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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:07

41, rue des Religieuses

L'hôtel de la Bussière est datable selon des critères stylistiques des environs du milieu du 18e siècle. La demeure figure sur le plan de la ville de Valognes par Lerouge de 1767, avec un plan et une implantation identiques à ceux visibles sur le plan dessiné par Folliot de Fierville en 1880. En revanche, le jardin et l'enclos ainsi que la remise en retour d'équerre située sur l'arrière de la propriété ne paraissent avoir été annexés à la propriété et construits que postérieurement à 1880. L'aspect dissymétrique de la façade et la discontinuité de la toiture indiquent que l'hôtel actuel est constitué de la réunion de deux bâtiments initialement disjoints. La division de la façade par un bandeau vertical contribue également à matérialiser une séparation entre les deux portions du bâtiment.

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Hôtel de la Bussière, façade sur la rue de Poterie

L'hôtel de la Bussière possède un corps d'habitation sur rue et un grand jardin à l'arrière. La façade principale se divise en six travées et trois niveaux d'habitation plus un étage de comble. Elle est entièrement recouverte d'un enduit à faux joints et prend appui sur un solin en pierre de taille. Un bandeau horizontal marque la division entre le rez-de-chaussée, percé de baies à arc surbaissé, et l'étage, ouvrant par des fenêtres à linteau droit. Un bandeau vertical de refend sépare les deux travées de gauche du reste de la façade. La façade postérieure est en moellon non enduit.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:13

"Tous ceux qui connaissent le pays n'ignorent pas que la lande du Gibet, ainsi appelée parce qu'on y pendait autrefois, est un terrain qui fut longtemps abandonné, à droite de la route qui va de Valognes à Saint-Sauveur-le-Vicomte, et qu'une superstition traditionnelle le faisait éviter au voyageur…"

Le lecteur de Barbey d'Aurevilly aura gardé en mémoire ces quelques lignes qui, faisant introduction au roman "Le Chevalier des Touches", restituent l'un des attraits romantiques de la "ville des spectres" chère au ténébreux écrivain normand. Il subsiste en effet, en limite des communes de Valognes et Lieusaint, un terrain de ce nom, petit bout de coteau ponctué d'affleurements rocheux et hérissé de quelques touffes de genêts. Le site de l’ancien gibet avoisine le non moins évocateur « carrefour des Pendus » ainsi que la voie communale n° 109, encore portée sur le cadastre actuel sous le nom de "chemin des pendus". Un document datant de 1440 nous apprend d’ailleurs que ce chemin était emprunté au Moyen-âge par les tenanciers du fief dit des hostes dont les aînés étaient tenus « toutes et quantes fois qu’un criminel est condamné être pendu au gibet de Valognes de le convoyer de la Halle jusqu’au gibet »[1].

Valognes Gibet 1

"La lande du gibet" sur la route menant à Saint-Sauveur-le-Vicomte

En tant que capitale judiciaire du Clos du Cotentin, Valognes, abritait avant la Révolution plusieurs sièges de haute justice, relevant respectivement du roi, de l’évêque de Coutances, de l’abbé de Cherbourg et du comté d’Alençon. D'autres gibets ou « fourches patibulaires » s'élevaient aussi à Bricquebec, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Cherbourg, Montebourg… Partout où un seigneur local, abbé, évêque ou officier royal exerçait un droit similaire de haute justice. A Montebourg ces fourches patibulaires appartenaient à l'abbaye du lieu et se situaient à l'entrée du bourg, sur la route de Valognes, dans une pièce de terre nommée le Clos du Gibet. Selon un procès verbal dressé en 1592, celles-ci se composaient de « quattre pilliers de boys avecques les enclavages tant en façon de potence que autre ligature de boys pour porter et stabyliser ledit gibet ». Dans un aveu rendu en 1676, le baron de Bricquebec précisait pour sa part qu’il disposait de « lieux publics à planter poteau, carcan et potence, en notre dit bourg, sur une montagne dite le mont de la ville, sis environ au milieu de la paroisse »[2]. A Cherbourg, les fourches patibulaires de l’abbaye du Vœu se situaient semble t-il sur les hauteurs d’Octeville, derrière l’Hôpital Maritime – elles ont donné leur nom au ruisseau des Fourches qui traverse cet établissement. L’abbaye de Saint-Sauveur possédait elle des fourches patibulaires établies sur le mont de Doville. Le plus souvent on s'efforçait en effet de rendre le gibet bien visible, en privilégiant particulièrement les lieux élevés et les entrées de ville.

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Hache ayant, selon la tradition, appartenu au bourreau de Valognes (coll. SAHM)

A Valognes même, le gibet du carrefour des pendus ne fut cependant pas le seul à se dresser dans le ciel de la ville. Il en existait un autre auprès de l’église Saint-Malo, probablement sur la petite place située à la jonction des anciennes rues de Sare et des Religieuses. Dans son « Journal des mises et receptes » Gilles de Gouberville note en effet, en date du 28 novembre 1562, que« l’avocat Blanc et ung fillucier qu’on appeloyt le Soldat, avoyent esté, la veille, pendus et étranglés au carrefour du pignon de l’église de Vallongnes »[3]. Le 22 août 1553, Gouberville relate également la décapitation de deux jeunes gens de Montebourg et la pendaison de trois autres condamnés, effectuées cette fois ci « derière le chasteau ». Sans doute désignait t-il ainsi le nord de la ville, là où devait plus tard s’implanter la grande route royale de Cherbourg. Un autre évènement de ce type est relaté par  Gouberville le 8 juin 1549, lorsque, toujours à Valognes, il fut après dîner « voyer trancher la tête à ung nommé Jacques Houppequin »[4]. Dans ce dernier cas cependant le lieu d’exécution n’est pas précisé. Peut-être s’agissait-il de la place des vieilles halles, l’actuelle place du calvaire, où sera installée la guillotine à la Révolution[5].

Au nombre des condamnés à mort dont la mémoire s'est conservée à Valognes, on trouve notamment, le 22 juillet 1543, référence à un capitaine d'origine française commandant l'un des navires d'une flottille anglaise venue tenter un débarquement sur nos côtes. Vaincu ce Millord fut contraint de se rendre au sieur Tourc qui commandait un navire Barlfeurais et « lequel pillote tout incontinent qu'il fut à terre, fut prins, lyé, et mené aux prisons de Vallongnes, audict pays de la Basse-Normandie, et présenté incontinent aux juges dudict lieu de Vallongnes pour en faire bonne et briefve justice ; attendu et remonstré ausdictz juges de Vallongnes que ledit pillote congnoissoit les lieus et places dudict pays de Normandie. Par quoi a esté condampné à avoir la teste coupée comme un trahistre et méschant à son prince naturel, ainsy que il avoit bien mérité et deservy"[6]. En 1620, on trouve encore mention du capitaine d'un navire turc, fait prisonnier dans le port d'Omonville-la-Rogue. « Pour avoir esté conducteur des ces pirates et volleurs, ou pour quelqu'autre meschanceté », ce dernier fut conduit à Valognes et là, « après avoir esté examiné et convaincu fut condamné par Monsieur le Lieutenant en l'Admirauté, à estre pendu et estranglé »[7]. Au XVIIe siècle, on fit également grand cas de l'affaire de Marie Bucaille et du père Saulnier, son confesseur. Convaincus de sorcellerie devant le tribunal de Valognes, tous deux furent condamnés à être « pendus après avoir fait amende honorable, la corde au cou, en chemise et pieds nus, devant la principale église de Valognes », puis à avoir le corps brûlé[8]. Dans ces deux derniers cas cependant, un appel porté au tribunal de Rouen permit aux condamnés d'échapper au supplice.

