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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 16:04

SSvte église 027

I - Architecture

D'après des éléments issus du cartulaire de l'abbaye, édités par Delisle, il semble que l'église St-Jean, initialement située à l'intérieur du château des barons de Saint-Sauveur, se soit déplacée entre la fin du XIe siècle et le premier tiers du XIIe siècle à son emplacement actuel. Tandis qu'un texte des environs de 1190 mentionne une église paroissiale située "in (suo) dominio", la pancarte de 1136 fait clairement référence au don d'une prairie située "sous la nouvelle église"  (sub nova ecclesia Sancti Salvatoris). Il est à ma connaissance très rare de posséder des informations aussi précises concernant l'origine d'un édifice paroissial. Le transfert des fonctions curiales depuis l'ancienne chapelle castrale vers un nouvel édifice offre en outre un jalon intéressant concernant l'histoire de l'ensemble du bourg, qui, de fait, s'est intensément développé pendant cette période, autour du château et le long de la route de Portbail.

SSvte église 032

Vestiges de décor peint dans l'ébrasement d'une fenêtre du XIIIe siècle

Il ne subsiste plus dans l'église aucun élément identifiable pouvant appartenir au XIIe siècle. L'essentiel de l'édifice actuel remonte au XIIIe, mais a fait l'objet d'une importante reconstruction durant la seconde moitié du XVe siècle, probablement après la guerre de Cent ans. La nef charpentée à bas-côté, éclairée par des fenêtres hautes, fut alors entièrement remaçonnée et dotée d'un voutement sur croisées d'ogives. Ces voutes ont rendu inutiles les anciennes fenêtres du vaisseau central, qui sont conservées mais n'éclairent plus aujourd'hui que les combles. D'autres vestiges du XIIIe siècle sont visibles dans le bras nord du transept, où la fenêtre ouvrant vers l'ouest est restée en place. Autour de cette baie se remarquent encore, intérieurement, des traces résiduelles d'un décor peint formant un faux appareil caractéristique du XIIIe siècle. Le mur pignon de ce bras de transept, doté d'un parement en pierre de taille, présente la trace de deux fenêtres anciennes que séparaient un contrefort central. Au XVe siècle, ces fenêtres ont été obstruées et le contrefort central a été réduit en hauteur, tandis que l'on installait une grande baie à remplages flamboyants. Le clocher latéral, côté sud, possède aussi, en partie haute, des fenêtres pouvant dater au XIIIe siècle. La façade en pierre de taille mérite également d'être observée en détail, car elle conserve plusieurs baies gothiques, ainsi que deux reliefs à motifs cruciformes, réutilisés au XVe siècle. Le  parement en pierre de taille qui distingue cette façade remonte très vraisemblablement à la première phase de construction gothique. Le choeur à chevet plat doit également appartenir au parti XIIIe, bien qu'il ait, lui aussi, subit des remaniements.

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Vue intérieure de la nef

Un obit conservé aux archives de la Manche fait référence à la chapelle fondée le 16 août 1476 et construite par Raoul Langlois, écuyer, à l'emplacement des fonts baptismaux. Aujourd'hui, les fonts baptismaux se trouvent dans la première travée du bas-côté nord de la nef, mais il ne s'agit peut-être pas de leur emplacement d'origine. Pour des raisons qui seraient un peu longues à expliquer, il est plus vraisemblable que la chapelle en question corresponde en fait à la chapelle située sous le clocher, côté sud, à la jonction du choeur et de la nef. Cette dernière possède encore l'une de ses belles fenêtres à remplages flamboyants, tandis que les autres ont été partiellement obstruées à une époque tardive.

L'élévation du choeur et de la nef du XVe siècle est bien représentative de l'architecture flamboyante du Cotentin dans la seconde moitié du XVe siècle. Le principe des grandes arcades dont les moulures viennent mourir dans l'épaisseur des colonnes sans l'intermédiaire de chapiteaux existait aussi à Saint-Malo de Valognes et se retrouve en de nombreuses constructions contemporaines.

La grande chapelle flanquant le choeur au nord, fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul, fut construite par la famille Desmaires entre 1609 et 1615. Son histoire est bien connue grâce aux travaux que André Dupont a consacré à cette famille de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui connue une importante fortune aux XVIe et XVIIe siècles. Par mariage, la chapelle appartint ensuite aux Harcourt, avant d'être pillée à la Révolution, puis remaniée et restaurée au XIXe siècle. Son architecture s'inspire encore de la tradition gothique, dont on a repris les baies à arc brisé, les contreforts et les larmiers. Il est même surprenant de trouver, à une date aussi tardive, des portes dont le linteau en accolade évoque encore le XVe siècle. Pour le reste, il n'est trop étonnant de constater un tel archaïsme, la référence au gothique ayant valeur de citation de ce que l'on considérait toujours comme étant l'architecture religieuse par excellence.

Au XIXe siècle aussi, on édifia la copie conforme de la chapelle Desmaires sur le flanc sud du choeur. Des inscriptions, à l'intérieur, en mentionne la construction, financée notamment par Bottin Desylles, et la consécration par l'évêque de Coutances.

P1000065

Les fonts baptismaux de style Renaissance

II - Mobilier

 De mémoire, je ne citerai très sommairement que quelques unes des nombreuses oeuvres de qualité qui décorent cette église :

- Le très beau Christ aux liens polychrome mérite une mention toute particulière, d'une part en raison de sa belle facture, d'autre part parce qu'il s'agit d'une statue exceptionnellement bien documentée. Nous savons en effet qu'il fut acheté à Rouen, l'an 1522, pour l'église abbatiale, puis transporté par voie de mer et sur canaux jusqu'à Saint-Sauveur-le-Vicomte.

