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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 16:13
Actualité des recherches archéologiques sur la cité romaine d'Alauna (Valognes)

Alauna - Résultats du programme de recherches archéologiques 2014

Laurent PAEZ-REZENDE, Laurence JEANNE et Caroline DUCLOS

En juillet 2014, s’est déroulée la deuxième campagne de sondages sur l’agglomération gallo-romaine d’Alleaume, à Valognes (Alauna). Une vingtaine de tranchées ont été réalisées sur les 15 hectares, entre le plateau de la Victoire, le jardin archéologique des thermes et les abords du manoir du Castelet. Elles avaient pour objectifs de reconnaitre la présence et la nature des vestiges sur ce secteur nord de la ville, d'estimer plus finement son étendue et d’évaluer la densité de son occupation. Comme l'année dernière, les résultats se sont avérés particulièrement concluants.

Des résultats probants

A commencer par la confirmation que la ville d’Alauna est bien construite selon les règles générales appliquées en matière d'urbanisme antique, à savoir un réseau orthogonal de rues qui s'appuie sur deux grandes artères principales et structurantes : un axe nord-sud, dit cardo maximus et un axe est-ouest, dit decumanus maximus.

Ainsi, les sondages 2014 ont permis de révéler deux nouveaux tronçons de ce decumanus maximus. Le premier mis au jour dans les prairies des écuries Taranis, mesure 11 m de large et dispose d'une chaussée en galets. On y observe des réparations et des recharges en mortier ainsi que de profondes ornières creusées par le passage répété des charriots (cf photos). La chaussée, plutôt réservée au véhicule et animaux de transport, est bordée de chaque côté par un trottoir couvert par un portique. Le second tronçon, situé plus près du théâtre, a révélé un agencement de grosses dalles calcaires reposant sur un lit compact de moellons en calcaire très usés. (Cf photos). Cet aménagement imposant, de type voie dallée, est le deuxième exemple découvert en Basse-Normandie, après celle de la médiathèque de Lisieux. Il s’agirait d’un deuxième état de fonctionnement de la voie, exprimant peut-être la volonté d’embellir l’accès principal du théâtre.

D'autres voies, parallèles et perpendiculaires à ces deux axes majeurs, ont également été mises en évidence cette année. Elles viennent ainsi étoffer le plan du réseau des rues et le découpage des quartiers (insulae), révélés depuis 2012.

Dans certains de ces nouveaux espaces, on distingue les traces des maçonneries de plusieurs habitations qui disposent d'un plan complexe et compartimenté. Mais la plupart des pierres de ces bâtiments ont été récupérées, confirmant que l’ensemble du site a servi de carrière à ciel ouvert, dès son abandon et pendant plusieurs siècles. Ces habitations ont livré des fragments de vases en céramique, des verreries (flacons,…) et de nombreux objets en bronze (bague, fibules, charnières de coffres, clavette de roue, compas, monnaies,…). Cependant, sur les pentes situées entre les thermes et le théâtre, à l’approche des sources, il n’existe aucune trace de construction. Si les terrains sont bien traversés par des rues qui s’intègrent au quadrillage de la ville, ils sont simplement découpés, à l’aide de fossés, en parcelles non construites.

Une découverte majeure

En bordure ouest de la ville, près d’un four situé un peu à l’écart des habitations, plusieurs fragments de moules en terre cuite ont été collectés. Il s'agit de plaques présentant des lignes de cupules régulières, utilisées pour couler des flans en bronze (lentilles de bronze brut). Ces éléments attestent de la présence d’un atelier de bronzier. Par ailleurs, ces moules sont souvent associés à la production de monnaies ; les flans étaient frappés à froid avec des coins gravés (cf photos). Si plusieurs exemplaires de ces moules ont déjà été collectés en Gaule ou en Bretagne romaine, il n’a jamais été formellement établi qu’il s’agissait d’ateliers monétaires.

La chronologie

Grace au mobilier collecté cette année, notamment céramiques et monnaies, la chronologie du fonctionnement de la ville antique s’est enrichie et continue d’être précisée. En l'état, l’occupation gauloise, timidement repérée en 2013, s’affirme davantage sur le nord de la ville, avec de nouvelles traces livrant de la céramique caractéristique des IIe - début Ier s. av. J.-C. Cependant, la liaison avec les premiers pas de l’agglomération antique durant la période augustéenne (fin du Ier s. av. J.-C. - début du Ier s. ap. J.-C.), est loin d’être confirmée.

Les mieux établies, sont les phases de grand développement et de prospérité de la ville, situées entre le milieu du Ier s. et le début du IIIe s.

Tout comme le démarrage, le déclin et l’abandon de la ville sont encore mal documentés ; ce processus est toutefois enclenché dès le milieu du IIIe siècle.

Enfin, le petit hameau médiéval (fin XIIIe - XIVe s) découvert au bord des thermes lors des fouilles de T. Lepert (1989-1992), a été étoffé cette année par de nouvelles traces d’habitations, plus éloignées le long de la Rue de la Victoire, ainsi qu’un four de potier qui a livré des milliers de fragments de vases .

Synthèse et perspectives

Sur ces trois années de recherches, notre connaissance de l'organisation urbaine et de la chronologie d'Alauna ne cesse de progresser et même de se renouveler. Mais il est encore un peu trop tôt pour être affirmatif sur le rôle que jouait la ville dans l’organisation de l’Empire romain, ou pour se lancer dans des estimations de population. La nature des vestiges n’est pas encore définie et leur densité est loin d’être uniforme ou homogène. D’ailleurs, la découverte de secteurs « vides » amène déjà d’autres questions : s’agit-il de parcelles prédestinées à l’agrandissement de la ville et jamais construites ? Peut-on envisager l’existence de parcelles cultivées ou de jardins mis en réserve à l’intérieur du périmètre urbain ? Ces terrains laissés vierges de construction et d’activités polluantes servaient-ils à préserver la potabilité de la ressource en eau qui desservait au moins les thermes ?

Une chose est sure, Alauna est loin d’avoir livré tout ses secrets et les années de recherches à venir promettent de nouvelles surprises… et aussi de nouvelles questions.

Pour tenter d’avancer sur toutes ces problématiques, une troisième campagne de sondages est d’ores et déjà programmée pour juillet 2015. Plusieurs recherches et analyses complémentaires vont également être lancées cette année (datations au Carbone 14, étude des moules à flans en bronze, analyse comparative du métal composant le flan en bronze découvert dans l’atelier et celui des monnaies trouvées sur le site) ou programmées pour 2015 (projet de recherche destiné à localiser les nécropoles).

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commentaires

acheter kamas 14/10/2014 10:58

Merci beaucoup pour cet article. Sympa.

ouverture de porte paris 13 13/10/2014 22:30

Je vous vante pour votre éditorial. c'est un vrai œuvre d'écriture. Développez

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