Il se produisait parfois que des officiers exécutent par erreur un condamné ne relevant pas de leur juridiction. Dans ce cas, l’usage voulait que l’on donne en compensation au haut justicier lésé un prisonnier de remplacement, ou bien à défaut, une effigie du supplicié. On a conservé notamment, pour l’année 1352, mention du dénommé Guiffroy Hoel, vassal de l'abbaye de Cherbourg, qui fut "conduit pour larcin aux prisons de Valognes et exécuté à tort par la justice royale". En réparation de cette bavure, les officiers de Valognes furent contraints à la remise solennelle d'une « figure » du mort aux religieux du Voeu[9].

Selon la législation d’Ancien régime, une différence de traitement distinguait les nobles, soumis à la décollation, des roturiers, qui étaient pendus. Mais les exécutions par décapitation ou par pendaison étaient loin de constituer le seul type de peine capitale appliquées en ce temps. Tandis que l’hérétique était brûlé vif et les femmes généralement enterrées vivantes[10], un sort tout particulier attendait la personne suicidée : « Sa mémoire était condamnée à perpétuité ; son cadavre attaché par l'exécuteur de la haute justices au derrière d'une charrette, était traîné par les rues et les carrefours sur une claie, la tête en bas et la face contre terre, puis suspendu par les pieds au gibet et enfin jeté à la voirie »[11].

La nomenclature des châtiments comprenait en outre de nombreuses autres déclinaisons. Le dénommé Gilles Charlot, évoqué par Gilles de Gouberville » le 14 avril 1556, eut ainsi « la teste couppée et son corps mis en quartiers ». Le 26 juin de la même année une femme fut brûlée pour avoir tué deux enfants. Les archives de l’abbaye de Cherbourg font encore état, l’an 1447, de la peine de la roue, appliquée à un faussaire, que l'on fit « tourner au pilori » sur la place du marché. En 1555, le « Compte des recettes ordinaires du domaine de la vicomté de Valognes » enregistrait, outre les règlements effectués pour les « œuvres et réparations en la geôle de Valognes » et la « fourniture de cordes pour les exécutions », le salaire perçu par l’exécuteur des sentences criminelles, comprenant « fustigations et marques des larrons, amputation, brûlement, pendaison et écartèlement de condamnés ».

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Vigiles de Charles VII (Bibliothèque nationale de France, mss fr. 5054) : exécution d'un noble

La diversité des supplices contribuait donc à faire de chaque exécution une réjouissante attraction populaire...


Julien Deshayes 

D’après enquête de 1404, publiée par : Abbé Jean CANU, Histoire d’une commune normande, Lieusaint en Cotentin, Saint-Lô, 1992, p. 29

Archives municipales de Bricquebec.

Edition des Champs, 4 vol., Bricquebosc, 1993-1994

A signaler aussi que le 4 mai 1553, il avait assisté à un procès où « le filz Jardinet, de Bricquebec, avoyt esté condemné avoyr la teste coupée ».

Celle-ci n’ayant cependant jamais été utilisée.

"La prise et la deffaicte des angloys par les bretons devant la ville de Barfleu pres la Hogue, en Normendie"

dans : Anatole de MONTAIGLON, Recueil de poésies Françoises des XVe et XVIe siècles, Paris, 1857, p. 198-201.

Histoire véritable de la prise des vaisseaux de plusieurs corsaires et pirattes Turcs, & sont prisonniers à Vallongne, Paris, 1620, p.6-7. La sentence ne sera pas appliquée, cet équipage ayant finalement été remis aux frères Mathurins pour être échangés avec des captifs chrétiens.

FLEURY (Jean), Littérature orale de la Basse-Normandie, Paris, 1883, p. 47-48. Marie Bucaille en appela au tribunal de Rouen et obtint une révision de peine : elle fut finalement condamnée à être passé trois jours de suite par les verges puis à avoir la langue percée d'un fer rouge. Elle quitta ensuite Valognes pour Jersey et mourut à Caen en 1704

DROUET (A.), La haute justice de l'abbaye Notre-Dame-du-Vœu, Mémoires de la Société académique de Cherbourg, 1910, p. 101.

DROUET (A.), op.cit.  Selon un acte de la vicomté d’Orbec daté de 1440, la nomenclature des châtiments se divisait ainsi : « trayné comme multrier

                col coupé comme traître

                escartellé pour plusieurs crimes,

                corps pendu au gibet comme larron, brigant et agresseur public de chemins »

(texte cité dans : LANTIER (Maurice), cent cinquante textes sur la guerre de Cent ans dans le bailliage de Cotentin, Archives départementales de la Manche, Saint-Lô, 1978, p. 253. Au nombre des dépenses du roi de Navarre pour la vicomté de Coutances au terme de la Saint-Michel 1360, on relève les peines suivantes : "Pour le salaire d'un bourrel qui pendit Mathie Bouvier et Guillot Poutrel qui furent pendus pour plusieurs larrecins 20 s ; Item pour le salaire dudit bourrel qui pendit Guillot Palefroy, de Percye, qui fut pendu et trayné pour plusieurs larrecins et murdres 10 s. ; Item pour justice faite de Richard Goullet qui fut pendu pour plusieurs larrecins10 s. (…) ; Pour les despens de Bernart Lengloiz qui fut noié pour cause de larrecin, tenu à Gavrey pour 70 jours, par jour 6 d ; vallent 35 s. Cité dans BEAUREPAIRE( François de),   "Le Cotentin sous Charles le Mauvais, les comptes de la vicomté de Coutances de Pâques 1356 et de Saint-Michel 1360", Recueil d'études normandes offert en hommage à Michel Nortier, Cahiers Léopold Delisle, t. XLIV, 1995, p.273-274

DROUET, op.cit. p. 102.

Le supplice du bûcher était la peine encourue pour les infanticides. Un acte du 22 mars 1477 concernant l'exécution d'une femme infanticide de Saint-Sauveur-Lendelin évoque par le détail ce type de châtiment.

Cité par : Abbé J. L. ADAM, Etude sur la ville de Valognes, Evreux, 1912, p. 211

Archives départementales de la Manche, inventaire de la série A (disparue en 1944).