- Le saint Jacques, avec bourdon et sacoche, est une oeuvre locale (pierre d'Yvetot-Bocage ?), datable du XVe siècle, voir du début du XVIe siècle.

- Les fonts baptismaux Renaissance, avec date portée de 1576, se signalent par leur décor de frise corinthienne et leur base à pattes ornées de mufles de lion. Ils portent les armoiries de la famille de Grimouville, qui fournit l'un de ses abbés à l'abbaye voisine.

- Le saint Jean-Baptiste et le saint Michel du choeur (XVIIe siècle), rappellent la double titulature de l'église. Ils furent peut-être commandés en même temps que le retable, en 1654.

 Saint-Sauveur-le-Vicomte, christ, 1522

Le Christ aux liens acheté à Rouen pour l'abbaye de Saint-Sauveur en 1522

 

Julien Deshayes

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 18:47

 Ndie illustrée

 Aux origines de l'abbaye, la chapelle castrale des vicomtes du Cotentin

 La fondation de l'abbaye bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte fut précédée par celle d'une chapelle collégiale, établie peu avant l'an Mil par le vicomte Roger en son château de Saint-Sauveur. Cette collégiale rassemblait au milieu du XIe siècle neuf chanoines, pourvus de revenus provenant principalement des iles anglo-normandes. La suppression de cette communauté et son remplacement par des moines venus de Jumièges est traditionnellement datée de 1067. Cette substitution, motivée par l'aura spirituelle dont bénéficiaient alors les frères de l'ordre de saint Benoît, était également dictée par la volonté d'instituer, par l'intermédiaire des moines, une importante réforme des institutions religieuses. Il s'agissait aussi d'un acte politique, soutenu par le duc Guillaume, qui, en encourageant la restitution aux abbayes d'une partie des domaines que l'aristocratie s'était approprié, s'efforçait de limiter et de contrôler le pouvoir des seigneurs locaux.

 fouilles ssvte plan au sol

Sarcophage de la nécropole de l'ancienne chapelle castrale retrouvées au cours des fouilles menées en 2001 sous la direction de Gérard Vilgrain


La fondation de l'abbaye

Le déplacement de la communauté depuis la basse-cour du château vers son site actuel semble effectif vers 1080, date à laquelle Néel le Vicomte, baron de Saint-Sauveur, octroie de nouvelles donations à l'abbaye. Le commencement du chantier de la nouvelle église est probablement assez voisin de cette date, puisque c’est à ce même Néel qu’est attribuée dans un acte postérieur l’entreprise de la construction de l’abbaye. Une autre charte, précisément datée de 1104, permet de documenter une importante cérémonie effectuée à l'occasion de la donation à l’abbaye de l’église Saint-Martin de Grosville, en présence du vicomte Eudes et de son épouse, de l’évêque de Coutances et de l’abbé Bénigne, ainsi que de nombreux clercs, moines et seigneurs locaux. Sans être parfaitement explicite, cette cérémonie, incluant le dépôt symbolique de l’église nouvellement offerte sur l’autel de l’abbaye, apparaît indicative de l’achèvement d’une première étape du chantier, comprenant vraisemblablement la construction du chœur liturgique de l'église abbatiale. L’achèvement de l'édifice est attesté par un acte du cartulaire, daté des environs de 1165, faisant état de la dédicace de l’abbaye par Jourdain Tesson et son épouse, en présence de l’archevêque et de plusieurs évêques, abbés, clercs et laïcs rassemblés.

 Jean-Charles DANJOY 2

Plan de l'église abbatiale par Danjoy

 

La construction romane

Lorsque la communauté bénédictine de Saint-Sauveur-le-Vicomte entreprend, vers la fin du XIe siècle, la construction de son église abbatiale, elle utilise des formules architecturales éprouvées, parvenues à leur pleine maturité, au gré d’expériences déjà nombreuses menées en d’autres abbayes du duché. L'étude des vestiges subsistants indique que le plan de l'édifice comprenait un chœur à abside flanqué de chapelles à chevet plat formant bas-côtés, augmentées de deux absidioles orientées, greffées sur les bras du transept. La tour dominant la croisée du transept, autre héritage de la construction romane, dominait l'étagement harmonieux des volumes du chœur et s'articulait avec une longue nef à bas-côtés. Cette nef comprenait une élévation à trois niveaux, superposant aux grandes arcades des parties basses un triforium aveugle et un étage de fenêtres hautes muni d’une galerie de circulation aménagée dans l'épaisseur du mur. D’après l’organisation des supports du mur sud de la nef - seule partie de l'édifice primitif conservée dans sa presque intégralité - il semble que le vaisseau central ait pu posséder initialement un voûtement sur croisées d’ogives. L'ensemble de ces différents éléments impose une comparaison privilégiée avec l'église abbatiale de Lessay, distante seulement d'une vingtaine de kilomètres. Outre l'adoption d'un plan similaire et le recours précoce au voûtement sur croisée d'ogives, les deux édifices présentent des points communs évidents, jusque dans le détail de leurs articulations et de leur décor sculpté. L'hypothèse de l'intervention d'un même architecte, ou d'une même équipe de bâtisseurs, dans la construction de ces églises qui étaient, sur un plan formel, presque des sœurs jumelles, mérite d'être proposée.

