communale est défini par le tracé du Gorget, formant séparation avec Doville. Tandis qu’au nord la limite communale suit précisément les talus protégeant l’ancien bois de la Plesse, il n’est guère qu’à l’est, sur la frontière avec Hautmesnil, que le tracé en semble moins distinct.

Catteville est également irrigué par deux autres ruisseaux, qui, partant du plateau, depuis le bois de la Plesse, traversent la commune selon une orientation nord-sud. Ces ruisseaux ne portent de nom ni sur le cadastre ancien ni sur la carte IGN.

 vauban manche 012

Détail d'un plan militaire de la seconde moitié du XVIIIe siècle

Ponts

Cette situation justifie la multiplicité des ponts, passages à gué et autres planches repérables sur la commune. En 1689, la carte de Mariette de la Pagerie permet déjà d’en reconnaître au moins trois, correspondant semble t-il à la Planche de l’Islet, sur la rivière de Moulineaux, au pont de Bar, situé au lieu-dit la Hamellinerie, et au pont du Hecque, sur l’actuelle départementale 147. Côté ouest, d’autres passages anciens existaient au lieu-dit la Planche Saint-Jean, en direction de Taillepied, et au niveau de la chaussée du moulin de Neuville. Ce dernier ouvrage, constituant un point de franchissement routier important, est attesté de longue date par les sources écrites. D’après un aveu rendu en 1528, nous savons en effet que les tenants de dix fiefs ou aînesses de la paroisse de Neuville ainsi que sept autres fiefs situés à Saint-Sauveur-de-Pierrepont, étaient sujets à "maintenir chascun une perche de la chaussée du dit moullin (de Neuville).

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, la construction de la ligne de chemin de fer de Coutances à Cherbourg occasionna la construction d’un nouvel ouvrage auprès du lieu-dit « les Mières ». L’étude architecturale de ces différents ouvrages n’a pas été effectuée.

 

Moulins

Le seul moulin à eau actuellement identifiable sur la commune de Catteville correspond au moulin dit « de Neuville », ainsi mentionné dans les sources écrites, qui dépendait en fait de la seigneurie de Taillepied. Il est attesté comme tel dès la fin du XIIe siècle, par un acte de Mathieu de Taillepied, mentionnant une rente en froment dont sa famille avait fait don à l’abbaye de Saint-Sauveur. En 1604 Anne Lambert, veuve de Julien Poerier, mentionnait encore parmi les dépendances du fief de Taillepied un « moulins à eau, à vent, à tan ». Immédiatement voisin du moulin à eau de Neuville, ce moulin à vent de la seigneurie de Taillepied est peut-être celui qui fut encore représenté sur le cadastre de 1829. Sachant que Guillaume Courbaran avait obtenu en 1779, du duc d’Orléans autorisation de bâtir un autre moulin à vent – potentiellement localisable d’après la toponymie auprès du village au Prince – il existait donc deux ouvrages de ce type sur la commune à la veille de la Révolution.

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Indications d'un moulin à vent au lieu-dit "la rue des Monts" sur le cadastre de 1829

Curieusement, aucun des documents consultés ne mentionne de moulin à eau spécifiquement rattaché à l’ancienne fiefferme de Catteville. L’aveu rendu en 1434 par Bertrand Cauvin se contente de mentionner un « droit de pèche dans la rivière qui vient de la chaussée de Pierrepont par les marais et communes d'entre Doville et Catteville ». Il s’agit là d’une sorte d’anomalie car, en Cotentin, le moulin à eau constitue une dépendance presque obligée de toute seigneurie médiévale. Une étude de terrain plus détaillée permettrait peut-être d’en retrouver la trace sur l’une des rivières qui irriguent la paroisse. Indice potentiel, le tracé du cours d’eau qui passe sous le pont Hecque, marque sur le cadastre ancien un net décrochement, vestige probablement d’un détournement du cours primaire de la rivière provoqué par un aménagement de bief.


Le marais

Catteville dispose encore aujourd’hui d’un marais communal. De peu d’étendu, ce dernier marque une enclave nettement délimité en direction du sud. La jouissance des marais communaux n’était cependant pas limitée à cette portion, mais se partageait en indivision avec les habitants des paroisses voisines de Saint-Sauveur-de-Pierrepont, de Saint-Nicolas-de-Pierrepont et de Doville. Dès le XVe siècle, les sources écrites mentionnent l’existence de ces terres vaines et vagues, permettant aussi bien la libre pâture du bétail que des « cueillettes » de blete et de rots. Très tôt, les habitants durent défendre ces ressources contre les velléités d’appropriation de grands propriétaires. En 1613, les officiers du roi durent ainsi condamner l’usurpation faite par le sieur de Crosville, d'une portion de marais relevant alors de la fiefferme de Catteville nommée l’Ilet du Vey ou de Linguehou.

il s’agit de l’île d’Ingrehou, aujourd’hui rattachée à Neuville-en-Beaumont. L’étymologie de Linguehou, qualifié aussi Inglehou en 1762, vient du terme scandinave holm/l’île, précédé d’un élément qui pourrait venir du nom d’homme scandinave Ingouf, bien connu localement.

