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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:53

28, rue des Religieuses (Accueil/ Restauration : Lien)

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Les nombreux vestiges d'époque médiévale et Renaissance visibles parmi les bâtiments de l'hôtel du Louvre attestent l'ancienneté de son implantation. Sa première mention en tant qu'auberge remonte au 25 aout 1707, date de l'assassinat de Guillaume de Hennot, écuyer, qui résidait alors sur place. Le 8 novembre de la même année, est relaté dans les sources judiciaires l’arrestation "au milieu de la ville de Valognes" de Nicolas Samuel, sieur de Basmond, notaire royal et apostolique, qui, condamné pour "fausseté bien prouvée" fut conduit aux prisons de la ville. On apprend alors que l’huissier "s’étant présenté à la porte des prisons, ayant même frappé et appelé inutilement le concierge qu’on voyait par la fenêtre, il fut réduit d’autant plutôt à conduire Basmond à l’hôtellerie du Louvre que Basmond faisoit des signes à ses amis qui passoient dans la rue, et au peuple qui s’attroupoit, et faisoit craindre quelque émotion". A la suite, est relatée l’intervention de Jean René de Cussy, noble local de quelque envergure et commandant de la garnison du lieu, qui accompagné de soldats et "sous prétexte d’y rendre visite au sieur de Senecey, gentilhomme de ses amis qui y logeoit", y organisa une sorte de coup de main contre les représentants de la justice, l’un d’eux se trouvant même percé à la cuisse d’un coup d’épée, et serait parvenu ainsi à libérer le sieur de Basmond, "son homme d’affaire". (cf. René GUILLARD, Histoire du Conseil du Roy depuis le commencement de la Monarchie, Paris, 1718, p. 796 et suivantes).

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En 1719 est à nouveau cité "la maison où pend l’enseigne le Louvre", lieu de résidence de Jean-Baptiste Morgan, conseiller du roi. L'édifice est ensuite régulièrement mentionné lors de ventes ou d’inventaires après décès (en 1726, 1744, 1770, 1793 …). Outre une auberge, le Louvre abritait depuis le XVIIIe siècle un relais de diligence et un relais de poste aux chevaux. L'appellation "Hôtel du Louvre" est commune à un grand nombre d'autres relais de poste, sur tout le territoire français. Leur origine pourrait remonter à l'institution même du service des postes royales, sous le règne de Louis XI.

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On relate que Marie Dorothée Desprez, veuve de Richard Marguerie et héritière en 1781 de la charge de maître des postes, y cacha à la Révolution plusieurs prêtres réfractaires. Elle fut sur le tard une proche du médecin Félix Vicq d'Azir, qui déclarait dans un acte du 22 mai 1795 vivre chez elle "mais seulement pour y résider, y boire et manger à titre de pensionnaire". Notons qu'il s'agit ici du père du célèbre Vicq d'Azir, qui fut membre de l'Institut et médecin personnel de la reine Marie-Antoinette.

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Note de frais de Jules Barbey d'Aurevilly, pour deux mois de coiffure et de produits cosmétiques, adressée à l'hôtel du Louvre

On dispose pour le XIXe siècle de nombreuses précisions sur la vie de cet établissement et sa clientèle. En aout 1830 il hébergea notamment la garde particulière du roi Charles X, logé dans une demeure voisine, lors de son départ vers l’exil. Alexis de Tocqueville y établit son bureau de campagne lors des élections législatives, de 1837 à 1848, et y tenait ses permanences de député. Son hôte le plus célèbre reste toutefois Jules Barbey d'Aurévilly, qui y séjourna en 1871 puis y déjeuna régulièrement de 1872 à 1887. L’écrivain s’est directement inspiré du lieu pour situer le décor d'une nouvelle de son recueil Les Diaboliques intitulée "Le Rideau cramoisi". Nous avons conservé certaines de ses notes de frais, indiquant un net penchant pour le rhum en carafe… La réputation culinaire de l’hôtel du Louvre est du reste soutenue par divers témoignages : En 1854, l’anglais John Murray écrivait, dans son Handbook for Travellers in France : "Valognes. Hôtel du Louvre, kept by M. Guetté, one of the best cooks in France". L’appréciation est confirmée par un autre guide de voyage, indiquant la même année que le Louvre était alors "renommé pour sa bonne cuisine et ses andouillettes, dites andouillettes de Valognes" (Guide classique du voyageur en France et en Belgique, Paris, 1854).

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La cuisine a conservé une cheminée monumentale datant de la Renaissance

La façade comprend trois niveaux d’élévation plus un étage de combles et se développe tout en longueur, sur un total de treize travées ordonnancées. En position latérale, au bas bout de l’édifice, une haute porte cochère mène vers la cour des communs, qui abrite des écuries, un très vaste hangar à diligences et d'autres dépendances. Si la façade sur rue constitue une élévation homogène, caractéristiques des grandes demeures valognaises de la fin du XVIIIe siècle, l’analyse de l’édifice permet toutefois d’identifier les vestiges de deux constructions antérieures, initialement distinctes.

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Le raccord entre ces deux entités primitives est marqué côté rue par un net décrochement et s’observe aussi dans la structure interne du bâtiment. La partie droite conserve un escalier droit datant du  milieu du XVIIe siècle et intégrait initialement un passage couvert ouvrant côté rue par une porte massive, d’aspect médiéval. La partie droite, étendue sur neuf travées, est cependant celle qui présente les éléments architecturaux les mieux préservés et les plus anciens. Elle présente encore, côté cour, sa tour cylindrique d'escalier en vis, dont la toiture en poivrière couverte de lauses de schiste abrite une petite volière à pigeons. Plusieurs éléments datant de la même période - cheminée monumentale de la cuisine,  consoles prismatiques soutenant les poutres et portes à encadrements chanfreinés - subsistent à l’intérieur de l’édifice et permettent d’identifier une phase d’occupation remontant au second tiers du XVIe siècle.

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Façade sur cour, avec escalier en vis logé dans une tour circulaire

A l’étage, toutes les chambres ont en revanche été réaménagées au XVIIIe siècle. Elles ont conservé pour certaines leur cheminée et leurs boiseries de style Louis XV, en particulier la chambre n°4, qui fut dit-on occupée par Barbey d’Aurevilly.