 Bouet VA 07

Détail de l'élévation romane levé par Georges Bouet

Le cadre d'un idéal spirituel

Saint-Sauveur et Lessay obéissaient toutes deux à un parti architectural fondé sur une stricte géométrie de volumes géométriques simples et unifiés, régulièrement ordonnancés par une consonance rythmée d’arcs et d’arcatures. Dans l’esthétique bénédictine du XIe siècle, cette rigueur géométrique se faisait expression d’un ordre supérieur, celui d'une création divine conçue selon des lois numériques d’ordre et de mesure. Cet ordre était également reproduit dans la disposition des bâtiments monastiques, régulièrement organisée autour du cloître, enveloppe d’une vie selon la règle dont l'objectif visait à regagner, par la pratique assidue de la louange liturgique et de la lectio divina, l’état angélique perdu lors de la Chute. Participant de cet idéal monastique, l’architecture se voulait incarner, par sa clarté structurelle, l’harmonie intelligible des hiérarchies célestes. Mais ce microcosme d’une création restaurée n'eut été achevé si le décor sculpté n’y apportait, avec une sobriété propre aux édifices monastiques normands, son élément propre de diversité. L’alternance subtile des chapiteaux sculptés de godrons, de feuilles plates ou de corbeilles lisses couronnant les colonnes définit, au sein de cet espace unifié, une part indispensable de variété, tout comme la variété des individus constituant la communauté se devait d’être préservée dans l’union de la charité monastique.

 chapiteau romans de la nef

      Chapiteaux romans de la nef de l'église abbatiale

 

Destructions et renaissances

 Les importants dommages subis par l’abbaye ont, au cours des siècles, pratiquement gommé, pour le visiteur d’aujourd’hui, la perception du projet initial des bâtisseurs romans. Immédiatement voisine du château, qui fut un enjeu militaire considérable durant la guerre de Cent ans, l'abbaye eût en premier lieu à souffrir très directement de ce conflit. Une enquête menée en 1422 fait état de la ruine des bâtiments, condamnant les moines à dormir sur de la paille à l'intérieur l'église, elle-même partiellement détruite depuis 1375. La restauration est entreprise à partir de l'abbatiat de Etienne du Hecquet (1439-1444), auquel est attribué la reconstruction d'une chapelle dédiée la Vierge. Selon le père Lerosey, la réédification intégrale du chœur et la reprise des parties endommagées de la nef ne fut effectuée que sous l'abbatiat de Jean Caillot, entre 1451 et 1470. Ce chœur gothique flamboyant substitue à la calme horizontalité des parties romanes un élan monumental nouveau. L’abside à trois pans, très lumineuse, est éclairée par deux niveaux de fenêtres de hauteur croissante, produisant un net effet de verticalité. A l’extérieur, l’élancement de l’élévation est renforcé par de solides contreforts biais, hérissés de gargouilles et couronnés en leur sommet de balustrades ajourées. Cette belle construction gothique a souvent été comparée au chœur de l'église abbatiale du Mont-Saint-Michel. Elle doit être plus étroitement encore rapprochée de celui de l'église paroissiale Saint-Malo de Valognes, son contemporain, qui en reprend les principales dispositions.

Saint-Sauveur--abbaye 2050

   Le chevet ré-édifié au XVe siècle

Abandonnée par les moines dès avant la Révolution Française, vendue après 1792 comme bien national, l'abbaye se voit ensuite transformée en carrière de pierre. L'état pitoyable dans lequel se trouvait l'édifice au début du XIXe siècle est documenté par des gravures romantiques, montrant l'abbatiale totalement éventrée, privée d'une bonne partie de sa façade et de l'intégralité du mur nord de la nef.

L'ensemble aurait probablement disparu aujourd'hui si Marie Madeleine Postel n'avait décidé, en 1832, de venir s'y établir avec sa communauté. Les restaurations menées sous son impulsion à partir de 1838, ont parfaitement su respecter la diversité des campagnes de constructions qui faisait la spécificité de l’église abbatiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte. A une époque où le renouveau du goût pour l’architecture médiévale dictait bien souvent des interventions trop systématiques, l’architecte François Halley, un "enfant du pays" au génie reconnu, a su faire preuve d’un rare pragmatisme. Si la verve de son inspiration, qui le conduisit à développer un décor sculpté riche et inventif, contraste avec la simplicité des ornements romans, sa compréhension des formes anciennes traduit, pour le reste, une intelligence remarquable de l’architecture médiévale. Nous avons souligné, dans une étude qui reste à paraître, combien cet « homme attardé tombé du ciel du Moyen Age » disposait en fait de solides références archéologiques. Puisées principalement dans l’atlas des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie de 1825 et de 1834 ainsi que dans les illustrations de l’Abécédaire d’archéologie et des Cours d'antiquités monumentales professé à Caen en 1830, les sources d’inspiration de François Halley illustrent de manière très vivante l’impact exercé en leur temps par les publications d’Arcisse de Caumont.

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Le chantier de la reconstruction figuré sur l'un des chapiteaux sculptés par François Halley

 

Julien DESHAYES, 2006

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:02

 

repérage 15-17mai 08 010

La communauté des bénédictines de Valognes fut initialement fondée à Cherbourg, en 1623, avec le soutien étroit de la famille de Tourlaville. En 1626, la peste oblige les sœurs, dirigées par l'abbesse Charlotte de la Vigne, à fuir de la ville pour se réfugier à Tamerville, puis à Emondeville et enfin à Valognes. La congrégation trouve dans la petite capitale aristocratique du Cotentin un accueil enthousiaste et bénéficie de nombreuses donations.

Elle y obtient notamment, en 1629, un terrain important qui servira d’assise aux nouveaux bâtiments conventuels. La construction de l’église, entreprise en 1635, est achevée en 1648. La communauté qui comptait environ 80 moniales, et s’était donné pour mission de « pourvoir à la bonne éducation des demoiselles » et de donner asile aux orphelins, obtint du roi Louis XIII son érection en Abbaye royale.

Sa façade s’agrémente d’un surprenant portail baroque, orné de deux ordres superposés à pilastres et agrémenté d’une impressionnante profusion de bossages. Le logis de l’abbesse est un bel édifice, régulièrement ordonnancé par des chaînes harpées et de longs bandeaux horizontaux. Les autres bâtiments conventuels s’organisent autour d’un cloître à galerie d’arcades.