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Le marais de Catteville. Extrait d’un plan levé en 1762 (AD. Manche, 1Fi-168)

Durant tout le XIXe siècle, cette situation donna lieu à d’incessants procès - principalement entre les habitants de Saint-Sauveur-le-Vicomte et de Doville.

 

Forêts

Le village de Catteville était entièrement limité sur sa frange nord par le bois de la Plesse, parc de chasse clos de fossés appartenant aux barons de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Nommé en 1473, « la Plesse au seigneur », celui-ci est décrit alors comme buisson de deffens, contenant environ ccl vergées bien closes. Le tracé de ces anciens talus, jadis surmontés d’un plessis de branchages, dessine aujourd’hui encore une démarcation bien nette. Depuis 1290, suite à une transaction passée par Robert d’Harcourt, ce bois était partagé pour moitié entre les seigneurs de Saint-Sauveur et les moines de l’abbaye, qui obtinrent le droit de s’y pourvoir en bois de chauffage et de construction, ainsi que de le clore de fossés et d’y justicier les malfaiteurs.

Saint-Sauveur-le-Vicomte. Bois de Defant

Au-delà, les habitants de Catteville qui dépendaient de cette baronnie étaient, comme ceux de Rauville et ceux du seigneur de Taillepied, coustumiers et communiers des forêts de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Ils pouvaient ainsi y mettre leur bétail en panage et  prendre bois pour leur ardre et amesnager en payant l'amende pour ce accoustumé, c'est à sçavoir : par charretée de faouc, trois sols tournois, par charretée de chesne et houx, six sols tournois; par charretée de mort bois, comme houx, tremble et autre bois non portant fruit, dix huit deniers (aveu de 1528). En contrepartie, ils devaient aussi, comme les autres détenteurs de fiefs situés auprès de ces forêts le service de sergent et garde de la Plesse et buisson de deffends, ainsi que le devoir de comparence aux plaids de verderie. Ils étaient de même assujettis au service de chasse dans les bois et buissons de la vicomté et à la redevance annuelle d’un chuquet de Noël, c'est-à-dire une souche ou bûche destinée à la veillée du seigneur.

Ces devoirs d’aide aux chasses de seigneurs nous renvoient t-ils aux « huées » des battues médiévales, et, par ce biais au sobriquet des « huans de Catteville » ?

Les propriétés relevant de la seigneurie de Saint-Sauveur, dont la jouissance donnait droit d’usage dans les forêts se trouvaient semble t-il rassemblées au nord de la commune. Outre l’ancien fief Guermont, identifiable à la ferme de la Haulle, aujourd’hui disparue, elles incluaient en 1527 un fief dit des novales, alors propriété de Blaise le Parquier (connu comme prêtre de Catteville en 1532) et de son frère Philippe. Ce terme de novalles est évocateur puisqu’il désigne les terres nouvellement défrichées. Le nom même de son propriétaire indique qu’il eut pour ancêtre – et peut-être qu’il fut lui-même - un officier parquier, c'est-à-dire un gardien de terrains clos, destinés à enfermer le bétail surpris en divagation ou bien prélevé au titre de redevance.

Cassini Cattevilleb

Carte de Cassini, vers 1755 (détail)

Féodalement la paroisse de Catteville se partageait semble t-il entre « ceux des marais » et « ceux des forêts »…

 

Landes

Catteville possédait aussi d’assez vastes étendues de landes. Elles sont signalées en 1473 parmi les communes relevant de la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Comme pour les forêts, les habitants du lieu resséants de cette seigneurie y étaient coustumiers et pouvaient ainsi y mettre leurs bêtes, et avoir en tous les temps de l'an à paistre (L. Delisle). Presque entièrement disparues aujourd’hui, ces anciennes landes seraient cependant identifiables sur le cadastre de 1829, où sont encore signalées de nombreuses parcelles en « jannières ». Vers 1755, la carte de Cassini en donne un aperçu, montrant l’ensemble de la partie orientale de la paroisse, sur les limites avec Hautmesnil, couvertes de ce type de végétation.

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Extrait d'une carte d'état major du XIXe siècle

Fontaine Saint-Ouen

Saint Ouen, patron de la paroisse de Catteville fut archevêque de Rouen dans la seconde moitié du VIIe siècle. Issu de la haute aristocratie franque, il fut l’un des membres influents de la cour de Dagobert, et un ami proche du célèbre saint Eloi, dont il rédigea une biographie. Fondateur d’églises et d’abbayes, il est réputé avoir conduit d’incessantes missions d’évangélisation à l’intérieur de sa province. Cela explique probablement pourquoi Saint Ouen figure parmi les saints les plus honorés de Normandie, où pas moins de cent onze églises lui sont vouées.