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La salle de restauration et la salle de bar du rez-de-chaussée ont été entièrement refaites dans les premières décennies du XXe siècle, suite probablement à un incendie survenu en 1885 (Dans un courrier du 21 février 1885 adressé à Mme de Bouglon, Barbey indique que l’hôtel avait subi, cette année là, un important incendie, provoqué semble t-il par les éclairages au gaz de M. Maréchal, propriétaire des lieux ; Correspondance générale, vol. IX, Paris, 1989, p. 141). Le décor de miroirs couvrants fut ensuite complété, dans la petite salle, par un ensemble de panneaux peints sur toile signé de la main d’Alice Courtois, décoratrice parisienne qui dessina également l’ameublement. Ces panneaux peints datant des années 1920 figurent des monuments du patrimoine local (gare maritime de Cherbourg, Grand Quartier de Valognes, Cour de Flottemanville-Bocage…).

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D’autres vestiges d’habitats anciens sont visibles parmi les communs, à l’intérieur de la cour, où plusieurs ailes et corps de bâtiment forment un ensemble complexe et très enchevêtré. On distingue en particulier, au nombre de ces dépendances, un vaste hangar à diligence du XIXe siècle, affecté aujourd’hui à un usage de garage. Deux boxes à chevaux, jointifs, abritaient les étalons servant à tracter l’omnibus de l’hôtel, avec lequel on faisait jadis la navette jusqu’à la gare de chemin de fer.

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boxes à chevaux et ancien hangar à diligences

A l’étage du hangar subsistent un séchoir à linge, avec ses claustras en bois, ainsi que l’ancienne sellerie, pratiquement intacte. La serre située sur l’arrière des écuries a perdu en revanche son vitrage et son ancien chauffoir. Ces différentes constructions, partiellement édifiées en brique, semblent de peu postérieures à 1885.

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ancienne sellerie    

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Remises

L'hôtel du Louvre est inscrit au titre des Monuments historiques depuis mars 2012.

Julien Deshayes, 2012

Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 17:41

Rue de Poterie

En 1722 Jean René de Cussy, sieur d’Armanville, de Teurthéville Hague, de Nouainville, de Montfiquet et autres lieux, commandant pour sa Majesté « dans la ville et château de Valognes en Normandie», achetait un fonds constitué de trois boutiques jouxtant sa propriété, sur la rue de Poterie. Epoux en 1718 de Marie-Madeleine Varin, le sieur de Cussy avait été impliqué en 1707 dans une curieuse affaire d’évasion, qu’il avait organisée au profit du dénommé Nicolas Samuel, sieur de Basmond, notaire royal, son « homme d’affaire ». Condamné pour ces agissements, il fut assigné en cassation au versement d’une amende de 450 livres et fit même, semble t-il, quelques jours de prison. Cela ne semble pas avoir compromis sa carrière puisque Jean-René de Cussy d’Armanville est cité en 1736 au nombre des « portes épées » appointés de 500 livres de rente, devant figurer dans les cérémonies du Sacre et des funérailles royales. A son décès, survenu le 17 septembre 1737, la propriété de la rue de Poterie fut semble t-il transmise à son fils cadet Jean-René (II) de Cussy, né en 1694, tandis que l’ainé, Jean-Gabriel, héritait à Valognes d’une autre demeure, connue aujourd’hui sous le nom d’hôtel de Carmesnil.  L’inventaire après décès levé en cette occasion mentionne « la chambre neuve non enduite du côté du levant ayant vue sur le jardin», correspondant probablement à l’extension nouvelle de la demeure.

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Plan d'alignement de la rue de Poterie levé en 1768, détail

A son décès, survenu le 5 avril 1763, Jean René (II) de Cussy transmet la propriété à son fils aîné, François de Cussy, né à Valognes le 3 juin 1732 de son union avec Marguerite du Mesnildot. Seigneur de Nouainville et Teurtheville-Hague, conseiller du roi, maitre particulier des eaux et forêts du Cotentin, ce dernier est cité en 1778 parmi les nobles résidants de la rue de Poterie. Célibataire, il employait à cette date six domestiques à son service. En 1780, il cèdait une partie de la propriété en vendant à Guillaume Louis d’Arthenay un corps de logis jouxtant son hôtel de la rue de Poterie, composé de "plusieurs salles, avec porte cochère, (...) avec chambres et cabinets au-dessus" (cf. hôtel du Plessis de Grenadan)Au lendemain de la Révolution, en 1795, il vend le reste de la propriété à Louis-Bon-Charles de la Couldre de la Bretonnière pour la somme de 36 000 livres.

Né en 1741 à Marchésieux, Bon-Charles de la Couldre fit une brillante carrière militaire dans la marine, participa en particulier à la guerre d’indépendance des Etats-Unis d'Amérique, et fut le principal promoteur du développement du port de Cherbourg sous le règne de Louis XVI. Monarchiste et catholique convaincu, il fut enfermé à Valognes durant la Terreur et on sait également qu’il logeait en 1797, en son hôtel de la rue de Poterie, un prêtre non assermenté, Alexis-Nicolas Levaufre, employé pour l’éducation de ses enfants. Après sa mort, survenue à Paris en 1809, la propriété est restée dans la famille de la Couldre, jusqu’à sa vente, en 1887 à la ville de Valognes, par Armand de la Couldre (châtelain de Tourville). En 1889 la décision est prise par la municipalité d’y installer une école des filles et de construire des salles de classe à l'intérieur des jardins. L’édifice a été détruit lors des bombardements américains de 1944.

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Extension supposée (??) de la propriété sur le plan Lerouge de 1767

Le plan Lerouge de 1767 et un autre plan de la rue de Poterie levé en 1768 montrent un édifice relativement vaste, constitué d’un corps de logis entre cour et jardin, flanqué au devant de la façade de deux ailes, reliées sur la rue par une clôture en demi-lune. Par l’inventaire après décès de Louise-Marguerite de Cussy, sœur de François de Cussy, décédée en 1773, nous savons que l’aile sud « à main gauche en entrant » abritait à cette date la chambre de la défunte. Je suppose que l'aile nord, vendue en 1780, fut en revanche intégrée postérieurement à la propriété voisine.