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Confisquée à la Révolution, l’ancienne abbaye bénédictine abrite depuis 1810 l’hôpital de Valognes.

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Valognes--ancienne-abbaye-benedictine 1855

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 15:29


l'église Saint-Malo de Valognes par Maugendre 

 L’église paroissiale Saint-Malo de Valognes est citée pour la première fois dans une charte du duc Guillaume le Bâtard, vers le milieu du XIe siècle. De l’ancienne église romane, jadis située à proximité du manoir ducal, seuls subsistent aujourd’hui quelques éléments de sculpture, retrouvés lors des travaux de la Reconstruction (conservés au Musée des Vieux Métiers de la ville). Le chœur de l’église actuelle, réédifié vers le milieu du XVe siècle, constitue l’un des plus remarquables représentant de l’architecture de style gothique flamboyant de Normandie. Il présente extérieurement une silhouette élancée, articulée par de puissants contreforts, dont la monumentalité est renforcée par la présence d’une crypte formant soubassement. Au sommet de l’élévation, une balustrade ajourée de quadrilobes relie les pinacles hérissés de gargouilles grimaçantes. L’intérieur du sanctuaire surprend par son spectaculaire étagement des voussures, s’additionnant au dessus des grandes arcades pour supporter la galerie de circulation qui courre à l’étage des fenêtres hautes.

Nous savons d’après une inscription relevée au XVIIe siècle par Pierre Mangon du Houguet que Thomas Lours et son épouse, avait financé en 1478 la construction du pilier sud ouest de la croisée de l’église, ainsi que l’arc jointif à celui-ci. Cette intervention indique une phase d’avancement du chantier, qui, le chœur achevé, progressait désormais en direction de la nef. La construction de la façade occidentale fut terminée peut avant 1532, date de la fondation de la chapelle du Saint Sépulcre, située à son revers, qui fut dotée et ornée cette année là d’une grande verrière et de deux statues. Cette façade était constituée d’un haut mur pignon accolé de fines tourelles d’angle et flanqué de bas côtés couverts de toitures à double pente. Elle était initialement divisée en trois niveaux par d’étroites galeries à balustrades et percée en son centre d’une grande baie circulaire. Le porche abritant le portail occidental constituait un élément architectural de qualité exceptionnelle et d’une grande originalité. Plutôt que de s’avancer vers l’extérieur de l’édifice, celui-ci était inséré en creux, dans l’épaisseur de la façade. Cette solution répondait à la contrainte imposée par un tissu urbain très resserré, interdisant tout empiétement sur la voirie. Couvert de voûtes sur croisées d’ogives ce porche ouvrait sur la rue par un haut arc en accolade couronné d’un gâble à fleuron. Son entrée se trouvait divisé en deux arcades par un pilier central formé d’une curieuse colonne annelée au fut inférieur orné d’écailles (un motif copié de l’architecture romaine). Avant que ces ornements ne soient détruits par les huguenots lors des guerres de Religion, les encadrements et les tympans du portail étaient entièrement tapissés de sculptures. On y trouvait notamment « représentés dans un paysage deux éléphants portant deux châteaux et l’arbre généalogique de la Vierge ». Auprès du porche, figurait aussi « une statue assez mal faite et mal placée » représentant selon la tradition maître maçon Halli Berghot, « lequel tenant un plomb à la main tomba de l’une des deux tours et se cassa le col ». Les photographies antérieures aux bombardements de la seconde guerre Mondiale laissent apparaître des niches creusées dans les ébrasements intérieurs du porche ainsi qu’un riche décor d’ornements végétaux recouvrant les voussures. Si cette architecture appartenait encore au style flamboyant, les huisseries en revanche affichaient clairement leur appartenance à la première Renaissance. Les vantaux de bois étaient sculptés de panneaux en reliefs montrant l’Assomption de la Vierge et la Transfiguration du Christ, placés sur un registre d’arcatures ou venaient se loger des figures d’apôtres. Les panneaux étaient ornés de candélabres, de cartouches, de pilastres et de petits chapiteaux composites.

 

03 Saint-Malo 2

Avant la dernière guerre, la porte d’entrée ouvrant au nord au bas de la nef de l’église Saint-Malo, du côté de l’actuelle place Vicq d’Azir, constituait un bel exemple d’ornement Renaissance. Celle-ci était couronnée de pots à feu et coiffée par un tympan orné d’un vase et de rinceaux d’acanthe. Elle était encadrée de profonds ébrasements en fasces et par d’étroits pilastres à décor de cercles et de losanges.

Le dôme réputé « florentin » qui couvrait la tour de l’église Saint-Malo faisait avant guerre la fierté des valognais. Planté sur une base octogonale ajourée en lanterne et couvert de dalles de pierre, il s’hérissait d’un lanternon, de gables et de frontons en pyramidions. Cet ouvrage restait toutefois d’une écriture assez sobre et bien qu’appartenant à une Renaissance déjà tardive, il s’harmonisait avec l’architecture flamboyante du reste de l’édifice. Le marché passé pour sa construction nous a été conservé, ainsi qu’un dessin à la plume montrant sommairement le projet en élévation. Nous savons ainsi qu’il fut édifié entre 1607 et 1612 par le maître maçon Richard Gobey, originaire de Hamblie, au compte de la fabrique et sous le contrôle actif du trésorier Gourrault. Le contrat stipulait que la construction se consisterait en « un dosme en forme d’imperialle de carreau », édifié en pierre de Valognes et d’Orival et qu’une ceinture de plomb viendrait en consolider la base. Quelques comptes de travaux, indiquant notamment le coût du transport de la pierre calcaire du Bessin acheminée via le port de Quinéville, ont été publiés.