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Catteville, église, statue de saint Ouen (cl. CAOA)

En Cotentin, il était honoré non seulement à Catteville, mais également à Omonville-la-Petite, Sideville, Carquebut… On sait que saint Ouen possédait dans cette région un domaine, nommé Brisniacus, et qu’il vint présider à l’élévation des reliques de saint Marcouf en son abbaye de Nantus. Selon la légende il serait passé par Carquebut où, bénissant une fontaine et les marais environnants, il aurait supprimé les maladies qui régnaient dans la région. Comme à Carquebut, mais aussi à Rouen, à Rots en Bessin ou à Lapenty, il existe à Catteville une fontaine Saint-Ouen, simple puits maçonné et couvert d’une dalle de grès, en bordure d’un chemin menant le marais. Un peu tombée dans l’oubli, elle était réputée jadis pour la guérison des yeux.

Catteville fontaine saint Ouen (2)

 

Julien Deshayes, avec la contribution de Benoit Canu.

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 17:33

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Le 14 avril 2009 a été identifiée une tête d'homme barbu en remploi dans le mur d'un édifice du quartier du Gravier, ancienne paroisse d'Alleaume, à Valognes. La pierre utilisée est un calcaire local. L'objet, fragmentaire, fait 55 cm de hauteur. Ce personnage ne présente aucun autre attribut que sa barbe et une couronne végétale nouée autour de la tête. Son insertion dans le mur ne permet pas de vérifier s'il s'agissait ou non d'une oeuvre en ronde-bosse. Le fait toutefois que l'amorçe du cou ne marque qu'un faible retrait par rapport au visage indique plutôt qu'il devait s'agir d'une sculpture en haut relief, donc potentiellement issue d'un bloc architectural.

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A l’analyse, l'hypothèse d'une production d'époque romaine semble devoir être privilégiée. Le traitement des yeux aux orbites bien dessinées et aux pupilles recreusées au trépan, le dessin de la barbe en collier, le rendu des cils par une série de petites incisions superficielles, le modelé général du visage par des volumes amples, les proportions assez monumentales de ce fragment, sont autant d'éléments stylistiques caractéristiques de cette période. Sur le plan de son iconographie, le motif de la couronne végétal renvoie nécessairement à des références issues de l’antiquité gréco-latine. Le type de l’homme barbu coiffé de lauriers évoque potentiellement d’assez nombreux types de figurations, qu’il s’agisse de divinités ou de portraits impériaux. Reste cependant que cette production se situe à un niveau artisanal, se prêtant surtout à des comparaisons avec l'art populaire des provinces de la gaule, de la Grande-Bretagne ou de l'Afrique romaine (cf. buste tricéphale du Musée d'Aquitaine, Déesse de Nasium au musée de Bar-le-Duc, relief de la base de colonne de Cussy-la-Colonne...).

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Cussy-la-Colonne, relief sculpté

En l'absence de contexte archéologique déterminant, on ne saurait il vrai entièrement exclure que cette tête soit une sculpture beaucoup plus tardive, pouvant avoir été produite entre le XVIIeet le XIXe siècle. Notons cependant que la technique utilisée ne présente rien de commun avec les productions d’époque moderne connues en Cotentin. Le contexte du remploi - un mur de remise du XIXe siècle – permet en outre d’exclure que cette œuvre provienne d’un édifice détruit lors des bombardements de 1944. La localisation de la découverte nous situe enfin, rappelons le, dans la proximité immédiate de la zone de concentration des principaux vestiges de l’ancienne agglomération antique d’Alauna. Il importe enfin, en conclusion, de rappeler qu'il  est assez courant, en Cotentin, de parvenir à identifier des éléments de lapidaire antiques en remploi dans des édifices postérieurs (cf. fonts baptismaux de Saint-Marcouf taillés dans un fût de colonne à écailles, bénitier de Sainte-Mère-Eglise formé d'une fragment de colonnette à relief figuratif, socle de croix de cimetière de Catteville constitué d'un chapiteau dorique que nous avons antérieurement identifiés et signalés).

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Catteville, socle de la croix du cimetière formée d'un chapiteau antique

J. Deshayes

Cette sculpture m’a été signalée par un habitant de Valognes. Elle est connue d’un certain nombre de personnes mais n’a jamais, à notre connaissance, donné lieu à une tentative d'identification ni à d’autres signalements. Son inscription dans le mur d’un édifice privé constitue un obstacle à son étude et à sa mise en valeur.