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Détail d'une portion de la façade sur rue de l'hôtel de Cussy, d'après une carte postale ancienne

L’acte de vente passé en 1795 mentionne avec précision un grand escalier central donnant accès au jardin par le premier palier, ce qui indique qu’il existait un décalage de niveau entre le rez-de-chaussée semi-enterré, donnant sur la cour, et l’étage noble ouvrant sur le jardin. Deux escaliers de service complétaient la distribution, constituée d’écuries, de remises, cuisine et autres annexes en rez-de-chaussée, de deux salons, une salle à manger et neuf chambres à l’étage. Sont également signalés lors de cette vente les « tableaux, dessus de portes, tapisseries, baguettes, tringles, buffets à objets attachés et encadrés dans le lambry », cédés à l’acquéreur, tandis que les « glaces, tables de marbre et autres meubles meublant » furent conservés par le vendeur.

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Portail de l'hôtel du Cussy ouvrant sur la rue de Poterie, jouxte l'hôtel du Plessis de Grenadan,

qui englobe depuis 1780 l'une des ailes de l'édifice primitif

L’acte de vente passé en 1887 contient également de nombreuses informations sur cet hôtel, dont le jardin était à cette date équipé d’une serre, et qui couvrait une superficie importante de 54 hares.

 

J. Deshayes, 2012

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:10

36, rue de Poterie.

Le 29 janvier 1695, Hervé de Camprond, sieur de Sottevast, avocat au parlement de Normandie, achète à Guillaume Martin, sieur du Perron, président en l’élection de Valognes, « une maison à luy appartenant composée de sales, chambres, cabinets, greniers, écuries et le jardin le tout fermé de murs sise rue de Potterye ayant pour jouxte et butte la rue de Potterye». Le 18 avril suivant, il augmente cette première acquisition en achetant à Catherine et Anne Vaultier une seconde maison, voisine de la précédente, comprenant "salle, salette, cabinet, chambres, greniers, poulailler et escurie". L'acte de vente précise aussi « que ce qu’il y a de carreaux de pierre à bastir dans lesdites maisons et court demeurent audit sieur acquéreur ». Hervé de Camprond va donc réunir deux tènements initialement distincts pour constituer l'assise foncière du futur hôtel de Tanouarn.

Le 3 novembre 1727, son inventaire après décès recense les différentes pièces d'une vaste habitation, comprenant un rez-de-chaussée avec salle et cuisine, une laverie et un aistre à usage de boulangerie situé sous l'escalier, ainsi qu'un salon communiquant avec une petite chapelle et une autre salle. Le premier étage était alors occupé par trois chambres et deux cabinets. Il existait également un troisième niveau, avec une chambre avoisinant des greniers ainsi qu'un bâtiment en dépendance abritant un cellier et une écurie avec chambre à l'étage, occupée à cette date par le sieur d’Aigremont. Il ne s'agissait pourtant pas encore de l'hôtel dans sa forme achevée. Un accord de mitoyenneté conclu en 1736, nous apprend notamment que le sieur Guillaume de Camprond, héritier de la propriété, ayant pour projet de faire élargir sa maison pour en faire "un demy double", obtint de son voisin (hôtel de Vauquelin) l'autorisation de faire construire sur la totalité du mur mitoyen. L'inventaire des papiers de Guillaume de Camprond nous indique également qu'un marché fut passé en 1738 avec un maçon dénommé Samuel. L'année précédente, ce dernier avait déjà réglé un achat de pierre pour les travaux de construction à entreprendre.

Lorsque le 7 juin 1746, Madeleine Hervine de Camprond et son époux Charles François Léonor le Sage vendent l'hôtel, à Jean-Bonaventure de Beaudrap, sieur de Sotteville, l'édifice se composait désormais « d’un tènement de maisons, cour et jardin potager sis à Valognes consistant en une porte cochère et un vestibule servant d’entrée audit tènement, à main gauche en entrant dans la cour un cabinet de compagnie, une salle à manger, une autre salle, un escalier, une cuisine avec les offices, une remise, les chambres, cabinets et greniers et à main droite en entrant ladite cour, un vestibule, un escalier, un office, une cuisine, une remise, un autre office, les chambres, cabinets et greniers dessus. Au fond de la cour, deux écuries, deux celliers, chambres et greniers, une latrine et autres aménagements, le tout contenant une vergée ». Les travaux menés par Guillaume de Camprond avaient semble t-il consisté notamment en l'adjonction de deux ailes sur cour, visibles sur le plan Lerouge de 1767, et dans l'aménagement d'une porte cochère permettant d'y accéder.

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Détail du plan Lerouge, 1767

Un nouvel acte de vente, concédé en date du 28 mai 1790 par Pierre François de Beaudrap, au profit de François Charles Adrien Simon, vicomte de Carneville fait explicitement référence à cette cour bordée de "deux ailes avec porte cochère d’entrée".

Le 27 mai 1818 Romain Pezet, président du tribunal de Bayeux, acquiert l'hôtel qu'il cède à nouveau, le 27 novembre 1827, aux frères et soeurs du Hecquet. D'après l'abbé Adam, l'hôtel de Tanouarn, mis en location, aurait abrité la préfecture jusqu'en 1829, année de sa vente par les demoiselles du Hecquet de Rauville à Madame Marie-Henriette de Chivré, épouse de Louis Etard de Bascardon. Après la mort de ce dernier, le 15 août 1853, il passe en héritage à sa fille, « Madame la Comtesse Marie Euphrasie du Plessis de Grénédan », qui le revendit en juin 1854 à son parent, Anésime Etard de Bascardon. Décédé en 1863 ce dernier transmet l’hôtel à son neveu, Charles de Tanouarn, qui y mourra lui-même en octobre 1917. Il est alors vendu par ses ayants droit, le 19 mars 1918, à Eugène Bretel, riche industriel valognais, qui possédait déjà plusieurs hôtels voisins dans la rue de Poterie.

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Aperçu de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne, vers 1900

(derrière les éléphants !)

L'hôtel de Tanouarn, détruit lors de bombardements américains de 1944 a été entièrement reconstruit après guerre. Il se composait d'après le plan de 1767, d'une partie sur rue et de deux ailes en retour de chaque côté de la cour. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent une façade très sobre en moellons apparents, composée de neuf travées avec un faux avant-corps central à fronton délimité par des bossages. Une porte cochère surmontée d'un épais arc cintré ouvrait au centre de l'élévation. Les baies du rez-de-chaussée possédaient un linteau cintré tandis que celles de l'étage étaient à linteau droit. Un bandeau horizontal reliait l'appui des baies du premier étage. Il n'existait pas de lucarnes de comble. Seule subsiste aujourd'hui une aile ancienne située sur l'arrière du bâtiment, en bordure de la cour.