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:52

Rue Barbey d'Aurevilly

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La propriété figure en 1670 dans la succession d'Arthur Levesque, écuyer, sieur des Mares, gendarme de la compagnie du roi, anobli en 1642. Saisie par des créanciers, elle sera rachetée par Hervé le Berseur, marquis de Fontenay, au profit de la veuve d'Artur Levesque, Jeanne de Crosville. En décembre 1687, cette dernière consent à la vente de son bien au profit de Etienne Duhamel, sieur de la Prunerie. La demeure se composait alors d'un "grand corps de logis où est premièrement un pavillon de pierre de taille, couvert d'ardoise d'Angleterre, dans lequel est un escalier de carreau. . . plus un autre corps de logis tenant aud. pavillon". Cette construction du XVIIe siècle figure sur le plan Lerouge, daté de 1767. En 1706, Etienne Duhamel revend l'ensemble à Charles Jallot de Beaumont, qui a laissé son nom à la propriété. Charles Jallot fut à l'origine des travaux d'extension et de modernisation de l'édifice. A sa suite, Pierre Guillaume de Beaumont, son neveu, parachève la construction en faisant appel à l'architecte Raphaël de Lozon, qui meurt en 1771 à l'intérieur des combles de l'hôtel, où il occupait un appartement. On attribue à ce dernier le dessin de l'avant-corps central, situé côté cour. Il ne semble pas que la construction ait reçue de nouvelles modifications après la mort du propriétaire, Pierre Guilaume de Beaumont, également décédé en 1771. Lors de l'inventaire après décès de Jeanne Félicité Jallot, le 29 pluviose an 3, plusieurs appartements de l'hôtel étaient affectés à l'usage de bureaux pour le tribunal révolutionnaire. A la mort de cette dernière, la propriété passe dans les biens de la famille du Mesnildot. Vendue en 1882 par Madame du Mesnildot, l'hôtel de Beaumont devient en 1897 la propriété du comte Froidefon de Florian, ministre plénipotentiaire, décédé en 1932. Depuis 1955 il est entré par héritage en possession de la famille des Courtils qui l'occupe aujourd'hui. Inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 4 novembre 1927, il bénéficie d'un classement partiel depuis le 31 décembre 1979.

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Façade sur les jardins

L'hôtel de Beaumont possède une façade sur cour en pierre de taille longue de quinze travées, ornée de chaînages d'angle traités en bossage. Son avant-corps central au dessin ondulant, couronné d'un fronton triangulaire abrite trois travées de baies en plein-cintre. Les mêmes ouvertures distinguent l'élévation des deux pavillons légèrement saillants établis aux extrémités de l'édifice. Les clefs des baies du rez-de-chaussée de l'avant-corps central sont ornées de mascarons représentant des visages de femme entourés de blé ou de raisin, symbolisant les saisons. Les baies du premier étage sont décorées de motifs rocaille très abondants. Le garde-corps en fer forgé du balcon de l'avant-corps central représente les attributs de l'amour. La corniche possède des modillons très saillants héritage de l'édifice du 17e siècle intégré à la construction. Dix oeil-de-boeuf éclairent les combles. Les armes des familles Jallot et Cairon devaient être sculptées sur les deux blasons ovales posés sur des rameaux de chêne mais elles furent bûchées. La façade sur jardin possède treize travées, l'avant-corps central ne comprend qu'une travée. Cet avant-corps est droit avec des baies couvertes en plein-cintre. Cette façade est recouverte d'un enduit au clou récemment restauré. Le fronton triangulaire est orné d'une sculpture en bas-relief de Pomone, la divinité protectrice des fruits, des fleurs et des jardins. Elle est représentée accompagnée de deux putti, assis sur un trône, tenant une corbeille remplie de fruits et de fleurs. Un des putti lui tend un bouquet de fleurs.

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Détail de l'avant corps de la façade sur cour, dessin par Charles JOUAS, 1941

 

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:46

Rue de Poterie (n°24) édifice disparu

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Localisation de l'hôtel des Bazan sur le plan Lerouge, 1767

Cet hôtel situé au bas de la rue de Poterie appartenait à la fin du XVIIe siècle à Pierre (II) Bazan (1640-1715), seigneur de Querqueville et de Montaigu la Brisette, fils de Guillaume Bazan (écuyer, lieutenant général au bailliage de Cotentin) et de Jeanne le Jay. A la mort de Pierre Bazan, en 1715, la propriété est partagée entre les deux sœurs du défunt, Gabrielle (épouse de Jacques Barbou de Plainmarest) et Jeanne (veuve de Jacques Gigault d’Hainneville), ainsi que son neveu, Jean-François Hervieu (fils de sa troisième sœur feue Louise Bazan), et sa veuve, Marie-Thérèse Fouquet. L’inventaire après décès du sieur Bazan décrit un édifice abritant une cuisine, un office, une cave à vin, une autre cave avec une salle à côté, une écurie et une remise à carrosse en rez-de chaussée. A l’étage de l'aile sur rue se trouvait une chambre, située au dessus du passage charretier, un cabinet et une autre chambre. Une aile en retour placée côté cour abritait « la chambre où est décédé ledit feu seigneur de Montaigu, un cabinet, une autre petite chambre en galtas, le grenier dessus, la chambre dessus la cuisine, le grande salle, dans le haut de l’escalier, la chambre dudit seigneur, un cabinet ouvrant dans ladite chambre, un grenier, un grenier dessus la chambre des filles, la chambre de ladite veuve, le cabinet de ladite chambre ».

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Portail sur cour et détail d'un angle de la façade de l'hôtel des Bazan (à droite), carte postale ancienne, vers 1910

(A gauche, les arrières de l'hôtel de Vauquelin, siège des industries Bretel)

Le 12 juin 1748, après la mort de la veuve de Pierre Bazan, François-Robert Barbou sieur de Varennes, Pierre-Augustin Barbou seigneur et patron de Querqueville et Jean-Jacques Gigault sieur de Bellefonds, vendent l'hôtel à Claude Pardon de Belair, aubergiste à Valognes. L’hôtel possédait alors quatre boutiques situées en rez-de-chaussée d’un corps de logis situé sur la rue de Poterie, séparées par une porte cochère donnant accès à la cour. L'aile sur cour abritait un salon et un office ainsi que des chambres et cabinets à l’étage. L’ensemble, avec ses cours et jardins, jouxtait alors la propriété de Charles du Mesnildot, seigneur de Vierville (Hôtel de Vauquelin) et s’étendait aussi sur un vaste enclos joignant la chasse Greville (au sud) et la chasse Marmion (au nord).

Dix ans plus tard, en 1758, le sieur Pardon de Belair revendait l’auberge du Grand-Turc à Antoine Basile Lienard. En 1766, ce dernier concédait une partie de ses écuries, faisant enclave sur la propriété voisine, au profit du comte de Tourville (Hôtel de Tourville). En 1768, John Scandrett Harford, anglais de passage à Valognes donnait de l’édifice la description suivante : « une très belle auberge dont je pensais initialement qu’il s’agissait d’un hôtel, il y avait une rampe en fer peinte et dorée, mais si poussiéreuse qu’il en était trop difficile d’en distinguer les détails ; les escaliers en pierre étaient dans le même état, la chambre que nous occupâmes était une chambre à deux lits, très joliment meublée, le plafond finement peint, les chaises recouvertes d’un damas rouge et or[…]la chambre où M. Elton s’installa était très belle et très haute, le plafond très beau… » .