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:30

Dans le cadre du cycle des conférences d’histoire locale, consacrée cette année au thème de la commande artistique et de la création architecturale, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin proposait, le jeudi 9 février 2012, une intervention intitulée « Le maitre de Gréville-Hague et la statuaire religieuse de la Renaissance en Cotentin ».

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Groupe de la mise au tombeau, replacée dans la niche au sol de la chapelle du Val-Ferrant

En octobre 1993 fut découvert à Gréville-Hague, sous le mur nord de la nef, un lot de sept statues représentant la Mise au Tombeau et la Résurrection du Christ, ainsi qu’une très étrange figuration de Jésus mort, debout le torse nu et tenant son cœur à la main. La date d'enfouissement de ces statues a pu être déduite de celle d'une réfection partielle de la nef, en 1774. Comme le rappelait l'abbé Marcel Lelégard suite à cette découverte, il est fréquent en Cotentin de découvrir ainsi des éléments de statuaires qui, brisés ou jugés indécents, furent enterrés dans les cimetières ou insérés dans les maçonneries des églises. 

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Christ de la Résurrection

Les sculptures de Gréville, produites dans un calcaire tendre de la région du Bessin, sont réalisées à une même échelle (h. env. 75-90 cm). Certaines ont nécessité une restauration difficile à déceler mais la plupart de ces oeuvres présente aussi des traces d'inachèvement laissées lors de la création ; chevelure tout juste ébauchée du Christ couché, base simplement dégrossie du saint Jean et des deux saintes femmes de la Mise au Tombeau, chevelure inachevée du Christ debout...

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Identifiant plusieurs groupes distincts au sein de cet ensemble, l'abbé Lelégard et Josiane Pagnon ont proposé d'en situer la datation entre le milieu du XVe siècle et les années 1480-1490 environ. Tout en retenant l'hypothèse d'une intervention conjointe de deux artistes différents (le "maître" ayant selon nous réalisé les trois Christ et son aide les "figurants" de la Mise au tombeau), il apparait cependant qu'il s'agit bien d'une production homogène, réalisée par un unique atelier. Outre leur unité de proportions et de matériaux, ces oeuvres forment, sur le plan iconographique, une série cohérente, parfois complémentaire. L'observation des détails - la manière en particulier de faire minutieusement ressortir en réserve les veines du Christ de la Mise au tombeau, du Christ ressuscité et les larmes du saint Jean - révèle une unité stylistique importante. En regardant de près, on constate également que le Christ offrant son coeur et la Vierge de la Mise au Tombeau montrent, côté droit, le même oeil à la paupière affaissé et à la pupille glissant vers le bas.

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Si les résidus de peinture encore visibles sur ces sculptures attestent que celles-ci furent bien achevées et exposées, le caractère tout juste ébauché, disons bâclé, de plusieurs d'entre elles démontre à mon sens qu'elles ont été réalisées sur place, à Gréville-Hague. On imaginerait mal en effet que des œuvres non totalement finies aient été achetées dans un atelier spécialisé et importées ainsi en Cotentin. Sans développer une trop longue analyse stylistique il apparait assez net que les statues de Gréville sont surtout représentatives de savoir faire locaux et reflètent, par leur facture un peu maladroite une forme de provincialisme.

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Christ offrant son Coeur

Si l’on compare en particulier le Christ offrant son cœur au saint Jacques de l’église de Portbail, datant de la première moitié du XVIe siècle, on trouve aux deux figures une attitude comparable et une même composition ample du drapé, ceignant la taille en enveloppant dans sa courbe le bras relevé du personnage. Un traitement plus subtil des textures et du modelé des carnations distingue cependant le saint Jacques de Portbail, incitant à opposer cette  œuvre produite par un maitre confirmé, probablement actif à Caen ou à Rouen, aux créations plus rudes et statiques du sculpteur de la Hague. 

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Portbail, église Notre-Dame, saint Jacques

(cliché de la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche)

Je suis tenté en revanche de rapprocher le Christ offrant son cœur de Gréville à  l'Ecce Homo de la chapelle de la Délivrance de Rauville-la-Place, un édifice rétabli au culte vers 1550. Ce dernier est une création rurale qui s'efforce visiblement de reproduire le très beau Christ aux liens de l’abbaye voisine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, une oeuvre qui est particulièrement bien documentée puisqu'on sait qu'elle fut commandée à Rouen en 1522 et livrée toute peinte aux frères bénédictins. 

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Christ de Saint-Sauveur-le-Vicomte (1522) et Ecce Homo de Rauville-la-Place,

qui en constitue une copie tardive (vers 1550).

Malgré ses qualités de modelé et une remarquable tension du corps, le Christ de la Mise au tombeau de Gréville n'écarte pas une certaine impression de rusticité. Son plus proche équivalent à l'échelle locale est le Christ couché de Saint-Nicolas de Pierrepont, qui appartient à un petit groupe sculpté de la Déploration, daté avec pertinence du milieu ou de la seconde moitié du XVIe siècle.