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Aperçu d'une portion de la façade de l'hôtel de Tanouarn sur une carte postale ancienne

S. Javel/J. Deshayes 2008

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 11:45

35, rue des Religieuses

Par acte du 8 mai 1726, Pierre de la Rocque, écuyer, conseiller du roi et receveur des tailles de l’élection de Valognes vendait à Nicolas Desfosses, marchand drapier et bourgeois de Valognes « une maison cour et jardin située en la franche bourgeoisie de Valognes, rue Aubert », cédée au prix de 6692 livres (AD14 cote 8E2752, information communiquée par M. Etienne Faisant).Il est précisé dans l’acte de vente que cette propriété avait été acquise le 15 octobre 1720 par à Pierre de la Rocque auprès du sieur du Larvy, lui-même acquéreur en janvier 1713 du sieur Jacques Jacquemin, sieur des Vallons. Ce dernier l’avait acheté antérieurement, en juin 1700, de noble dame jeanne Dumour ( ?), devenue veuve la même année de Jacques du Prael, sieur de Maubray.

En 1746, Nicolas Desfosses vend à Jean-Antoine Heurtevent, avocat, bourgeois de Valognes, sieur de la Haulle une maison composée de trois salles avec chambres au dessus, donnant sur la rue Aubert (actu. rue des Religieuses). Cette vente, consentie pour la somme relativement modeste de 6 000 livres, correspond probablement à ce qui constituera ensuite l'assise foncière de la "maison Delisle". En 1766, Jean-Antoine Heurtevent agrandit la propriété en faisant l'acquisition de terrains voisins, achetés au sieur Meslin. En 1781, son fils revend à Jean-Edmond Davannier, sieur de la Bussière un corps de logis bordant la rue Aubert, avec bâtiments en dépendance sur les deux côtés de la cour. Cette description définit les dispositions de l'édifice tel qu'il existait avant sa destruction en 1944. En 1825, les petit fils de l'acquéreur, Jean-Charles Vaste et son frère revendent à leur tour l'immeuble au Docteur Delisle. Son fils, Léopold Delisle, archiviste paléographe, qui fut notamment l'administrateur général de la bibliothèque nationale, y naquit en 1826.

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L'édifice, l'un des rares hôtels de la rue des Religieuses à avoir été détruit lors des bombardements alliés de juin 1944, fut reconstruit à l'identique lors des travaux de la Reconstruction. La façade sur rue reprend des dispositions remontant au dernier tiers du XVIIIe siècle. Entièrement traitée en pierre de taille calcaire, elle est composée de six travées et de trois niveaux d'élévation. La porte cochère menant vers la cour est décalée à droite de la façade. Les baies du rez-de-chaussée sont couvertes d'un linteau cintré tandis que celles des étages possèdent un simple linteau droit. Un bandeau horizontal reliant les appuis des fenêtres marque la division entre chaque étage. Trois lucarnes cintrées éclairent les combles.

S. Javel/J. Deshayes

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 11:06

1, rue de Gréville

Par actes notariés datés du 2 janvier 1720 et du 18 février 1726, Nicolas Legendre vendait à Joseph Rouxel deux jardins potagers destinés à servir d'assise foncière à la propriété. Jean Rouxel y fait bâtir une petite maison, qu'il revend, le 13 janvier 1748, à Louis le Chosel, sieur de la Vallée. Vingt ans plus tard, ce dernier cède l'édifice au dénommé Jean-Michel Le Liepvre, qui y meurt en 1772. L'inventaire après décès qui est alors effectué n'indique pas que l'édifice ait subi de transformations ou d'extensions notables depuis sa construction. Le 14 décembre 1774 Jacques-François de la Mache, sieur du Féron, rachète la propriété. C'est probablement lui qui en assure la reconstruction, comme semblent l'indiquer les "mémoires et quittances pour la construction de la nouvelle maison du sieur Féron", inventoriées lors de son décès, survenu en 1783. Le 6 novembre 1826, la propriété est vendue à Antoine-Alexis-François Heurtevent par Jeanne-Félicité Françoise D'Ozouville, veuve de Eléonor Jean-Louis Le Trésor de la Roque. Né à Alleaume en 1786, officier sous l'Empire et chevalier de la légion d'honneur, il avait épousé à Valognes, le 24 novembre 1825, Rosalie Adélaïde Lecauf. Membre du conseil municipal, il devint ensuite capitaine (1831), puis commandant (1839) de la Garde nationale de Valognes, et meurt dans son hôtel le 3 février 1869. Son héritière, Adélaïde-Louise Antoinette Heurtevent, épouse en 1868 de François Julien Lescroel-Desprez, décède en 1908 en léguant la propriété à Mme Jacques Lescroel-Desprez, née Alexandrine Legrand, et à sa fille, Mme Pierre Laisné, née Camille Lescroel-Desprez.

Dans une note des Disjecta Membra du 9 octobre 1871, l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly dit de cette demeure "c'est une vraie nostalgie de ne pas la connaitre et de ne pas l'avoir à soi, c'est une nostalgie qu'elle vous donne cette scélérate de maison".

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La façade sur rue, en moellon apparent, possède peu d'ouvertures. Deux baies éclairent le rez-de-chaussée, deux autres baies à garde-corps éclairent le premier étage. La façade sur le jardin, composée de sept travées, est beaucoup plus ouverte. Elle est recouverte d'un enduit à faux joints tirés à la pointe réguliers. A l'extrémité droite, les baies ne possèdent qu'un seul vantail. Les ouvertures du rez-de-chaussée sont surmontées d'un linteau cintré et celles du premier étage d'un linteau droit. La travée centrale est soulignée par une porte fenêtre, située au premier étage et ouvrant sur un balcon à garde-corps en fer forgé, supporté par deux consoles en volutes. Trois lucarnes éclairent les combles. La grille en feronnerie ouvragée du portail d'entrée porte les initiales de la famille Heurtevent. 

