Ce site présente les actualités proposées par l'équipe du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Il contient également des dossiers documentaires consacrés au patrimoine et à l'histoire de Valognes, Bricquebec et Saint-Sauveur-le-Vicomte.
La statue de saint Jacques de l’église d’Orglandes
Étude présentée par Odin BARBARAY
(Collège J. Barbey d’Aurevilly, Saint-Sauveur-le-Vicomte)
Dans le cadre d’un stage effectué au Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin
du mardi 14 au jeudi 16 janvier 2020
I – Présentation :
L’église Notre-Dame d’Orglandes abrite une intéressante statue ancienne de saint Jacques. Celle-ci se trouve localisée à l’extrémité orientale de la nef, auprès du pilier sud de l’arc du chœur
Il s’agit d’une sculpture sur pierre calcaire mesurant 105 cm de haut, pour 34 cm de large et 25 cm de profondeur.
Elle présente un bon état global de conservation, malgré quelques lacunes bien visibles : main droite manquante ainsi que l’attribut qu’elle servait à tenir ; quelques éclats et manques sur la surface du drapé.
Il est probable que l’œuvre ait été initialement peinte, mais la polychromie qui la recouvrait a entièrement disparu. Ce décor peint était probablement assez semblable à celui qui subsiste sur de nombreuses autres sculptures, dont par exemple la statue de saint Jacques de l’église de Tamerville, non loin de Valognes.

Tamerville, la statue de saint Jacques, qui conserve sa polychromie d’origine
II - Iconographie
Le personnage représenté possède une longue barbe. Il porte en bandoulière une panetière de pèlerin, ornée d’une coquille. Dans sa main gauche, il tient une sacoche destinée à contenir le livre des évangiles. Dans sa main droite il tient un bâton fragmentaire, probablement le « bourdon » des pèlerins (long bâton de marche, ferré à sa base et surmonté d’une gourde ou d’un ornement en forme de pomme, servant de soutien ou d’arme blanche aux pèlerins contre les indésirables). Les pieds nus, il est vêtu d’un manteau et d’une longue tunique. Sa tête est coiffée d’un chapeau, à bords hauts et larges, attaché par une cordelette nouée sur la poitrine et ornée d’une petite frange à son extrémité.
Détail de la sacoche ou panetière ornée d’une coquille Saint-Jacques
Ces différents détails permettent d’identifier cette sculpture comme une représentation de saint Jacques le majeur, connu dans la religion chrétienne comme l’un des douze apôtres de Jésus, le saint patron des pèlerins.
Saint Jacques était un saint très populaire au Moyen-âge. On le trouve souvent représenté dans les églises du département de la Manche : Picauville, Tamerville, Besneville, Montaigu-les-Bois, Benoîtville, Domjean, La Pernelle, Pont Hébert…
D’après le Dr Jean Fournée dans son livre « Le Culte populaire et l’iconographie des saints en Normandie », C’est de l’époque des grands pèlerinages à Compostelle que datent beaucoup de sanctuaires normands dédiés à saints Jacques, élevés précisément sur les itinéraires suivis par les pèlerins. L’église d’Orglandes est édifiée auprès de la grande voie romaine qui conduisait de Coutances vers Valognes (Alauna) et Cherbourg (Coriallo), au carrefour d’une autre route importante, jadis connue sous le nom de « Carrière Bertran », qui allait de la côte ouest du Cotentin vers le Bessin, en passant par le château de Bricquebec. Il n’est donc pas improbable que certains des pèlerins et voyageurs qui empruntaient ces routes faisaient jadis halte à Orglandes.
III - Style et Datation
Cette statue présente un style assez raffiné, avec un visage aux traits fins, légèrement incliné vers l’avant, et une barbe souple marquée de fines ondulations. Le traitement du costume s’enrichit de nombreux détails secondaires et les drapés montrent une grande délicatesse d’exécution, malgré les lourdes cannelures que forment au bas du corps les plis de sa tunique. Sa position est assez strictement frontale, le dos de la statue, n’étant pas destiné à être visible, n’est pas même esquissé. Un mouvement se perçoit toutefois grâce aux plis du vêtement, au traitement de chevelure ( à mèches torsadées en pointe) et aux détails du visage ( rides sur le front...).
Détails du visage et du drapé
Ce traitement stylistique apparaît représentatif de la statuaire de la première moitié du XVème siècle. Il existe dans le département de la Manche plusieurs mêmes représentations, plus ou moins anciennes, sans doute inspirées d’un modèle commun, suffisamment important pour avoir engendré une large diffusion. Bien que plus tardive, la statue de saint Jacques le Majeur d’Orglandes se rapproche surtout de celles de Picauville et Montaigu-les-Bois.

Statues de saint Jacques de Picauville et de Montaigu-les-Bois
(Saint-Georges de l’Orbehaye).
Bibliographie :
Elisabeth MARIE, “ Les ateliers de sculpture bas normands au début du XIIIème et à la fin du XIVème siècles. La pierre et le bois “ dans “Du ciseau du sculpteur au sourire des saints“, Saint-Lô, 2006, p.180-181
Josiane PAGNON, “ Les retables aux apôtres“ dans “ L’art de la fin du moyen âge (1380-1520) dans les diocèses de Coutances et d’Avranches “, p83
Jacques DE VORAGINE, “ Saint Jacques le Majeur “ dans “ La légende dorée I “, Paris, 1967, p.471-480