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Christ de Gréville (en haut) et de Saint-Nicolas de Pierrepont

Bien qu’il fut initialement daté du XVe siècle par l’abbé Lelégard, le groupe des sculptures de Gréville présente donc des caractéristiques essentiellement propres aux productions cotentinaises d'époque Renaissance. Il tolére bien mieux à notre avis une attribution au second tiers du XVIe siècle (c. 1530-1560) qu'une datation antérieure. Cette réévaluation est importante car on peut ainsi supposer que ces statues furent commandées pour la chapelle des Apôtres, dite aussi du Val-Ferrant où elles ont retrouvé leur place en 1994. Abritée sous la tour de clocher qui fut édifiée contre le flanc sud du chœur, cette chapelle a  en effet conservé une niche au sol parfaitement adaptée au format du groupe de la Mise au Tombeau. La date de construction de cet appendice - 1554 - est indiquée sur une plaque extérieure, précisant aussi l'identité de Pierre Heuzey, son fondateur et bâtisseur présumé ("1554 : Du don de maître Pierre Heusey")Comme nombre d'autres Mises au tombeau, le groupe de Gréville s'inscrivait donc, de façon tout à fait cohérente, dans un contexte funéraire, car cette chapelle abritait selon l'usage les sépultures des seigneurs fondateurs. 

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Gréville-Hague, chapelle sous clocher édifiée en 1554.

Si la scène de la Résurrection est un complément iconographique habituel des scènes de la Passion, la représentation du Christ offrant son coeur possède en revanche un sens différent. Cette image ne se rapporte pas à un évènement évangélique précis mais propose une vision atemporelle et sacramentelle de la divinité. Elle apparaît en ce sens assimilable à de nombreuses Imago pietatis au Christ mort, parfois soutenu par des anges et accompagné des emblèmes de la Passion. A Gréville, l'attribut du coeur offert précise et accentue la symbolique eucharistique de la représentation et donne une puissance neuve au thème de l'offrande sacrificielle. Plutôt qu'un héritage des aspects morbides de l'art de la fin du Moyen-âge, il faut je crois discerner dans cette représentation inhabituelle le reflet des efforts de renouvellement des contenus de l’art religieux portés par certains intellectuels et ecclésiastiques durant cette brève période d'ouverture aux idées humanistes qui a précèdé, en France, les guerres de Religion et le durcissement dogmatique de la contre-réforme.

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Gravure extraite d'une édition française de la Grande vie de Jésus Christ de Ludolphe le Chartreux, largement diffusée en France au XVIe siècle, où s'affirme déjà la dévotion pour le sacré Coeur du Christ

Il serait intéressant en conclusion de parvenir à cerner plus distinctement la personnalité de ce Pierre Heuzey, auquel est attribué par inscription la construction de la tour de clocher et de la chapelle qu'elle abrite.

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Inscription commémorative de la construction de la tour de clocher : "1554 / du don de maître Pierre Heuzey"

Le titre de "maitre" l'identifie à un ecclésiastique et on le retrouve en effet cité en 1568 en tant que curé de la paroisse. On connait un mieux cependant le parcours de son parent, Guillaume Heuzey, qui fut official de Valognes (à la suite de Robert Heuzey, son oncle ?, qui présida en 1534 à la fondation du collège de Valognes), curé de Querqueville et prieur d'Omonville durant les mêmes années. Ce Guillaume Heuzey était un prêtre cultivé et réformateur qui fut l'auteur, en 1540, d'une compilation latine des traités synodaux du diocèse de Coutances. Il devint membre en 1553 de la confrérie du saint Sépuclre de Valognes, et cultivait donc une dévotion particulière pour le saint Tombeau du Christ. On sait non seulement grâce au Journal de Gilles de Gouberville qu'il résidait à Gréville-Hague mais également qu'il était affairé, durant ces années 1550-1560, à la construction d'un nouveau "logis" au manoir du Val-Ferrant. A défaut de pouvoir formellement l'identifier au commanditaire de ce groupe sculpté exceptionnel, sa présence suggère l'existence à Gréville, au milieu du XVIe siècle, d'un environnement culturel favorable à une telle entreprise artistique.

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Détail héraldique : armoiries de la famille Heuzey

 

Julien Deshayes, février 2011

(Clichés Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, sauf mention différente ; remerciements à la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche pour les documents mis à disposition).

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:27

Dans le cadre du cycle des Dimanches du Patrimoine, le Pays d’art et d’histoire propose, ce dimanche 19 février à 15h une conférence intitulée « Le port fluvial de Saint-Sauveur-le-Vicomte et ses usages à travers l’histoire ».