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Bibliographie : Rémy VILLAND, "L'hôtel Heurtevent à Valognes", Mélanges de la Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, 1985, p. 101-105.

J. Deshayes / F Javel

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 12:45

26, rue de Poterie

Le 21 mai 1720, Jeanne Prevel fille et unique héritière de Pierre Prevel sieur de Préfontaine, veuve d’Adrian Duboscq, sieur des Longchamps, vendait pour la somme de 14 500 livres à messire Jacques Le Berceur comte de Fontenay "une maison, jardin, cour et boelle", jouxtant et buttant "du levant les représentant du sieur Montaigu Bazan, du midy le boelle au cornet, du couchant la rue de Poterie et du septentrion le sieur de Sottevast, représentant le sieur Grip de Savigny". Il existait alors un droit de passage dans le "boel" au cornet pour accéder aux caves de la maison.

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L'hôtel de Vauquelin sur le plan Lerouge de 1767

En 1731 Jacques Le Berceur revend la propriété à Jean Jacques Leforestier seigneur de Clayes pour la somme de 13 000 livres. Il est stipulé dans l'acte de vente que l'acquéreur est "autorisé d’y faire telles réédification augmentation ou bâtiment neuf qu’il jugera à propos ».

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En 1736, des contrats d'accord sont passés avec les voisins, Guillaume Camprond, propriétaire de l'hôtel de Tanouarn, ainsi que Richard Lemesle et Suzanne Marguerie pour régler les problèmes de mitoyenneté des futurs bâtiments. En 1738, Jean-Jacques le Forestier étant décédé, sa veuve revend l'hôtel à Charles du Mesnildot, seigneur de Vierville. La vente comprend les "bâtiments neufs tant fini que commencés" ainsi que les matériaux. Les travaux sont probablement achevés peu après cette date et, en 1753, la veuve de Charles du Mesnildot, cède l'ensemble à Henry Louis René Bon de Marguerie, seigneur de Colleville.

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Le 7 frimaire an 3, Bon Henri Marie Marguerie vend l'hôtel à Thomas François le Tort d'Anneville. Il passe ensuite par héritage à Emilie Clotilde le Tort, épouse d'Auguste Gabriel du Mesnildot et à son fils Edmond du Mesnildot, qui le revend en 1875 à Eugène Emile Bretel, riche industriel et propriétaire de laiteries importantes. Raoul Le Doux, neveu d'Eugène Bretel, hérite de l'hôtel en 1933.

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L'hôtel de Vauquelin sur une affiche publicitaire des industries Bretel, vers 1890

L'hôtel de Vauquelin présente un plan en U avec deux ailes en retour délimitant une cour carrossable. Cette cour ouvre sur la rue de Poterie par un portail monumental à arc en plein-cintre. L'élévation du corps de logis en fond de cour est composée de cinq travées. Elle s'organise autour d'un avant-corps central large, d'une unique travée délimité par des chaînes d'angle traitées en bossage, couronné par un fronton triangulaire avec pierre armoriale en attente. Cet avant-corps abrite un escalier central rampe sur rampe desservant à l'étage des alignements de pièces en enfilade. Les ailes sont terminées aux extrémités par des pavillons. Elles se composent toutes deux de cinq travées, éclairées par des baies à linteau cintré. L'ensemble des ouvertures est coiffé d'un linteau cintré.

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Le jardin d'hiver sur une photographie des années 1930

Les intérieurs conservent en partie leur décor de boiseries et de panneaux peints (dessus de porte), copies de paysages français et de scènes de genre du XVIIe siècle. La salle à manger et les salons de l'étage ont également gardé plusieurs cheminées en pierre calcaire à décor rocaille et leurs miroirs d'origine. Au rez-de-chaussée de l'aile gauche subsiste une belle cheminée Renaissance de la première moitié du XVIIe, probablement réemployée. Dans le jardin, il est encore possible de discerner quelques vestiges d'un ancien jardin d'hiver édifié par Eugène Bretel au retour de Russie, sur le modèle de celui du Tsar Nicolas. 


J. Deshayes/ S. Javel pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 16:13

1, rue Barbey d'Aurevilly

 

L'histoire de l'hôtel Viel de la Haulle a été étudiée de manière approfondie et publiée par Monsieur Michel Viel, son actuel propriétaire. L'édifice occupe une portion d'un terrain qui était affecté à l'époque médiévale aux bâtiments de l'Officialité de Valognes. La construction de l'édifice actuel est entreprise dans le dernier quart du 18e siècle, par Anne Pigache, veuve de maître Jacques Théroulde, écuyer, qui avait acquis la propriété en 1774, pour le prix de 9600 livres. Le 10 avril 1782, elle revendait pour 11 000 livres la maison au dénommé Pierre Allain, qui occupait depuis 1778 la charge de Conseiller du Roi et Receveur des consignations. La maison est alors signalée comme étant "couverte en ardoise, depuis peu construite ou faite reconstruire en la majeure partie mais encore non finie". L'acte de vente précise également qu'il manquait alors "quantité de portes, vitres, croisées et autres fermetures". L'achèvement des travaux fut donc exécuté par l'acquéreur, qui résida ensuite sur la propriété jusqu'à sa mort, le 9 décembre 1810.

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L'édifice est construit entre une petite cour ouvrant par un portail monumental à arc surbaissé, et un jardin s'étendant sur l'arrière de la propriété jusqu'à la rivière du Merderet. L'élévation sur cour se compose de cinq travées, organisées autour d'un avant-corps central peu saillant, souligné par des pilastres à moulure en creux et surmonté d'un fronton triangulaire à pierre armoriale laissée en attente. Deux marches permettent l'accès à la porte d'entrée, couverte d'un linteau en plein-cintre décoré d'une clef, semblable à celui de la fenêtre étant au droit de la porte d'entrée. Toutes les autres baies sont couvertes d'un linteau droit. La façade postérieure, partiellement détruite lors des bombardements de 1944, a été reconstruite entre 1946 et 1952.

 

 

Bibliographie :

VIEL Michel, L’histoire d’une maison et de ses habitants du XIIIe au XXe siècle à Valognes : l’hôtel de la Haulle, Valognes, impr. Le Révérend, 1993.