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Véritable morceau de bravoure architectural, le choeur de l’édifice contraste aujourd'hui avec la sobriété dénudée de la nef, intégralement reconstruite après les bombardements américains de 1944. L’architecte Yves-Marie Froidevaux (également connu pour la restauration de l’abbatiale de Lessay) a privilégié une esthétique résolument moderne, où les piliers légers à l’épiderme de béton brut soutenant la voûte dégagent un volume ample et lumineux. Une tour de croisée formant lanterne a remplacé l’ancien dôme Renaissance, qui faisait jadis la fierté de la ville. Sur son flanc sud, l’église est précédée par un petit baptistère de plan carré et par un long porche couvert, dont chaque pilier est orné d’une figure de prophète biblique.

(J. Deshayes avril 2008)

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 11:11

 

 Valognes, chapelle de la Victoire

La Chapelle de la Victoire (notice sommaire et provisoire, J. Deshayes, 2009)

L'abbé Adam écrivait en 1891 : "S'il est une opinion vraisemblable, c'est bien assurément celle qui consiste à penser que la chapelle Notre-Dame de la Victoire à Alleaume remonte au temps des romains". L'historien de la ville de Valognes rappelait que cette hypothèse, alors communément acceptée, se fondait sur ce vocable de la Victoire, susceptible de reprendre celui d'un temple Païen plus ancien, ainsi que sur l'observation archéologique de l'édifice, dont les soubassements semblent bel et bien intégrer une construction romaine. Une seconde tradition voulait toutefois que cette chapelle tienne son nom de la victoire remportée sur un groupe de soldats anglais, rescapés en 1450 de la bataille de Formigny, et qui, se repliant sur Cherbourg, furent massacrés le jour de la Pentecôte par la population valognaise.

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Carte postale postérieure aux travaux effectués sur l'édifice en 1914

Les mentions les plus anciennes de l'édifice n’évoquent pas cependant le vocable de la Victoire, mais une chapelle dite "du Castellet". La première mention identifiée est contenue dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, consignant en 1222 le don d'une terre située "ad ecclesiam Sancte Marie de Casteler". Elle figure ensuite dans le "Livre Blanc" du diocèse de Coutances, datant de 1332, et mentionnant la "capella Castello". Un document de 1440 évoque également un chemin "tendant à la chapelle du Casteller". L’abbé Adam cite un acte encore postéieur, datant de 1616, relatif à la fondation d'une rente pour un sermon le jour saint Marc à la croix du Haut Castelley, en allant en procession à la chapelle du Castelley. Quelques années plus tard, avant le milieu du XVIIe siècle, il est question d’une « ancienne chapelle presque abandonnée, puisqu’elle n’était fréquentée qu’une fois l’an, le jour où il était d’usage dy dire la messe en l’honneur d’un saint dont le culte était assez vague car on en sçavoit même pas le nom ».

Cette chapelle ne fut finalement baptisée sous le nom de la Victoire qu'à compter de 1643, suite à un prêche public de saint Jean-Eudes, qui fit également restaurer l’édifice et y institua un pèlerinage annuel en l'honneur de la Vierge. Ce pèlerinage fut selon les témoins "très vite fréquenté comme l'étaient les plus grands pèlerinages de Normandie". On y mentionne également des miracles opérées par l’intercession de la Vierge : jeune fille de Néhou possédée  par le diable, résurrection d’un enfant mort né…

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Procession de N.D de la Victoire, vers 1900 (coll. A Lecoutour)

La statue de la Vierge de la Victoire

Cette statue réputée miraculeuse, faisait l'objet du pèlerinage relancé en 1643 par saint Jean-Eudes. Elle fut déposée et cachée à la Révolution par un charpentier du nom de Letourmy et installée ensuite dans l'église d'Alleaume. Une copie de cette statue fut installée dans la chapelle en 1911, puis détruite semble t-il lors des bombardements de 1944. La copie actuelle est une œuvre de Joseph Bataille installée en 1958, lors de la bénédiction de la chapelle restaurée. La Vierge de la Victoire est une œuvre du XVIe siècle, présentant Marie debout et couronnée, portant sur le bras gauche l'Enfant Jésus qui tient une pomme. "On dit qu'elle aurait remplacée une statue en chêne de la Vierge terrassant le dragon et portant l'enfant Jésus tenant les palmes de la Victoire".

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L'édifice actuel comportait sur sa charpente une fausse date portée de 1121, créditée par l'abbé Adam de quelque vraisemblance. Selon les critères stylistiques que l’on peut appliquer notamment aux chapiteaux végétaux et aux bases des colonnes du portail occidental, une datation sensiblement postérieure (vers 1140) apparaît cependant plus acceptable. L'observation de l'édifice montre  - en dépit des restaurations menées au XVIIe, XIXe et XXesiècles -  que cet édifice roman vint lui-même prendre appuis sur une construction plus ancienne, datant vraisemblablement du XIe siècle et dont subsiste, au niveau du choeur, des portions d'élévation en "opus spicatum". 

Bien que la chapelle s'inscrive de façon cohérente dans le parcellaire urbanisé de l'agglomération antique d'Alauna, objet de sondages et de fouilles répétées depuis le XVIIe siècle, je n'ai pas connaissance d'éventuelles prospections archéologiques sur le site même de l'édifice ou de son enclos. L'hypothèse de la subsistance, sous la chapelle médiévale, des fondations d'un édifice antique - peut-être celles d’un fanum ? - semble cependant étayée par l’importante quantité de fragments de tegulae et de briques jonchant le sol de l'enclos environnant. Des éléments de soubassements maçonnés en petit appareil régulier, caractéristique des constructions antiques, sont en outre nettement visibles à l'oeil nu aux fondements de la façade occidentale et du bas-côté nord du chœur. A l'oeil nu également, il est possible de lire à la surface du sol non seulement l'emprise au sol des anciens bas-côtés de la chapelle (marquée par une herbe plus jaune), mais aussi la trace d'un bâtiment relié au mur du chevet et se prolongeant vers le sud sur plusieurs mètres.