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Aperçu de la façade sur une carte postale ancienne, vers 1900

Le corps de logis situé en fond de cour fut démoli en mai 1866. Furent alors mis en vente « un superbe escalier en pierre calcaire, parfaitement conservé, à jour carré, paliers de repos portés par des colonnes, avec sa rampe en fer, style Louis XIV ; deux magnifiques plafonds de salon, de même époque, avec encadrements et ornementations en chêne sculpté, d'un grand mérite et faciles à démonter, des toiles de valeur forment le fond de ces plafonds ; une cheminée de salon du même genre, avec le trumeau de dessus et diverses boiseries » (Les plafonds furent alors achetés par le comte de Pontgibaud pour être remontés au château de Fontenay à Saint-Marcouf, détruit en 1944).

L’hôtel des Bazan a été intégralement détruit par les bombardements américains de juin 1944.

S. Javel/J. Deshayes pah Clos du Cotentin

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:41

2, rue de Wéléat.

Valognes-hotels-particuliers-9414.jpg

L'hôtel de Banville a été construit dans le second quart du XVIIIe siècle, par Françoise Osber, veuve de Charles Patny, sieur de Banville, qui le vend achevé, en 1747, à sa mère, Jeanne-Françoise Osber. L'acte de vente précise bien qu'il s'agissait d'une maison "faite construire par ladite dame de Banville". Le 1er août 1768, la propriété est revendue par les deux gendres de Françoise Osber à Charles Auguste Traynel sieur de Saint-Blaise (à Bricquebec) seigneur de Bolleville.

L'édifice présente une façade austère, régulièrement ordonnancée, composée de cinq travées et de deux niveaux d'élévation. Les baies du rez-de-chaussée à linteau cintré se distinguent des fenêtres du premier étage à simple linteau droit. Cinq lucarnes prolongent à hauteur des combles l'ordonnance de la façade. Un bandeau horizontal courant à hauteur d'appui des fenêtres du premier étage. La porte d'entrée, accessible par un perron de quelques marches, est située sur la travée centrale. Le mur pignon ouvrant du côté de l'hôtel de ville est percé de deux travées de fenêtres et d'un oculus. La façade sur jardin est identique à l'élévation sur rue.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:35

70, rue des Religieuses

L'hôtel d'Aboville figure de manière peu distincte sur le plan Lerouge de 1767.

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Le 15 Mai 1773, Charles César du Mesnildot vend la propriété à Robert de Gourmont, seigneur de Saint-Germain-de-Varreville. L'édifice comprenait alors une cuisine, deux salles, une laverie, un office et un cabinet en rez-de-chaussée et quatre chambres et deux cabinets au premier étage. Robert de Gourmont meurt en 1791 mais le partage de ses biens n'est effectué qu'en 1801. Sa cinquième fille, Marie Adélaïde Charlotte de Gourmont, hérite alors de l'hôtel. En 1842, suite au décès de cette dernière, son époux nommé Pierre Ange Revel, se remarie avec Eugénie Augustine d'Aboville qui laissera son nom à la propriété. L'hôtel d'Aboville abrite depuis 1968 la Maison Familiale Rurale.

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Façade principale sur rue, malheureusement privée de son enduit

L'élévation sur rue de l'hôtel d'Aboville se compose de huit travées et de deux niveaux d'élévation. La façade désormais dépourvue de son enduit laisse apparaître son parement en moellons, avec des joints tirés à la pointe, donnant une impression de régularité. Initialement, la porte cochère était décalée à droite de la façade. A une date inconnue, elle fut démontée et replacée au centre de l'élévation, c'est pourquoi la fenêtre située à gauche de la porte cochère ne possède qu'un seul vantail, anomalie provoquant une asymétrie dans l'élévation de la façade. Cette porte cochère est encadrée de pilastres en creux et surmonté d'un épais linteau cintré orné d'une moulure en creux. La porte cochère actuelle ouvre sur un long corridor donnant accès à un jardin en terrasse. Trois soupiraux situés sur la partie droite de l'édifice éclairent un niveau de soubassement, partiellement aveugle en raison de la déclivité de la rue. Les baies du rez-de-chaussée, couvertes d'un linteau cintré, se distinguent des fenêtres du premier étage, coiffées d'un linteau droit. Les fenêtres du premier étage se signalent aussi par leurs appuis ondulants - caractéristiques des hôtels valognais du milieu du 18e siècle - et leur petit garde-corps en fer forgé. Quatre lucarnes éclairent les combles. Les chambres ont conservé leurs boiseries jusqu'au début des années 2010 mais une rénovation récente, co-financée par le Conseil régional et par le conseil général de la Manche, aurait engendré leur suppression. Les huisseries anciennes ont également été remplacée par du pvc, avec volets roulants : un remarquable contre exemple de mise en valeur du patrimoine, aux abords de plusieurs édifices inscrits aux Monuments historiques ! 

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Ancien portail charretier : les huisseries en matière plastique

sont venues remplacer le bois de chêne des huisseries primitives

Devenu une école d'enseignement rural, l'édifice a été augmenté à l'époque moderne d'une aile en retour abritant la cantine. A noter également, la fontaine extérieure et une curieuse niche à chien en pierre de style Louis XVI.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:26

(Edifice disparu)

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L'hôtel de Gouberville sur une carte postale ancienne (coll. C. Dréno)

Le 8 Mars 1715, Jean Jacques Folliot, sieur des Carreaux, propriétaire de l'hôtel de Touffreville, vend à Pierre Lefevre des Londes, marchand bourgeois, conseiller du Roi, changeur et premier échevin de la ville de Valognes, un terrain correspondant à l’assise foncière du futur hôtel de Gouberville, et comprenant alors un jardin potager planté d’arbres fermé de murailles, avec emplacement d'un lavoir. Il est précisé dans l'acte de vente que l'acquéreur souffrait "sur ledit jardin à lui vendu le droit de larmier d’un pavillon ou autre bâtiment de 24 pieds de face ou largeur du côté dudit jardin que ledit seigneur vendeur pourra faire faire quand il luy plaira". Ce terrain, toujours non bâti, est revendu en 1730 à Jean François Levéel. En 1740, ce dernier règle avec ses voisins des problèmes de mitoyenneté, manifestement dans le but de mener à bien la construction de son hôtel. En 1743 sont également mentionnés des travaux de canalisation, effectués par Vincent Samuel, "maçon et entrepreneu d'ouvrages", visant à assainir la propriété. L'édifice est vraisemblablement achevé lorsque, le 28 février 1761, y est dressé l'inventaire après décès de Anne Escoulant, épouse de Jean-François Levéel. Le 27 Août 1812, la propriété est vendue par Jean Thomas Gallis Mesnilgrand, tuteur des héritiers de Michel Levéel, à Marie-Joséphine-Olympe d’Orange, épouse de Louis Constantin de Gouberville. Propriétaire né en 1773, Louis Constantin de Gouberville avait été reçu en 1786 parmi les chevaliers de l'ordre de Malte et il mourut à Valognes en 1848. 