 

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 15:58

Rue Pelouze

Dans le dernier tiers du XVIIe siècle, le sieur Frollant des Mares possédait une maison dont l'emplacement correspond à la partie droite de l'hôtel actuel. La propriété s'étendait aussi sur la rive droite du Merderet, à l'intérieur de ce que l'on appelait alors la Cour des Gendres. Le 17 juillet 1716, le sieur Frolland cède cette propriété à Guillaume le Capelain, sieur du Parc, qui revend rapidement l'ensemble, le 5 avril 1719, à Louis Osber seigneur de Saint-Martin-le-Hébert. Le 12 avril 1740, Louis Osber vend la propriété en deux lots : tandis que le dénommé Michel Pinel achète les bâtiments situés sur la rive droite du Merderet (aujourd'hui disparus), Charles-Guillaume-François d'Hauchemail, sieur des Hommets, acquiert le corps de logis principal. En 1774, après plusieurs transactions successives, ce dernier reconstitue le lot primitif, en rachetant aussi bien l'hôtel de la rue des Trois Tisons (actu. rue Pelouze) que les immeubles situés dans la cour des Gendres, sur la rive droite du Merderet. C'est probablement au sieur d'Hauchemail qu'il convient d'attribuer, vers 1740-1779, la construction de l'hôtel particulier que nous connaissons aujourd'hui. Au cours des années suivantes, la propriété est laissée en jouissance de la fille du sieur des Hommets, noble dame Marie-Louise-Charlotte-Elisabeth-Catherine d’Hauchemail, qui y réside avec son époux, André-Alexandre Etard de Bascardon. Après la mort de ce dernier (survenue le 3 juin 1779), Madame d'Hauchemail rachète en 1780 l'ensemble de la succession auprès de ses deux frères, tous deux prêtres. Elle conserve ensuite l'hôtel jusqu'en 1802, puis le revend à Catherine Françoise Beaudrap de Fournel. En 1815 Catherine, veuve de André de Hennot et Jeanne de Thieuville, veuve de Jean-Baptiste Thiboutot, en font donation au Bureau de Bienfaisance pour abriter les soeurs de la charité. Un atelier de dentelle y est installé jusqu'en 1845, date à laquelle les soeurs déménagent à l'hôtel de Saint-Rémy, rue des Religieuses. L'aile gauche, construite en 1841 pour servir de préau aux jeunes filles, fut affectée de 1845 à 1937 aux écuries de la gendarmerie à cheval. A partir de 1937, et notamment durant la seconde guerre mondiale, le bureau de bienfaisance y loge des personnes aux faibles ressources. Le 4 novembre 1961, le bureau d'aide sociale, héritier du bureau de Bienfaisance vend l'édifice à la ville de Valognes, qui y installe un Centre de secours contre l'incendie. Les pompiers occupent l'hôtel jusqu'en juin 1976. L'édifice, protégé au titre des Monuments historiques, abrite depuis les années 1980 le musée de l'Eau de vie et des Vieux métiers.

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L'hôtel de Thieuville forme un long corps de logis simple en profondeur, situé en fond de cour avec une façade postérieure directement accolée à la rivière, pour partie édifiée en encorbellement au-dessus du cours d'eau. La partie droite de l'édifice conserve en rez-de-chaussée plusieurs ouvertures chanfreinées d'époque Renaissance, surmontées d'un bandeau horizontal formant larmier. A l'intérieur, les pièces correspondantes conservent des consoles de poutre ornées de feuilles d'acanthe appartenant également à l'édifice du XVIe siècle. Prenant appuis sur cette portion d'élévation antérieure, le premier étage de l'édifice a été entièrement réaménagé au XVIIIe siècle et repercé de dix hautes fenêtres à linteau droit. La partie gauche du corps principal, organisée en travées régulières de baies à simples chambranles plats, appartient intégralement en revanche au XVIIIe siècle. Le rez-de-chaussée était occupé par des pièces de service. Il conserve en particulier la cheminée sur arcs d'anciennes cuisines. Le premier étage abrite une succession de pièces en enfilade desservies par un escalier droit à double rampe installé dans l'une des travées latérales du corps de logis. Deux des pièces situées à dans l'aile orientale de l'hôtel ont conservé leurs boiseries du XVIIIe siècle, avec une cloison isolant un cabinet annexe. La description donnée en 1779 dans l'inventaire après décès du sieur Etard de Bascardon précise que cet étage noble contenait alors, d'ouest en est, un petit cabinet précédant "la chambre où ledit seigneur est décédé", puis une seconde chambre, un cabinet de compagnie, un autre cabinet servant de bibliothèque, une salle à manger, jointe à un office et un cabinet annexe. Le rez-de-chaussée abritait pour sa part cuisine, laverie, cellier, " salle de décharge", caveau, bûcher et écurie.

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A l'ouest, l'aile qui prolonge le corps de logis ne fut construite qu'à la suite d'un délibéré du conseil municipal daté du 14 mai 1841. De l'autre côté du Merderet était encore situé en 1845, " le poulailler avec la basse-cour, un parterre, un jardin potager reliés par un pont de l'autre côté de la rivière un bûcher, cellier, hangar". Ces anciennes dépendances ont été détruites lors des bombardements alliés de 1944. Le portail permettant l'accès à la cour se signale par ses deux piliers maçonnés surmontés de pot à feux de style rocaille.

Javel/Deshayes

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 12:34

Compte rendu de visite du 1er février 2005, en compagnie de Monsieur et Madame MOUCHEL, propriétaires, Josiane MAUX et Margot ZELLER, guides conférencières.

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I - Historique de la propriété

Le manoir de Hautpitois a fait l'objet d'une étude historique de l'abbé Canu, publiée en 1992 dans son "histoire d'une commune Normande, Lieusaint en Cotentin". Nous ne la reprenons pas ici. Rappelons simplement que le plus ancien propriétaire identifié par cet auteur est Jean Potier qui vers 1535 y résidait avec son épouse (mariés vers 1510), Hélène Hébert, fille du seigneur d'Anneville à Morville. Nicolas Lefèvre, receveur des tailles de l’élection de Valognes, devint sieur de Hautpitois par son mariage, le 2 janvier 1575 avec Louis Jouhan, fille d'Adam Jouhan, sieur d'Osmonville et de Haupitois. Leur fils Jehan Lefevre, né en 1577,  hérita ensuite de la sieurie de Hautpitois et fut également receveur des tailles de Valognes. Sa mémoire s’est conservée comme on le sait en raison de son mariage aux issues tragiques avec Marguerite de Ravalet (1586-1603). L'édifice devait ensuite rester dans la descendance de la famille Lefèvre, via les familles de Thieuville et de Blangy, jusqu'en 1924, soit près de 400 ans. Il appartient aujourd'hui à M. et Mme Mouchel.