 

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Maçonneries de petit appareil régulier visibles sous le niveau des fondations de la chapelle romane

Retenons que cet édifice, pourvu jadis de bas-côtés flanquant chacune des trois travées de la nef, se signale par des proportions relativement importantes à l'échelle d'une simple chapelle. Il faut souligner que celle-ci était initialement environnée d’un cimetière : la construction récente (hors de toute surveillance archéologique !) d’un pavillon résidentiel empiétant sur l’enclos qui environnait l’édifice a fait remonter, en même temps que des briques romaines, des ossements humains qui en confirment l’existence. Ces observations témoignent du fait que ce sanctuaire, jadis environné d’une nécropole, possédait des fonctions curiales plus étendues que celles normalement attribuées à de simples chapelles. La mention de l’édifice sous la dénomination d’ecclesia dans un acte de 1222 constitue un argument dans le sens du maintien, jusqu’à une date relativement tardive, d’un statut paroissial.

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Dessin en élévation de la chapelle de la Victoire (extrait de A. ADAM, 1891)

Si le vocable de la Victoire n’est attesté historiquement que de manière relativement tardive, je crois qu'il ne faut pas minimiser un possible phénomène de réactivation par saint Jean Eudes d'une tradition cultuelle antérieure. Les missionnaires du XVIIe siècle, et des prêtres érudits tel que saint Jean Eudes en particulier, ont à mon sens su inscrire leur démarche dans le renouveau de traditions remontant parfois aux origines du christianisme. Ce phénomène, qui se retrouve à Cherbourg où d'anciens ermitages ont été restaurés durant la même époque, mériterait en tout cas d'être mieux analysé. La dévotion vouée à la Vierge de la Victoire n’est pas par ailleurs sans rappeler la tradition similaire qui se rapportait à la statue miraculeuse de la Vierge de la chapelle Notre-Dame de la Roquelle, à Coutances. L’attestation en 1603 d’une procession se rendant depuis l'église d'Alleaume à la chapelle du Castellet le jour de la Saint-Marc induit que la chapelle abritait aussi un autel voué à ce saint. Bien que tardive, la statue en plâtre de sainte Agnès, conservée dans la chapelle nord, témoigne probablement d’une dévotion ancienne.

(J. Deshayes janvier 2007)

 

LIEN : Dialogues du patrimoine et de la création contemporaine

2007, Chantal Canuet

2008, Anne Sangra

2009, Christophe Rouil

2010, Tony Guilois

2011, Philippe Lefevre

2012, Fred Lutz

2013, Véronique SABLERY et Yves LEDENT

2014, Michel BEZ

2015 : Eric-Georges MICHEL

2016 : Florane BLANCHE

 

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(sorry pour la présentation, ce pauvre crétin de serveur "overblog", en plus de nous gaver de pub, n'est pas fichu de proposer de caractères lisibles !!)

Compte-rendu sommaire du suivi archéologique du creusement d’une tranchée de réseau électrique

Julien Deshayes (Pah Clos du Cotentin/Craham), août 2016.

I - Contexte des observations :

Le mardi 23 aout 2016, les employés municipaux de la ville de Valognes ont ouvert une tranchée à l’intérieur de l’enclos de la chapelle de la Victoire afin d’y faire passer un câble destiné à l’électrification de l’édifice. Ayant été prévenu dans la matinée des travaux qui venaient d’être entrepris, j’ai pu me rendre immédiatement sur place, afin d’apporter une surveillance archéologique au chantier en cours. Le creusement de la tranchée ayant déjà été mené sur environ 5 mètre de longueur depuis le poste électrique placé contre le mur oriental de l’enclos de la chapelle, en direction de l’ouest, il était déjà trop tard pour suggérer un autre tracé, moins susceptible d’affecter les vestiges au sol. De fait, plusieurs structures de maçonneries enfouies avaient déjà été repérées ou pressenties antérieurement, d’abord par observation visuelle des vestiges affleurant (J.L. Adam 1891 ; J. Deshayes 2014), puis par le biais de deux campagnes de détection géophysique menées à l’intérieur de l’enclos de la Victoire, respectivement en mars 2015 (J. Spiesser) et en juillet 2016 (J. Thiesson). Les observations consignées à la suite ont été effectuées entre 10h15 et 14h30. La tranchée a été rebouchée en milieu d’après-midi. Laurent Paez (Inrap), aussitôt contacté par téléphone, a pu se déplacer sur le chantier dans l’heure de midi et venir constater la présence des éléments maçonnés décrits à la suite.

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II - Résultats :

Deux structures maçonnées enfouies (M01 et M02) ont été dégagées sur le tracé d’une tranchée d’environ 60 cm de large sur 80 cm de profondeur, creusée selon un axe est-ouest, parallèle au mur sud du chœur de la chapelle, qu’elle longe à une distance de 1,30 mètre. Une petite fenêtre ouverte en surface, à moins de 10cm de profondeur et à 6,60 mètre dans l’axe du mur occidental de la chapelle sud du chœur, a par ailleurs permis de repérer un autre segment de mur enfoui dans l’enclos de la Victoire (M03) .

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1) Segment de mur (M01) situé dans l’axe du chevet de la chapelle :

La première structure observée correspond à un segment de mur arasé d’orientation nord-sur situé dans l’axe du mur du chevet de la chapelle, à 1,30 mètre de distance de ce dernier. Ce mur présente une épaisseur de 126 cm.