L'édifice abritait lors de cette vente "cuisine, laverie, salle à manger ou salon à manger, salle à manger à côté, cabinet de compagnie, salle sur la cour, une autre salle" ainsi que sept chambres et deux cabinets à l'étage. Une seconde aile abritait encore quatre autres chambres à l'étage, probablement situées au dessus des écuries. Le niveau de soubassement du corps de logis principal contenait également "la cave sous la cuisine, une autre cave, le caveau". La bibliothèque se trouvait isolée dans un appartement dit se situer "au bout de la maison ayant accès par un escalier donnant dans et le jardin", et ce document mentionne également un cabinet de travail situé sur la porte cochère donnant accès à la cour de l'hôtel.

La façade sur jardin de l’hôtel de Gouberville était composée de six travées ordonnancées et de deux niveaux d’élévation. Les baies du rez-de-chaussée de l’élévation sur jardin étaient couvertes d’un linteau cintré, tandis que celles de l’étage étaient coiffées d’un simple linteau droit. Des lucarnes, inscrites dans l’axe des travées, éclairaient les combles. La porte d’entrée, légèrement décalée sur la droite de la façade, donnait accès aux jardins en terrasse par un important perron. Le jardin public actuel de la ville de Valognes occupe une large portion du terrain de l’ancien jardin de l’hôtel de Gouberville. Une carte postale ancienne montre que l'édifice était pourvu d'une orangerie couverte d’un toit en terrasse bordé d'une balustrade, et éclairée par de grandes ouvertures coiffées d’arc de plein cintre.

L’hôtel de Gouberville a été totalement détruit par les bombardements américains de Juin 1944.

Stéphanie Javel et Julien Deshayes

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:18

 

46, rue Henri Cornat

L'hôtel de Carmesnil appartenait à la fin du XVIIe siècle à Barbe Martin, veuve depuis 1713 de Jacques de Cussy, sieur d'Armanville, qu’elle avait épousé en 1647. Par héritage, la propriété se transmet ensuite à son fils, Jean-René de Cussy d'Armanville, chevalier, seigneur de Teurthéville-Hague, de Nouainville, de Montfiquet et autres lieux, lieutenant « es ville et chasteau de Valloingnes », commandant pour le roi en la ville de Valognes, puis à son petit-fils, Jean-Gabriel de Cussy. Entré ensuite en possession de Jean-Antoine de Beauvalet, officier du roi, seigneur de Durécu, l’hôtel est revendu en mai 1757 à Charles-Jacques-Michel d'Auxais, sieur de Sainte-Marie, puis à nouveau cédé par ce dernier, le 4 février 1758, à Messire Philippe-Antoine-François de la Motte-Ango, seigneur et patron d'Anneville, Hémévez et autres lieux. Le 18 décembre 1767, François de la Motte-Ango cédait l'hôtel à Messire Thomas-Hervé de Béatrix, écuyer, sieur de Mesnilraine,capitaine commandant au régiment de milice garde-côtes de la Hougue. Après le décès celui-ci, sa veuve et ses fils revendent en février 1784 la propriété à Guillaume Besnard, sieur du Chesne, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel au baillage de Valognes, qui fut élu en 1789 député du Tiers-Etat pour le grand baillage de Coutances et devint ensuite président du tribunal de Valognes. Décédé le 19 aout 1826, Guillaume Besnard transmet en héritage l'hôtel à mademoiselle Antoinette-Marie Dubourdieu, la soeur d'Angélique-Geneviève Dubourdieu qu'il avait épousé à Valognes le 16 mars 1793. Lors du décès d'Antoinette-Marie, survenu le 22 novembre 1831, la propriété est transmise en héritage à Mademoiselle Florentine-Rosalie-Honorine Huel-Cabourg. Le 8 janvier 1832, cette dernière revend son bien à Monsieur Louis-Charles de la Motte-Ango, vicomte de Flers. La demeure est ensuite cédée par les héritiers du vicomte à Louis-Auguste Blanche, qui la vend à son tour, le 24 décembre 1836, à Antoine-Emilien baron Gay de Taradel. Le 13 mai 1837, l'hôtel de Carmesnil entre en possession de Arsène-Maurice le Mouton de Carmesnil, qui lui a laissé son nom. Entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, la propriété abrite la distillerie Duchemin, fabriquant de liqueurs et d'eau de vie de cidre, qui y emploie jusqu'à une centaine d'ouvriers.

Carmesnil 1

Hôtel dit de Carmesnil, façade antérieure

L'hôtel de Carmesnil, implanté en bordure d'un vaste parc boisé, est constitué d'un corps de logis de plan massé à mur pignon sur rue. La comparaison entre le plan de Lerouge de 1767 et le plan de Valognes de 1880 semble indiquer que la propriété a été assez largement modifiée entre ces deux dates. Le corps de logis, bâti vers le milieu du XVIIe siècle, est en outre venu prendre appui sur une construction antérieure, datant probablement de la Renaissance, dont il subsiste quelques vestiges dans la construction actuelle. Cette demeure d'époque Louis XIII a conservé sa silhouette massive, coiffée d'une haute toiture en pavillon, et ses corniches à modillons. Elle fut cependant très remaniée au XVIIIe siècle, en particulier par l’insertion d'un faux avant corps et une reprise des ouvertures. Il en résulte une façade ordonnancée organisée autour d'un faux avant-corps central, large d'une travée unique, appareillé en pierre de taille et intégrant en partie haute une fenêtre de comble logée sous un fronton triangulaire. La porte d'entrée principale, intégrée à l'avant-corps central, est desservie par un escalier extérieur en fer-à-cheval. A l'étage, une porte-fenêtre ouvre sur un balcon à garde-corps en ferronnerie, soutenu par des consoles en volutes. Les niveaux supérieurs de la façade principale sont intégralement recouverts d'un enduit au clou, tandis que l'étage de soubassement et la façade postérieure sont traités en moellon apparent. A l'intérieur de l'édifice, le grand salon et la chambre principale ont conservé leurs boiseries, datant de l'extrême fin du XVIIIe siècle ou du début du siècle suivant. Le parc a conservé une pièce d'eau longue d'une soixantaine de mètres bordé de part et d'autre par une large promenade et un pavillon de jardin, qualifié dans un acte du XVIIIe siècle de "pavillon chinois". L'organisation des bosquets et des jardins a été mis au goût du jour au début du XIXe siècle dans le style paysager et romantique. De nombreux arbres ont été plantés autour d'une vaste pelouse ondulée masquant en partie l'hôtel, que l'on découvre entre les frondaisons. Le bassin a été agrémenté d'une île plantée de deux cyprès chauves. Un jardin potager occupe une partie des anciens parterres. La plupart de ces apports semble attribuable à Guillaume Besnard Duchesne, propriétaire des lieux entre 1784 et 1826.