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II - Architecture

Selon une interprétation relatée par Monsieur Mouchel, la dénomination du Hautpitois, orthographié le "Hautpithey" dans le journal de Gilles de Gouberville, désignerait un lieu "haut perché". L'édifice est en effet établi en bordure d'un plateau et d'une déclivité naturelle, sur le flanc supérieur d'un relief s'affaissant en ressauts successifs vers la plaine alluviale de la rivière du Merderet. Les ressources naturelles du sol ont fourni le grès coloré, de couleur brune ou rouge-orangé, utilisé dans la construction en assoctiation avec le calcaire de la région de Valognes, essentiellement réservé aux encadrements des ouvertures ou à d'autres éléments structurants de la construction (portail principal, cheminées, chaînages d'angle…). Les bâtiments des communs se développent en deux longues ailes perpendiculaires, barrant côté nord le sommet du plateau et délimitant au sud une vaste cour ouverte sur le marais.

 

a) Le logis

Le logis principal, isolé au centre de la cour, présente côté nord une façade entièrement remaniée à la fin du XVIIIe siècle ou au XIXe siècle, ouvrant par deux niveaux de larges baies coiffées d'arcs surbaissés. La travée orientale de l'édifice constitue une adjonction effectuée dans la première moitié du XVIIe siècle. La façade postérieure conserve en revanche l'essentiel de ses dispositions de la fin du Moyen Age. Elle ouvre à l'étage par trois fenêtres à meneaux chanfreinés, dont la partie supérieure s'inscrit sur un réseau de trous de boulins (rebouchés) servant à nicher des pigeons. Les ouvertures du rez-de-chaussée ont subi plusieurs transformations : deux anciens éguets doubles ont été agrandis en fenêtres, une nouvelle fenêtre a été percée en utilisant un encadrement de remploi, et une porte a été ouverte. Malgré les reprises du XVIIIe ou XIXe siècle, la distribution intérieure a également préservé son organisation primitive. Chacun des deux niveaux d'habitation est divisé en deux grandes pièces avec cheminée, disposées de part et d'autre d'un escalier central à montées droites rampe sur rampe. La cage rectangulaire de l'escalier ne traverse pas toute la profondeur de l'édifice mais vient buter contre un mur transversal, délimitant côté sud un petit espace de retrait ou de circulation, disposant à chaque étage d'un éclairage direct. L'utilisation d'un escalier de ce type, au lieu de la traditionnelle vis inscrite dans une tour circulaire hors-œuvre constitue à mes yeux, pour cette période, une anomalie. L'ancienneté du dispositif paraît toutefois attestée par l'existence de plusieurs portes à encadrements chanfreinés, situées à chaque niveau de palier et jusque dans les combles.

Deux cheminées médiévales avec consoles à triples quarts de ronds ont été conservées, l'une en rez-de-chaussée et l'autre au premier étage. A l'étage, une autre cheminée ancienne a été remplacée à une date non déterminée par une cheminée de style Renaissance, avec colonnettes en délits et chapiteaux circulaires, venue s'inscrire assez maladroitement sous le manteau du foyer médiéval.

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Le portail d'entrée et la "chambre seigneuriale"

La cour manoriale ouvre au nord par un portail monumental avec portes piétonne et charretière surmontées de petits écus lisses et coiffés d'arcs moulurés soulignés par un larmier continu. Deux ouvertures de tir avec encoches de visée en garde l'accès, d'une manière sans doute plus symbolique qu'authentiquement efficace.

Le petit bâtiment jointif, prolongeant côté est le long alignement de l'aile nord, offre malgré d'assez lourdes transformation un bel exemple de petit logis seigneurial en dépendance. L'édifice présente côté cour une façade sur deux niveaux mais il prend appuis au nord-est sur l'aplomb du plateau, communiquant directement avec l'ancien jardin par une porte de plain-pied ouvrant dans le mur pignon oriental. Deux portes obstruées, situées en rez-de-chaussée, présentent un profil caractéristique du XVe siècle, avec un linteau supporté par des coussinets et de larges chanfreins. En rez-de-chaussée également, subsiste au mur pignon oriental une cheminée massive avec grosses consoles à triples quarts de ronds séparés par des cavets, qui ouvrait semble t-il sur un four par un arc appareillé maçonné au fond de l'âtre du foyer.

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Le premier étage a en revanche été intégralement modernisé et réaménagé à une époque postérieure, que l'on peut situer entre le dernier quart du XVIe siècle et le premier tiers du siècle suivant. Une travée d'ouvertures, avec porte haute (obstruée postérieurement) et fenêtres à frontons triangulaires, a alors été insérée en façade sud de l'édifice. Les deux pièces de l'étage ont été dotées d'imposantes cheminées Renaissance. La première, très luxueuse, utilise un modèle assez rare en Cotentin, avec piédroits bombés reposant sur des bases à griffes léonines. Un modèle de cheminée assez similaire, probablement dérivé de modèles gravés issus de traités d'architecture, existait à la ferme d'Arpentigny, à Valognes, et a été remonté après guerre dans l'école de musique de la ville. La seconde, également de belle venue, reprend un type architectural plus courant dans l'architecture manoriale de la Renaissance, avec un large manteau supporté par des colonnes cannelées en délits et chapiteaux ioniques à grosses volutes. A signaler également, la qualité des enduits intérieurs, très lisses et légèrement ocré, subsistants dans un remarquable état de conservation. La relation privilégiée entre cet édifice et le jardin voisin, sa distribution avec appartement à l'étage initialement desservi par un escalier extérieur et sa qualité architecturale en font un bon exemple de petit logis seigneurial secondaire. Cette chambre seigneuriale sur fournil était probablement destinée à recevoir le propriétaire des lieux lors de séjours ponctuels, tandis que le logis principal était affecté à un fermier. Cette hypothèse est renforcée par les travaux historiques de l'abbé Canu, indiquant que le manoir avait été, depuis les années 1630 au moins, mis en fermage par la famille Lefevre. Cette typologie d'habitat possède d'assez nombreux équivalents dans notre région et constitue un héritage ancien, issu d'une tradition médiévale attestée en Cotentin depuis le XIIe siècle. L'intérêt dans ce cas précis est que la mise au goût du jour de l'édifice, sa modernisation dans le style de la Renaissance, peuvent avec vraisemblance être attribués à Jean Lefevre de Hautpitois, le célèbre époux trompé de Marguerite de Ravalet.