La profondeur de la tranchée qui atteint environ 80 cm sous le niveau de sol a fait apparaître les deux parements en place, des côtés est et ouest de ce segment de mur. Le parement oriental présente à la base un débord marquant l’assise d’un socle de fondation situé à 68 cm sous le niveau de sol en place. Il compte encore 5 à 6 assises en élévation, rendues difficilement dissociables car en grande partie recouvertes d’un enduit de coloration rouge .

Le parement occidental présente 5 assises maçonnées mieux lisibles, formées d’un petit appareil régulier d’un module compris entre 16 et 10 cm de côté, liés par des joints épais d’environ 1,5 à 2,8 cm. Ce second parement a été dégagé sur 38 cm de largeur et 78 cm de profondeur, sans que l’on ait pu repérer l’indice d’un niveau de sol ou de fondation en place.

A la différence du parement précédent, celui-ci ne présente aucune trace d’enduit. Etant orienté selon le même axe et dans le prolongement immédiat du mur du chevet de la chapelle, ce segment de mur présente cependant une épaisseur nettement supérieure aux murs de l’édifice conservé en élévation (env. 76 cm).

La coïncidence d’orientation entre la structure maçonnée enfouie M01 et le mur du chevet de la chapelle semble confirmer que ce dernier est venu prendre appui sur les vestiges d’une construction antérieure, mais en marquant un assez net retrait d’épaisseur par rapport aux maçonneries qui lui servent d’assise.

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2) Parement de mur (M02) sous-jacent au mur sud de la chapelle sud du chœur :

La seconde structure maçonnée rencontrée sur le tracé de la tranchée se situait au point de raccord de cette dernière avec l’extrémité occidentale du mur sud de la chapelle sud du chœur. Il s’agit d’un parement de mur immédiatement sous-jacent au mur gouttereau de la chapelle, auquel il a servi de fondation.

Marquant en épaisseur un débord de 13 cm par rapport aux élévations qu’il supporte, ce parement est constitué comme le précédent d’un petit appareil régulier à joints épais. Six assises sont conservées sur une hauteur de 79 cm, qui prennent appuis sur un socle de fondation repéré en fond de tranchée. La première assise inférieure, d’une hauteur de 18 cm est supérieure aux autres assises qu’elle supporte, comprises elles entre 10 et 13 cm, avec des joints d’une épaisseur de 2 à 3 cm d’épaisseur. Rendu visible sur un dégagement horizontal de 88 cm, ce parement de maçonnerie est en place sur 54 cm, et montre ensuite, côté ouest, une rupture qui correspond à l’amorce d’un retour d’angle formé par un second mur perpendiculaire (M03), orienté plein sud, qui s’est trouvé partiellement arraché.

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3) Segment de mur (M03) situé dans l’axe de la façade occidentale de la chapelle sud du chœur :

Une petite ouverture sous le couvert végétal pratiquée à 6,60 mètres dans l’axe de la façade occidentale de la chapelle sud du chœur a permis de retrouver un segment de mur (M03) perpendiculaire au parement précédent (M02), dans l’axe du retour d’angle venant s’y raccorder. Immédiatement affleurant sous le couvert végétal, celui-ci présente une épaisseur de 124 cm, mais il n’a pas été dégagé en profondeur.

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4) Stratigraphie :

La stratigraphie visible en coupe à l’intérieur de la tranchée, au contact des structures maçonnées M01 et M02 présentait, sous 18/20cm de terreau du couvert végétal, une première épaisseur de remblais de démolition chargée en fragments de tegulae, de briques, de pierre et de mortier, se développant sur 48/52 cm de profondeur, puis se superposant à un niveau inférieur d’occupation riche en déchets alimentaires (coquilles d’huitre principalement, mêlées de charbons). Aucun fragment de poterie domestique n’a été rencontré dans ces remblais. A noter également que la tranchée n’a pas livré non plus d’indices de sépultures, ceci en dépit de la mention faite au XIXe siècle de la découverte d’un sarcophage et des traces d’inhumation qui avaient été relevés à l’ouest de la façade occidentale de l’édifice.

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5) Mode de construction et datation relative :

Le mode de construction en petit appareil régulier de pierre calcaire, prenant appui sur un socle de fondation formant débord, l’épaisseur relative de la maçonnerie, la nature du mortier et de l’enduit rouge de recouvrement de l’un des parements observés permettent d’attribuer ces éléments d’architecture à la période antique. Ce mode de construction est en particulier similaire à celui employé pour la construction des thermes et du théâtre.

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6) Remarques générales sur les structures enfouies :

Les données recueillies sont globalement conformes aux résultats d’interprétation de l’étude géophysique menée en 2014 par J. Spiesser. Elles confirment aussi bien la présence du mur orienté nord-sud, situé dans l’axe du chevet, qui était déjà détectable à l’œil nu sous le couvert végétal, que la présence du second mur qui lui est parallèle (M03) à 7, 70 mètres vers l’ouest. Ces données permettent dans le même temps de mieux préciser les dimensions, la datation et la nature des maçonneries concernées. En sens inverse, le fait d’avoir pu vérifier l’existence d’éléments détectés par la géophysique crédibilise l’interprétation de ces données, en particulier lorsque celles-ci font ressortir d’autres indices de maçonneries partiellement reprises en fondation de l’édifice médiéval. Il en ressort que, par l’ampleur de son plan, l’épaisseur de ses murs et la qualité de leur mise en œuvre, l’édifice antique situé sous l’enclos de la Victoire constituait de toute évidence un bâtiment monumental. Sa position sur le sommet d’un relief, en limite de l’agglomération antique et dans l’axe supposé de l’ancien forum, lui conférait sans doute une position particulièrement significative au sein de la cité. Si les données rassemblées sont encore insuffisantes pour en préciser la fonction, l’option d’un grand édifice public, contribuant à la parure monumentale de la cité, semble devoir être privilégiée.

