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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 16:26

Anciennement rue de Poterie

Tellier de R CPA

Façade sur rue d'après une carte postale ancienne, vers 1900

L'hôtel le Tellier de Reville, aujourd'hui disparu, intégrerait une partie mal définie de l'ancien hôtel de Bourbon, édifié dans la seconde moitié du XVe siècle par Louis de Bourbon, époux de Jeanne de France. Une propriété dont l'emplacement correspondait aussi à celui de cet hôtel fut acquise le 14 avril 1642 par Jacques d’Harcourt, seigneur d'Ollonde. Un siècle plus tard, le 16 février 1743, Hervé Mangon, chevalier, seigneur et patron de Nacqueville, vendait à Alexandre-Antoine Bauquet, seigneur de Turqueville "un tènement de maisons, cour, jardin, enclos situés en la ville et franche bourgeoisie de Valognes" situé au même emplacement, pour un prix de vente atteignant la somme conséquente de 20 400 livres.  En 1760, à la mort d'Alexandre Bauquet, l'hôtel revient à sa veuve, Suzanne Dancel qui y décédera à son tour le 17 janvier 1776. Le 7 juin suivant, la propriété est cédée par "noble et discrète personne messire Louis Antoine Dancel, curé de Bricqueville", frère de Suzanne Dancel, à Claude-Marie Comte de Bricqueville. Ce dernier revend l'hôtel le 31 mars 1779 à Anne Pigache, dame d'Osmanville, veuve en seconde noce de Hervé Fouquet, seigneur de Réville. Elle y est consignée en 1786 et 1789, sur le registre des nobles de la ville, puis, déclarée émigrée lors de la Révolution, elle voit son hôtel provisoirement confisqué, avant de le récupérer en 1796. En 1801, après le décès d'Anne Pigache, sa fille Jeanne-Hyacinthe comtesse de Théroulde, épouse de Jean-Pierre-Anne le Tellier de Montaure, hérite de la propriété. Bien qu'il n'ait probablement jamais résidé sur place, c'est ce dernier qui a laissé son nom à la propriété. Le 28 juillet 1809 la comtesse de Théroulde, cède l'édifice aux soeurs Augustines. Après l'exil de la communauté, en 1904, l'établissement est transformé en école supérieure de jeunes filles. L'édifice a été entièrement détruit lors des bombardements américains de juin 1944. 

Tellier de Reville 2

Façade sur cour d'après une carte postale ancienne, vers 1900

Sur le plan Lerouge de 1767 l'hôtel Le Tellier de Réville présente un plan en U, avec un corps de logis sur rue augmenté sur l'arrière de deux longues ailes délimitant une cour intérieure, au-delà de laquelle s'étendaient des jardins. Un plan de la rue de Poterie daté de 1768, plus précis que le précédent, permet de déceler la présence d'une tour d'escalier en vis accolée au corps de logis, héritage probable d'une construction du Moyen âge tardif ou de la Renaissance, qui fut supprimée ensuite.

Tellier-de-R-1768.jpg

L'hôtel Tellier de Réville sur un plan d'aménagement urbain de 1768

L'inventaire après décès de Suzanne Dancel dressé en janvier 1776 détaille un édifice de vastes proportions, comprenant deux étages d'habitation sur un rez-de-chaussée abritant les pièces de service. L'étage noble, accessible par un "grand escalier" possédait une salle à manger avec office et antichambre, un cabinet de compagnie et plusieurs chambres. La chambre de la défunte était associée à une petite antichambre ainsi qu'à un cabinet, où logeait la demoiselle de chambre, et à un petit cabinet de toilette. A l'étage supérieur est notamment signalée la "chambre où couchent les garçons domestiques".

 H. Tellier Réville à gche

Détail de la façade sur rue de l'hôtel Tellier de Réville d'après une cartes postale ancienne. Noter les portes à larmier et les niches coiffées de gables gothiques implantés entre les fenêtres XVIIIe de l'étage.

Cet édifice a subi d'importantes transformations à compter de 1809, lorsqu'il fut affecté à la communauté des Augustines. Côté cour, l'hôtel se vit notamment adjoindre une chapelle, construite en 1820, ainsi qu'un pensionnat, édifié vers 1870. En dépit de ces bouleversements, les photographies prises au début du XXe siècle permettent d'identifier une partie des dispositions de l'édifice du XVIIIe siècle. Le rez-de-chaussée et l'étage médian se signalaient notamment par leur ordonnancement en neuf travées de fenêtres à chambranles plats, coiffées de linteaux cintrés. Plusieurs fenêtres du premier étage étaient agrémentées de balcons en fer forgés. Au niveau supérieur subsistait trois travées de baies à chambranles quadrangulaires, reliés par un bandeau horizontal courrant à hauteur des gardes corps inscrits dans l'embrasure des fenêtres. A côté de ces éléments, caractéristiques des hôtels valognais du XVIIIe siècle, l'édifice présentait des dissymétries difficilement explicables dans le contexte d'une construction de cette période. Il est en particulier surprenant de constater le net décalage de hauteur que présentait deux des fenêtres du premier étage, ainsi que l'absence de continuité des ouvertures du second. L'édifice conservait par ailleurs des vestiges notables d'une importante demeure médiévale. Deux belles portes à voussures et larmier sont notamment repérables. Cette façade conservait aussi, à hauteur des fenêtres du premier étage, une série de quatre niches coiffées de dais en forme de pinacles gothiques, avec des socles supportées par des anges caryatides. Le traitement de la façade en appareil régulier de pierre de taille calcaire constituait aussi un héritage de l'édifice médiéval. De même que la tour d'escalier en vis visible sur le plan de 1768, ces éléments attestent le remploi partiel des structures d'un important hôtel médiéval.

Tellier-de-R--ange.jpg

Détail de l'une des consoles des niches gothiques de la façade, d'après un dessin de M. MacKain Langlois 

Julien Deshayes / Stéphanie Javel

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