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Les communs

Les bâtiments situés à l'ouest du portail d'entrée n'ont été que rapidement approchés. L'édifice immédiatement jointif abritait un pressoir. Il conserve notamment son appendice en saillie, servant à loger la longue étreinte du "ponceux". Il ouvre sur la cour par une large porte en plein-cintre à chanfreins épais. Deux ouvertures étroites fortement ébrasées sont également conservées, indiquant une construction antérieure à la fin du XVe siècle. La charreterie qui fait suite, avec sa rangée d'arcades reposant sur des piliers circulaires appareillés en pierre calcaire, constitue une adjonction de l'extrême fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle. Sa construction pourrait donc coïncider avec le réaménagement de la chambre sur fournil précédemment évoquée. Elle semble également contemporaine d'une importante opération de décaissement du sol, au niveau du portail d'entrée et dans une partie de la cour, ces travaux ayant probablement eut pour finalité de permettre l'accès à des charrois devenus plus élevés.

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La charreterie vient s'appuyer contre l'extrémité nord de l'aile ouest, qui est formée d'un long alignement d'étables et de fenils. Le détail des ouvertures et des maçonneries permet de rattacher ces bâtiments à une phase de construction de la seconde moitié du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Les autres bâtiments conservés, en particulier la grande grange située sur l'arrière du logis, sont de date récente. On notera l'absence, au sein de cet ensemble, d'édifices typiquement seigneuriaux, comme la chapelle, le colombier ou le moulin. A souligner cependant l'existence d'un puits associé à un beau de lavoir ancien alimentant à son tour un petit étang pouvant avoir servi de vivier. A remarquer également, un imposant four à chaux édifié au XIXe siècle au devant du portail d'entrée.

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Conclusion

L'observation architecturale du manoir de Hautpitois permet de distinguer principalement deux phases de construction ou de réaménagement des bâtiments. La première phase identifiée, pouvant s'échelonner entre 1460 et 1520 environ, comprend le portail d'entrée et le logis principal, ainsi que le pressoir et l'aile ouest des communs. La seconde phase se situe, selon des critères stylistiques, entre 1580 et 1620 environ. Elle a vu le réaménagement de la chambre seigneuriale par modification d'un édifice du XVe siècle avec fournil en rez-de-chaussée, et la construction de la charreterie.

 Julien Deshayes, 2005

LIEN VERS LE SITE DES GITES DE FRANCE

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 16:40

L'église paroissiale Saint-Gervais et Saint-Protais de Crosville-sur-Douve est restée jusqu'à la Révolution en possession des seigneurs de la paroisse, qui en percevaient les dîmes, nommaient à la cure, et se faisaient enterrer dans le choeur. Sa position sur la limite du domaine « non fieffé » de la seigneurie, auprès de l’ancien presbytère, traduit dans le paysage cette position de dépendance étroite à l’égard du château voisin.

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L'église et le château de Crosville sur un plan du XVIIIe siècle

Il s'agit d'une construction très simple, à petite nef unique et chœur à chevet plat, intégralement charpentée. Elle ne possède pas de tour de clocher mais un simple campanile, datant du XVIIe siècle, établi sur l’arc de séparation entre la nef et le chœur. Au début du XXe siècle, ce campanile a été doublé par un hideux beffroi en béton, construit en façade de l’édifice. L’intérêt principal de cette église réside dans l’aspect des maçonneries de la nef, qui présentent en élévation une structure particulièrement archaïque.

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Malgré plusieurs reprises datant de la fin du Moyen-âge, incluant la réfection intégrale de la façade occidentale et le percement de nouvelles fenêtres, la construction romane est préservée sur une surface au sol de 10m60 x 6m95. En élévation, cette nef était initialement limitée à une hauteur de 3m70 mais a fait, postérieurement, l’objet d’un ré-haussement rendu perceptible par une assez nette différence d’appareillage. Les maçonneries les plus anciennes sont constituées d’un agglomérat de petits blocs de grés et de plaquettes de pierre calcaire, noyés dans un abondant mortier de chaux de texture très sableuse. Bien que certaines assises soient partiellement constituées de pierres disposées en oblique, il ne s’agit pas à proprement parler de maçonneries en « opus spicatum », mais plutôt d’un « opus incertum » relativement composite. A la différence de ce que l’on observe dans d’autres églises préromanes ou romanes du Cotentin, cet édifice ne présente pas de trous de boulins structurés, et n’a donc pas conservé la trace du mode de fixation de ses premiers échafaudages.

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Ont été préservés en revanche les encadrements de deux petites fenêtres obstruées appartenant à la construction primitive. Placées de part et d’autre de la nef, au centre des élévations, celles-ci sont établies à environ 2m70 par rapport au niveau de sol actuel et n’excèdent pas une ouverture d’ébrasement de 20 x 60 cm. Conformément à un principe que l’on rencontre ailleurs en Cotentin dans la seconde moitié du XIe siècle, les arcs coiffant ces fenêtres sont formés de blocs monolithes échancrés et incisés de faux claveaux. Au lieu cependant de se limiter à ce simple dessin, le bâtisseur s’est plu ici à enrichir la surface restante de son bloc de motifs gravés en forme de losanges et de pointes de flèches.

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Ce décor apparait dérivé des appareils réticulés issus de l’architecture du Bas-Empire et du Haut moyen-âge, un thème qui a connu vers l’an mil un certain regain, et se retrouve en particulier en façade de l’église de Vieux-Pont-en-Auge, dans le Calvados. A Crosville-sur-Douve, ce décor géométrique dénote un archaïsme qui s’accorde bien avec les techniques de constructions précédemment évoquées. Ces différents critères permettent à mon sens de proposer pour cet édifice une datation relativement précoce, antérieure probablement au milieu du XIe siècle.

J. Deshayes

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