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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 16:04

SSvte église 027

I - Architecture

D'après des éléments issus du cartulaire de l'abbaye, édités par Delisle, il semble que l'église St-Jean, initialement située à l'intérieur du château des barons de Saint-Sauveur, se soit déplacée entre la fin du XIe siècle et le premier tiers du XIIe siècle à son emplacement actuel. Tandis qu'un texte des environs de 1190 mentionne une église paroissiale située "in (suo) dominio", la pancarte de 1136 fait clairement référence au don d'une prairie située "sous la nouvelle église"  (sub nova ecclesia Sancti Salvatoris). Il est à ma connaissance très rare de posséder des informations aussi précises concernant l'origine d'un édifice paroissial. Le transfert des fonctions curiales depuis l'ancienne chapelle castrale vers un nouvel édifice offre en outre un jalon intéressant concernant l'histoire de l'ensemble du bourg, qui, de fait, s'est intensément développé pendant cette période, autour du château et le long de la route de Portbail.

SSvte église 032

Vestiges de décor peint dans l'ébrasement d'une fenêtre du XIIIe siècle

Il ne subsiste plus dans l'église aucun élément identifiable pouvant appartenir au XIIe siècle. L'essentiel de l'édifice actuel remonte au XIIIe, mais a fait l'objet d'une importante reconstruction durant la seconde moitié du XVe siècle, probablement après la guerre de Cent ans. La nef charpentée à bas-côté, éclairée par des fenêtres hautes, fut alors entièrement remaçonnée et dotée d'un voutement sur croisées d'ogives. Ces voutes ont rendu inutiles les anciennes fenêtres du vaisseau central, qui sont conservées mais n'éclairent plus aujourd'hui que les combles. D'autres vestiges du XIIIe siècle sont visibles dans le bras nord du transept, où la fenêtre ouvrant vers l'ouest est restée en place. Autour de cette baie se remarquent encore, intérieurement, des traces résiduelles d'un décor peint formant un faux appareil caractéristique du XIIIe siècle. Le mur pignon de ce bras de transept, doté d'un parement en pierre de taille, présente la trace de deux fenêtres anciennes que séparaient un contrefort central. Au XVe siècle, ces fenêtres ont été obstruées et le contrefort central a été réduit en hauteur, tandis que l'on installait une grande baie à remplages flamboyants. Le clocher latéral, côté sud, possède aussi, en partie haute, des fenêtres pouvant dater au XIIIe siècle. La façade en pierre de taille mérite également d'être observée en détail, car elle conserve plusieurs baies gothiques, ainsi que deux reliefs à motifs cruciformes, réutilisés au XVe siècle. Le  parement en pierre de taille qui distingue cette façade remonte très vraisemblablement à la première phase de construction gothique. Le choeur à chevet plat doit également appartenir au parti XIIIe, bien qu'il ait, lui aussi, subit des remaniements.

P1000068

Vue intérieure de la nef

Un obit conservé aux archives de la Manche fait référence à la chapelle fondée le 16 août 1476 et construite par Raoul Langlois, écuyer, à l'emplacement des fonts baptismaux. Aujourd'hui, les fonts baptismaux se trouvent dans la première travée du bas-côté nord de la nef, mais il ne s'agit peut-être pas de leur emplacement d'origine. Pour des raisons qui seraient un peu longues à expliquer, il est plus vraisemblable que la chapelle en question corresponde en fait à la chapelle située sous le clocher, côté sud, à la jonction du choeur et de la nef. Cette dernière possède encore l'une de ses belles fenêtres à remplages flamboyants, tandis que les autres ont été partiellement obstruées à une époque tardive.

L'élévation du choeur et de la nef du XVe siècle est bien représentative de l'architecture flamboyante du Cotentin dans la seconde moitié du XVe siècle. Le principe des grandes arcades dont les moulures viennent mourir dans l'épaisseur des colonnes sans l'intermédiaire de chapiteaux existait aussi à Saint-Malo de Valognes et se retrouve en de nombreuses constructions contemporaines.

La grande chapelle flanquant le choeur au nord, fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul, fut construite par la famille Desmaires entre 1609 et 1615. Son histoire est bien connue grâce aux travaux que André Dupont a consacré à cette famille de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui connue une importante fortune aux XVIe et XVIIe siècles. Par mariage, la chapelle appartint ensuite aux Harcourt, avant d'être pillée à la Révolution, puis remaniée et restaurée au XIXe siècle. Son architecture s'inspire encore de la tradition gothique, dont on a repris les baies à arc brisé, les contreforts et les larmiers. Il est même surprenant de trouver, à une date aussi tardive, des portes dont le linteau en accolade évoque encore le XVe siècle. Pour le reste, il n'est trop étonnant de constater un tel archaïsme, la référence au gothique ayant valeur de citation de ce que l'on considérait toujours comme étant l'architecture religieuse par excellence.

Au XIXe siècle aussi, on édifia la copie conforme de la chapelle Desmaires sur le flanc sud du choeur. Des inscriptions, à l'intérieur, en mentionne la construction, financée notamment par Bottin Desylles, et la consécration par l'évêque de Coutances.

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Les fonts baptismaux de style Renaissance

II - Mobilier

 De mémoire, je ne citerai très sommairement que quelques unes des nombreuses oeuvres de qualité qui décorent cette église :

- Le très beau Christ aux liens polychrome mérite une mention toute particulière, d'une part en raison de sa belle facture, d'autre part parce qu'il s'agit d'une statue exceptionnellement bien documentée. Nous savons en effet qu'il fut acheté à Rouen, l'an 1522, pour l'église abbatiale, puis transporté par voie de mer et sur canaux jusqu'à Saint-Sauveur-le-Vicomte.

- Le saint Jacques, avec bourdon et sacoche, est une oeuvre locale (pierre d'Yvetot-Bocage ?), datable du XVe siècle, voir du début du XVIe siècle.

- Les fonts baptismaux Renaissance, avec date portée de 1576, se signalent par leur décor de frise corinthienne et leur base à pattes ornées de mufles de lion. Ils portent les armoiries de la famille de Grimouville, qui fournit l'un de ses abbés à l'abbaye voisine.

- Le saint Jean-Baptiste et le saint Michel du choeur (XVIIe siècle), rappellent la double titulature de l'église. Ils furent peut-être commandés en même temps que le retable, en 1654.

 Saint-Sauveur-le-Vicomte, christ, 1522

Le Christ aux liens acheté à Rouen pour l'abbaye de Saint-Sauveur en 1522

 

Julien Deshayes

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