Les bâtiments de l'ancienne distillerie Duchemin, situés sur l'arrière de la propriété, sont aujourd'hui désaffectés. 

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Etiquette commerciale des distilleries Duchemin, où figure l'hôtel de Carmesnil

Stéphanie JAVEL et Julien DESHAYES

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 09:49

Dans une étude restée inédite, Alain Prévet a bien souligné le rôle déterminant des commanditaires dans la conception de ce château peu ordinaire. Jacqueline d’Estouteville, héritière de la baronnie de Bricquebec, avait épousé en 1509 son cousin germain Jean III, qui rassemblait ainsi entre ses mains les immenses possessions des deux branches de l’illustre famille normande. Jean d’Estouteville fut élevé à la cour de Moulin, le « premier chantier véritablement influencé par la Renaissance italienne », au temps des expéditions ultramontaines de Charles VIII. Employé aux affaires du roi, il effectua ensuite lui même plusieurs voyages en Italie. Revenu sur ses terres normandes, il continua cependant à fréquenter la cour, alors établie à Blois, où Pacello da Mercogliano s’afférait à la création des nouveaux jardins. A la mort de Jean III, en 1517, Jacqueline réside ponctuellement à Bricquebec, où sa présence est attestée en 1524, et où elle reçoit, en avril 1532, la visite du roi François 1er en voyage en Normandie.  Son épitaphe précise qu’elle décéda le 10 août 1550 « en la Galerie du jardin de son châsteau de Bricquebec ». Ce document constitue la plus ancienne source écrite relative à l’édifice.

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Façade orientale, d'après une carte postale ancienne

Adrienne d’Estouteville, fille unique et seule héritière de Jean III et de Jacqueline, épouse en 1534 François de Bourbon, duc de Saint-Paul. Dame de compagnie de Catherine de Médicis, elle est aux premières places lors des cérémonies du Sacre et figure immédiatement après la reine lors de son entrée parisienne du 18 juin 1549. Durant les années suivantes, entre 1552 et 1560, les séjours effectués par Adrienne Estouteville à Bricquebec sont partiellement documentés par le « Journal des Mises et receptes » de Gilles Picot, sire de Gouberville. Au grès des visites de courtoisie qu’il effectue chez « Madame », en sa « galerye », Gilles de Gouberville mentionne ponctuellement la chambre de Madame, la salle, la « table du Conseil » et la « sale de Beauvays ».

A la mort d’Adrienne, en décembre 1560, l’héritage familial revient à Marie d’Estouteville, qui fera passer Bricquebec à son troisième époux, Léonor d’Orléans, duc de Longueville, puis, par sa fille Léonore, à la famille de Matignon.

 Bricquebec plan couleur

Plan du bourg de Bricquebec en 1786, détail du château des Galleries

 Situé au centre du parc seigneurial avoisinant l’ancienne forteresse des sires de Bricquebec, le château des Galleries fut d’emblée conçu dans la plus étroite relation avec son environnement paysager. Le corps de logis en rez-de-chaussée surélevé, étendu tout en longueur sur dix-huit travées, révèle à l’analyse une évolution complexe, résultant d’au moins quatre phases de construction successives.

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Détail de la galerie primitive d'après une carte postale ancienne

La partie sud de la façade orientale, nettement différenciée du reste de l’élévation, se compose d’une galerie d’arcades de huit travées, reposant sur de grêles colonnes engagées à chapiteaux composites. L’alternance des socles formant saillie sur la partie basse du mur indique peut-être une subdivision des arcades en deux baies jumelles, aujourd’hui effacée par l’insertion de fenêtres à meneaux. Selon une interprétation désormais admise, cette petite structure, parfaitement raffinée, constituait initialement un édicule de jardin, galerie ouverte servant de pavillon de plaisance lors de promenades ou de fêtes en plein air. Le style des chapiteaux à fûts circulaires, sur lesquels l’acanthe se mêle de grappes de fruits, de cornes d’abondance et de figures d’atlantes, s’inscrit assez nettement dans la filiation des œuvres produites par la première Renaissance caennaise, dans les années 1530, et notamment de l’hôtel d’Escoville. Par sa fonction, l’édifice participe également d’un engouement pour les petites constructions de plaisance italianisantes, destinées à l’agrément et à l’ornement des jardins, qui apparaît fortement marqué autour de la capitale régionale. Ces relations semblent confirmées par le matériau employé sur cette portion de bâtiment, un  calcaire tendre et ocré provenant de la région de Caen.

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Chapiteau de la galerie primitive des Estouteville, vers 1530.

Lors d’une seconde phase de construction, le corps de portique initial fut fermé par des fenêtres à meneaux et  augmenté au nord de huit nouvelles travées délimitées par des pilastres à chapiteaux. Le style de ce décor sculpté, constitué d’un répertoire varié de corbeilles à protomes, grappes de fruits, putti et autres ornements, s’inscrit encore dans le contexte d’une Renaissance précoce, sans doute inspirée de modèles caennais. Une comparaison peut notamment être suggérée avec les sculptures de la chapelle du château de Fontaine-Henry, édifiée vers 1540 par l’atelier de Blaise le Prestre. En revanche, le détail des baies à meneaux chanfreinés à amortissements prismatiques qui agrémentent cette portion de la façade, et qui furent dans le même temps insérées sous les arcades de la galerie primitive, relève d’un vocabulaire plus ordinaire, commun avec de nombreux manoirs ou petits châteaux du Clos du Cotentin. Compte tenu des sources relatives au décès de Jacqueline d’Estouteville, le 10 août 1550 « en la Galerie du jardin de son châsteau de Bricquebec » et aux visites successives de Gilles de Gouberville à partir de 1552, on peut admettre sans trop de risque que l’extension fut antérieure à 1550. Ces aménagements visaient clairement à une affectation résidentielle de l’édifice. Ils correspondent vraisemblablement à la volonté de Jacqueline d’Estouteville de se constituer un nouveau séjour, à l’écart de la forteresse médiévale de ses prédécesseurs.

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La façade occidentale d'après une carte postale ancienne


La formule du corps de logis constitué d’un unique niveau de plain pied sera reproduit localement aux châteaux d’Amfreville, d'Etienville, de Sainte-Colombe ou bien encore au château de Tournebut, à Saint-Germain-de-Tournebut. Aux Galleries toutefois, ce rez-de-chaussée est en réalité surélevé sur un niveau de soubassement, dont l’existence est uniquement perceptible en façade ouest. Selon un processus relativement courant d’inversion de l’orientation de l’édifice, cette élévation postérieure fut en effet réaménagée au cours d’une troisième phase de construction, pour devenir la façade principale, face à la partie boisée de l’ancien parc seigneurial.