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Site de l’une des principales forteresses du Cotentin médiéval, Saint-Sauveur-le-Vicomte ne devait pas uniquement son rang stratégique à sa situation au croisement de plusieurs axes routiers. Cette position éminente résultait aussi de sa position portuaire, en bordure de la rivière d’Ouve, sur le plus important fleuve de la presqu’île. Attesté de très ancienne date, le port de Saint-Sauveur servit aussi bien à approvisionner en vin et en pièces d’artillerie les soldats de la guerre de Cent ans qu’à fournir en statuaire religieuses les moines de l’abbaye. Ayant fait au XVIIIe siècle l’objet de premiers travaux d’améliorations, cette structure portuaire sera encore modernisée dans les années 1830 et fut alors soumise à divers règlements contrôlant son exploitation. On sait par la suite que son terre-plein était divisé en plusieurs quartiers servant respectivement au stockage du bois, de la pierre des carrières de Rauville ou de la chaux. Cet équipement comprenait aussi des entrepôts et des ateliers qui abritaient une intense activité. Complétant utilement les informations fournies par plusieurs plans anciens, les cartes postales du début du XXe siècle nous renseignent sur ces aménagements portuaires, restés en usage jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale.

Cette intervention richement illustrée sera animée par M. Benoit Canu, guide conférencier du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin.

 

Le rendez-vous est fixé à 15h00 à la salle de cinéma Le Normandy, jouxtant l’hôtel de ville.

4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

Renseignements (en semaine) : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:43

Dimanche 5 février prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin présente à Valognes une conférence intitulée « Les frères Bretel, une aventure industrielle ».

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Eugène Bretel par Bonnat

Natifs de Portbail, les frères Adolphe (1840-1913) et Eugène Bretel (1843-1933) ont durablement attaché leur nom à l'industrie beurrière, atteignant dans ce domaine un renom universel. En effet, ils implantèrent en 1871 leur usine à Valognes, rue de Poterie; leur maison de conditionnement et d'expédition exporta dans le monde entier des quantités considérables de beurre cotentinais, sachant utiliser les derniers perfectionnements techniques. Ils surent la hisser au premier rang national, remportant de prestigieuses récompenses lors des expositions universelles.

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Publicité Bretel, coll. AD. 50

La création par Eugène Bretel d'un imposant jardin d'hiver dans sa résidence valognaise et la commande de son portrait à Bonnat témoignent d'un réel intérêt pour les arts ainsi que de la volonté d'affirmer sa prééminence sociale. Il appartiendra à son neveu et successeur Raoul Ledoux (1875-1970) de constituer une remarquable collection d'objets d'art, alors conservée au château de Chiffrevast à Tamerville, dont la dispersion à l'hôtel Drouot il y a quelques années connut un certain retentissement.

La conférence aura lieu au centre culturel de l’hôtel Dieu. Elle débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

Renseignements : Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin

Tél : 02.33.95.01.26/ Email : pah.clos.cotentin@wanadoo.fr

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 11:51

Dimanche 22 janvier prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin présente à Bricquebec une conférence intitulée « Le Marois, général d’empire, et sa postérité en Cotentin au XIXe siècle ».

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Jean Léonor Le Marois, par Desnos

La famille Le Marois tient depuis le XIX° siècle une place éminente dans l'histoire du Cotentin. Natif de Bricquebec, Jean Léonor Le Marois (1776-1836) fut l'aide de camp du général Bonaparte puis de l'Empereur. Il se distingua par sa bravoure au combat (Marengo, Austerlitz) et devint général à l'âge de 26 ans. Relevons sa conduite exceptionnelle lors du siège de Magdebourg en 1814. Député de la manche (1807), comte de l'Empire (1808), pair de france (1815), grand officier de la Légion d'honneur, ce grand notable sut également acquérir plusieurs domaines ruraux dans la Manche.
Aux générations suivantes, il convient de mentionner son fils, Jules Polydor, comte Le Marois (1802-1870), député de la Manche puis sénateur, lui-même le père de Paul Jean Polydor (1839-1889), officier de hussards, maire du Vicel, conseiller général et député... Ils commandèrent la construction d'édifices remarquables, tel l'hôtel de la rue Blanche (1829, architecte Pellechet), résidence parisienne du général dans le quartier de la Nouvelle Athènes, ou l'hôtel édifié par Henri Parent avenue d'Antin dans le quartier des Champs Elysées pour le sénateur en 1865. Le château de Pépinvast fut considérablement agrandi par Pigny durant les années 1870 et doté d'un vaste parc, tracé à l'anglaise. Le château du Lude, à Saint Sauveur le Vicomte, propriété d'une autre branche de la famille, est l'oeuvre des architectes cherbourgeois Geufroy et Drancey (années 1870-1880). L'éclat des collections d'oeuvres d'art détenues dans la capitale mérite d'être souligné et témoigne du renom atteint par cette lignée.

