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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 18:07
gravure 01

La cité antique d’Alauna est connue par deux mentions, l’une sur la table de Peutinger, l’autre dans l’Itinéraire d’Antonin, documents datant tous deux du IIIe siècle de notre ère. La ville appartenait alors au territoire de la tribu gauloise des Unelles, correspondant à peu près à celui du diocèse de Coutances. Ultime étape d’un itinéraire reliant directement le Mans (Suidinum) à la mer de la Manche, Alauna constituait l’un des jalons d’une route commerciale menant vers la Cornouaille britannique. Son nom s'est conservé dans celui de l’ancienne paroisse d’Alleaume, aujourd’hui l’un des faubourgs de la ville de Valognes.

 peutinger

Extrait de la Table de Peutinger. Alauna figure dans l'angle en haut à gauche.

Longtemps assimilé aux vestiges d'un ancien château, le site d'Alauna a été identifié et commencé d'être fouillé en 1695 par le père Dunod, jésuite et missionnaire royal, aidé par l’Intendant Foucault, collectionneur passionné d’antiques. Objet d'une vaste polémique, ces premières fouilles ont donné lieu à plusieurs publications et à de multiples commentaires tout au long du XVIIIe siècle. Pour avoir défrayé les chroniques érudites, cet engouement des savants n'empêcha pas toutefois les propriétaires des terrains occupés par les vestiges antiques d'en entreprendre la destruction. Lorsque le valognais Charles Duhérissier de Gerville, le fondateur de l'archéologie française, débute en 1811 de nouvelles recherches, les thermes avaient essuyés des tirs d'artillerie et le théâtre était en train de perdre ses derniers gradins, vendus comme pierre à chaux. 

 Alauna, thermes

Gravure ancienne illustrant les fouilles et les observations menées au XVIIe siècle sur les thermes romains

Outre le bâtiment des thermes, les recherches archéologiques menées depuis trois siècles ont permis de dégager de nombreuses structures maçonnées éparses, dont l’interprétation demeure problématique. Si l’emplacement bien attesté du théâtre à gradins reste discernable, on s'interroge encore sur la fonction d'un long fragment de muraille, visible dans une pièce de terre voisine, identifié sans certitude tantôt aux vestiges d'un  hôtel des monnaies ou à ceux d'un castrum. L'hypothèse de l'existence d'un fanum antique sous la petite chapelle romane de la Victoire a également été soutenue par certains érudits locaux. Depuis les études de Charles de Gerville, plusieurs éléments du tracé de la voirie urbaine ont également été repérés, ainsi que l'emplacement présumé du forum. Si les structures observables et les indices archéologiques concernant de grands édifices publics sont donc relativement nombreux, les traces d'habitat et d'installations domestiques demeurent en revanche étonnamment rares.

 

Les monnaies découvertes lors des différentes fouilles archéologiques offrent aujourd'hui l'un des meilleurs éléments d'approche pour évaluer la période d'occupation du site. Ont été recensées des monnaies dont les dates d'émission s'étalent de l'époque Gauloise (potin Baïocasse, vers 70-60 av. J.C.) à celle de l'empereur Constance II (324-325 ap. JC). Cette amplitude chronologique coïncide avec la période ultime d'occupation du site, dont on situe aujourd'hui l'abandon au IVe siècle de notre ère.

Alauna, thermes 2

Vue axonométrique des vestiges conservés

 

Selon l'analyse de Thierry Lepert, et en dépit du silence des sources écrites, il est probable qu’Alauna, principal relais local de l’itinéraire d’Antonin, ait occupé le rang de capitale des Unelles durant le Haut Empire. Ce n'est qu'ensuite que le centre administratif du territoire se serait déplacé à Crociatonum (Saint-Comes-du-Mont/Carentan ou plutôt Sainte-Mère-Eglise), traduisant un repli stratégique vers la base du Cotentin. Cosedia (Coutances), rebaptisée Constancia sous l’empereur Constance, n’aurait enfin acquis son statut de capitale qu’à l’extrême fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle. Site de hauteur, siège de garnison, c’est elle qui offrait alors les meilleures qualités défensives. L’érection de Coutances au rang de chef lieu de Cité coïnciderait aussi avec la fortification de Coriallo, l’actuelle Cherbourg, où des fouilles archéologiques ont révélé les vestiges d’un castrum du bas Empire. A Valognes, il faudra ensuite attendre le règne du duc Guillaume le Conquérant pour observer un véritable renouveau.

Julien Deshayes

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LIEN : UNE TETE ANTIQUE DECOUVERTE A VALOGNES

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Antoine LAMY 26/12/2013 16:55

est ce que vous pourriez m'envoyer d'autres informations sur les thermes s'il vous plait

Administrateur 27/12/2013 14:57

Bonjour,

Je vous incite pour en savoir plus sur les thermes d'Alauna à consulter les rapports de fouilles déposés au Service régional de l'archéologie, en DRAC de Basse-Normandie (13bis rue Saint-Ouen, 14052 Caen). Cordialement.

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