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Escalier de la façade ouest

L’analyse de cette phase III reste tout à fait sommaire. Les solutions décoratives qui sont employées sur l’élévation occidentale des Galleries initient le style sobre de « l’école cotentinaise », identifiable notamment par l’emploi de petits jours doubles et le recours constant au motif du fronton triangulaire couronnant les baies de la façade. Aux Galleries toutefois, la modénature arrondie des meneaux des grandes fenêtres diffère de la section strictement rectangulaire, employée systématiquement dans les édifices de la seconde Renaissance cotentinaise, et au nombre desquelles il convient principalement de citer les châteaux de Sotteville, Crosville-sur-Douves, Chiffrevast et la Cour de Saint-Martin-le-Hebert. Ce détail, aussi infime soit-il, traduit selon toute vraisemblance l’antériorité des Galleries et son caractère innovant et précurseur par rapport à ces diverses constructions. L’escalier en fer à cheval menant à un porche surélevé couvert d’un toit à l’impériale constitue le morceau de bravoure de cette élévation dont la nouveauté tient aussi au report des fonctions serviles dans l’étage de soubassement et, par opposition, à la définition d’un étage noble formé d’un déploiement d’espaces en enfilade. En raison de ces critères d’approche, et du silence de Gilles de Gouberville concernant d’éventuels travaux menés avant 1560, il convient sans doute d’attribuer ce programme à Marie de Bourbon, fille de Jacqueline d’Estouteville et de situer cette phase de la construction dans le dernier quart du XVIe siècle.

Julien Deshayes

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 15:18

 

Note de synthèse provisoire

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Une origine antéireure au Moyen-âge ?

Selon un état manuscrit de la baronnie de Bricquebec rédigé en 1786 il est indiqué que "La tradition des anciens veut qu’il y ait eu (à l'Etang Bertran) un château et des fortifications. Cela est vraisemblable, mais il n’en est resté aucun vestige"..

Charles de Gerville avait repéré, au tout début du XIXe siècle, des traces d'occupation antique le long de la rivière, et l'abbé Lebreton, prêtre érudit (on lui doit la destruction de l'ancienne église romane de Bricquebec et son remplacement par une meringue néo-gothique), mentionne  au début du XXe siècle  l'existence d'un camp romain au lieu-dit Grand-camp, sur un plateau dominant au sud un méandre de l'Ouve. Lebreton affirme également "alors que la grande commune de Bricquebec n'était guère qu'une vaste forêt, la principale agglomération des habitants se trouvait à l'Etang-Bertrand". L'hypothèse d'une occupation antique de ce retranchement et celle d'une antériorité de cette agglomération sur celle de Bricquebec, ne sont malheureusement étayées par aucune source écrite ni par aucune découverte archéologique déterminante. L'intérêt stratégique du site, contrôlant un franchissement de l'Ouve sur la chaussée d'un axe routier majeur (connu depuis le XIVe siècle sous le nom de Carrière-Bertran) est cependant assez manifeste pour avoir justifié l'établissement d'une fortification à cet emplacement.

 Camp-extrait-defilas.jpg     

L'église Saint-Siméon

La chapelle Saint-Siméon de l’Etang n’est à ma connaissance citée dans aucune source médiévale. Ni le Livre Noir (v. 1280), ni le Livre Blanc ou Pouillé du diocèse de Coutances (1332) n’en font état, pas plus que le cartulaire de la baronnie de Bricquebec, qui cite en revanche les chapelles du château, de Sainte-Croix-de-Bois et de Saint-Blaise des Ys. La première occurrence rencontrée est celle de la carte de Mariette de la Pagerie (1689). La Chapelle Saint-Siméon figure également sur la carte de Cassini, apparemment à son emplacement actuel. En 1786 enfin, il est indiqué que « Dans ce village est situé la Chapelle de l’Estang à la collation de la dame du lieu, dont le titulaire à le droit de mettre ses bestiaux dans la prairie de la salle, depuis le mois d’août jusqu’au premier avril ». L’abbé Lebreton signale que l’édifice était desservi à la Révolution par un dénommé Robert Chappey, puis qu’elle le fut par un vicaire de Bricquebec. Il précise également que la construction du presbytère fut entreprise en 1833 par M.Delacotte (1831-1843), et achevée par son successeur, M. L’abbé Langlois. Officiellement, la création de cette paroisse ne date cependant que de 1845. C'est donc à juste titre que L’abbé Lebreton précise que l’édifice faisait fonction de paroisse longtemps déjà avant l’érection de l’Etang-Bertran en commune autonome (1895).

A mon sens, il est probable que cet édifice existait bien en effet depuis une époque reculée et qu'il bénéficiait, dès l'époque médiévale, de fonctions curiales presque aussi étendues que celles d’une paroisse.  En faveur de cette hypothèse, on peut notamment citer, à titre de comparaison, l’exemple de la chapelle de Hautmesnil, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, exerçant en 1318 les fonctions curiales d'une église (baptêmes, enterrements, mariages…), mais qui n’est pas citée non plus dans les inventaires ecclésiastiques des XIIIe et XIVe siècles. Le silence des sources écrites traduit probablement l'embarras des autorités diocésaines face à l'existence de ces sanctuaires "non déclarés", subsistant manifestement hors de tout contrôle épiscopal à l'usage de communautés d'habitants résidant au cœur des marais ou des forêts…

L’abbé Lebreton indiquait dans son ouvrage publié en 1902 que l’église « ogivale » avait « été construite, il y a une trentaine d’années ». Cette mention convient assez bien avec l’aspect de l’édifice actuel. On se souviendra que l’existence de cette église neuve incitera en 1895 les paroissiens de l’Etang, qui ne souhaitait pas participer au financement de la nouvelle église de Bricquebec, à obtenir, en même temps que Rocheville, leur érection en commune autonome.

 

Cet édifice en grès local adopte un plan orienté en croix latine, avec tour de clocher portant sur la chapelle latérale sud, située à la jonction du chœur et de la nef. Bien qu’elle semble correspondre à un projet unique, cette disposition est commune à de nombreux édifices religieux du Cotentin, construits par agrégation progressive de divers éléments (les chapelles venant généralement s’ajouter, à partir des XIVe et XVe siècles, à une nef et un chœur plus anciens). La forme ovoïde du clocher coiffé « à l’impérial », encadré d’une balustre à quadrilobes ajourés, constitue la principale originalité de cette architecture. Il faut sans doute le rapprocher de celui de l’église abbatiale de la Trappe de Bricquebec  Le mobilier intérieur recèle peu d’éléments anciens : quelques éléments de retables, aujourd’hui visibles dans la chapelle nord, sont datables du XVIIe siècle.

Le tympan du portail occidental est sculpté d’une représentation assez maladroite de la Résurrection du Christ. Jésus s’élève dans les nuées tandis qu’un ange supporte le couvercle du sépulcre. Deux légionnaires romains assoupis occupent le premier plan. Au revers de la façade, un second tympan illustre la déploration du Christ mort.

 

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Statue de saint Siméon (Cliché de la Conservation des antiquités et objets d'art de la Manche).