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La conférence aura lieu dans la salle de la gare, avenue de la gare, à Bricquebec. Elle débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 13:04


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Le site de Brix sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

Le château de Brix ne subsiste plus aujourd’hui qu’à l’état de vestige mais il fut l’un des plus importants lieux de pouvoir du Cotentin médiéval. La nature du site, éperon établi sur une hauteur dominant tout le nord de la presqu’île, justifie l’hypothèse d’une implantation très ancienne, remontant de toute évidence à l’époque protohistorique. Cette phase précoce de mise en défense se distingue en particulier par un remarquable ouvrage fossoyé, large talus de plus de huit mètre de haut coupant sur environ 500m toute la pointe du relief.

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Flanc occidental du "haut mur" de Brix, dans sa partie conservée

Malheureusement miné dans l'indifférence générale par des constructions nouvelles, le "Haut Mur" de Brix peut être comparé à d'autres ouvrages défensifs fossoyés du Cotentin, en particulier au célèbre Hague-Dick ou bien à l'éperon de la Lande à Carnet, sur la commune de Vauville, réçemment étudié par Fabien Delrieu. La découverte de plusieurs dépôts datant de l'âge du bronze aux abords du site offre un indice possible de datation de cet ensemble. Brix a également livré aux prospecteurs d'assez nombreuses monnaies du Haut Empire, ce qui pourrait témoigner d'une continuité d'occupation du site, au delà de la conquête romaine. Mais cette fortification est connue également par un célèbre document du haut Moyen-âge, la Chronique de l'abbaye de Fontenelle, indiquant qu’elle était devenue, au milieu du VIIIe siècle, le site d'un bourg rural et la résidence d’un puissant aristocrate local. L’analyse de ce texte, la comparaison également que l’on peut établir entre le site de Brix et d’autres fortifications de cette période, permet de souligner le rôle tout à fait important qu’il occupait alors à l’échelle de notre territoire. Sans développer ici toute cette analyse, retenons principalement que trois églises y auraient alors été fondées à l'initiative du comte Richwin, représentant du pouvoir carolingien, suite au transfert de reliques provenant de l'abbaye de Portbail. Probablement détruit à la fin du IXe siècle, lors des incursions scandinaves, le château de Brix fut ensuite rattaché au domaine des ducs de Normandie.

C’est à ce titre qu’il est cité, dès 1025, aux côtés de la cité de Coutances, du château de Cherbourg et de la « cour » de Valognes, dans le douaire constitué pour Adèle de France, épouse du duc Richard III. Il est possible d'attribuer à une phase d'occupation de l'époque ducale les fortifications subsistantes à l'état résiduel sur la pointe du relief,  à l'intérieur de la propriété (privée !) du château proprement dit. La seule étude archéologique significative consacrée à ces vestiges résulte des travaux menés dans les années 1970 par Frédéric Scuvée, dont nous reproduisons ici un relevé topographique. 

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Relevé topographique du site du château de Brix, par Fréderic SCUVEE

L'an 1180, les rouleaux de l'échiquier de Normandie font état de travaux effectués sur la charpente de la "domus" (maison/logis) et les palissades du château, aux frais du trésor ducal. Le module des pierres de taille calcaire et les traces de layage visibles en parement sur les rares structures conservées en élévation permettent d'en situer la datation dans le courant du XIIe siècle.

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Brix, site du château, détail de maçonneries romanes

L'état des structures ne permet pas - faute d'une étude suffisante - de restituer l'aspect général de l'édifice. Au regard des éléments visibles sur le terrain, l'hypothèse d'une structure à enceinte maçonnée du type "shell-keeps" semble toutefois la plus vraisemblable.

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Ouvrage fossoyés délimitant côté ouest l'emprise du château

En revanche - contrairement à ce qu’affirment depuis des décennies les historiens locaux – cette forteresse n’a jamais appartenue à la famille de Brix, dont la descendance fit souche après 1066 dans le nord de l’Angleterre et atteint ensuite, sous le nom de Bruce,  au titre de roi d’Ecosse. En  définitive les de Brix n'étaient que les intendants de ce château ducal, sorte d’administrateurs héréditaires, ne jouissant en bien propre que d'une portion du domaine à titre de rémunération de leur office. Cela explique aussi pourquoi, en 1204, lors de la conquête de la Normandie par le roi Philippe Auguste, l’édifice se trouva désaffecté et ses dépendances progressivement démembrées…

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(Résumé succinct de la conférence donnée à Brix le vendredi 20 janvier 2012, J. Deshayes).

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:54

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Louis de Bourbon figure en 1469 au nombre des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI (illustration par Jean Fouquet, Paris, Bnf, Mss Fr. 19819).

Le dimanche 8 janvier prochain, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose une conférence richement illustrée consacrée à « Jeanne de France, dame de Valognes, et le Cotentin à la fin du Moyen-âge ».

