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Ce site présente les actualités proposées par l'équipe du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Il contient également des dossiers documentaires consacrés au patrimoine et à l'histoire de Valognes, Bricquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte.

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Maladreries, léproseries, hôtels Dieu et hébergements charitables du Cotentin médiéval - II

I – Maladreries et léproseries du Cotentin

 

De nombreux débats animent les historiens autour des origines et du développement de la lèpre, qui fut par définition la maladie du Moyen âge en France. Attestée depuis l’Antiquité (cf. miracle de la guérison des lépreux dans l’évangile selon saint Luc) elle se propage surtout au XIIe siècle, en lien avec les croisades et en raison de l’accroissement de la population.

Les premières lois médiévales sur l’exclusion des lépreux remontent au début de l’époque mérovingienne (concile d’Orléans de 549). Elles recommandent dans le même temps aux évêques de « visiter les lépreux et de les assister des revenus de sa maison ».

BNF, manuscrit Français 9140, fol. 151v, lépreux

Lorsqu’un lépreux était reconnu tel, le curé procédait à un office de la séparation, dans l’église du village, avant de le conduire à la léproserie pour y célébrer une « messe des lépreux » (assimilée à une messe des morts). On lui indiquait alors sa séparation définitive d’avec ses proches et sa famille. Il ne devait plus communiquer avec les vivants. On lui imposait le port de la crécelle et d’un bidon de bois pour mendier des aumônes, d’un chapeau qu’il ne devait jamais ôter, de gants pour éviter de se blesser et de communiquer la maladie. A ces prescriptions, l’évêque de Coutances Robert d’Harcourt (1291-1315) ajoutait au début du XIVe siècle le port obligatoire d’une chape, l’interdiction de fréquenter les marchés et autres lieux peuplés, l’interdiction de vendre les porcs élevés dans la maladrerie, et même de mendier !

Non jugulée par les  persécutions du XIVe siècle, la lèpre ne semble avoir disparu du Cotentin que dans le cours du XVIe siècle. En 1541 les malades de Rauville-la-Place s’opposaient encore aux officiers royaux pour conserver les revenus des deux foires annuelles qui permettaient leur subsistance. Mais la tendance globale était désormais à la suppression des léproseries, devenues inutiles, et à la captation de leurs nombreuses richesses. Dans les années 1670-1690, sous le règne de Louis XIV, les revenus des maladreries sont définitivement confisqués et rattachés aux hôpitaux royaux.

En dépit de leur multitude, les maladreries ont laissé peu de traces dans notre environnement. Il subsiste à Condé-sur-Vire (Saint-Lois, jadis au diocèse de Bayeux), sur le site de l’ancienne maladrerie du Goulay, un ensemble presque complet de bâtiments datant du début du XIVe siècle, organisés autour d’une vaste cour centrale, avec chapelle, aile des malades, maison du chapelain, porterie, grange. à Saint-Lô on peut voir encore la chapelle, très restaurée, de l’ancienne maladrerie de la Madeleine et, à Champeaux (Avranchin), quelques vestiges de la maladrerie Saint-Blaise. Dans la presqu’île du Cotentin l’ultime sanctuaire de maladrerie encore conservé, bien que très remanié, semble être la chapelle de la Délivrance, anciennement Saint-Jacques des Lépreux, à Rauville-la-Place. Sur la lande de Vasteville, la chapelle de la Madeleine, encore debout en mars 2010, a malheureusement été détruite par son propriétaire.

Condé-sur-Vire, maladrerie du Goulaye, la chapelle de la Trinité

La bibliographie jointe recense les principaux articles et outils documentaires utilisés pour dresser l’inventaire des maladreries du Cotentin. Le plus précieux est le « Livre Blanc » ou « pouillé » de 1332, recensant les bénéficies ecclésiastiques du diocèse de Coutances, qui contient d’intéressantes précisions sur ces établissements mais n’offre probablement qu’un état partiel, voir déjà résiduel, des sites existants. Enfin, la recherche toponymique portant sur les termes de « maladerie », « maladrie » ou approchant, ou sur des vocables tels que Saint-Blaise ou la Madeleine, apporte des résultats intéressants et les données les plus neuves. Un travail de localisation de ces occurrences sur le cadastre actuel a déjà permis de recenser une dizaine de sites, mais la démarche reste à conduire de façon plus systématique.

(Note à l’intention d’éventuels contributeurs : le site internet cadastre.gouv, permet, commune par commune, de conduire une recherche portant sur les noms de lieux, pour ceux du moins qui n’ont pas encore été supprimés en raison de l’application des règles postales de numérotation par voie).

Un exemple de repérage sur le site internet "cadastre.gouv" ?

Le "pré de la Malarderie" à Néville-sur-Mer

Bibliographie sommaire : Léopold DELISLE, « La léproserie de Bolleville », Annuaire du département de la Manche, 1892, p. 16-27 ; François DUBOSC, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Manche. Archives ecclésiastiques. Série H, Tome I, Saint-Lô, 1866  ; François DOLBET, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Manche. Archives ecclésiastiques. Série H, Tome III, Saint-Lô, 1912 ; Paul LECACHEUX, Essai historique sur l’hôtel-Dieu de Coutances, vol. I, Paris, 1895 ; LECHAUDE-D’ANISY, « Recherche sur les léproseries et maladreries, dites vulgairement maladreries, qui existaient en Normandie », Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1847, t. XVII, p. 149-212 ; Auguste LONGNON, Pouillés de la province de Rouen, Paris, 1903 ; M. RENAULT, « Nouvelles recherches sur les léproseries et maladreries en Normandie », Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. 28,  1871, p. 106-148.