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7) Articulation avec le sanctuaire médiéval :

L’existence de maçonneries antiques servant d’assise au sanctuaire médiéval, déjà partiellement constatée par l’étude du bâti en élévation et par la détection géophysique, se trouve donc nettement confirmée par les données archéologiques recueillies à l’occasion du creusement de cette tranchée électrique. La reprise en fondation des murs antiques apparaît désormais aussi bien avérée pour le chevet et la façade occidentale de l’édifice, qu’au niveau des murs gouttereaux nord et sud du chœur, qui se prolongeaient jadis par ceux des bas-côtés de la nef. L’existence d’une partition transversale nord-sud courant sous la chapelle au niveau de la séparation entre chœur et nef semble également vérifiée. Ces différents constats démontrent que le plan du sanctuaire médiéval s’est trouvé largement déterminé par l’existence des vestiges antiques. La présence d’un enduit au ciment couvrant, entièrement refait en 1914, empêche malheureusement d’observer les parements intérieurs de l’édifice. L’épaisseur anormale des murs formant séparation entre le chœur et ses deux chapelles latérales (M04 et M05), ainsi que les diverses anomalies repérables dans l’élévation de ces massifs de maçonnerie, suggèrent que les partitions internes du chœur pourraient également avoir pris appui sur des structures antiques, voir même les avoir intégrées alors qu’elles étaient encore partiellement conservées en élévation. Une petite fenêtre de 60 cm de côté ouverte en parement du mur de la chapelle sud du chœur a permis en 2016 d’en lire seulement quelques assises. Celles-ci sont formées de petits moellons irréguliers, disposés en oblique et noyés dans une forte épaisseur de mortier, selon une technique qui évoque un appareil en opus spicatum. Un fragment de terre-cuite architecturale y figure en position de remploi. Ce détail d’élévation apparaît bien distinct dans sa mise en œuvre des structures antiques observées en sous-œuvre. Il est davantage similaire en revanche aux portions résiduelles d’élévation en opus spicatum que l’on peut aussi discerner, malgré leur rejointoiement, sur le mur du chevet de la chapelle, et qui viennent se raccorder directement à l’élévation concernée. Comme nous l’avions indiqué dans une notice antérieure, ces portions d’élévation en opus spicatum se distinguent également des maçonneries appartenant à la phase romane de construction, et constituent visiblement les vestiges d’un sanctuaire médiéval antérieur. Selon l’état actuel des recherches, la récupération des vestiges antiques du Clos de la Victoire et leur intégration dans un sanctuaire chrétien se serait donc opérée en au moins deux phases principales d’intervention. Dans la première phase identifiée il s’agissait d’un édifice à nef unique et chœur à chevet plat bâti au moins partiellement en opus spicatum. Sa datation, bien que comprise vraisemblablement entre la fin du Xe et le dernier tiers du XIe siècle, reste à préciser. Ce sanctuaire « pré-roman » s’est trouvé augmenté et largement remanié dans le second quart du XIIe siècle, lorsque furent adjoint des bas-côtés de part et d’autre du chœur et de la nef. Dans chacune de ces deux étapes, il apparaît donc que l’on vint prendre appui sur des vestiges antiques, qui étaient probablement encore apparents en élévation. La présence de nombreux blocs antiques en remploi (blocs calcaire avec trous de louve, petits blocs cubiques, terres-cuites architecturales…), repérables dans les maçonneries de l’édifice médiéval confirme la récupération massive de vestiges architecturaux antiques au cours de ces deux phases de construction.

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III - Orientations et pistes de recherche :

L’état de conservation des maçonneries enfouies dans l’enclos de la chapelle incite à espérer la conduite d’une fouille plus étendue sur l’ensemble du site de la Victoire, qui permette d’appréhender le plan global et la fonction initiale de l’édifice auquel elles semblent appartenir. L’intérêt du site de la Victoire réside aussi dans la capacité d’étudier la récupération de ces vestiges architecturaux antiques en contexte chrétien. Dans l’état actuel de la recherche, le phasage relatif de la construction médiévale permet de discerner une phase d’implantation antérieure à la structure romane, elle-même restaurée aux XVe, XVIIe et XXe siècles, mais il conviendrait là aussi d’en vérifier l’emprise et d’en préciser la datation. A cet effet, une campagne de dégagement des enduits ciments du XXe siècle qui recouvrent les élévations intérieures de l’édifice offrirait probablement d’importants éléments d’analyse.

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IV - Bibliographie :

~~Abbé ADAM, Notre-Dame de la Victoire, notice historique, Valognes, 1891. Jean CANU, « La chapelle Notre-Dame de la Victoire », L’Ami de tous (doyenné de Valognes), mai 1979, p. 3-4. Julien DESHAYES, « Au seuil du Moyen-âge, la chapelle de la Victoire à Alleaume », Vikland, n°12, printemps 2015, p. 34-36. Julien SPIESSER, Résultats des prospections géophysiques réalisées autour de la chapelle de la Victoire à Valognes, 2014. Laurence JEANNE, Caroline DUCLOS et Laurent PAEZ-REZENDE, L’Agglomération antique d’Alleaume, prospection thématique, décembre 2012, document final de synthèse, 3 volumes, 2013. Laurence JEANNE, Caroline DUCLOS et Laurent PAEZ-REZENDE, La Victoire, sondages programmés 1ère année, Rapport 2013, 2013. Laurence JEANNE, Caroline DUCLOS et Laurent PAEZ-REZENDE, La Victoire/ Le Castellet, sondages programmés 2ème année, Rapport 2014, 2014. Laurence JEANNE, Caroline DUCLOS et Laurent PAEZ-REZENDE, La Victoire/ Le Castellet, sondages programmés 3ème année, Rapport 2015, 2015.

Plan de synthèse des structures observées

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