 

En 1465, Louis XI mariait l’une de ses filles naturelles, prénommée Jeanne, à Louis de Bourbon, lui-même bâtard issu d’une puissante famille de sang royal, qu’il souhaitait attacher à son service. Outre la seigneurie d’Usson en Auvergne et diverses places en Dauphiné, la dot constituée pour ce mariage intégrait la seigneurie de Valognes, avec son château, ses revenus et de nombreuses dépendances. Bien que Jeanne et son époux, devenu amiral de France, n’aient résidé en Cotentin que de façon assez ponctuelle, ils jouèrent tous deux un rôle important dans l’histoire de Valognes. Sur le plan des évènements politiques on se souviendra en particulier de l’accueil qui fut donné en 1470 dans notre ville au comte de Warwick, accompagné de sa fastueuse suite et du duc de Clarence, venus y préparer le renversement du roi Anglais Edouard IV. Officier valeureux et compétent, Louis de Bourbon fut aussi le premier à préconiser le développement et la mise en défense du port de Saint-Vaast-la-Hougue, anticipant ainsi de plus de deux siècles les travaux entrepris par Vauban.

ill.2 la chapelle avant restauration

Vestiges de l'hôtel Dieu avant transformation

 

A Valognes même, le Bâtard Louis a soutenu et favorisé la création du couvent des Cordeliers, la première abbaye fondée à l’intérieur de la ville, où il choisit d’être enterré après sa mort, survenue le 14 janvier 1497. Jeanne de France, devenue veuve, céda en 1499 des terres et finança en partie la construction de l’hôtel Dieu, destiné à recueillir, nourrir et gouverner les pauvres personnes, pèlerins, passants et autres nécessiteux et indigents et accomplir les œuvres de miséricordes. Il existait aussi, dans le Valognes d’avant la seconde guerre mondiale, des restes notables de l’hôtel de Bourbon, grande demeure noble connue aujourd’hui par des représentations anciennes. Cet édifice offrait un bel exemple du développement de l’architecture gothique flamboyante, qui triomphait aussi dans la reconstruction de l’église Saint-Malo. Rarement la ville ne connut un si important essor que dans cette seconde moitié du XVe siècle, qui fut aussi, au lendemain de la guerre de Cent ans, une grande période de reconstruction pour tout le Clos du Cotentin.

 

La conférence aura lieu à l’hôtel Dieu de Valognes et débutera à 15h00. Les tarifs sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes sans emploi ou sans ressources suffisantes.

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 15:34

Dans le cadre du nouveau cycle de conférences consacrée cette année au thème de la commande artistique et de la création architecturale, le Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin propose, ce jeudi 15 décembre, une intervention intitulée « patronage ecclésiastique et construction religieuse en Cotentin du XIe au XIIIe siècle ».

A défaut de nous livrer le nom des bâtisseurs, les documents écrits du Moyen-âge nous permettent parfois de comprendre qui furent les commanditaires des églises romanes, puis gothiques, de notre région. En parvenant à définir le rang et la place que ces « maitres d’ouvrage » occupaient dans la société de leur temps, nous pouvons aussi tenter de mieux déchiffrer l’influence que ceux-ci ont pu exercer dans l’évolution de l’architecture locale. Or, ce qui apparaît de façon très nette est que la propriété des églises et la situation du clergé ont énormément évolué durant la période qui nous intéresse. Au XIe siècle encore, la grande majorité des curés des paroisses rurales du Cotentin étaient des prêtres « vavasseurs », membres de la petite aristocratie indigène, qui pouvaient se marier, et se transmettaient même leur charge de père en fils. Etroitement mêlés aux communautés villageoises, ils ont sans doute exercé un rôle important dans la construction de nombreuses petites églises bâties en  Cotentin aux environs de l’an mil.

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Au cours du XIIe siècle en revanche, sous la pression du pouvoir ducal et des autorités ecclésiastiques, la propriété des paroisses fut progressivement transférée aux moines bénédictins. L’ouverture des grands chantiers monastiques des abbatiales de Lessay, de Montebourg et de Saint-Sauveur-le-Vicomte, provoqua dans le même temps un grand mouvement de renouveau architectural, qui correspond chez nous à la diffusion du style roman. D’autres communautés religieuses – chanoines prémontrés de Blanchelande et chanoines victorins de Cherbourg en particulier – viendront ensuite compléter l’encadrement religieux des populations, en promouvant une architecture « réformée », plus sobre, plus légère et plus élégante. L’évêque et le clergé de la cathédrale, agissant également comme commanditaires, soutiendront à leur tour l’avènement de l’architecture gothique et sa diffusion dans notre région au cours du XIIIe siècle.

Rendez-vous à 18h30 salle Paul Eluard de l’hôtel-Dieu (sans réservation préalable). Les tarifs proposés sont de 4 € pour les adultes, 1,50 € pour les étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi. 

 

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