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Inventaire (en cours) : Lettres A/B

 

  • Amfreville (anc. canton de Sainte-Mère-Eglise) : La léproserie d’Amfreville est citée en 1257, dans une charte confirmant aux religieux de de l’abbaye de Blanchelande la possession d’une demi acre de terre située « près la léproserie d’Amfreville » (Inventaire sommaire archives de la Manche, H. 1063).
  • Anneville-en-Saire (anc. canton de Quettehou) : Mention dans le « Livre Noir » ou pouillé du diocèse de Coutances de 1332 d’une chapelle de Tous-les-Saints, non rattachée à l’église paroissiale mais destinée aux lépreux, avec un chapelain affecté à sa desserte, qui en percevait les revenus (est alia capella Omnium Sanctorum, que non est annexa ecclesie, pro leprosis parrochie. Capellanus dicte capelle percipit omnes fructus et habet curam dicte capelle et leprosorum)
  • Beaumont-Hague : L’an 1225, don par Richard Folliot, seigneur de Carneville, aux lépreux de Beaumont (Inventaire sommaire archives de la Manche, H.8639).
  • Beuzeville-au-Plain (anc. canton de Sainte-Mère-Eglise) : chapelle Saint-Thomas située en bordure de la voie romaine conduisant de Valognes (Alauna) vers la baie des Veys. Le vocable de saint Thomas (Beckett) pourrait ici renvoyer à une maladrerie, ou un hébergement charitable.

La chapelle Saint-Thomas de Beuzeville-au-Plain, sur la carte de Mariette de la Pagerie (1689)

  • Biville (anc. canton de Beaumont-Hague) : «Un endroit nommé la maladrerie dans les mielles de Biville, fait présumer qu’il y eut là autrefois un lazaret » (Annuaire de la Manche, vol. 6, 1834, p. 74). 
  • Bolleville (anc. canton de la Haye-du-Puits) possédait un prieuré de l’abbaye de Lessay à usage de léproserie, placé sous le vocable de Sainte-Marie-Madeleine. Cet établissement fait l’objet d’un article détaillé de Léopold DELISLE, (« La léproserie de Bolleville », Annuaire du département de la Manche, 1892, p. 16-27), relatant sa fondation par Richard de la Haye, baron de la Haye-du-Puits avec l’assentiment de l’évêque d’Algare (1124-1151). Les closes des concessions faites au profit de cet établissement par les familles des lépreux montrent qu’il s’agissait d’un établissement élitiste, réservé surtout à des membres de la noblesse, tels Guillaume, frère de Jourdain, de Barneville, ou Philippe, frère de Guillaume de Magneville, seigneur d’Olonde à la fin du XIIe siècle. Par des dispositions spécifiques, on s’assure que la dame du Rozel, malgré sa maladie, gardera à son service une chambrière attitrée, et que Geoffroi, fils d’Onfroi du Moulin, recevra tous les deux ans pour se vêtir, une chape, un manteau garni de peau et une pelisse.
  • Pour ressource, les lépreux de Bolleville percevaient aussi les revenus de deux foires annuelles, l’une à la sainte Marie-Madeleine et l’autre à la saint Barthélémy. Ils disposaient d’une chapelle vouée à Saint-Clair, où étaient célébrées deux messes chaque semaine. On justifie au XVe siècle a disparition de cette léproserie du fait que « Les lépreux de Bolleville, pour leurs énormes démérites, fautes et crimes, furent par autorité de justice détruits et brûlés, et que la léproserie même fut démolie, anéantie et détruite ». Cet évènement est postérieur à la grande répression de 1321, puisqu’en 1332 sont encore mentionnées la « maison des lépreux » (domus leprosorum) et la chapelle qui se trouvait dedans (in dicta domo est quedam capella). Il n’est pas exclu que de tels reclus, issus de la classe combattante, équipés pour certains de chevaux, se soient authentiquement livrés à des exactions sur les populations environnantes.

Bnf, manuscrit Français 2606, fol. 363, exécution des lépreux

  • Bricquebec : d’après un document de 1440 il existait une maladrerie à Bricquebec, située à trois kilomètres environ du bourg, auprès de l’actuel hameau du Foyer, auprès de la route de Valognes. Une chapelle vouée à Saint-Blaise lui était associée, qui fut selon l’abbé Lebreton détruite à la Révolution. Son plan figure encore, à l’extrême fin du XIXe siècle, sur le cadastre révisé de Bricquebec.

L'ancienne chapelle Saint-Blaise du hameau du Foyer à Bricquebec (cadastre ancien)

  • Brix (anc. canton de Valognes) : Au pied de l’éperon qui supporte le château et le village de Brix, le lieu-dit Saint-Thomas est lié à une chapelle disparue qui se trouvait au nord de l’ancien presbytère, près de la Ferme des Forges. Son vocable comme sa position, à l’écart du bourg, au carrefour des routes dites jadis « la querrière Adam » et « la voie haguaise », suggère qu’il s’agissait peut-être d’une chapelle de maladrerie, fondée - comme elles le furent souvent en Normandie - dans le dernier quart du XIIe siècle, sous le vocable de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, martyrisé le 29 décembre 1170.

Localisation du Hameau Saint-Thomas à Brix

 

(Suite au prochain épisode...)

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