 

Le vocable de  Siméon le Stylite, saint ermite mort à Antioche en 459, est assez rare. Un vocable identique désigne une chapelle située à Portbail, qui servait jadis aux offices paroissiaux. Siméon le Stylite figure également sous forme de statue dans la chapelle Sainte-Anne, anciennement Sainte-Croix des Bois, de Bricquebec. D’après la carte de Mariette de la Pagerie, une autre chapelle Saint-Siméon[2] existait à Quettetot, à l’intérieur d’une portion de la forêt de Bricquebec jadis nommée le « bois de la Houlette ». A Quettetot, il existe aussi dans l’église paroissiale une statue d'époque Renaissance représentant cette fois le vieillard Siméon des évangiles. On retrouve encore le  vieillard Siméon sous forme de statues des XVe et XVIe siècles conservées dans les églises de Breuville, Neuville-en-Beaumont et Aumeville-Lestre[3]. En Cotentin, l'église Saint-Georges de Néhou abritait au XVIIe siècle un autel et une chapelle dédiés à l'un des deux Siméon, mais elle a disparu depuis. Sur la frontière du Cotentin et du Bessin, il existe à Neuilly-la-Forêt une fontaine réputée miraculeuse consacrée à saint Siméon, et à Sainte-Honorine-des-Pertes subsistent les ruines d'une chapelle saint Siméon, qui faisait avant guerre l'objet de processions populaires. A Honfleur - bourg portuaire jadis placé pour partie sous le contrôle des Bertran de Bricquebec - se trouve une ferme Saint-Siméon, célèbre pour avoir abrité de nombreux peintres de la côte Fleurie.

Dans le secteur de Bricquebec, la dévotion au saint ermite oriental a peut-être été diffusée à partir du XIe siècle par les chanoines de la baronnie, auxquels revenait la charge de l'encadrement religieux des populations forestières vivant dans l'orbite du château de Bricquebec. Disposant eux-mêmes d'un ermitage isolé dans les bois, non loin de l'Etang-Bertran, ces chanoines lettrés avaient sans doute une connaissance précise de la vie de ce fou de Dieu qui vécut plusieurs années au sommet d'une colonne.

 

 

Le bourg de l'Etang

Le bourg de l'Etang-Bertran est une petite agglomération située à environ cinq kilomètres du château de Bricquebec. L’habitat s’y regroupe autour d'un ancien moulin seigneurial et d’un pont routier, formant chaussée sur la "carrière Bertran", une route médiévale menant de Bricquebec à la baie des Veys. Bien qu’il disposât de sa propre chapelle, ce village était anciennement compris dans le très vaste ressort territorial de la paroisse de Bricquebec.

Un coutumier rédigé en 1300 et un aveu de 1456 de la baronnie mentionnent conjointement, les "bourgeois de Bricquebec et de l'Etang", confirmant donc que les habitants de ce village jouissaient de franchises propres aux tenures en bourgeoisie. La notion de bourg implique également l'existence d'un marché hebdomadaire, permettant les échanges commerciaux et le développement de l'artisanat. En 1325, par concession royale, Robert Bertran, seigneur de Bricquebec, obtint en outre la création d'une foire au bourg de l'Etang, le jour de la Saint-Nicolas (en mai).

Un acte de juillet 1241 relatif à la concession de moulins et de terres appartenant à Guillaume de Magneville, seigneur de Magneville, au profit de Robert Bertran de Bricquebec, évoque la rente d'un quartier de froment à percevoir de Ruffo de l'Etang et une autre rente de quatre sols, huit deniers, deux pains, deux poules et vingt œufs dus par Robert Forgeron (ou le forgeron) de l'Etang. Cet acte évoque aussi "la terre des fourniers" (terram fornellorum) qui se situait dans le même secteur. On perçoit timidement, à travers de tels patronymes, l'existence de cet artisanat local.

Il est encore question du bourg en 1786 dans les archives de la baronnie de Bricquebec : « l’Etang Bertrand, a retenu le titre de bourg, et jouit en effet du droit de bourgeoisie, et il n’y a pas un siècle qu’il y avait encore un marché, des foires, qui ont été transférées au bourg de Bricquebec » .

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Plan du pont et des moulins de l'Etang Bertran vers 1780    

Les moulins

 Les seigneurs de Bricquebec possédaient la jouissance de plusieurs cours d’eau situés sur le territoire de leur baronnie :

"L’Ouve, depuis le pont de Sottevast jusqu’au « moulin de la Fosse en Golleville au lieu-dit le Gravier où il y a encore de présent quelques masures de murailles » (aveu de 1696)

La Sye, depuis sa source, située à Saint-Martin-le-Gaillard, jusqu’à son débouchée dans l’Ouve".

Ils exerçaient sur ces rivières plusieurs droits, dont le droit de curage, permettant : « sur l’annonce qui était faite par le procureur de la justice du seigneur, qui fixait un jour pour cette corvée générale, tous les vassaux étaient tenus de venir curer les douves et fosses du château, les étangs et réservoirs, les rivières ». Ils avaient le droit d’établir des pêcheries et possédaient plusieurs moulins, situés à Bricquebec, Négreville, Magneville, le Vrétot et Surtainville. On apprend aussi par ces documents que les vassaux des barons de Bricquebec étaient tenus de plusieurs devoirs liés aux différents moulins : « à cause ded. Moullins m’appartiennent et sont deubz plusieurs services particuliers, tant de charriages de meulles au grain, réparations de chaussée, carier les (  ) que autrement : Et sont tenus mes hommes de mad. Seigneurie subjectz aller faire moudre leurs bleds ausd. Moulins, sous peine de forfaiture ».

Le moulin de l’Etang-Bertran est signalé pour la première fois dans un document de peu antérieur à 1204, faisant état de la donation aux prêtres de la chapelle Sainte-Croix (actu. Ste-Anne) d’une rente de 22 quartiers de froment à prendre sur le moulin de « l’Estanc ». L’acte  mentionne également le don de la dîme des anguilles de la pêcherie de ce moulin et de la pêcherie située sous le moulin (« decimam anguillarum piscature ejusdem molendini et piscaturam quam habere consueverunt sub eodem molendino »).

Etang-Bertran

Le pont de L'Etang-Bertran sur une carte postale ancienne

L’Estang-Bertran est de nouveau cité dans un aveu rendu en 1456, indiquant qu’il y existait encore un moulin mais qu’il « souloit en avoir deux », ce qui signifie qu’un des moulins avait été détruit ou laissé en ruine. En 1786, il est précisé que le moulin de l’Etang « consiste en deux roües, l’une pour le froment et le sarrazin, l’autre pour l’orge. Tous les instruments servant à faire farine appartiennent à la dame du lieu. Le droit de moute est au 16e. Il mout toute l’année, les eaux y sont suffisantes ». Le moulin était alors affermé à Jean Levéel, moyennant 2200 livres de fermage, englobant aussi 19 vergées de terres et herbages. Ce document indique aussi que « les individus sont le meunier et son épouse, quatre enfants dont l’aîné à 9 ans et cinq domestiques. Payent au roi 300 livre d’imposition et 40 livre de sel ». Il est encore précisé que « le moulin a besoin d’un corps de bâtiment pour loger le meunier et sa famille, attendu qu’il n’y a qu’une chambre à ce moulin, et qu’il est obligé de louer dans le village ».

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(J. Deshayes, 14/03/2004)

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